Une analyse nécessaire sur le second tour : éclaircissements et la banalisation

À une semaine du second tour de la présidentielle, les Français vont avoir un choix clair pour l’avenir de la France.

D’un côté Marine Le Pen, candidate d’un parti ouvertement xénophobe, raciste, dont de nombreux membres sous soumis à des procédures judicaires avec des accusations graves, bref un parti d’extrême-droite si l’on veut bien accorder encore un peu de sens aux mots et à l’Histoire. Ajoutons que la candidate qui se dit du peuple est aussi une héritière fortunée.

De l’autre Emmanuel Macron, modèle du mérite républicain dont les engagements et les valeurs sont au service des libertés, au service de la République, ancrés dans notre démocratie et l’identité de la France généreuse et ouverte. Un candidat qui a osé rompre avec les pratiques de partis politiques usées dont les Français ne veulent. Ils ont d’ailleurs validé cette irruption inédite dans le paysage politique en le plaçant premier le soir du premier tour.

C’est pourquoi, il est nécessaire – alors que nous savons que Marine Le Pen va, une nouvelle fois, va recueillir des millions de voix – d’analyser sérieusement les événements qui viennent de se dérouler cette dernière semaine.

À droite chez Les Républicains (LR), pour des raisons probablement variées, la parole de la totalité ou presque des grands leaders est sans équivoque. Nicolas Sarkozy, ancien président, François Fillon, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, anciens premiers ministres, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Christian Estrosi, présidents de Conseils régionaux, mais aussi d’autres figures comme Rachida Dati ou Nathalie Kosciusco-Morizet appellent a faire barrage à Marine Le Pen et donc… à voter Emmanuel Macron. Viennent-ils tous d’être brutalement frappés ou convertis par une « macronite » aigüe ? Non, bien sûr ! Ils votent pour la République, cet espace commun qui nous permet, quels que soient nos idées et nos engagements, de faire vivre notre démocratie chèrement acquise, notamment contre le fascisme et le nazisme.

À gauche, de manière toute aussi claire, directe et attendue, le Parti socialiste (PS) a immédiatement appelé à voter pour Emmanuel Macron. De même, fidèle en cela à son histoire où son engagement à lutter contre l’extrême-droite en toutes circonstances, le Parti communiste français (PCF), a demandé à ses électeurs de soutenir le candidat En Marche ! le dimanche 7 mai.

Ces deux partis sont-ils tous deux en train de nier leurs propres programmes, de tourner le dos à leurs convictions ? Évidemment non et ils ne manquent pas, à juste titre, de le souligner. Chacun sait que dès l’ouverture de la campagne des législatives ils s’engageront à nouveau pour la défense de leurs idées et que leurs candidats ne manqueront pas d’audace pour tenter de remporter de nombreuses victoires.

Il reste le cas, décidemment très particulier et personnel, de Jean-Luc Mélenchon. Après un mutisme de plusieurs jours étonnant pour un responsable politique qui vient de remporter une victoire incontestable en rassemblant des forces vives nouvelles, notamment de nombreux jeunes électeurs primo-votants, le leader de La France insoumise, quasi subrepticement sur son YouTube, a déclaré : « Je ne voterai jamais pour Marine Le Pen. » Quel langage alambiqué ! Quelle surprise ! Lui a-t-il fallu tous ces jours de réflexion alors qu’en 2002 sa réponse avec été prompte et sans ambiguïté pour le vote Chirac ? Ainsi, on ne saura pas s’il vote blanc, s’il biffe un bulletin d’une formule rageuse, s’il met à nouveau un des siens du premier tour conservé à cet effet… ou s’il votera pour Emmanuel Macron. Quelles circonvolutions d’une pensée brumeuse qui par nature diffuse du brouillard. C’est irresponsable !

En effet, comme ne cessent d’ailleurs de lui dire le PCF et certains de ses amis, le leader de La France insoumise joue avec le feu ! Pas seulement parce que cela pourrait permettre à Marine Le Pen de l’emporter – je ne le crois pas, mais comme beaucoup je n’aime pas à me poser la question – mais plus essentiellement parce qu’il participe – et ce n’est pas à l’insu de son plein gré tant il a de l’expérience à revendre – à la banalisation du Front national. Beaucoup des jeunes qui l’ont suivi ont le feu de la jeunesse en colère qui les anime. Ils sont en souffrance, ils voient leur avenir bouché, ne croient plus aux politiques et veulent du neuf, le « dégagisme » les a convaincu. D’ailleurs LR et le PS en ont payé le prix fort. Mais en n’invitant pas à voter clairement contre Marine Le Pen donc pour Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon laisse à penser qu’au final… il n’y a pas si grande différence entre ses ennemis. Sa position laisse penser que les deux ennemis sont presque identiques. Ce n’est ni plus ni moins que le renforcement de la banalisation du Front national. Les études montrent qu’environ 15 % des électeurs du Front de Gauche sont aujourd’hui prêts à voter pour le Front national. Savent-ils tous que Marine Le Pen est la fille de celui qui a nié l’existence des chambres à gaz dans les camps d’extermination nazis et qu’elle est entourée au plus proche par des personnages qui partagent et diffusent cette opinion révisionniste ? Ont-ils bien écouté, hier encore, les propos racistes et homophobes de Jean-Marie Le Pen, fidèle soutien de sa fille quoi qu’il en pense. 15%, c’est beaucoup. D’autres, qui ne le feront pas, vont s’abstenir ou s’apprêtent à le faire. On voit, c’est le principal danger et une perversion absolue, qu’il y a ceux qui considèrent que l’élection de Marine Le Pen pourrait même être un avantage pensant ainsi que le combat pour la renverser sera plus aisé que celui pour abattre Emmanuel Macron Président, puisqu’elle n’aurait pas de majorité au Parlement ! Conscient du danger, Gérard Filoche, du PS, a eu cette phrase juste : « Essayer Le Pen, c’est comme essayer Hitler : vous avez un ticket aller mais sans ticket retour. Il ne faut donc pas courir un tel risque. »

La vérité est que Jean-Luc Mélenchon n’a qu’une idée – obsessionnelle – en tête, être l’unique fédérateur et leader – sous ses conditions – de l’opposition de demain. Au passage en éliminant, s’il le peut comme il le veut, un PCF en état de faiblesse. Bien triste parcours où l’esprit s’est perdu dans la langue. Comme quoi l’esprit de revanche l’emporte sur la responsabilité.

Il y a bel et bien une banalisation grandissante du Front national. Les vagues d’adhésions sont réelles, les ralliements symboliques mais pour certains significatifs aussi se multiplient. Qu’on en juge par cette dernière semaine : Le Sens commun, Christine Boutin et hier Nicolas Dupont-Aignan sont en campagne avec Marine Le Pen. Ce dernier a été membre de cabinet deux ministres : François Bayrou et Michel Barnier, il est donc le signe que les frontières d’hier se franchissent de plus en plus et que la porosité avec les idées du pire produisent à terme leurs effets.

Dans une semaine, où d’autres événements peuvent encore se produire, c’est bien le choix entre deux France qu’il s’agira de trancher.

Une rupture nécessaire et durable. Une exigence de responsabilité.

Le mouvement En Marche ! n’est pas, comme beaucoup le rêverait, une simple association de bonnes volontés d’idéalistes hors sol, à la dévotion d’un guide surgissant de nulle part. À l’inverse ses racines sont profondes dans une terre de France où, riche de nos débats et combats démocratiques, il est des heures où un sursaut, une bascule, un « changement de paradigme », se produit et s’avère être le moyen d’affirmer une nouvelle vision et de construire une nouvelle organisation de la société politique et plus largement de la société toute entière.

Dans son édition datée d’hier le quotidien Le Monde titrait sur quatre colonnes « Présidentielle : les clés d’une élection hors normes ». Le résultat connu du premier tour confirme que le scrutin provoque une rupture politique carrément énorme. Nous vivons une véritable fracture des anciennes terres politiques, une remise en cause des cadres de références établis de longue date. Viennent de s’écrouler des édifices qui ne tenaient que béquillés par les artifices, les mensonges, les dénis, les politiques de gribouille et parfois les lâchetés. Mais sont posées aussi, pour les tous les premiers rangs, les premières pierres d’une espérance exigeante, optimiste, conquérante et participative d’un nouvel avenir.

1/ Le surgissement

Allons vite – mais ne l’oublions pas ! – sur ce qui est aujourd’hui à juste titre répété sur toutes les antennes même par ceux qui en ont refusé l’idée même. Inconnu il y a seulement trois ans, fondateur d’un mouvement politique il y a presque exactement un an, n’ayant aucun mandat électif à son actif, âgé de moins de quarante ans dans un pays où les tenants des différents pouvoirs sont globalement sexagénaires ou presque ou plus encore, fort d’une activité gouvernementale mais aussi d’une activité dans le secteur privé, Emmanuel Macron a atteint l’objectif qu’il s’était fixé : être le vainqueur du premier tour et devancer Marine Le Pen qui, à l’époque, caracolait en tête des sondages.

La qualité de l’homme qui a parlé directement à tous les Français en sachant les toucher dans leur grande diversité y est sans doute pour beaucoup, comme sa capacité à fédérer et à mettre en action des dizaines de milliers de militants, souvent jeunes et majoritairement de fraiche date. Mais ce succès est tout d’abord la résultante d’une analyse sérieuse des attentes et des besoins du pays qui a débouché sur une vision inédite de la politique. Avec un discours détonnant, surprenant… et au final mobilisateur. Les commentateurs moqueurs, s’ils sont néanmoins sérieux, vont devoir eux aussi analyser les ressorts de cette première victoire, s’ils veulent conserver leur crédit.

2/ Le déblocage

Beaucoup – en premiers les tenants et bénéficiaires de l’ordre ancien de leur pouvoir personnel et de leur carrière « de parti » ont, durant des mois et jusqu’au dernier jour, centré leurs attaques sur l’homme Emmanuel Macron. La logique de la rhétorique politique classique… Ce faisant ils ne voyaient pas – ou se cachaient volontairement la réalité – l’émergence de l’essentiel qui va durer : la montée irrésistible du mouvement En Marche ! La vérité est que l’histoire des sociétés et des hommes est toujours en marche et qu’il fallait vraiment être à ce point dans un monde parallèle pour ne pas voir que ce surgissement était aussi attendu, souhaité par des millions de Français. Qui n’a pu voir, hors les aveuglés dans le noir de leur propre enfermement que la France est depuis des années bloquée : économie et capacité de production d’une très grande fragilité, chômage massif persistant, éducation et formation défaillantes… combats affligeants entre les hommes politiques préférant dépenser leur énergie – et les finances publiques – plutôt que de savoir s’accorder sur des projets majeurs et nécessaires au développement économique et humain.

En effet, notamment dans les moments difficiles et nous y sommes avec la montée des nationalismes exacerbés, une guerre économique mondialisée, un terrorisme barbare sur tous les continents, monte depuis des années une exigence de gouvernement de notre pays en capacité d’offrir la plus grande unité et efficacité possible. L’affrontement « droite » contre « gauche » s’est avéré impuissant malgré les changements de majorité et l’alternance. On peut même dire qu’il a sa part dans l’impuissance constatée à relever ces défis.

Le mouvement En Marche ! n’est pas, comme beaucoup le rêverait, une simple association de bonnes volontés d’idéalistes hors sol, à la dévotion d’un guide surgissant de nulle part. À l’inverse ses racines sont profondes dans une terre de France où, riche de nos débats et combats démocratiques, il est des heures où un sursaut, une bascule, un « changement de paradigme », se produit et s’avère être le moyen d’affirmer une nouvelle vision et de construire une nouvelle organisation de la société politique et plus largement de la société toute entière. Ce processus est désormais ouvert et nous pourrons rapidement en évoquer les conditions concrètes, notamment pour ce qui relèvera de la fameuse « majorité législative » qui fait beaucoup parler. À tort et à travers.

Mais aujourd’hui l’urgence est de confirmer la victoire, bien sûr d’abord du projet porté par Emmanuel Macron, mais plus encore selon moi. En effet il ne s’agit pas seulement de battre le Front national et sa candidate Marine Le Pen, il s’agit de la devancer le plus largement possible. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’affirmer au monde une « certaine idée de la France », celle de la France des libertés face à la France de l’obscurantisme, de la xénophobie, du racisme et du repli identitaire. De la haine de l’autre. C’est pourquoi je reste ce matin encore surpris par le silence de Jean-Luc Mélanchon et les propos de ses plus proches. Comment d’un côté clamer qu’il ne faut pas confondre l’élection présidentielle et les prochaines élections législatives et affirmer sur les plateaux médiatiques que, pour le second tour, chacun fera « selon sa conscience et doit se sentir libre » comme je l’ai entendu en ma mairie de Montreuil dans la bouche d’une élue locale du Front de Gauche lors de la proclamation des résultats sur notre ville, et de manière paradoxale mêler justement les deux scrutins ? Dans quinze jours, nous voterons pour notre mode de vie commune, pour notre démocratie. Et lors des élections législatives, nous voterons pour nos idées, les programmes que nous considérons être les meilleurs pour nous. Oui, je croyais que Jean-Luc Mélenchon allait être plus clair, comme l’est par exemple le Parti Communiste Français et tous les grands leaders des partis républicains. J’ai beau savoir qu’il souhaite le détruire pour prouver qu’il est le seul représentant de la gauche « radicale », je sais que son attitude choque certains de ses électeurs. J’espère encore que La France insoumise n’est pas insoumise à la démocratie.

3/ La double exigence

La responsabilité confiée à Emmanuel Macron lors de ce premier tour est d’une grande exigence pour le futur et elle est portée par une forte énergie créatrice. Celle-ci est pour partie générationnelle, disons plutôt des 20-40 ans, qui ne se voient pas d’avenir ou qui vivent dans la crise depuis des années tout en étant porté par un élan vital inextinguible. Cet élan des hommes et des sociétés qui, au-delà de tout, veulent survivre d’abord, vivre surtout, aimer et faire humanité. Souvent par la débrouille et des efforts insensés, des déprimes surmontées, des insultes à leur situation ravalées, souvent seuls dans les adversités, ils ont envie d’une liberté plus grande pour agir, travailler, se former, être reconnus. On les dit individualistes parfois. Comment ne le seraient-ils pas tant leurs efforts sont personnels et quotidiens, tant leur parole, leurs cris, voire leurs « débordements » et colères ne sont pas entendus. Ils ne veulent pas une société de la jungle, ils sont souvent dans leurs actes très solidaires et c’est pourquoi ils ont aussi un fort attachement, et donc une mémoire, à la solidarité nationale, notamment concernant la maladie, la vieillesse et le chômage. Ils savent que cet héritage, même s’ils n’en connaissent pas toujours l’histoire et les combats pour l’obtenir, est constitutif de notre société. Même aussi s’ils pensent que les préserver passe par un mode opératoire nouveau de leur mise en œuvre.

Comment expliquer autrement cette génération « spontanée » qui a mené la campagne de En Marche ! qui a étonné par son ampleur, sa vivacité et sa qualité.

Je n’oublie pas le succès réel du candidat Jean-Luc Mélenchon, ni celui de Marine Le Pen. Leurs scores, comme celui d’Emmanuel Macron, ne peuvent être réduits à leur personne.

Car s’il y a incontestablement une rupture politique majeure et durable avec la première place obtenue par le fondateur de En Marche ! il faudrait être aveugle pour ne pas voir la rupture possible entre deux France : l’une qui se sent conquérante et veut agir et l’autre qui se sent délaissée, perdante, et veut prendre sa revanche. Le fameux « tour social » dans les manifestations. J’y reviendrai plus tard.

Pour les quinze prochains jours, l’important pour moi ne doit souffrir d’aucun égarement. Il faut que la France offre, de la manière la plus éclatante possible, son visage de liberté, ce beau visage d’une histoire qui éclaire et émerveille encore tous les démocrates et les résistants en but aux dictatures du monde.

Je ne doute pas que les Français seront dignes de cette responsabilité.

Citoyens, encore un effort ! Profitons de cette dernière semaine de réflexion.

Regardons les programmes, lisons les professions de foi. Sérieusement car c’est notre responsabilité de citoyen libre dans un pays libre et démocratique. Puis votons en notre âme et conscience. Sinon, ne nous plaignions pas.

Quel sera l’heureux élu vainqueur du champ de batailles sondagières dont les fins stratèges organisateurs viennent d’avouer en cette fin de partie qui leur était accordée… qu’ils ne pouvaient en fait rien prédire. Vraiment rien. C’est vrai, c’est l’histoire de la fameuse « photographie de l’instant T ». Mais il reste qu’il y a encore plus de 30 % d’électeurs indécis ! Ces Français décidément… Alors chacun relativise ses propos avec le joli mot d’inédit. Ha ! la belle affaire…

Avant, un court regard sur la « photographie » du moment, celle de la dernière tendance. Le socle de Marine Le Pen reste solide, la vague de crête d’Emmanuel Macron de même, François Fillon reste embourbé et la « remontada » souhaitée par Benoît Hamon… est réussi par Jean-Luc Mélenchon qui désormais engrange deux fois plus d’intentions de vote que celui qui lui proposait une « belle alliance populaire » sous son sein.

Ainsi ils seraient quatre pour le sprint final. Un premier duo où la ligne haute oscille entre 24 et 22 points, un second où elle se situe entre 20 et 17,5. Un « mouchoir de poche » qui ressemble davantage à une nappe de table. Nous verrons. Alors inédite cette élection ? Oui, mais pas uniquement par ce regroupement final, plus fondamentalement parce que nous assistons à un bouleversement politique inédit et que nous l’oublions. D’autant que certains acteurs de premier plan oeuvrent ardemment pour le masquer puisqu’il éclaire leurs faillites répétées.

Depuis des années, l’alternance des deux pôles principaux au pouvoir alternativement a donné le rythme de la mobilisation de la « droite » contre la « gauche » et réciproquement. Jusqu’à lasser le pays et provoquer une défiance croissante des électeurs à la hauteur de leurs échecs. Un rejet non pas seulement des hommes et femmes politiques, mais de la politique tout court.

Le Parti socialiste, assemblant vaille que vaille sous une autorité minée par les conflits, les egos des contraires absolus et une pratique de la synthèse synonyme de tous les renoncements, s’est interdit toute capacité d’agir. Dans un sens ou un autre. Chez ceux qui se nomment aujourd’hui Les Républicains, la politique de la gestion du pouvoir réservée aux siens, sans vision, sans réforme, sans actions a été le lot des deux anciens présidents. Jacques Chirac (suivi en cela par François Hollande) et Nicolas Sarkozy – malgré ses talents de crieur de foire jamais essoufflé – ont tout deux suivi la même politique : « Pressons-nous de ne rien changer ». Ne pas brusquer leur électorat fuyant fut même la mère de toutes les « prudences ». Enfin, jusqu’à ce que, voyant que le Front national chassait sur leurs terres, c’est vers lui que les plus dangereux stratèges ont conduit le cap d’un vaisseau amiral devenu barque de sauvetage pour des rivages incertains et dangereux.

N’oublions pas que pour (dé)couronner le tout, voilà que le Président en exercice ne se présente pas à sa succession ! Et cela au moment où le système des primaires, dès sa seconde utilisation, a été détourné en un jeu à plusieurs bandes par nombre d’électeurs. C’est ainsi que François Fillon ne représente qu’une seule f(r)action de son camp et que Benoît Hamon s’est trouvé d’entrée au cœur d’un jardin de roses parsemé des pierres encombrantes des frondeurs du PS.

Comment s’étonner alors du caractère inédit de cette campagne et de l’indécision de nombreux électeurs ?

Ajoutons enfin que le candidat Emmanuel Macron, venu de nul parti, quasiment de nulle part, inconnu il y a deux ans, surgit avec toute sa fougue de jeunesse et son culot. Certes, il fut moqué au départ car son initiative apparaissait insensée et en totale contradiction avec les fondements solides de la politique d’hier (institutions, force des partis, poids de l’expérience, etc.) puis en quelques mois de campagne, le voici promis, avec de fortes probabilités, à figurer parmi les possibles. Et cela, en revendiquant une vision et une stratégie politique en dehors du traditionnel clivage droite-gauche et souhaitant une France forte dans une Europe forte. Personne ne l’a vu arriver, puis très nombreux sont ceux qui n’ont pas voulu le voir arriver, ont prévu sa chute imminente. En fait ils ont rêvé et annoncé son déclin entrevoyant qu’il pouvait être pour leurs positions acquises et leur référentiel de pensée un véritable cauchemar.

C’est à ne plus y retrouver ses repères (pour les derniers qui restaient), ses « petits », sa famille… Alors répétons-nous, ce bouleversement politique radical interroge naturellement l’électorat, car voilà l’inédit. Rien de plus normal.

Il reste aujourd’hui moins d’une semaine pour prendre sur soi et faire effort pour que la raison l’emporte sur l’émotion. En effet cette dernière est d’autant plus forte que la communication – c’est un autre sujet, mais de grande importance – a pesé comme jamais, jour après jour, sur tous les esprits. Provoquant de saines interrogations et diffusant des pollutions majeures en créant des zones de confusion, pour certaines soigneusement nourries.

Quelques courtes journées nous sont offertes – dans un relatif silence – pour prendre notre décision.

Certains, c’est mon cas depuis de longs mois, ont choisi. D’autres hésitent.

Je distingue les principales tendances suivantes.

À droite beaucoup y perdent leur sens commun et s’interrogent sur la capacité de François Fillon à les emmener à la victoire. Des proches de Nicolas Sarkozy ne clament-ils pas : « Il nous conduit dans le mur » alors que des amis d’Alain Juppé appellent à voter Emmanuel Macron jugeant son programme comme le plus sérieux et équilibré. À noter que ces deux leaders, pour l’instant, ne se sont pas montré en meeting…

À gauche, Jean-Luc Mélenchon réalise pour son dernier tour de piste pour une élection présidentielle une campagne classique – meeting bondés avec faconde aux nombreuses citations historiques – mais innovante sur certains points – hologrammes et émissions YouTube – qui donne un vernis nouveau à un programme somme toute très convenu. Mais il est le marqueur de gauche le plus identifié. Enfin d’une certaine gauche, car même si l’admirateur d’Hugo Chavez refuse le qualificatif d’extrême gauche, il la connaît bien pour en être issu, ses propositions économiques le sont. Le cœur n’est pas raison, mais il peut battre à cet endroit comme cri de protestation et proclamation d’espoirs relevant du mythe.

À propos de cœur, il y en a un qui bat la chamade chez les électeurs annoncés de Benoît Hamon. Beaucoup d’entre eux ne souhaitent pas un second tour Le Pen-Fillon ou Le Pen-Mélenchon (cas de figure auquel je ne crois pas) notamment parce qu’ils sont attachés à l’idée européenne même s’il faut, naturellement, la remettre sur les rails. Or ils constatent que leur fidélité à l’engagement qu’ils ont pris lors du vote de la primaire risque d’aboutir à ce résultat qu’ils refusent. De quel côté vont-ils au final pencher ?

Tout est donc inédit, mais aussi dans cette obligation d’une réflexion sur le fond et l’essentiel qui se joue en ce moment.

Il est un point sur lequel le mot inédit ne convient malheureusement pas, c’est celui de la présence annoncée de Marine Le Pen au second tour. Peut-on espérer que cette prévision soit rejetée le soir du 23 avril, je n’y crois guère même si je la souhaite. Ce qui est certain c’est que le Front national sera apparu comme une force « en capacité » de gagner comme elle le fut lors des dernières élections régionales. Ce n’est donc plus inédit, mais il faudrait que cela le redevienne lors des prochains scrutins. Avant, il faudra au nouveau président de la République et aux citoyens beaucoup d’efforts : d’actions pour relever le pays en écoutant vraiment ses douleurs pour le premier et de réflexions pour les seconds pour ne pas se fourvoyer dans de dangereuses impasses.

Profitons de cette semaine. Regardons les programmes, lisons les professions de foi. Sérieusement car c’est notre responsabilité de citoyen libre dans un pays libre et démocratique. Puis votons en notre âme et conscience. Sinon, ne nous plaignions pas.

UN PREMIER TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE OÙ TOUT EST ENCORE POSSIBLE… MAIS UN FUTUR POLITIQUE D’ORES ET DÉJÀ PROFONDÉMENT NOUVEAU.

Sur la nouvelle carte politique qui se dessine, les boussoles et les thermomètres, aux indications encore incertaines pour le vote du 23 avril, ont néanmoins indiqué dès maintenant les fractures politiques de demain.

J’ai écrit sur ce même blog ou sur facebook, et à plusieurs reprises, combien il était assez vain d’interpréter les sondages jusqu’à ce qu’arrivent ceux des deux semaines précédant le premier tour de l’élection présidentielle. Nous y sommes. D’une certaine manière, je me suis trompé même si des éclaircissements essentiels et des changements profonds et de longue durée apparaissent inéluctables dans la vie politique française.

UN PREMIER TOUR AUX NOMBREUSES HYPOTHÈSES POSSIBLES

Ces derniers jours et dernières heures inclinent à laisser penser qu’il y a 4 candidats qui peuvent être au second tour, dont Jean-Luc Mélenchon (dans Les Échos de ce matin Cécile Cornudet écrit : « C’est vers lui que vont les jeunes. Avec ses hologrammes et ses meetings en mode stand-up, il est finalement le seul à avoir dépoussiéré la façon de faire campagne. » Évidemment si la multiplication des hologrammes agit comme la multiplication des petits pains…). Personnellement, je n’y crois pas un seul instant.

Il reste en revanche trois noms dont François Fillon qui a encore incontestablement des réserves de voix parmi ceux qui, il l’a très bien noté dans son meeting d’hier, ne l’aiment pas… mais qui se disent qu’en fin de compte il n’y a que lui pour représenter la droite. Certains vont donc le soutenir, donc voter pour lui, pour cette simple raison.

Marine Le Pen reste évidemment stable, et le plus souvent en tête au premier tour. On peut écrire évidemment car son électorat lui pardonne tout visant à « retourner la table » ou, mesurons bien cette attente, à croire en un espoir nouveau où le repli sur soi apparaît pour eux comme une vraie défense de ceux qui souffrent et non une défaite de l’esprit et de l’économie. Malheureusement, ses récents propos sur la rafle du Vél d’Hiv – une négation de l’Histoire qui confirme que le Front national n’a en rien changé sur le fond de ses idées – ne modifieront rien. Pour faire baisser les soutiens à Marine Le Pen, les futurs gouvernements vont devoir, durant des années, répondre aux vraies questions posées par ce sentiment d’isolement, de rejet et de stigmatisation vécu par des populations qui sont loin d’être majoritairement fascistes ou d’extrême-droite mais qui votent pour la dynastie Le Pen, un peu par défaut et colère mais beaucoup pour vraiment changer leur vie. Ils se trompent lourdement, mais…

Emmanuel Macron s’est détaché, parfois en tête dans les sondages, et apparaît comme un très probable candidat présent au second tour. À tel point tel qu’il est devenu la cible prioritaire de tous ses adversaires, ce qui est logique.

Mais, cette campagne qui ne nous a rien épargné dans le sordide est encore capable de nous étonner dans ce qu’elle produit de pire : fake news, coups montés et tordus, insultes, etc. qui peuvent influencer et tromper les nombreux indécis – fait nouveau à une date aussi proche de l’échéance – et donc tout (ou presque) reste possible. Nous restons encore dans un certain brouillard concernant le tiercé de tête. Heureusement, du moins peut-on l’espérer, la campagne électorale intéresse de plus en plus les Français et il se peut que les interventions de la campagne officielle de chaque candidat se traduisent par une volonté de participer au vote plus grande. Ce qui, d’ordinaire, entraîne à la baisse le poids des candidats « extrêmes ».

UN ÉCLAIRCISSEMENT INÉDIT SUR LES FUTURS RAPPORTS DE FORCE POLITIQUES

Benoît Hamon, largement décroché, non seulement ne fait pas partie du trio de tête, mais symbolise de manière éblouissante le futur du Parti socialiste et de l’ancienne gauche. Certes, plutôt apathique, il n’est pas un candidat tranchant. De plus, en changeant de programme en cours de route, ayant perdu de l’énergie et de la clarté dans son jeu de « Je t’aime, moi non plus » avec Jean-Luc Mélenchon, il s’est largement décrédibilisé. Mais en vérité, il s’est trouvé au moment où « les deux gauches irréconciliables », que l’habilité des sorciers PS ont masqué durant des années, ne pouvaient plus restés unies derrière un candidat. D’autant plus qu’il emboîtait le pas d’une gauche, raffermie selon lui. Cela apparaissait bien pour les frondeurs rêvant de reconquête après ce qu’ils considéraient être l’échec du quinquennat de François Hollande, mais c’était le suicide programmé pour de nombreux socialistes y compris historiques. Benoît Hamon en paie le prix fort. Il constate qu’une partie de « ses » troupes partent vers Jean-Luc Mélenchon et qu’une autre s’engage avec Emmanuel Macron. On peut être habile avec la fronde, on ne l’est pas nécessairement au jeu du boomerang.

Cette photographie actuelle – qui peut d’ailleurs être aggravée par un score plus bas du PS que celui annoncé aujourd’hui – nous propose le dessin du futur de la gauche. Un pôle, important, autour des idées et des méthodes de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi du Parti Communiste Français (même s’il est effacé et inexistant comme l’est son premier dirigeant Pierre Laurent), des Frondeurs et peut-être de personnalités socialistes « à la marge » comme Arnaud Montebourg. On dira, par facilité et pour reprendre son vocabulaire, la vraie gauche. Il sera intéressant de suivre dans les mois qui viennent ce qu’il adviendra de ce nouvel attelage. Il ne faut pas oublier que durant ces dernières années le Front de gauche s’est déchiré, décomposé, recomposé à tel point qu’il ne doit pas y avoir un grand nombre de Français qui puissent en nommer toutes les composantes actuelles. Essayez… et bonne chance ! L’avenir du futur de ce nouveau pôle aimanté autour de l’Insoumis Mélenchon va sûrement nous proposer de nouveaux feux d’artifices (politiques) et de nouvelles explosions (des égos).

Enfin, on voit mal comment la gauche social-démocrate ou social-libérale va pouvoir peser en restant (peut-elle d’ailleurs en prendre les rênes ?) dans un Parti socialiste exsangue. La SFIO avait été tuée par le Parti d’Épinay, ce dernier sera tué par l’élection de 2017. Au passage, notons le hara-kiri des Verts mendiant quelques postes à un PS prêt à beaucoup pour grapiller quelques points. Il est vrai qu’EELV était depuis quelque temps en phase terminale.

À droite, le paysage n’est pas moins morcelé. François Fillon, afin de sortir de l’impasse dans laquelle son indigne comportement personnel l’a conduit (d’où la multiplication de ses excuses) et dans l’attente des décisions de Justice qui seules sont habilitées à juger de sa culpabilité ou de son innocence concernant les accusations autour des « emplois fictifs », a durci sa campagne autour d’un noyau dur de conservateurs… bien entourés par des idéologues proches du Front national… le tout bien encadré par les activistes Sarkozystes de tous les combats pour redonner vie à l’ancien chef Président. La conséquence est claire, sauf s’il parvient à être élu (ce qui sera le cas s’il parvient au second tour), la droite républicaine actuelle va elle-aussi être bouleversée. D’une part certains de ses membres vont rejoindre ceux déjà en marche autour d’Emmanuel Macron, et le combat entre les prétendants d’un parti qui restera puissant devrait être aussi saignant qu’il le fût lors du combat Fillon-Copé.

Avec une question de première importance – toujours dans l’hypothèse d’une victoire d’Emmanuel Macron – quelle ligne politique pour espérer emporter la victoire en 2022 ? Ce parti, toujours à la recherche d’un chef, devra choisir entre une ligne conservatrice dure – qui aurait donc perdu deux fois, avec François Fillon après avoir connu le même sort avec Nicolas Sarkozy – et une ligne plus ouverte sur le centre et plus en phase avec un nombre plus important de Français. La seconde option étant déjà largement conquise par Emmanuel Macron par ailleurs au pouvoir. Bouillonnants et terribles affrontements en perspective.

Alors… si ni gauche de gouvernement ancienne et… si ni droite de gouvernement ancienne ? Avant leur recomposition, qui aura lieu dans des conditions encore illisibles aujourd’hui, il restera cette force émergente, mais à solidifier en parti et avec ses élus (ceux des législatives prochaines et des prochaines municipales notamment), à savoir le mouvement En Marche !

Si Emmanuel Macron l’emporte, ce qui est véritablement dans le domaine du possible, il sera l’élu porteur d’une immense espérance d’un véritable renouveau de la politique. Beaucoup disent : « Ce sont des mots… tenus par tous les candidats ». Ce n’est pas faux, mais il faut être aveugle pour ne pas voir au-delà de l’espérance qui a permis l’irruption d’un « inconnu » à ce niveau de la responsabilité politique reconnue, l’émergence de la constitution d’un troisième pôle inédit – bien que souvent attendu par les Français – celui du Centre, si l’on s’en tient à une dénomination qui permet une situation entre Droite et Gauche.

En vérité, Emmanuel Macron peu réussir un agrégat solide assemblant des énergies anciennes du centre-droit et du centre-gauche qui, tous deux, ont toujours existé sans pouvoir réellement s’exprimer même si François Bayrou en fut une expression forte, ce qu’il est toujours. Ce n’est pas encore fait bien sûr, mais c’est pourtant – quel que soit l’élu – l’enjeu principal du vote du 23 avril. Pour tous ceux qui l’espèrent afin de mettre fin à un monde de défiance en injectant des forces nouvelles et pour tous ceux qui le redoutent dont la plupart ont des positions anciennes à conserver.