• Une semaine de clarté politique à gauche ; champagne français et cidre polonais ? ; e-clop pas au top ; au Times la musique comme sirop dopant ; la Louisiane devant la Californie

    Cidre polonais   Une semaine de clarté politique à gauche ; champagne français et cidre polonais ? ; e clop pas au top ; au Times la musique comme sirop  dopant ; la Louisiane devant la Californie   calepin hebdo    Daniel Chaize
    La campagne polonaise (de l’enseigne française Intermarchés) en relai de l’appel à « Manger des pommes contre Poutine » et invitant à un devoir patriotique de consommation.

    Lundi 25 août – Au tout début, on aurait pu croire à une nouvelle désespérante scène de théâtre politique. Ces tréteaux où les acteurs, après un plus ou moins bon mot, gardent la posture quelques secondes assurés qu’ils sont des applaudissements automatiques de leurs affidés. Et puis les heures et les jours passants, il est possible que « la tournée du redressement » promise par Arnaud Montebourg au président François Hollande, qui a déclenché le surprenant changement de gouvernement, aboutisse à fêter un événement historique. Pour la gauche d’abord, mais plus important encore pour la France et notre système démocratique.

    En effet, tous les hommes politiques sont depuis très (trop) longtemps enfermés dans un jeu d’acteurs qui, pour les meilleurs d’entre eux, n’est pas à la hauteur de leurs idées noyées dans ce jus de postures considérées comme obligées. Ni à la hauteur de leurs ambitions légitimes qui sont, de surcroît, obligées de passer sous les fourches caudines du barnum audiovisuel pour qui les idées doivent se résumer en images. Courtes, très courtes et répétitives. Et comme chantait Ferré : « Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. » Et si justement, ce lundi, le cercle vicieux était rompu, si on assistait à une fin de partie ? La fin du parti pris du sous-entendu, dont Balzac écrivait qu’il était « la moitié de la langue française » et l’abandon de cette lecture nécessaire de l’entre-lignes réservée de fait à une élite de l’entre soi. Celle des partis obsolètes. Antidémocratique. Les écrits de courants, de « personnalités », de motions et autres agrégats, sans compter ceux des pittoresques « héros d’un jour », ont lassé les Français et leur ont faire perdre toute confiance en ces zélateurs d’eux-mêmes.

    Alors, oui… vive la gauche ! Bien sûr et avec rapidité puisque l’alternance entre de véritables partis républicains, de gouvernement parce qu’en comprenant les responsabilités et la difficulté, est le seul moyen d’assurer la démocratie. Si fragile par nature, et si fragilisée en ce moment.

    Il est donc temps que la gauche se rénove, ouvre les yeux sur notre monde qui change, sur une volonté d’implication sociale des citoyens, dans leur travail, leurs modes de vie et leurs aspirations qui évolue comme jamais et pour qui « les avantages acquis » apparaissent pour ce qu’ils sont malheureusement devenus pour la plupart : la défense de communautarismes dépassés. Les chômeurs, en premier, en paient le prix.

    Il y a toujours eu plusieurs gauches… et plusieurs droites. Sans parler d’un centre qui balance entre les deux. Il en résultait des débats vivifiants… jusqu’à cette période longue, usante et déjà si ancienne où s’est substitué aux échanges argumentés et aux recherches sans tabous, ce combat d’égos habillé de formules ostentatoires propres aux nouveaux riches de la politique spectacle. Formules empruntées sans recul, hors contexte et le plus souvent sans connaissance, à des Reader’s Digest de la pensée raccourcie. Le Parti socialiste français a réussi, aux prix de combien de contorsions douloureuses, a composer – du moins le temps de quelques campagnes électorale – des puzzles variés et colorés faisant office de dess(e)ins et d’unité. Jusqu’au déclin même de son identité réelle… masquée elle-aussi jusque dans quelques rares moments de victoire énivrants. C’est fini. La dureté de la crise, la mondialisation inéluctable des échanges et de la production, les bouleversements technologiques… sont autant de révélateurs d’une faillite d’un type de fonctionnement et d’analyse purement tacticiennes. Les pions sont usés et l’échiquier n’a plus le même nombre de cases.

    La recomposition est donc nécessaire et la clarification était vitale pour le gouvernement. Pour le Parti socialiste aussi. Elle est engagée. Il ne s’agit pas ici d’hommes et de femmes et de leurs qualités respectives, mais de fondement politique. On peut espérer que les Français découvrent enfin dans ce gouvernement la cohérence et la clarté qui manquait depuis 2012, deux éléments essentiels à son action pleine et entière. Une action attendue. En ce qui concerne « les siens », notamment à gauche et au Parti socialiste (cela vaut pour le Front de Gauche et EELV), chacun les reconnaîtra et aura la responsabilité, lors des votes – qui ne sont pas des insurrections – de choisir un programme simple, lisible, non contradictoire et une équipe à même de gouverner sur une base partagée. Pour moi, certains l’essaient avec ténacité dans des conditions éminemment difficiles : François Hollande et Manuel Valls. Font-ils « tout » bien, non ! Ont-ils besoin de temps, oui ! Auront-ils tous les soutiens nécessaires, je l’espère encore.

    Mardi 26 août – Champagne pour tout le monde ? Les vendanges s’annoncent bonne en France, en qualité… et en grande quantité. Plus 20 % pour le champagne, plus 35 % pour le bordelais et les perspectives de hausse sont bonnes pour le beaujolais et le bourgogne. Bonne nouvelle après les niveaux historiquement bas des récoltes 2012 et 2013. Sera-ce une aussi bonne nouvelle pour les prix ? On peut en douter. En effet les stocks étaient bas et la demande à l’international toujours aussi pressante. On pourra peut-être se rabattre sur le cidre comme les Polonais en font la promotion. Fabriquée en Pologne, premier pays producteur de pommes en Europe, la boisson est consommée en masse depuis l’entrée en vigueur, au mois d’août, de l’embargo russe sur les produits alimentaires. Pourtant les Polonais n’ont jamais été de grands amateurs du cidre qu’ils produisent : « C’est une question de goût, ils ne l’aiment pas. Contrairement au cidre français, le nôtre est fait avec n’importe quel type de pommes. Il est plus sucré, un peu moins amer » précise un caviste. Mais désormais, boire du cidre est acte politique depuis le lancement de la campagne « Jedz jablka na zlosc Putinowi », ou « Mangez des pommes contre Poutine ». Initiée par le journaliste Grzegorz Nowacki, elle incite les Polonais à consommer le fruit banni en signe de soutien aux agriculteurs et contre la Russie et depuis, des politiques, des journalistes et des citoyens ont ainsi partagé des photos d’eux en train de croquer des pommes sur les réseaux sociaux. Et comme pour faire d’une pierre deux coups, certains cidres sont sucrés avec du miel polonais, également touché par l’embargo russe. « Mangez des pommes ». Le mythique slogan officieux de Jacques Chirac pour sa campagne de 1995 est ainsi remis au goût du jour, ce qu’ont bien compris les producteurs français de pommes qui appellent ainsi eux-aussi Français à l’aide pour résister à l’embargo russe sur les produits alimentaires européens. Patriotisme européen fruitier ?

     Mercredi 27 août – e-clop ou pas clop ? La France va-t-elle suivre les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en faveur de l’interdiction de la vente des cigarettes électroniques aux mineurs et de leur utilisation dans les lieux publics fermés « jusqu’à ce qu’il soit prouvé que la vapeur exhalée n’est pas nocive pour les tiers. » La ministre de la Santé, Marisol Touraine, reste favorable à une interdiction dans « certains lieux publics ». On sait désormais que l’e-cigarette est outil de sevrage efficace. On peut néanmoins considérer qu’il demeure en revanche, comme la cigarette, un « geste incitatif à fumer » qu’il faut proscrire. Diabolisation exagérée, prohibition vouée à l’échec, loi hygiéniste passéiste… pour le vapotage, ce sera à l’Elysée de trancher. Décidemment François Hollande est sur tous les feux.

     Jeudi 28 août – Après près de trente ans dans le quartier londonien de Wapping, le quotidien The Times édité par News UK, propriété de Rupert Murdoch, a déménagé à Baby Shard, dans le sud de Londres. Et les journalistes ont découvert une rédaction équipée de haut­parleurs diffusant toute la journée… une drôle de musique. Il s’agit des bruits de machines à écrire, amplifiés au fur
 et à mesure que les heures passent et que le bouclage approche. Faut suivre le rythme crache le dispositif… ça chauffe, plus vite, plus vite encore ! Le dispositif est censé «donner de l’énergie et aider les journalistes à respecter les délais», écrit The Independent qui a enquêté chez son confrère. Ils ne seraient donc pas à cheval sur le temps au Times… Bizarre, isn’t it ? Un journaliste a tenté de couper le son, en vain. Cela me fait penser aux haut-parleurs du château transformé en hospice pour vieillards du roman « Les millions d’Arlequin » de Bohumil Hrabal * qui, sans relâche, diffusent inlassablement la même valse triste. Une manière de leur montrer qu’ils sont considérés, comme impersonnels définitifs… mais sous une domination douce. Chaque société dominatrice invente son sirop pour tenir et « motiver » ses troupe(aux)s. * Bohumil Hrabal (1914-1997) est un géant de la littérature mondiale, écrivain tchèque le plus important de la seconde moitié du XXe siècle… avec celui qui le considère comme son maître : Milan Kundera. Lire sans retenue. Jubilatoire.

    Vendredi 29 août – Rien ne va plus à Hollywood qui perd son statut de capitale mondiale du cinéma. En dix ans, la Californie a perdu 16.000 emplois dans le secteur. Du coup, le Gouverneur de l’État a annoncé un accord qualifier « d’historique » concernant une aide de 1,6 milliard de dollars pour relancer les tournages. La concurrence est d’abord interne : New-York a une politique de subventions très attractive ; en 2013, pour la première fois, plus de longs métrages ont été tournés en Louisiane qu’en Californie. Il reste encore les statues des Oscars…



  • Soleil d’Héliopolis, recherches de religions, totalitarisme du terrorisme

    Héliopolis la villa du baron Empain   Soleil d’Héliopolis, recherches de religions, totalitarisme du terrorisme   sunday press    Daniel Chaize
    Héliopolis – La villa du baron Empain

    (…) Héliopolis s’est très vite affirmée comme une ville plurielle, par les niveaux de richesse de ses habitants, par leurs origines nationales, leurs langues et leurs religions. Une ville cosmopolite, à l’image de l’Alexandrie d’alors. On l’a dotée de vastes avenues, traversées par des jardins. On lui a inventé une architecture originale, mêlant l’Orient et l’Occident : arcades mauresques, villas de style italien, dômes arabes, maisons alignées, accolées et jumelées à l’anglaise… Tout cela selon un cahier des charges très stricte : même la couleur des bâtiments (jaune clair) figurait dans le règlement. Et, finalement, une grande unité s’est dégagée de cet éclectisme. Mosquées, églises et synagogues ont fait bon ménage. Une basilique catholique, copie réduite de Sainte-Sophie de Constantinople, a été plantée au cœur de cette ville à majorité musulmane. Un hôtel somptueux, l’Héliopolis Palace a surgi des sables, pour devenir bien plus tard le siège de la présidence de la République. Dans cette Égypte arabe, occupée par les Anglais, la langue française a longtemps tenu une place de choix. C’était particulièrement vrai à Héliopolis, à l’orée du désert, comme à Alexandrie, au bord de la mer. Pour nous, Levantins occidentalisés, il s’agissait de bien plus qu’une langue : c’était une identité, pour ne pas dire une patrie. Enfant, j’étais scolarisé dans un établissement de la Mission laïque française, où j’apprenais les faits et gestes des Gaulois, qui n’étaient pas mes ancêtres. J’appartenais aux scouts Wadi El-Nil, qui saluaient en arabe les couleurs nationales. Je fréquentais l’Héliopolis Sporting Club, dont l’entrée était surveillée par un Anglais. Le samedi après-midi, nous allions voir des films américains, sous-titrés en deux langues, au Palace, au Normandy ou au Roxy. Notre magasin de jouets portait un nom grec et une enseigne en français. Je croyais déguster des gâteaux italiens chez Groppi, alors que son propriétaire était Suisse. Notre pédiatre était Syrien, notre photographe Arménien et notre portier originaire d’un village de Haute-Égypte. Nous nous fournissions en papeterie dans un magasin appelé Aux cent mille articles, qui pouvait appartenir à tout le monde. Musulmans, chrétiens ou juifs, Égyptiens, étrangers ou égyptianisés, nous vivions côte à côte. On se fréquentait, on était volontiers amis, mais, sauf exception, cela n’allait pas jusqu’au mariage. Chacun appartenait à sa communauté et se définissait par son origine nationale ou sa religion. Cela n’avait rien à voir avec ce qu’on appelle en Europe l’assimilation ou l’intégration, ni avec le melting-pot à l’américaine.

    Robert Solé, le un, 27 août, N° 21

    (…) J’ai eu l’impression, et je la défends toujours, que le conflit est devenu de moins en moins soluble. Au fur et à mesure que la religion transformait le nationalisme de la guerre en mystique de la Terre promise. Je n’ai jamais cru, pour ma part, que l’islam, comme on l’a si souvent et récemment écrit, soit en déclin. On voit que les haines accumulées et entretenues dès l’enfance ne peuvent que se développer. Il y a quelques années, j’ai eu l’audace, presque l’impertinence, d’adjurer le cardinal Etchegaray, monseigneur Lustiger, le grand rabbin Sirat et Dalil Boubakeur de ne pas se contenter de déclarer qu’il fallait trouver dans les textes sacrés une mystique commune mais je les ai invités au geste audacieux de procéder eux-mêmes à cette recherche et de découvrir pour nous ce qu’ils invitaient les autres à découvrir. En réalité, je ne les pressais pas d’éclairer ce qui était obscur et même ce qui n’existait pas, mais les encourageais – insolent ingénuité – à élaborer le Code civil destiné à établir les règles d’un vivre-ensemble.

    Jean Daniel, le Nouvel Observateur, 28 août au 3 septembre, N° 2599

    (…) Le Gange, di Sri Ma, c’est « la mère universelle qui nourrit, cicatrise, illumine et libère ». (…) Titulaire d’un doctorat en sociologie obtenu à Berkeley – une autre ancienne de San Francisco ! -, la sexagénaire aurait pu être professeure dans les universités réputées. Mais elle a répondu à un autre appel, une voix intérieure d’une puissance irrépressible qui lui a assigné le chemin de l’ascèse. Elle n’en finit pas de se féliciter du déroutement. La vie de sadhvi est un « enchantement, c’est magique ! », clame-t-elle. L’ancienne intellectuelle marxiste et féministe des années 1970 a bien changé. Elle revendique aujourd’hui trois gourous dont l’un, précise-t-elle, a 800 ans d’âge et lui prodigue des conseils quotidiens. Il est un guide invisible, un astre de bienveillance irradiant de son état de mosksha (libération), l’accomplissement suprême des sages ayant su s’affranchir du cycle infernal des réincarnations. Sri Ma, elle, a connu bien des vies. Entre autres destins, elle fut jadis aristocrate français, officier écossais de l’armée des Indes ou lama himalayen. Et elle est maintenant fille du Gange. Aux sceptiques, elle lance : « Abandonnez votre logiciel qui vous programme en robot ! » Et voilà qu’elle célèbre à nouveau « la foi qui apporte la liberté dans le voyage solitaire de l’âme ».

    Frédéric  Bobin, reportage L’appel de l’ashram- M le magazine du Monde, 30 août, N° 154

    (…) Des réfugiés islamistes font régner la terreur contre d’autres réfugiés, chrétiens ou homosexuels, dans les centres d’hébergement suisses. Arrivée de Syrie, ils se déchaînent contre les résidents qui portent une croix ou appartiennent à une minorité sexuelle, dénonce Amnesty International : « la pire situation est celle des musulmans qui se sont convertis, dénoncés comme hérétiques et sommés de revenir à l’islam »…

    Marianne, 30 août, 29 août au 4 septembre, N° 906

    (…) Le terrorisme invente des procédés de mort, y compris contre « les siens », la résistance sollicite des processus de solidarité, jusque chez ses adversaires. Quels sont les effets de cette confusion ? Le langage comme ordre propre de l’humain s’inscrit dans le réel et le transforme. Il constitue l’un des points par lequel se situe le rattachement du pôle de la subjectivité à la collectivité. Ce que Freud a établi cliniquement… Il agit comme un opérateur,  détermine les compréhensions du monde en ce que le monde est découpé par les possibilités du langage. La pensée n’est pas seulement exprimée par les mots, elle vient à l’existence par les mots. Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale, destructrices des aptitudes à penser, conditions de l’autonomie et de la liberté. Une telle anomie est conséquence et vecteur d’une « carence éthique », comme on dit « carence affective ». Elle habille de surcroît de la légitimité déclarative de « résistance » une réalité terroriste. Les confondre, c’est se faire affidé d’une terreur mortifère dans une déshérence complaisante, et saper le sens de l’esprit de résistance ; c’est disqualifier son éthique pratique par l’assimilation inclusive de pratiques terroristes. Et, du même coup, saborder le droit de résistance dans la civilisation, et la civilisation de ce droit.

    Gérard Rabinovitch, propos recueillis par Edouard Launet, Libération, 30 août et 31 août, N° 10353



  • Clermont-Ferrand; Tsargrad; Barcelone; Tanger; Washington.

    Oriana Eliçabe Enmedio   Clermont Ferrand; Tsargrad; Barcelone; Tanger; Washington.   sunday press    Daniel Chaize
    Grève générale à Barcelone en 2012. Pavé gonflable… et retour à l’envoyeur. © Oriana Eliçabe / Enmedio.info

    Sunday Press / 19

    En juin 2013, les librairies Virgin mettent la clé sous la porte. En décembre 2013, 57 librairies Chapitre sont en liquidation judiciaire. Plus de la moitié a retrouvé repreneur mais quatre cents salariés ont été licenciés. Fin 2013, recul général de « ,5 % des ventes de livres. Les grandes surfaces culturelles accusent une chute de 8,5 % ; les librairies indépendantes de premier niveau (soit les cinq cents premières librairies), une baisse de 1 %. Juin 2014, recul de 6,5 % des ventes de livres par rapport à juin 2013. 607 nouveaux romans paraîtront à la fin du mois d’août.

    Christine Ferniot, Télérama, du 23 au 29 août, n° 3371.

    (…) En dépit de la posture monarchiste adoptée jadis en Vendée, Philippe de Villiers marche sur les brisées de Napoléon : il commence sa retraite de Russie. S’il nous est encore possible d’en rire, c’est que son vœu le plus cher n’est pas encore exaucé. Car l’ex-secrétaire d’État chargé de la communication, officiellement retiré de la vie politique, affirme sans rire dans le Figaro qu’il nous faudrait, « à la place de Hollande, un gars dans le genre de Poutine ». Un vrai patriote, ce serait sans doute épatant, mais notre vicomte le rêve autoritaire et déterminé, comme le président russe. Il faut dire que Vladimir Poutine soutient un fastueux projet culturel, rien de moins que la version russe des spectacles du Puy du fou, mis en moujik par Philippe de Villiers. Et pas n’importe où ! Ce sera à Tsargrad, en Crimée. Les foules émues se presseront bientôt pour assister à la reconstitution de l’histoire de la Sainte Russie, celle d’Ivan le Terrible, de Pierre Le Grand et de Catherine. De bons tsars, qui laissèrent d’impérissables souvenirs aux peuples de l’empire, et tout particulièrement aux Polonais qui avaient le tort d’être aussi catholiques que les Vendéens. Ou même aux vieux-croyants, parfaitement russes et fidèle de l’ancienne Église orthodoxe qui s’immolèrent par le feu pour protester contre les réformes de Pierre Le Grand. De quoi faire du grand, du très grand spectacle, mais Moussorgski y avait songé un peu avant Philippe de Villiers. (…) Magnifique projet, qui était, déjà, celui de Staline, lorsqu’il eut assassiné la quasi-totalité des anciens bolcheviks. (…) À n’en pas douter, la Russie attendait Philippe de Villiers pour connaître son histoire. Elle qui n’avait jamais connu qu’Eisenstein, ou même Tolstoï, Dostoïevski et Soljenitsyne ! D’autant que le sauveur français de la culture russe s’est associé à un grand militant de la Sainte Russie, le richissime Konstantin Malofeev, mécène des populations russophones d’Ukraine. (…) La France se distinguait de l’Otan quand l’URSS, au zénith de sa puissance militaire représentait une véritable menace. Elle est aujourd’hui parfaitement alignée sur une Europe en quête de frontière orientale, pour arrêter on ne sait quelles hordes d’Eurasie. Tant et si bien qu’un politicien au rancart, redevenu producteur de spectacle, peut faire passer une démarche commerciale pour une contribution à la paix. (…) La diabolisation de la Russie et des minorités extérieures qui s’en réclament devient le nouvel impératif catégorique des intellectuels en quête de justes causes. Philippe de Villiers retourne sans mal le compliment, en proposant l’allégeance à Vladimir Poutine comme alternative à l’alignement politique et culturel sur les Etats-Unis. Toutes proportions gardées, le voici dans le rôle des communistes de 1950, fort bien placé pour mériter le prix Staline ! Pardon, le prix Poutine, dont la création sera justifié par la restauration de la culture utile à la Russie, héritière du réalisme socialiste.

    Guy Konopnicki, Marianne, du 22 au 28 août, n° 905.

    (…) À peine le rocher de Gibraltar a-t-il disparu dans les nuages que l’on met le pied sur le sol d’une Afrique presque inconnue. Tanger, certes, figure dans les guides touristiques mais, comme un coucou, elle a dû pondre ses œufs dans d’étranges nids, et le voyageur qui désire s’informer doit acquérir un ouvrage consacré à d’autres pays – l’Espagne, le Portugal ou l’Algérie. Il n’existe pas de guide du Maroc et par conséquent aucun moyen de savoir, quand on quitte Tanger, où la longue piste qui traverse le Rif va nous mener, en tout cas dans le sens que prête à ce terme celui qui est habitué aux certitudes européennes. Le vent de l’imprévu souffle depuis les cols inaccessibles de l’Atlas. L’impression  d’aventure est intensifiée par le contraste entre Tanger la cosmopolite, la surannée, la familière, Tanger que tout touriste visite depuis quarante ans, et ce vaste pays inconnu qui commence au-delà. (…) Avec de telles perspectives il était bien difficile, en ce lumineux matin de septembre 1917, de ne pas quitter promptement Tanger, bien difficile de rendre justice à cette ville bleu pâle, adossée à l’intérieur de remparts ocre contre les jardins touffus de la « Montagne », à l’animation de sa place du marché et à la secrète beauté de ses rues arabes escarpées. Tanger grouille de gens habillés à l’européenne, il y a des enseignes en anglais, en français et en espagnol au-dessus de ses échoppes, des stations de fiacres dans ses squares ; elle est, comme Alger, une sorte de point de passage obligé pour le voyageur. Mais, après une dernière faille de la « Montagne », s’étend un monde de mystère sur lequel se lève l’aube rosée. La voiture nous attendait devant la porte et nous sommes partis.

    Edith Warton (1862-1937), extrait de Voyage au Maroc (1920), le un, du 20 août, n° 20.

    (…) Qu’est-ce qu’un objet désobéissant ? C’est l’outil de la contestation. Une pancarte brandie pendant
un piquet de grève, par exemple. Prenez les ballons gonflables en forme de pavés géants envoyés par les manifestants sur les forces de police lors de la grève générale de Barcelone en 2012: ils ont 
été inventés pour ridiculiser les autorités. En recevant ces ballons, les policiers n’ont pas d’autre choix que de tenter de s’en débarrasser
– ils donnent alors l’impression de jouer au beach-volley! – ou de les détruire, ce qui les met dans une position tout aussi absurde. Comment expliquez-vous le succès croissant de ces objets ? Ils sont fonctionnels, créatifs et s’inscrivent dans l’ère de la communication. C’est le cas des Book Blocks, inventés dès 2010 par
des étudiants à Rome, puis à Londres, Oakland, Berkeley, Madrid… Ces boucliers, utilisés pour se protéger, reprennent les titres de couverture de livres défendant la liberté, comme Rights of Man, de Thomas Paine. Si la police attaque, les médias diffuseront l’image des autorités combattant les idées fondatrices de la civilisation. « Disobedient Objects » au Victoria and Albert Museum, à Londres. Jusqu’au 1er février 2015. www.vam.ac.uk

    Gavin Grindon, propos recueillis par Catherine Maliszewski, M le magazine du Monde, du 23 août, n° 153.

    D’une certaine manière, l’amende record que vient d’accepter de payer Bank of America, avec le versement de 16,65 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) consacre la responsabilité des établissements bancaires dans cette crise. Pour les millions de ménages spoliés par les crédits immobiliers toxiques connus sous le nom de « subprimes », cet accord apporte une forme de justice qui faisait cruellement défaut. (…) La structure de l’amende est également intéressante. Bank of America, deuxième établisse- ment de crédit aux Etats-Unis, s’engage à verser 9,6 milliards de dollars à l’Etat fédéral ainsi qu’à six Etats fédérés ; les 7 milliards restants seront dépensés en aides et allégements divers pour les ménages frappés par la crise des subprimes à la suite de prêts engagés par les filiales de Bank of America. Il s’agit, s’est félicité le ministre de la justice, Eric Holder, d’« une étape historique dans nos efforts visant à protéger le peuple américain de la fraude financière ».

    Éditorial, Le Monde, 23 août, n° 21647.



  • Nouveau(x) et nouvelle(s) : livres, baisse de ventes, images, ailes de requin… et bordel chez les Verts

    © Frank Perry AFP   Nouveau(x) et nouvelle(s) : livres, baisse de ventes, images, ailes de requin... et bordel chez les Verts   calepin hebdo    Daniel Chaize
    Les News résistent le mieux dans les kiosques… quand il y en a encore ! © Crédit photo : Frank Perry / AFP

     

    Lundi 18 août / Nouveau chapitre pour ma librairie de fac ! – Réouverture, après six mois de fermeture, de la grande librairie clermontoise Les Volcans. 12 de ses 34 anciens salariés la dirigent désormais en société coopérative et participative (Scop).  Cette librairie phare de la capitale auvergnate, qui fête cette année ses 40 ans, n’avait fait l’objet d’aucune offre de reprise depuis la liquidation judiciaire, le 2 décembre, du réseau Chapitre, propriété du fonds d’investissement américain Najafi.

    Autorisée à rester ouverte jusqu’au 10 février, la librairie avait dû ensuite fermer ses portes comme 23 des 57 librairies du réseau, qui n’avaient pas trouvé de repreneur.  Pour former le nouveau capital de l’entreprise, les anciens salariés ont récolté un million d’euros auprès des banques et de plusieurs organismes de financement. Ils ont par ailleurs injecté l’ensemble de leurs indemnités de licenciement et de leurs droits à Pôle Emploi, soit environ 300.000 euros, et reçu 70.000 euros de dons.

    « On est portés par le monde de l’édition, les financiers et l’Union régionale des sociétés coopératives. Les fournisseurs nous accompagnent en faisant des échéances, des remises exceptionnelles et il va falloir oublier nos casseroles, notre petit confort de salariés et qu’on devienne véritablement entrepreneurs. On a même pris un coach pour apprendre à travailler ensemble. Il y a certes des heurts, des coups de gueule mais aussi de grands moments d’entraide et de rigolade ». C’est ça l’esprit des Scops confirme la cogérante. Outre son nouveau logo et quelques réaménagements, dont la création d’un patio pour accueillir divers évènements culturels, la librairie a embauché dix-neuf nouveaux salariés, qui pourront à terme devenir associés.

    Mardi 19 août / Nouvelle baisse des ventes de la presse. Sur l’année 2013, Presstalis, qui est le principal distributeur de presse en France, a enregistré une baisse de 10,5 % en volume et de 6,5 % en valeur, soit des reculs d’activité en ligne avec ce qui était anticipé. Le marché pâtit de la conjoncture morose, mais aussi de la fermeture des points de vente (- 2,5 % l’an dernier). D’après les chiffres fournis par les deux messageries, Presstalis et MLP, le panier moyen est resté stable au premier semestre, à 3,03 euros l’achat de presse moyen, soit au même niveau qu’en 2013 (3,04 euros) et même plus qu’en 2011 (2,91 euros) et 2012 (2,89 euros). Une explication à cela: les éditeurs ont augmenté leurs prix. C’est vrai des quotidiens, qui ont relevé leurs tarifs l’an passé, mais aussi de certaines familles de magazines, comme la presse enfants ou scientifique, les masculins, les revues d’annonces ou les titres pour adultes, qui ne constituent toutefois pas le gros des ventes. Parmi ceux qui résistent : les news. Les magazines les plus vendus restent ceux consacrés à l’actualité (Paris Match, Le Nouvel Obs, L’Express, Le Figaro Magazine, Le Point…) et les titres people (France Dimanche, Closer, Voici…), qui ont cumulé 254 millions d’euros de vente devant les féminins (Version Femina, Femme actuelle, Elle…), qui ont pesé 162 millions d’euros, et les titres télé (TV Magazine, Télé Z, Télé 7 Jours…), qui ont représenté un volume d’affaires de 125 millions d’euros. Les «news» purs (Le Nouvel Obs, L’Express, Le Point…) résistent mieux grâce à leurs importantes bases d’abonnés (400.000 environ pour L’Obs). Ces trois familles concentrent à elles seules 57 % du marché en valeur et 75 % en volume.

    Mercredi 20 août / Nouvelle relance de l’image d’Epinal. La célèbre imagerie d’Epinal, en activité depuis 1796, a été reprise par deux investisseurs privés et une société d’économie mixte (SEM), contrôlée par la ville d’Epinal, pour un montant global de 850.000 euros

    « Nous voulons que le fonds historique et les nouvelles créations voient le jour sous forme d’objets variés en collaboration avec d’autres marques, dans différents secteurs comme le textile, l’art déco, la papeterie et bien d’autres domaines », a expliqué M. Vexlard, qui entend créer un label « Images d’Epinal ». « Nous allons développer un choix plus large en terme de création, en greffant à l’Imagerie un pool de créateurs de renom identifiés par le grand public et les professionnels : illustrateurs, dessinateurs de presse, graphistes, peintres mais aussi des vidéastes, photographes », a-t-il ajouté.

    L’injection de fonds publics dans le capital de l’imagerie avait provoqué une polémique, en juin, lorsque le projet avait été présenté par le maire UMP d’Epinal, Michel Heinrich: l’un des membres de sa majorité s’était alors inquiété de ces investissements dans des activités qui ne sont pas celles de la ville. L’Imagerie d’Epinal, la dernière de France, a repris la tradition de la légendaire Imagerie Pellerin fondée au XVIIIe siècle. L’Imagerie d’Epinal exploite toujours son patrimoine traditionnel qui va de la planche d’historiettes – ancêtres de la BD – aux célèbres « Chat botté » et autres illustrations de contes de Perrault. Elle innove également en créant des images d’événements contemporains dessinées par des artistes locaux.

    Jeudi 21 août / Nouvelle aile de requins. Une fois n’est pas coutume, le travail des ONG a payé 
en Chine : l’aileron de requin, mets de luxe dénoncé pour ses ravages sur les populations de squales, semble être boudé par les clients chinois. Longtemps réputé pour
ses vertus médicinales et symbole de richesse – le prix d’un bol de soupe d’ailerons peut atteindre 200 euros –, ce plat jadis prisé… ne semble plus avoir plus la cote. A Canton, les prix au détail ont chuté de 57 % en moyenne, selon une étude de l’ONG WildAid. En cause : la cruauté de la pêche, les ailerons étant coupés sur des requins rejetés vivants à la mer sans chance de survie. Le gouvernement chinois a contribué
à ce changement lorsqu’en 2012 il avait banni des repas officiels le mets très prisé de l’élite chinoise. Selon le directeur de WildAid, Peter Knight, cette interdiction a « contribué à envoyer le bon message. Cela pourrait devenir un modèle pour s’attaquer à des problèmes comme l’ivoire ». 25 000 éléphants sont tués en moyenne par an pour un trafic estimé entre 8 et 10 milliards de dollars par an

    Vendredi 22 août / Nouveau bordel chez les Verts.  « Tous les ans, c’est pareil. Ça commence dans le bordel et les déchirements. Mais à la fin on est tous contents. » Ainsi va la vie sur la planète verte… de la couleur de Peter Pan qu’évoquent ensemble Jean-Vincent Placé, François de Rugy ou Denis Baupin pour parler de ce « syndrome (refus de grandir et d’affronter le réel) qui entrave les écologistes. » Cécile Duflot, avec son livre à charge et ad-hominem contre François Hollande, ne s’est pas fait que des amis chez ses amis qui ne voit pas d’un très bon œil ce positionnement vertement éclairé… et très personnel pour l’élection présidentielle de 2017. Un coup, vécu par beaucoup comme nombriliste, certes préparé avec un timing certain mais qui reste pour eux d’un avenir très incertain. Certains s’interrogent sur la concordance avec la démission de Jean-Luc Mélenchon de la co-présidence du Parti de gauche car ils envisagent mal un couple Duflot-Mélenchon qui serait à coup sûr très explosif. Coup(s) média d’été pour quelle suite politique… vraiment tous contents ?