• Clermont-Ferrand; Tsargrad; Barcelone; Tanger; Washington.

    Oriana Eliçabe Enmedio   Clermont Ferrand; Tsargrad; Barcelone; Tanger; Washington.   sunday press    Daniel Chaize
    Grève générale à Barcelone en 2012. Pavé gonflable… et retour à l’envoyeur. © Oriana Eliçabe / Enmedio.info

    Sunday Press / 19

    En juin 2013, les librairies Virgin mettent la clé sous la porte. En décembre 2013, 57 librairies Chapitre sont en liquidation judiciaire. Plus de la moitié a retrouvé repreneur mais quatre cents salariés ont été licenciés. Fin 2013, recul général de « ,5 % des ventes de livres. Les grandes surfaces culturelles accusent une chute de 8,5 % ; les librairies indépendantes de premier niveau (soit les cinq cents premières librairies), une baisse de 1 %. Juin 2014, recul de 6,5 % des ventes de livres par rapport à juin 2013. 607 nouveaux romans paraîtront à la fin du mois d’août.

    Christine Ferniot, Télérama, du 23 au 29 août, n° 3371.

    (…) En dépit de la posture monarchiste adoptée jadis en Vendée, Philippe de Villiers marche sur les brisées de Napoléon : il commence sa retraite de Russie. S’il nous est encore possible d’en rire, c’est que son vœu le plus cher n’est pas encore exaucé. Car l’ex-secrétaire d’État chargé de la communication, officiellement retiré de la vie politique, affirme sans rire dans le Figaro qu’il nous faudrait, « à la place de Hollande, un gars dans le genre de Poutine ». Un vrai patriote, ce serait sans doute épatant, mais notre vicomte le rêve autoritaire et déterminé, comme le président russe. Il faut dire que Vladimir Poutine soutient un fastueux projet culturel, rien de moins que la version russe des spectacles du Puy du fou, mis en moujik par Philippe de Villiers. Et pas n’importe où ! Ce sera à Tsargrad, en Crimée. Les foules émues se presseront bientôt pour assister à la reconstitution de l’histoire de la Sainte Russie, celle d’Ivan le Terrible, de Pierre Le Grand et de Catherine. De bons tsars, qui laissèrent d’impérissables souvenirs aux peuples de l’empire, et tout particulièrement aux Polonais qui avaient le tort d’être aussi catholiques que les Vendéens. Ou même aux vieux-croyants, parfaitement russes et fidèle de l’ancienne Église orthodoxe qui s’immolèrent par le feu pour protester contre les réformes de Pierre Le Grand. De quoi faire du grand, du très grand spectacle, mais Moussorgski y avait songé un peu avant Philippe de Villiers. (…) Magnifique projet, qui était, déjà, celui de Staline, lorsqu’il eut assassiné la quasi-totalité des anciens bolcheviks. (…) À n’en pas douter, la Russie attendait Philippe de Villiers pour connaître son histoire. Elle qui n’avait jamais connu qu’Eisenstein, ou même Tolstoï, Dostoïevski et Soljenitsyne ! D’autant que le sauveur français de la culture russe s’est associé à un grand militant de la Sainte Russie, le richissime Konstantin Malofeev, mécène des populations russophones d’Ukraine. (…) La France se distinguait de l’Otan quand l’URSS, au zénith de sa puissance militaire représentait une véritable menace. Elle est aujourd’hui parfaitement alignée sur une Europe en quête de frontière orientale, pour arrêter on ne sait quelles hordes d’Eurasie. Tant et si bien qu’un politicien au rancart, redevenu producteur de spectacle, peut faire passer une démarche commerciale pour une contribution à la paix. (…) La diabolisation de la Russie et des minorités extérieures qui s’en réclament devient le nouvel impératif catégorique des intellectuels en quête de justes causes. Philippe de Villiers retourne sans mal le compliment, en proposant l’allégeance à Vladimir Poutine comme alternative à l’alignement politique et culturel sur les Etats-Unis. Toutes proportions gardées, le voici dans le rôle des communistes de 1950, fort bien placé pour mériter le prix Staline ! Pardon, le prix Poutine, dont la création sera justifié par la restauration de la culture utile à la Russie, héritière du réalisme socialiste.

    Guy Konopnicki, Marianne, du 22 au 28 août, n° 905.

    (…) À peine le rocher de Gibraltar a-t-il disparu dans les nuages que l’on met le pied sur le sol d’une Afrique presque inconnue. Tanger, certes, figure dans les guides touristiques mais, comme un coucou, elle a dû pondre ses œufs dans d’étranges nids, et le voyageur qui désire s’informer doit acquérir un ouvrage consacré à d’autres pays – l’Espagne, le Portugal ou l’Algérie. Il n’existe pas de guide du Maroc et par conséquent aucun moyen de savoir, quand on quitte Tanger, où la longue piste qui traverse le Rif va nous mener, en tout cas dans le sens que prête à ce terme celui qui est habitué aux certitudes européennes. Le vent de l’imprévu souffle depuis les cols inaccessibles de l’Atlas. L’impression  d’aventure est intensifiée par le contraste entre Tanger la cosmopolite, la surannée, la familière, Tanger que tout touriste visite depuis quarante ans, et ce vaste pays inconnu qui commence au-delà. (…) Avec de telles perspectives il était bien difficile, en ce lumineux matin de septembre 1917, de ne pas quitter promptement Tanger, bien difficile de rendre justice à cette ville bleu pâle, adossée à l’intérieur de remparts ocre contre les jardins touffus de la « Montagne », à l’animation de sa place du marché et à la secrète beauté de ses rues arabes escarpées. Tanger grouille de gens habillés à l’européenne, il y a des enseignes en anglais, en français et en espagnol au-dessus de ses échoppes, des stations de fiacres dans ses squares ; elle est, comme Alger, une sorte de point de passage obligé pour le voyageur. Mais, après une dernière faille de la « Montagne », s’étend un monde de mystère sur lequel se lève l’aube rosée. La voiture nous attendait devant la porte et nous sommes partis.

    Edith Warton (1862-1937), extrait de Voyage au Maroc (1920), le un, du 20 août, n° 20.

    (…) Qu’est-ce qu’un objet désobéissant ? C’est l’outil de la contestation. Une pancarte brandie pendant
un piquet de grève, par exemple. Prenez les ballons gonflables en forme de pavés géants envoyés par les manifestants sur les forces de police lors de la grève générale de Barcelone en 2012: ils ont 
été inventés pour ridiculiser les autorités. En recevant ces ballons, les policiers n’ont pas d’autre choix que de tenter de s’en débarrasser
– ils donnent alors l’impression de jouer au beach-volley! – ou de les détruire, ce qui les met dans une position tout aussi absurde. Comment expliquez-vous le succès croissant de ces objets ? Ils sont fonctionnels, créatifs et s’inscrivent dans l’ère de la communication. C’est le cas des Book Blocks, inventés dès 2010 par
des étudiants à Rome, puis à Londres, Oakland, Berkeley, Madrid… Ces boucliers, utilisés pour se protéger, reprennent les titres de couverture de livres défendant la liberté, comme Rights of Man, de Thomas Paine. Si la police attaque, les médias diffuseront l’image des autorités combattant les idées fondatrices de la civilisation. « Disobedient Objects » au Victoria and Albert Museum, à Londres. Jusqu’au 1er février 2015. www.vam.ac.uk

    Gavin Grindon, propos recueillis par Catherine Maliszewski, M le magazine du Monde, du 23 août, n° 153.

    D’une certaine manière, l’amende record que vient d’accepter de payer Bank of America, avec le versement de 16,65 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) consacre la responsabilité des établissements bancaires dans cette crise. Pour les millions de ménages spoliés par les crédits immobiliers toxiques connus sous le nom de « subprimes », cet accord apporte une forme de justice qui faisait cruellement défaut. (…) La structure de l’amende est également intéressante. Bank of America, deuxième établisse- ment de crédit aux Etats-Unis, s’engage à verser 9,6 milliards de dollars à l’Etat fédéral ainsi qu’à six Etats fédérés ; les 7 milliards restants seront dépensés en aides et allégements divers pour les ménages frappés par la crise des subprimes à la suite de prêts engagés par les filiales de Bank of America. Il s’agit, s’est félicité le ministre de la justice, Eric Holder, d’« une étape historique dans nos efforts visant à protéger le peuple américain de la fraude financière ».

    Éditorial, Le Monde, 23 août, n° 21647.



  • Nouveau(x) et nouvelle(s) : livres, baisse de ventes, images, ailes de requin… et bordel chez les Verts

    © Frank Perry AFP   Nouveau(x) et nouvelle(s) : livres, baisse de ventes, images, ailes de requin... et bordel chez les Verts   calepin hebdo    Daniel Chaize
    Les News résistent le mieux dans les kiosques… quand il y en a encore ! © Crédit photo : Frank Perry / AFP

     

    Lundi 18 août / Nouveau chapitre pour ma librairie de fac ! – Réouverture, après six mois de fermeture, de la grande librairie clermontoise Les Volcans. 12 de ses 34 anciens salariés la dirigent désormais en société coopérative et participative (Scop).  Cette librairie phare de la capitale auvergnate, qui fête cette année ses 40 ans, n’avait fait l’objet d’aucune offre de reprise depuis la liquidation judiciaire, le 2 décembre, du réseau Chapitre, propriété du fonds d’investissement américain Najafi.

    Autorisée à rester ouverte jusqu’au 10 février, la librairie avait dû ensuite fermer ses portes comme 23 des 57 librairies du réseau, qui n’avaient pas trouvé de repreneur.  Pour former le nouveau capital de l’entreprise, les anciens salariés ont récolté un million d’euros auprès des banques et de plusieurs organismes de financement. Ils ont par ailleurs injecté l’ensemble de leurs indemnités de licenciement et de leurs droits à Pôle Emploi, soit environ 300.000 euros, et reçu 70.000 euros de dons.

    « On est portés par le monde de l’édition, les financiers et l’Union régionale des sociétés coopératives. Les fournisseurs nous accompagnent en faisant des échéances, des remises exceptionnelles et il va falloir oublier nos casseroles, notre petit confort de salariés et qu’on devienne véritablement entrepreneurs. On a même pris un coach pour apprendre à travailler ensemble. Il y a certes des heurts, des coups de gueule mais aussi de grands moments d’entraide et de rigolade ». C’est ça l’esprit des Scops confirme la cogérante. Outre son nouveau logo et quelques réaménagements, dont la création d’un patio pour accueillir divers évènements culturels, la librairie a embauché dix-neuf nouveaux salariés, qui pourront à terme devenir associés.

    Mardi 19 août / Nouvelle baisse des ventes de la presse. Sur l’année 2013, Presstalis, qui est le principal distributeur de presse en France, a enregistré une baisse de 10,5 % en volume et de 6,5 % en valeur, soit des reculs d’activité en ligne avec ce qui était anticipé. Le marché pâtit de la conjoncture morose, mais aussi de la fermeture des points de vente (- 2,5 % l’an dernier). D’après les chiffres fournis par les deux messageries, Presstalis et MLP, le panier moyen est resté stable au premier semestre, à 3,03 euros l’achat de presse moyen, soit au même niveau qu’en 2013 (3,04 euros) et même plus qu’en 2011 (2,91 euros) et 2012 (2,89 euros). Une explication à cela: les éditeurs ont augmenté leurs prix. C’est vrai des quotidiens, qui ont relevé leurs tarifs l’an passé, mais aussi de certaines familles de magazines, comme la presse enfants ou scientifique, les masculins, les revues d’annonces ou les titres pour adultes, qui ne constituent toutefois pas le gros des ventes. Parmi ceux qui résistent : les news. Les magazines les plus vendus restent ceux consacrés à l’actualité (Paris Match, Le Nouvel Obs, L’Express, Le Figaro Magazine, Le Point…) et les titres people (France Dimanche, Closer, Voici…), qui ont cumulé 254 millions d’euros de vente devant les féminins (Version Femina, Femme actuelle, Elle…), qui ont pesé 162 millions d’euros, et les titres télé (TV Magazine, Télé Z, Télé 7 Jours…), qui ont représenté un volume d’affaires de 125 millions d’euros. Les «news» purs (Le Nouvel Obs, L’Express, Le Point…) résistent mieux grâce à leurs importantes bases d’abonnés (400.000 environ pour L’Obs). Ces trois familles concentrent à elles seules 57 % du marché en valeur et 75 % en volume.

    Mercredi 20 août / Nouvelle relance de l’image d’Epinal. La célèbre imagerie d’Epinal, en activité depuis 1796, a été reprise par deux investisseurs privés et une société d’économie mixte (SEM), contrôlée par la ville d’Epinal, pour un montant global de 850.000 euros

    « Nous voulons que le fonds historique et les nouvelles créations voient le jour sous forme d’objets variés en collaboration avec d’autres marques, dans différents secteurs comme le textile, l’art déco, la papeterie et bien d’autres domaines », a expliqué M. Vexlard, qui entend créer un label « Images d’Epinal ». « Nous allons développer un choix plus large en terme de création, en greffant à l’Imagerie un pool de créateurs de renom identifiés par le grand public et les professionnels : illustrateurs, dessinateurs de presse, graphistes, peintres mais aussi des vidéastes, photographes », a-t-il ajouté.

    L’injection de fonds publics dans le capital de l’imagerie avait provoqué une polémique, en juin, lorsque le projet avait été présenté par le maire UMP d’Epinal, Michel Heinrich: l’un des membres de sa majorité s’était alors inquiété de ces investissements dans des activités qui ne sont pas celles de la ville. L’Imagerie d’Epinal, la dernière de France, a repris la tradition de la légendaire Imagerie Pellerin fondée au XVIIIe siècle. L’Imagerie d’Epinal exploite toujours son patrimoine traditionnel qui va de la planche d’historiettes – ancêtres de la BD – aux célèbres « Chat botté » et autres illustrations de contes de Perrault. Elle innove également en créant des images d’événements contemporains dessinées par des artistes locaux.

    Jeudi 21 août / Nouvelle aile de requins. Une fois n’est pas coutume, le travail des ONG a payé 
en Chine : l’aileron de requin, mets de luxe dénoncé pour ses ravages sur les populations de squales, semble être boudé par les clients chinois. Longtemps réputé pour
ses vertus médicinales et symbole de richesse – le prix d’un bol de soupe d’ailerons peut atteindre 200 euros –, ce plat jadis prisé… ne semble plus avoir plus la cote. A Canton, les prix au détail ont chuté de 57 % en moyenne, selon une étude de l’ONG WildAid. En cause : la cruauté de la pêche, les ailerons étant coupés sur des requins rejetés vivants à la mer sans chance de survie. Le gouvernement chinois a contribué
à ce changement lorsqu’en 2012 il avait banni des repas officiels le mets très prisé de l’élite chinoise. Selon le directeur de WildAid, Peter Knight, cette interdiction a « contribué à envoyer le bon message. Cela pourrait devenir un modèle pour s’attaquer à des problèmes comme l’ivoire ». 25 000 éléphants sont tués en moyenne par an pour un trafic estimé entre 8 et 10 milliards de dollars par an

    Vendredi 22 août / Nouveau bordel chez les Verts.  « Tous les ans, c’est pareil. Ça commence dans le bordel et les déchirements. Mais à la fin on est tous contents. » Ainsi va la vie sur la planète verte… de la couleur de Peter Pan qu’évoquent ensemble Jean-Vincent Placé, François de Rugy ou Denis Baupin pour parler de ce « syndrome (refus de grandir et d’affronter le réel) qui entrave les écologistes. » Cécile Duflot, avec son livre à charge et ad-hominem contre François Hollande, ne s’est pas fait que des amis chez ses amis qui ne voit pas d’un très bon œil ce positionnement vertement éclairé… et très personnel pour l’élection présidentielle de 2017. Un coup, vécu par beaucoup comme nombriliste, certes préparé avec un timing certain mais qui reste pour eux d’un avenir très incertain. Certains s’interrogent sur la concordance avec la démission de Jean-Luc Mélenchon de la co-présidence du Parti de gauche car ils envisagent mal un couple Duflot-Mélenchon qui serait à coup sûr très explosif. Coup(s) média d’été pour quelle suite politique… vraiment tous contents ?



  • Les poulets de Christian Estrosi; la passion ne se rationalise pas; l’idée mère des Lumières françaises; fusiller tous ses ennemis; faire confiance à la lune.

    Poulet Loué   Les poulets de Christian Estrosi; la passion ne se rationalise pas; lidée mère des Lumières françaises; fusiller tous ses ennemis; faire confiance à la lune.   sunday press    Daniel Chaize
    L’ex-motard et ex-ministre Christian Estrosi demande le retrait de permis(sion) de la publicité de Loué. Ces poulets ne sont pas ses amis, ni sur la Baie des Anges, ni au pays de la salade niçoise.

    Sunday Press / 18

    (…) Fin juillet, la campagne de pub des poulets de Loué a outré Christian Estrosi, qui a exigé son retrait. Le député-maire de Nice a peu goûté de voir, mis en scène sur les affiches, un gendarme contrôlant un volatile à l’aide de jumelles. Une image, qui selon lui, « contribue au dénigrement des forces de l’ordre ».

    Frank Berteau, M le magazine du Monde, du 17 et 18 août, n° 152.

     Notre société, qui essaie de tout maîtriser, rationalise-t-elle trop la passion ? Absolument ! Et la rationaliser est un contresens. C’est surtout inutile. La passion est une machinerie à produire de l’inattendu et, du coup, le moteur le plus puissant de l’intégration sociale. Comment sort-on de son milieu ? Par la passion amoureuse ! Elle seule est capable de rompre l’organisation sociale, elle permet la traversée des frontières, de religion, de classe, de couleur de peau…

    Tobie Nathan, propos recueillis par Cécile Daumas et Anastasia Vévrin, Libération, du 16 et 17 août, n° 10341l.

     (…) La droite israélienne est porteuse d’un désastre sans nom qui est en train de s’abattre sur nous, mais elle n’est pas bête. Elle sait aujourd’hui exactement ce qu’elle veut. Elle veut conquérir la Cisjordanie, elle veut l’annexer sans le dire tout en l’annexant. Elle veut que les Palestiniens acceptent de leur propre chef leur infériorité face à la puissance israélienne. La droite israélienne procède aujourd’hui de deux manières. À l’intérieur d’Israël, elle prépare une série de lois, notamment celle qui définit Israël comme un État juif. C’est-à-dire qu’on dit aux Palestiniens, aux Arabes israéliens, citoyens israéliens qui ont la même carte d’identité que moi, qui sont 20 % de la population, qu’Israël est un État juif, c’est-à-dire qu’il n’est pas le leur. C’est ce qui se fait à l’ouest de la ligne verte. Dans les territoires occupés, il y a deux populations dont 350 000 juifs. Ça crée une situation que certains aujourd’hui considèrent déjà comme irréversible. Moi, j’essaie de croire qu’elle est encore réversible. Mais, au fond de moi, je sais que la situation est désespérante et désespérée. Moi qui ai participé en tant que soldat à de nombreuses campagnes militaires de 1956 à 1983, de la guerre des Six-jours à celle du Kippour puis celle du Liban, puis ai été l’un des fondateurs du mouvement la Paix maintenant, que les rêves sionistes de ma jeunesse me semblent aujourd’hui abîmés ! Même si je reste attaché à l’idée qu’on peut changer le monde par la raison. C’est l’idée mère des Lumières françaises.

    Zeev Sternhell, propos recueillis par Gilles Anquetil, Le Nouvel Observateur, du 10 au 16 juillet, n° 2592.

     (…) Si je devais définir l’essence et le caractère de ma ville en une seule phrase, je choisirais, paradoxalement, une sentence de l’un de ses ennemis. « Il faut bombarder Barcelone tous les cinquante ans. » Tout est dit. Barcelone, berceau et patrie du conflit. Ou plutôt des conflits. Éternellement d’actualité, heureusement non résolus. (…) On dit qu’en 1939 quand les troupes fascistes occupèrent la ville – après l’inévitable et habituelle série de bombardements – un officier ennemi contempla Barcelone depuis une colline, et après un bref moment de réflexion, s’exclama : « Comment avons-nous pu laisser cela grandir autant ? » Je n’ai pas d’endroit favori dans l’Eixample. Le charme de l’Eixample tient au quartier lui-même. Le troisième espace urbain se trouve au nord de l’Eixample. Le modèle de la dictature franquiste fut le chaos, comme le démontre cet ensemble de rues désordonnées aux croisements tordus – des quartiers trop riches pour accéder au caractère épique des favelas, trop neufs pour aspirer à la gloire et au martyre que concède l’Histoire. Le général, auteur de la phrase sur les bombes, eut heureusement une agonie douloureuse. Alors qu’il était sur son lit de mort, son confesseur lui demanda s’il pardonnait à ses ennemis. Vexé, il répondit : « Moi, je n’ai pas d’ennemis. Je les ai tous fait fusiller. » Il se trompait. Barcelone était toujours debout.

    Albert Sánchez Piñol, le un, du 13 août, n° 19.

     (…) L’abondances de lumières, même intentionnelles et marchandes, comme à New-York ou Tokyo, ne me semble pas tuer la lumière : cette profusion crée un paysage urbain et il suffit d’un pas de côté, dans une rue moins éclairée, pour tomber sur un vacillement plus fragile. Ce qui me gêne, en revanche, c’est ce qu’on appelle en urbanisme les « plans-lumière », ces tentatives d’embellissement nocturne, rarement heureuses, qui organisent l’éclairage de certains sites touristiques. Ils font de la lumière une donnée clinquante, téléphonée, alors que toute l’intelligence de l’architecture, c’est justement de jouer avec elle, avec sa respiration, de la faire venir en quantité réglée. Je n’ai pas forcément envie la nuit de voir une tour médiévale éclairée en vert fluo ! Faisons confiance à la lune.

    Jean-Christophe Bailly, propos recueilli par Juliette Cerf, Télérama, du 9 au 22 août, n° 3369-3370.



  • Espoirs… de justice, d’auteurs, de cosmétiques, d’humour nord-coréen et d’or.

    Miss Venezuela   Espoirs... de justice, dauteurs, de cosmétiques, dhumour nord coréen et dor.   calepin hebdo    Daniel Chaize
    La prochaine Miss Venezuela sera-t-elle élue à huit-clos et sans vernis ?

     

    Lundi 11 août – Espoir de justice / Dan Voiculescu, le Silvio Berlusconi roumain, surnommé « le Varan » comme son modèle italien l’était avec un autre rampant-bas « le Caïman » est en prison. Pour dix ans. Dix ans ferme. L’ancien responsable de la terrible Securitate roumaine qui, aux grandes heures de la dictature communiste du couple délirant Ceauşescu, aurait détourné 2 milliards d’euros, puis dans un retournement idéologique qui démontre que le communisme « réel » a eu bien du mal à créer « l’homme nouveau », en douceur et fermeté conjuguées « le Varan » est devenu un oligarque à la tête d’un empire médiatique. Il imaginait, grâce à cet outil de propagande, être protégé des actions de justice. Il espérait davantage, et le lecteur est prié de ne pas rire, il a créé en 1991 « le Parti humaniste » avant de franchir le pas avec une nouvelle appellation plus conforme à sa vérité de toujours avec « le Parti conservateur ». Les pratiques elles sont restées constantes et se sont nourries des bonnes vieilles pratiques : résultat, un blanchiment de 60 millions d’euros. Pourtant, même dans une Roumanie agitée, l’eau claire commence à couler sous les ponts grâce à une jeune génération de procureurs. Une opération « mains propres » a conduit à la condamnation de plus de 2 000 fonctionnaires, ministres, députés, maires, présidents de conseil régional et autres responsables politiques dont beaucoup avaient sauté d’un régime à l’autre… comme « le Varan ». Mais ce dernier, à 67 ans, va désormais avoir le loisir de méditer derrière les barreaux.

    Mardi 12 août – Espoir d’auteurs / Ils sont 900 et ils se révoltent contre Amazon. Ils sont tous américains et ont publié une lettre ouverte dans le New-York Times afin d’appeler leurs lecteurs à envoyer un mail à Jeff Bezos, le Pdg d’Amazon, « pour lui dire ce que vous pensez ». Ça risque de ne pas être triste car la veille la compagnie de Seattle avait elle aussi sollicité ses clients afin qu’ils prennent parti « dans le combat pour des livres à des prix raisonnables ». Lecteurs ou clients, qui sommes-nous ? Les auteurs américains ont pourtant été parmi les premiers à soutenir Amazon dans les moments difficiles (avant que la société distribue en majorité des supports-chaussettes, des aspirateurs, des tondeuses à gazon… le tout devant être bientôt livré (dans les rêves de Jeff Bezos) par des drones aussi automatiques que ses caddies-robots qui épuisent les salariés de ses entrepôts. Le temps est en effet loin où le livre était un produit majeur d’Amazon pour construire son modèle économique. Aujourd’hui sur ce secteur Amazon veut pénaliser la vente des livres publiés par Hachette (4ème maison d’édition aux Etats-Unis, en lui demandant de réduire ses marges sur les livres numériques. Pour améliorer les siennes au risque de mettre en danger l’existence même des auteurs. Chez Amazon, on ne brûle pas encore les livres, mais on brûle les idoles d’hier…

    Mercredi 13 août – Espoir cosmétique / Le concours Miss Venezuela devra-t-il avoir lieu à huit-clos ? La future élue pourra-t-elle dessiner le visage du défunt Hugo Chavez sur les extrémités de ses doigts comme le font nombre de Vénézuéliennes grandes consommatrices de vernis à ongles et au patriotisme jusqu’au bout des doigts ? C’est possible ! ¡ Ay, caramba ! En effet les rayons cosmétiques sont vides : plus de vernis, surtout les basiques et les plus populaires, plus de démaquillant, plus de shampoing haut-de-gamme, plus de maquillage. Pour tout dire, plus de Miss Venezuela à exhiber. La révolution devra briller d’autres feux d’amour.

    Jeudi 14 août – Espoir (faible) d’humour nord-coréen / Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un a fait plié Sony. Le film « The Interview » de Seth Rogen et Evan Goldberg produit par les studios japonais va être modifié afin de ne pas trop offenser la Corée du Nord. Porté par le duo loufoque Seth Rogen et James Franco, le long métrage retrace la mission secrète de deux journalistes vedettes d’un talk-show américain, Dave Skylark et Aaron Rapoport. Réalisant que Kim Jong-un (joué par l’acteur Randall Park) affectionne particulièrement leur émission, ils décident de se rendre en Corée du Nord, officiellement pour interviewer le dictateur, officieusement pour l’assassiner sur ordre de la CIA. Et c’est là que la plaisanterie ne plait plus du tout à Pyongyang. Heureusement le cinéma d’aujourd’hui, c’est aussi du numérique. La technique permettra ainsi de masquer les milliers de boutons d’uniformes de l’armée nord-coréenne qui ne seront plus « blasphématoires » sur l’écran. De même, une scène «très graphique» où la tête du dirigeant nord-coréen fond «au ralenti» serait également enlevée. Ainsi il semble que l’interpellation de l’administration américaine et de l’ONU, la menace de « représailles massives » si le film n’était pas « censuré » et autres mesures soient pour l’instant levé. Il se dit que des missiles restent tournés vers Hollywood, mais c’est peut-être du cinéma…

    Vendredi 15 août – Espoir d’or / Aucun de ses concurrents sur la piste ne peut le contester. Mahiedine Mekhissi a réussi un exploit en gagnant le 3 000 m steeple – avec une extraordinaire facilité – et en réussissant le triplé rêvé : trois fois champion d’Europe de la discipline successivement. Bravo ! Sauf que… les juges ne l’ont pas vu ainsi. Avec son dossard entre les dents et courant torse nu de joie, ils ne l’ont pas reconnu (il n’était plus un numéro) et le titre d’or lui a été enlevé. C’est vrai, le coureur français avait quitté le couloir du règlement qui impose de porter son dossard jusqu’à la ligne d’arrivée sous peine d’être cravaté. C’est écrit. C’est connu. L’humain doit faire avec les règles… Mais, grâce à un soutien et un encouragement de son équipe et des entraîneurs de l’équipe de France, Mahiedine Mekhissi a alors réalisé un second exploit : s’aligner sur une course où il n’avait pas prévu de participer et l’emporter. Il est donc champion d’Europe du 1 500 mètres. Quel que soit la distance, l’or est toujours bon.