Pourquoi Macron…

L’année 2017 commence donc avec Emmanuel Macron désigné par les sondages « homme politique préféré des Français ». Les commentateurs et les analystes politiques de s’interroger une nouvelle fois : pourquoi Macron ?

Pour certains, comme Olivier Duhamel, juriste et politologue, Emmanuel Macron « réussit tout ce dont beaucoup doutaient. Il ne devait pas quitter le gouvernement… il l’a fait. Il ne devait pas réussir à développer son mouvement En Marche ! si nouvellement créé… il l’a fait, notamment avec un meeting démonstratif de plus de 10.000 personnes à Paris. Il ne devait pas se présenter à l’élection présidentielle… il l’a fait. » Aujourd’hui, certains n’hésitent pas à le placer au titre, envié à quelques courts mois de l’échéance, de 3ème homme.

D’autres continuent de douter. Ainsi Jacques Julliard qui – au-delà de l’homme – évoque l’incapacité, l’impossibilité historique du centre à jouer un rôle décisif dans l’Histoire de France, du moins dans l’histoire de la Vème République. L’historien, notamment essentiel pour l’analyse de l’histoire des gauches *, n’imagine pas Emmanuel Macron dans les semaines qui viennent, avec une montée nécessairement en puissance de l’affrontement traditionnel droite-gauche, flirter avec facilité et durablement avec une telle popularité. C’est aussi le sentiment d’Yves Bordenave, chef adjoint au service France du quotidien Le Monde et fin connaisseur du monde politique, qui lors d’un chat-video sur le site internet du journal répond à une lectrice : « ne pas croire à l’embellie durable d’Emmanuel Macron » invitant même son interlocutrice, au risque de la décevoir « à ne pas se faire trop d’illusion sur la pente historique probable qu’il pressent afin qu’elle ne subisse pas trop de déception. »

Ces voix sont sérieuses, donc à entendre sans nul doute. La formule « Tout est désormais possible », sorte de rengaine polluant les antennes lorsqu’elle n’est que le réflexe de survie de journalistes superficiels mis KO après leurs courtes vues sur l’élection de François Fillon à la primaire de la droite et du centre, à la victoire du Brexit en Grande-Bretagne, à celle de Donald Trump à l’élection américaine, ne peut résumer la particularité de la future élection présidentielle française. D’ailleurs les trois spécialistes cités ne s’y trompent pas.

C’est pourquoi, dans cette situation, et pour n’en rester qu’au sujet « Pourquoi Macron… », j’émets mon propre sentiment.

Il est des moments où sinon tout, beaucoup bascule. Emmanuel Macron « surgit » dans une de ces circonstances dont on sait qu’elles font parfois l’Histoire. Il se trouve que plusieurs niveaux d’alerte ont été dépassés et mettent en danger notre société. Les sirènes, malgré leur puissance, n’ont pas été entendues : crise économique et chômage de masse depuis des décennies ; incapacité d’intégration, notamment par l’éducation, des jeunes – la France de demain ! – au niveau de formation requis par les évolutions et du savoir et de la technologie ; défiance croissante des Français à l’égard des gouvernements, des élus, des partis… et des journalistes qui leur semble tous si loin, sortes de décors imposés mais improbables et détonnant dans le réel qu’ils vivent et subissent durement.

En découle une envie radicale, quasiment une urgence, massive de changer. Elle s’exprime fortement et est pleinement assumée. En bénéficient aussi bien Marine Le Pen que Jean-Luc Mélenchon. Il ne s’agit pas de moquer cette attente de « neuf » et encore moins de la sous-estimer. Emmanuel Macron en recueille aussi certains fruits car il a su agir – par sa démission du gouvernement et sa candidature volontariste à l’élection présidentielle – pour répondre à cette attente. À ce besoin.

C’est pourquoi, malgré leur pertinence, les analyses anciennes les plus sérieuses méritent d’être revisitées car, selon moi, elles peuvent aussi basculer.

Emmanuel Macron, dès aujourd’hui, a presque réussi son pari. Il devrait faire un score honorable à la présidentielle et s’inscrire durablement et fortement dans le paysage politique national. Ce n’est pas fait, mais c’est vraiment possible.

Gagner ? À l’évidence, il n’en est pas encore là et c’est l’étape nouvelle qu’il va devoir franchir.

Deux arguments commencent à lui être opposés. Le premier est « Avec qui va-t-il former son gouvernement ? » Outre que la question vaut aussi pour François Fillon, qu’elle vaudra bientôt pour le vainqueur à gauche de la primaire de « la Belle alliance populaire » et qu’il faudrait la poser aussi à Jean-Luc Mélenchon (Marine Le Pen, on le sait, gouvernerait uniquement avec les siens…), qui peut imaginer Emmanuel Macron en difficulté sur ce point ? En effet, dans l’hypothèse où il serait élu, il n’aura pas de difficultés majeures à réunir aussi bien des personnalités politique d’expérience que d’acteurs de la société civile, notamment du monde économique et social, puisqu’il l’a déjà commencé dans le mouvement En Marche ! Sans même évoquer à ce stade les « ralliements au vainqueur » qui ne manquent jamais et qui, quoique l’on puisse parfois en sourire, reste aussi une force de notre démocratie quand ils sont réellement décidés pour la défendre.

Le second doute touche un problème plus délicat… dont le quinquennat de François Hollande qui se termine a donné une terrible illustration. Le Président a du affronter sa propre majorité d’emblée hostile. D’ailleurs, on peut penser que, dès l’été 2017, le futur président quel qu’il soit, sera peu ou prou, soumis à une majorité très relative. Le mouvement En marche ! qui se transformera alors en parti d’élus, n’y échappera pas. Mais avoir des élus, oui, cela lui est bien sûr possible. Des candidats nouveaux issus du mouvement, mais aussi des élus de droite, du centre et de gauche qui décideront de soutenir l’action politique nouvelle choisie par la majorité des Français à la présidentielle, seront élus ou « réélus ». Ils ne devraient pas manquer en nombre, même si c’est incontestablement la principale gageure à relever pour Emmanuel Macron.

Pour finir, je voudrais aborder deux points. Le premier peut sembler anecdotique : Emmanuel Macron est jeune. Certains s’en moquent, d’autres y voient un manque d’expérience – comme si l’expérience à reconduire les mêmes politiques n’avait pas révélé tant de faillites ! – bref, il serait risqué de faire confiance à la jeunesse. L’amusant c’est que l’argument vient bien souvent des mêmes qui n’ont de cesse de demander un renouvellement puissant du personnel politique. Pour y placer d’autres vieillards ?

Le second, que je considère comme très important, réside dans la volonté permanente d’Emmanuel Macron de choisir le positif. Il privilégie le « pour » et non le « contre ». Cette disposition d’esprit et d’action est un levier puissant pour faire partager un nécessaire sentiment de confiance aux Français et au pays. C’est un gage de mobilisation. D’autant que ses premières propositions témoignent d’un attachement au très concret proche du quotidien vécu – il parle à tous les Français – et non au chiffrage « général » qu’il n’est pourtant pas le dernier des candidats à pouvoir assurer sérieusement.

Suis-je touché par une Macronite aiguë ? Des amis bienveillants s’interrogent… Je tiens à les rassurer, avec l’âge et un peu d’expérience, cela fait bien longtemps que la dévotion (qui ne fait d’ailleurs pas partie de ma constitution) m’est étrangère. Quant aux illusions… j’en ai connues… je suis vacciné, et malheureusement avec nombreux rappels.

Toutefois 2017, avec notre élection présidentielle inédite en bien des points, permet l’espoir de voir s’ouvrir un véritable échange sur notre destin national dans un monde en pleine mouvance. Notamment au sein d’une Europe, indispensable mais à refonder. Si nous le ratons, ce pourrait être pour la dernière fois qu’il nous soit permis démocratiquement.

Je participe donc, modestement, au mouvement En Marche ! à Montreuil avec un espoir premier : que ses propositions ne sont pas caricaturées mais lues réellement… ce que je souhaite qu’il soit fait aussi pour tous les autres candidats.

En conséquence, ne pouvant m’empêcher le partage, je vais intervenir sur ce blog parfois, plus régulièrement sur les réseaux sociaux où j’ai une petite activité, en faisant passer des messages d’En Marche ! avec le simple désir d’inviter à la réflexion.

Quant à mes amis auprès desquels j’interviendrai directement par mail, je sais que si je les importune, ils me le diront franchement.

Auprès de tous, voici une adresse courriel, celle du Comité montreuillois d’En Marche ! : montreuilenmarche@gmail.com Je n’en suis pas l’administrateur, mais il vous sera répondu et vous pourrez recevoir des informations ou participer à des événements annoncés si vous le désirez.

De toute façon, l’année 2017 est en marche et je ne peux que vous la souhaiter la meilleure possible.

 

* On ne saurait jamais trop recommander la lecture de son ouvrage « Les gauches françaises. 1762-2012 : Histoire, politique et imaginaire » Flammarion, août 2012.

Oui, je me saisis de la démocratie offerte par les primaires

primairePour la seconde fois, demain, je vais aller voter à la primaire de la droite et du centre. Et je vais voter Alain Juppé. Sans hésiter, car c’est un choix décidé depuis de très nombreux mois.

Bien sûr, je n’hésite pas à signer le texte comme citoyen : « partageant les valeurs républicaines de la droite et du centre et s’engageant pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France. » Pour deux raisons : 1 / je crois que les valeurs républicaines ne sont ni de droite, ni de gauche mais partagées par une grande majorité de femmes et d’hommes de droite comme de gauche. Notamment par Alain Juppé… et j’ajouterai d’ailleurs par François Fillon ; 2 / quant à l’alternance nécessaire au redressement de la France, bien que le propos mériterait qu’on s’y arrête plus avant, je dirai simplement qu’à la fin des septennats et quinquennats que nous venons de vivre, la phrase est pleine d’actualité. J’ajouterai que la démocratie, de manière générique, a un besoin régulier d’alternance. Peut-être pas de manière aussi rapprochée.

Mais, justement, depuis de longs mois, il m’est non seulement apparu que François Hollande, le président pour lequel j’ai voté aux primaires du Parti socialiste (aux deux tours) et à l’élection présidentielle (aux deux tours) m’apparaissait en contradiction avec ce qu’il avait levé comme espérance, mais aussi qu’il s’était placé et laissé volontairement enfermé dans un jeu de donnant-donnant avec l’opposition venue de son propre camp : les frondeurs et faux alliés (le PCF et les Verts).

Les deux éléments sont de fait liés : la majorité parlementaire ne tenait qu’à un fil (le 49,3) parce que la gauche composite d’un puzzle historique aux pions usés… n’existait pas. Et cela, François Hollande le savait en prenant le pouvoir. Il n’a pas su ou n’a pas voulu s’extraire de cette illusion avec laquelle il a cru pouvoir encore composer – comme il l’avait fait tant et tant d’années ! – mais il s’est retrouvé isolé alors qu’il suffisait de lire son programme, et de lire ce qu’était l’homme politique depuis des années, pour mesurer combien il aurait pu être le social-démocrate enfin agissant sans complexe. La tardive nomination de Manuel Valls comme premier ministre a d’autant moins modifier cette tentative d’équilibre que chaque nouveau projet de loi s’est vu raboté jusqu’à la quasi-inexistence en de nombreux cas. C’est pour cela que j’avais eu cette formule – qui n’a valeur que de formule – « François Hollande est le Mikhaïl Gorbatchev français ». Le second a mis fin au communisme soviétique – nécessaire à son pays – et le premier aura mis fin à l’union de la gauche qui n’en était plus une que de façade, construction d’appareils bureaucratiques. Et leurs peuples comme leurs famille politiques leur reprocheront jusqu’à la détestation – parfaitement injuste et souvent odieuse – avant que, les années passant, on en reconnaisse certains mérites qui apparaîtront incontestables.

Les derniers mois n’ont fait que renforcer ce sentiment que j’aurai préféré voir inversé, car la seule possibilité entrevue de « survie » par les caciques du Parti socialiste et de la gauche « traditionnelle » relève encore de l’alchimie incantatoire, pour ne pas dire plus simplement des combinaisons de couloirs étroits. Et insuffisamment larges pour les ego en présence.

Il n’était donc pas question pour moi, de rejouer le match avec une telle équipe. Subterfuge inadapté à la situation nationale et internationale. Pour autant je suis certain que le pays, justement la vie de l’alternance démocratique, aura besoin d’une droite et d’une gauche… mais les deux ont à se reconstruire profondément.

Comme l’existence des primaires nous permet de choisir les candidats qui nous apparaissent les plus proches de nos idées, je ne vois en rien – contrairement à quelques expressions lues sur les réseaux sociaux (que je trouve souvent limitées dans la réflexion) – pourquoi chaque citoyen ne pourrait pas s’en saisir. Le processus est quand même bien supérieur en qualité à l’élection en petit comité, en arrangements entre clans, en bataille à couteau tiré dans des sections ne représentant rien ou presque, vantée par ceux qui y trouvaient leur bonheur… le plus souvent d’élus aux positions confortées. C’est d’ailleurs aussi un moyen de mesurer combien il y a plusieurs droites et plusieurs gauches. Pourquoi me priverai-je de faire en sorte de préférer pour la France – car c’est bien de cela qu’il s’agit, ne l’oublions jamais ! – un possible débat final entre par exemple un Alain Juppé et François Hollande plutôt qu’à un Jean-François Copé face à Benoît Hamon ? Je précise que les primaires offrent la possibilité démocratique de retenir la seconde hypothèse comme la première.

Et puis, depuis de longs mois aussi, se profile – sans que cela soit d’ailleurs aussi certain qu’annoncé – la présence au second tour de Marine Le Pen. Or, sans parler de Nicolas Sarkozy châtié aussi pour cela par son propre camp, il m’importe que le candidat de droite soit absolument d’une droiture sans faille et sans compromis avec ce populisme (a minima…) et ce fascisme rampant qui fait que le Front national ne sera jamais un « parti comme les autres » qui menace les fondements de la société multiculturelle, riche de ses talents accumulés au fil de l’histoire. Alain Juppé m’apparaît, avec évidence, d’une constante rigueur sur ce point. Je ne considère pas pour autant François Fillon comme étant le représentant d’un Pétainisme… même si son conservatisme « versaillais » et certains de ses penchants idéologiques dont il assume l’affiliation me semble absolument en contradiction avec l’énergie et les nécessités du siècle en cours.

Alors oui, sans hésiter, je voterai demain pour Alain Juppé, fusse en surprenant quelques-uns de mes amis et compagnons de route politique. Bien que la plupart ont compris depuis longtemps que ma liberté de parole et d’action n’a jamais été entamée par les logiques de « fausse fidélité », car j’ai su en assumer de vraies, et de respect à la « ligne » (la bonne, évidemment).

Au contraire, avec quelques millions de Français, j’aurai l’impression (et davantage encore) de participer à un des rares moment de démocratie offert à tous.

Je ne donne ici aucune leçon de civisme à quiconque, et je n’en ai aucune à recevoir.

« Rester dîner à la maison…  » avec Philippe Awat

Mes lecteurs l’auront remarqué, j’écris uniquement sur les pièces de théâtres que j’apprécie. C’est un choix… et pourtant j’ai parfois envie de crier jusqu’à l’imposture.

Qu’on ne se méprenne pas alors avec ce papier sur la pièce de mon ami Philippe Awat. Son travail m’a si profondément ému – ainsi que toute la salle – présente au Théâtre-Studio / Cie Christian Benedetti que je vous invite expressément au déplacement.

Ma mère m’a fait les poussières traite magnifiquement, sans pathos, avec la légèreté de la vie jusqu’au bout, d’un sujet difficile : la disparition progressive d’un être cher dans les limbes de l’Alzheimer. La vie jusqu’au bout, ce lien entre les êtres qui ne peut se rompre même s’il vient ici à échapper de plus en plus.

Le texte Psaumes Balbutiés est d’une poignante beauté. Erwin Mortier, journaliste, historien et écrivain Flamand, dont la mère est atteinte de la terrible maladie l’a rédigé sous la forme de fragments, de psaumes qui de manière simple forment une mélodie. Celle du bonheur recherché entre un fils et sa mère. Le fils sera jaloux de Bach dont les sonates une journée durant communiqueront, mieux que lui, avec la mère la main posée sur l’enceinte source de vie. Philippe Awat dont la mère flotte dans la même brume que celle de l’auteur, a – avec son autorisation  – inséré de manière limpide des moments de sa propre expérience. Un entremêlement qu’on ne peut découvrir tant l’important travail sur le texte semble n’avoir pas eu lieu.

Il y a des moments de stupeur qui claquent comme des éclairs de lucidité ou d’extinction. Il y a aussi des moments drôles où le fils, mais aussi la mère, l’infirmière, la sœur, l’amie partagent ces trébuchements, ces chutes douloureuses et ces moments cocasses où personne n’est étranger à la douleur mais où tous l’acceptent en décidant de vivre au-dessus. Rire encore.

Philippe Awat ne nous emmène pas dans un abîme noir même si nous l’approchons avec lui en équilibre instable. La disparition progressive sera là, mais elle ne nous sera pas imposée alors que la question centrale me semble être celle des fragments de vie qui restent lorsque la fin approche, quelque qu’en soient les conditions. Quels souvenirs « la petite baignoire bleue et le goût du savon dans la bouche » lorsque l’on est bébé ? Ou l’invitation de la mère « Reste dîner avec nous » à qui l’on redemande d’essayer de le dire à nouveau. Encore et encore : « Dis-moi, dis-le moi… ». Et cette magnifique phrase : « Le temps ne nous lie pas dans l’oubli, il nous effiloche en souvenirs. »

À voir les 26, 28, 29 novembre (20h30) au Théâtre-Studio / Cie Christian Benedetti. 94140 Alfortville.

Réservation : 01 43 76 86 56 ou www.theatre-studio.com

Métro : ligne 8, arrêt École vétérinaire, puis 10 minutes à pied ou bus 103.

Puis le 9 décembre (20h30) au Théâtre Jacques Carat (saison hors les murs) Le Foyer de Cachan, entrée public rue du Loing, 36 avenue du Président Wilson 94230 Cachan.

Réservations : 01 45 47 72 71

Traduction : Marie Hooghe

Mise en scène : Philippe Awat

Dramaturgie, regard extérieur et direction d’acteur : Guillaume Barbot

Avec Philippe Awat et Pascale Oudot

Lumières Nicolas Faucheux

Son Victor Belin

Coproductions Compagnie Du Feu Follet / Théâtre de Chelles avec le soutien des Théâtrales Charles Dullin.

Ce spectacle est proposé dans le cadre des Théâtrales Charles Dullin qui se déroulent du 4 novembre au 11 décembre 2016 dans plusieurs théâtres du Val-de-Marne. Son directeur artistique est Guillaume Hasson, avec le conseil de Maria Cristina Mastrangeli.

L’itinéraire d’une ordure

 

© Photo Danica Bijeljac
© Photo Danica Bijeljac

Avec « L’abattage rituel de Gorge Mastromas » Maïa Sandoz * a réussi une mise en scène magnifique du beau et dur texte du londonien Dennis Kelly, auteur de pièces de théâtre, de scénarios de cinéma, de comédie musicales et d’émissions de télévision. L’occupation du plateau est d’une grande précision et impose aux acteurs une rigueur qui s’accomplit malgré tout dans une grande fluidité. Ils sont tous excellents **.

Un moment de théâtre, une soirée où tout était parfait (ou presque). Un moment rare.

Gorge Mastromas va basculer et changer de vie lorsqu’il se fera complice de la banquière ultra-libérale qui rachète la société de son patron et met sur la paille ses employés. Complice et bénéficiaire d’une première enveloppe financière dont il saura vite comment la faire fructifier – avec la même méthode – et devenir ainsi un des ces « élus » qui dominent le monde pour avoir compris comment il marche « vraiment ». Ce sera donc pour lui, à titre personnel fortune et pouvoir… dans une société de pouvoir par la fortune. L’entremêlement des deux destinées, l’individuelle et celle de la société, est crûment révélé.

Bonté ou lâcheté ? Dès l’instant de cette plongée dans l’ignoble jusqu’à l’assassinat, Gorge ne se posera plus la question.

En revanche Dennis Kelly et Maïa Sandoz nous la posent frontalement. La metteur en scène a d’ailleurs par principe la volonté et l’habitude d’interpeller ses spectateurs par un théâtre qu’elle qualifie de « proximité » physique, politique et émotionnel.

À voir les 11, 12, 14, 15,16, 17, 18 novembre (20h30) et 19 novembre (16h30 et 20h30) au Théâtre-Studio / Cie Christian Benedetti. 94140 Alfortville.

Réservation : 01 43 76 86 56 ou www.theatre-studio.com

Métro : ligne 8, arrêt École vétérinaire, puis 10 minutes à pied ou bus 103.

Ce spectacle est proposé dans le cadre des Théâtrales Charles Dullin qui se déroulent du 4 novembre au 11 décembre 2016 dans plusieurs théâtres du Val-de-Marne. Son directeur artistique est Guillaume Hasson, avec le conseil de Maria Cristina Mastrangeli.

* Maïa Sandoz est comédienne, metteur en scène et dirige la compagnie L’Argument cofondée en 2006 avec Paul Meulin. Depuis 2016, elle est en résidence au théâtre de Rungis pour trois ans.

** Adèle Haenel, Aurélie Vérillon, Paul Moulin, Serge Biavan, Gilles Nicolas, Maxime Coggio et Christophe Danvin.