• La Palestine et Israël manipulés ; mauvaise note pour les musées ; junk food chinoise pour l’Amérique ; les robots de l’information ; la pauvreté durable.

    Mains robot   La Palestine et Israël manipulés ; mauvaise note pour les musées ; junk food chinoise pour l’Amérique ; les robots de l’information ; la pauvreté durable.   calepin hebdo    Daniel Chaize

    Lundi 21 juillet – Manipulations et violences / Il est un fait : ce sont bien des boutiques « de juif » qui ont été attaquées et incendiées à Sarcelles le jour anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Que ce soit des casseurs, petits délinquants connus pour détentions d’armes, trafic de stupéfiants, vols simples, outrages, violences et rébellions, donne un profil qui dépassent certes de loin le soutien à la paix, à la cause palestinienne et à un État légitime pour ce peuple. Mais comment ne pas voir, ne pas entendre les mots d’ordre de haine antisémite « Mort aux juifs » qui ont été scandé lors des manifestations parisiennes ? Et comment, comme le sociologue Omero Marongiu-Perria, spécialiste de la diversité, que « L’islam militant, en France et ailleurs, s’est beaucoup construit autour de la questions palestinienne » et que désormais « le juif est réduit à la figure du sioniste » ? Chacun peut aisément reconnaître une conséquence des appels de Tariq Ramadan, chantre de la réislamisation des deuxième et troisième générations qui au nom de la mouvance des Frères musulmans a ouvert la voie par ses coupables ambiguïtés. Sans oublier le triste Dieudonné et son gourou d’extrême droite Soral qui trouvent un écho chez une certaine jeunesse musulmane. Écoutons Gilles Kepel dans Libération « Quand on lit « l’Appel à la résistance islamique mondiale » d’Al-Souri – dont j’ai traduit des extraits dans mon livre Terreur et Martyre -, il explique qu’il faut viser trois types de cibles en Occident : les juifs, mais pas les synagogues, plutôt les centres sociaux ; les musulmans « apostats » qui servent sous l’uniforme des « mécréants » ; et les événements sportifs. Voyez Merah, les frères Tsarnaïev à Boston, le musée juif de Bruxelles : c’est le mode d’emploi suivi à la lettre L’idée c’est que cela ne coûte pas cher mais que ça suscite des réactions d’horreur en Europe et, du coup, des actes d’islamophobie qui se traduisent par une solidarité des musulmans avec les entrepreneurs communautaires les plus ultraradicaux, pour aboutir à la guerre civile en en Europe, prélude à la victoire du jihad mondial. Jusqu’ici, tout ça est resté embryonnaire. » On peut certes s’interroger sur la décision du gouvernement d’interdire ou pas les manifestations.  Personnellement je crois qu’il n’est jamais bon signe d’interdire l’expression d’une douleur par une manifestation démocratique et je pense que la police républicaine peut agir pour le bon ordre de toute manifestation et, en cas de dérapages qui peuvent toujours se produire, faire les interpellations nécessaires. Mais en l’espèce, je suis quasi certain que les résultats d’une manifestation autorisée auraient été les mêmes tant la « porosité » d’idées entre certains casseurs et certains organisateurs – un grand nombre de « vieux routards de l’extrême-gauche » est malheureusement patente. Et surtout, je ne partage pas l’idée que l’interdiction aurait été « à la source » des attaques contre la République, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit pour certains. Et je crédite les dispositions prises comme ayant été de tentative de prévention contre un pire… qui n’a pu être évité. La tentative d’Israël d’éradiquer le Hamas avec l’opération « Bordure protectrice » est vouée à l’échec militairement et politiquement et je désespère de voir que beaucoup dans la région n’acceptent toujours pas l’existence de l’État juif. Position inacceptable qui ne doit pas masquer le fait que la majorité des palestiniens et des israéliens ne souhaitent que de vivre en paix. Ce conflit loin de nos frontières révèle et démasque tous les extrémistes. En France, ne nous masquons pas la réalité : ils existent aussi venant des deux parties. Et il est de la responsabilité des responsables politiques, du gouvernement, de faire en sorte qu’ils ne soient en aucun cas considérés par l’opinion publique comme représentatifs de la majorité de nos concitoyens musulmans et juifs.

     

    Mardi 22 juillet – Mauvaises notes pour les musées / Trois études parlementaires aboutissent au même résultat : la politique muséale française va mal. Course aux expositions (1.134 organisées en 2010) pour une concurrence souvent inutile et des déficits annoncés, baisse de 11 % des crédits nationaux alors que le mécénat plafonne à 4 % et, particulièrement étonnant quant au travail quotidien, 1.220 musées dont les collections ne seraient pas identifiées, ni sécurisées. 90 % des établissements n’ont toujours pas révisé l’inventaire pourtant exigé par une loi… de 2002. Il est même impossible de dresser un tableau fiable des musées ayant cessé leur activité ! 80 % des musées dépendent des collectivités territoriales, 15 % sont gérés par des associations et les 5 % restant sont des musées nationaux. Nombre d’élus semblent oublier qu’ils ont voté eux-mêmes les coupes des budgets du patrimoine qui, dans notre pays, n’est pas considéré comme un atout culturel de première importance dans bien des cas et se trouve être parfois une sorte de mot-valise intégrant des établissements très hétérogènes…

    Mercredi 23 juillet – Fast et junk food / Chine, Japon, la malbouffe ne connaît pas de frontières et ses causes sont toujours les mêmes. Un classique : le mélange de viande avariée avec de la viande fraîche. Une nouvelle étiquette et le tour est joué ! Sauf qu’une télé locale chinoise a révélé la manipulation. Les heureux bénéficiaires ? Des fast-foods chinois et nippons. Au Japon, Mc Donald’s et ses McNuggets, en Chine, c’est la totale avec McDonald’s, KFC, mais aussi Starbucks et Burger King. Une vraie filière junk food ! L’usine de Shanghai en cause a été fermée par les autorités.

    Jeudi 24 juillet – Les journalistes robots ! / Associated Press (AP) propose une solution pour « soulager » les journalistes chargés de rédiger des articles sur les résultats des entreprises, ces lourds rapports trimestriels, semestriels, annuels censés donner encore plus d’appétit aux actionnaires ou à leur faire passer la pilule en cas de mauvais chiffres. L’agence de presse américaine utilise désormais des robots pour décliner les comptes d’entreprises comme le fabricant de jouets Hasbro et le conglomérat General Electric. Les contenus, au format assez court – entre 150 et 300 mots – (nous n’en sommes qu’au début de la domination des robots…), sont édités par le logiciel Automated Insights, dont les algorithmes repèrent dans une banque de données les chiffres-clés des entreprises. Les « journobots » (contraction de journaliste et de robots) font, qui oserait en douter, font les bons choix… et ils ne leur reste plus qu’à faire varier verbes et expressions selon la nature des chiffres. Pour l’instant, en effet, le lecteur se lasse des répétitions… Selon le directeur de la publication d’AP, Lou Ferrara, un robot rédige un article au même rythme qu’un journaliste, et devrait permettre à l’agence de plus que décupler la production de contenus. Objectif : publier 4 400 articles par mois d’ici à la fin 2014, contre 300 aujourd’hui. « Je ne peux pas me permettre d’avoir des journalistes qui perdent du temps à répertorier des données. En revanche, j’ai besoin de plus de reportages », explique M. Ferrara qui pense ainsi libérer du temps afin les journalistes en consacrent davantage à l’analyse et à l’enquête. Pour l’instant chaque contenu produit par un robot est relu par un journaliste… mais cette relecture devrait être supprimée à termes.

    Vendredi 25 juillet – Pauvreté durable / Le monde compte encore 2,2 milliards d’êtres humains pauvres ou proches de la pauvreté selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Une inquiétude pointe, après une période de récession, compte tenu des crises financières et catastrophes naturelles. Ainsi il est noté « Éliminer l’extrême pauvreté n’est pas seulement arriver à zéro, encore faut-il rester à ce niveau. » Les personnes les plus démunis restent toujours « les enfants, les adolescents et les personnes âgées » qualifiés « d’intrinsèquement vulnérables ». Des « objectifs du millénaire » ont été fixés… une échéance qui révèle que la pauvreté, plus que le développement, est durable.



  • La nouvelle dignité des profs; les cow-boys bourrins du diesel ; une radio Canal+ ; l’acteur, cet homme seul qui peut tout ; la liberté du Floral à Athènes.

    Cow Boys au charbon   La nouvelle dignité des profs; les cow boys bourrins du diesel ; une radio Canal+ ; l’acteur, cet homme seul qui peut tout ; la liberté du Floral à Athènes.   sunday press    Daniel Chaize

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    Un enseignement pour explorer les controverses (…) Un enseignement magistral, avec le monsieur ou la dame qui parle devant un amphithéâtre d’étudiants qui prennent des notes en vue de passer un examen, avait peut-être un sens au XXe siècle, il n’en a plus aucun aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que nous avons accès à des données (numériques ou pas) très nombreuses. On peut donc travailler dans la situation inverse, des étudiants tournés vers ces informations avec, derrière eux, un enseignant qui les guide dans leur exploration. A Sciences-Po, nous sommes précisément en train de dessiner une salle de classe qui correspond à cette nouvelle manière de faire : des écrans sur tous les murs, des tables mouvantes qu’on peut réagencer en chaises, et surtout des réseaux pour que les étudiants puissent apprendre à traiter les données controversées. A mon sens, cela redonne une nouvelle dignité au professeur : il n’est plus face à vous, il vous accompagne, vous conseille. Lorsqu’on applique cette pédagogie aux lycées défavorisés-Sciences-Po développe un programme appelé Forccast (formation par la cartographie de controverses à l’analyse des sciences et des techniques) -, on s’aperçoit qu’elle modifie les hiérarchies scolaires habituelles et valorise des profils très ouverts. Celui ou celle qui est capable de restituer une controverse scientifique n’est pas toujours celui ou celle qui peut faire un exposé en deux points avec parties et sous-parties. Dans l’avenir (mais je ne suis pas spécialiste), au lieu d’apprendre des morceaux de savoir détachés qui ne sont ni conceptuels, ni factuels, ni artistiques, on peut imaginer d’associer des apprentissages rigoureux (pourquoi pas du « par cœur », tables de multiplication et fables de La Fontaine) avec ce type d’explorations dirigées… Mais, là aussi, il faudra renouveler les institutions !

    Bruno Latour, interview de Maxime Rovere, Marianne,

    du 25 au 31 juillet, n° 901.

    Les cow-boys mécanique, nouveaux bourrins contre l’écologie (…) Peut-on enfumer un écolo ? Le « coal rolling », ou « charbon roulant », est le nouveau mode d’expression des conservateurs américains qui conspuent le plan contre le réchauffement climatique annoncé début juin par Barack Obama. L’anti-écolo militant modifie le système d’échappement de son pick-up diesel afin de lâcher un épais nuage de fumée noire comme du charbon au passage d’un randonneur, d’un cycliste ou d’une voiture hybride, voire électrique.

    Lou Marillier, M le magazine du Monde, 26 juillet, n° 149.

    L’œil bienveillant de Bolloré sur une radio Canal+ (…) Vincent Bolloré soutient l’idée de Canal+, vaisseau amiral de Vivendi, de racheter une radio française pour développer sa stratégie multimédia. Et garde un œil attentif sur l’avenir de LCI, qui se joue mercredi. « Il regarde tout », confie son entourage.

    Matthieu Pechberty, JDD, 27 juillet, n° 3524.

    La merveilleuse fragilité du théâtre (…) Rarement plus qu’en ce mois de juillet on aura senti cette menace peser sur « l’espace fragile de l’acteur ». Mais cette fragilité subjugue : avec des épées faites de ruban, des explosions de confettis et l’efficacité narrative de Game of Thrones, le Henri VI de Thomas Jolly transforme les combats sur scène en fête. On se souviendra que juillet 2014 fut un combat. Aujourd’hui, le Festival s’achève, la cour d’honneur se vide, et Barthes a toujours raison : « Il n’est que de passer la tête, un jour d’hiver, par la grosse porte de bois qui ferme la cour du Festival, pour saisir qu’au théâtre aussi les hommes sont seuls et qu’ils peuvent tout. »

    Frédérique Aït-Touati, Libération, 26 & 27 juillet, n° 10324.

    Parfum de liberté à Athènes (…) À Athènes, les grands cafés comme le Byzantino, où le poète Georges Seferis, les philosophes Cornelius Castoriadis et Kostas Axelos avaient leurs habitudes, le café Brazilian fréquenté par les surréalistes, ou encore le Floka, lieu chéri par Melina Mercouri, Nikos Gatsos ou Manos Hadjidakis, n’existent plus. À l’image du dernier village d’Astérix, un quartier a été épargné : Exarchia. Situé au centre d’Athènes il tourne le dos au Musée archéologique. Typographes, éditeurs, poètes écrivains s’y sont établis avant la guerre. Exarchia a toujours été peuplé d’anarchistes, gauchistes, intellectuels, révolutionnaires… Sur la place centrale, au rez-de-chaussée du célèbre immeuble bleu de style Bauhaus, se trouve le Café Floral. La clientèle est éclectique : des vieilles dames devisent non loin de réfugiés politiques, metteurs en scène, acteurs, écrivains et autres fashion designers venus de Londres ou de Berlin, tandis que des étudiants occupent de vastes tables de lecture. Sur la terrasse comme sur la place, vous ne verrez jamais de policiers en uniforme et les voitures peuvent se garer comme bon leur semble : les contraventions sont abolies dans le secteur. Voilà le dernier lieu à Athènes où affleurent les parfums d’amour et de révolution, voilà Exarchia et son vieux café Floral (80, rue Thermistokleous, quartier d’Exarchia).

    Manolis Charos (peintre athénien), le un, 23 juillet, n° 16.



  • Se mesurer au chaos avec Deleuze ; le revanchisme de Poutine ; Andromaque en Israël ; le travail esclave ; Agatha Christie à Badgad.

    Sunday Press /14

    Capture d’écran 2014 07 21 à 10.23.02   Se mesurer au chaos avec Deleuze ; le revanchisme de Poutine ; Andromaque en Israël ; le travail esclave ; Agatha Christie à Badgad.   sunday press    Daniel Chaize(…) Les temps sont révolus où pouvaient paraître séduisantes les doctrines qui promettaient à leurs adeptes, à l’aide d’une poignée de concepts simplificateurs, l’accès à la salle des machines de l’histoire du monde – voire à l’étage de l’administration de la tour de Babel. La vanité de toutes les constructions réalisées jusqu’ici dans le domaine de la philosophie de l’histoire saute aux yeux, et tout le monde de nos jours en sait suffisamment pour afficher un certain sourire lorsqu’il entend des expressions comme « esprit du monde », « progrès universel » ou « objectif de l’histoire »… Cela dit, si les grands récits connus, le chrétien, le libéral progressiste, l’hégélien, le marxiste, le fasciste ont été démasqués, pour rester poli, comme des tentatives inadéquates de maîtriser la complexité du monde, cela ne dispense pas pour autant la pensée de l’effort visant à produire une optique capable de saisir les détails saisissables d’un tout qui pratique l’esquive. Comme disait Deleuze, « que serait penser s’il ne mesurait sans cesse au chaos ? »

    Peter Sloterdijk, interview d’Alain Dreyfus, Marianne

    du 18 au 24 juillet 2014, n° 900.

     

    (…) Soutenu par ses élites et une grande partie de son opinion publique, Vladimir Poutine a décidé que les règles du jeu fixées dans l’après-guerre froide par les Occidentaux sont caduques. Le moment fondateur a été l’effondrement à Kiev du régime prorusse de Ianoukovitch ; et l’acte de rupture, l’annexion de la Crimée. C’est un fait sans précédent en Europe depuis 1945. De nouveaux États sont nés dans des conditions parfois sujettes à caution, il y a eu des changements de frontières, mais jamais d’annexion par la force d’un territoire par un autre État. Le projet eurasiatique du président russe s’affranchit de toutes les règles en vigueur dans les relations internationales, non seulement depuis la fin de la guerre froide, mais même avant. Pour paraphraser le vieux jargon soviétique, nous pouvons dire qu’aujourd’hui, la Russie est entrée dans une phase revanchiste. C’est pour cela qu’il faut clairement fixer à Moscou, notamment en prenant au sérieux notre propre défense et en la redéployant vers l’Est. Il nous faut aussi aider les pays de l’ex-espace soviétique qui – comme l’Ukraine mais elle n’est pas la seule – veulent être libres à pouvoir l’être.

    François Heisbourg, interview de Marc Semo, Libération du 19 & 20 juillet 2014, n° 10318.

     

    (…) L’ancien président du Parlement israélien, Avraham Burg, voix isolée, le dit dans nos colonnes : la force militaire n’est pas une solution. Burg n’est pas atteint d’une crise d’angélisme irresponsable. Il sait qu’après le Hamas viendra le djihadisme, nourri d’une violence qui va continuer à entretenir le désir de vengeance. Dans un vide politique total, entre Israéliens et Palestiniens, ce qui monte, c’est la haine. Et ce qui vient à l’esprit, c’est un vers, d’une tragédie justement : « Peut-on haïr sans cesse ? et punit-on toujours ? » Racine, Andromaque (acte 1, scène 4).

    Éditorial, Le Monde, du 19 juillet 2014, n° 21617.

    (…) Qu’entendez-vous par « travail esclave » ? Nous avons adopté la définition du Bureau International du Travail (BIT), pour qui « la caractéristique la plus visible du travail esclave est le manque de liberté ». Il stipule quatre façons courantes de restreindre cette liberté : la servitude pour dettes, la confiscation de documents d’identité, l’accès difficile au site et la présence de gardes armés. C’est le cas du Brésil (plus de 40.000 travailleurs esclaves) bien qu’on n’y observe pas de vente d’esclaves. La principale raison d’être du travail assimilable au travail esclave est que les propriétaires des domaines ont besoin de main-d’œuvre dans des régions éloignées où il est difficile de la faire venir et de la garder et qu’ils ont recours à la tromperie et à des artifices illégaux, et même criminels, pour y parvenir. L’extrême inégalité entre les grands propriétaires et les paysans sans terre est le phénomène social qui préside au recours au travail esclave.

    Hervé Théry, interview de Sylvain Cypel, le un,16 juillet 2014, n° 15.

    (…) En effet, une élite anglaise et irakienne composée d’intellectuels, d’artistes et de politiques jouissait d’une existence de luxe, à la pointe de la modernité d’une vil- le occidentalisée, sans ressentir ni malaise identitaire ni souffrance morale. Agatha Christie appartenait à cette élite. La reine du roman policier a écrit deux livres ayant pour cadre Bagdad (Meurtre en Mésopotamie et Rendez-vous à Bagdad). Cette ville, elle l’avait découverte en 1928, lorsqu’elle était mariée à Archibald Christie, pilote de la Royal Air Force dont elle a gardé le nom après son divorce. C’est à Mossoul qu’elle a rencontré son deuxième époux, Max Mallowan, le célèbre archéologue, quand il travaillait en Irak avec son collègue britannique Campbell Thompson. Mallowan a participé à des fouilles à Mossoul, Khabour, Tell Brak. Il a découvert la citadelle de Shulman Seer et la statue de bronze très connue du roi akkadien Sargon. La haute société ne connaissait pas la romancière pour son goût français ou son mode de vie parisien, ni comme pianiste ou chanteuse d’opéra à la voix inégalable, ni pour la beauté qui était la sienne dans sa jeunesse. Par contre, elle était réputée pour la passion qu’elle vouait à l’archéologie. Ainsi s’occupait-elle de nettoyer les pièces découvertes par son mari, avant de les recouvrir de son châle bleu. Aujourd’hui, l’État islamique et au levant (EIIL) s’ingénie à détruire ces mêmes antiquités en raison de leur appartenance à des mécréants. Quel paradoxe de constater que mon pays, cosmopolite dans les années 1950… le reste avec EIIL.

    Ali Bader, traduit par Maïté Graisse et par l’auteur, Le Monde,20 juillet 2014, n° 21618.



  • L’Allemagne bio, la circonvolution Chavez, Avignon pas vraiment In, Autocritique chinoise à la télé, les odieuses exécutions américaines

    Révolution non télévisée   LAllemagne bio, la circonvolution Chavez, Avignon pas vraiment In, Autocritique chinoise à la télé, les odieuses exécutions américaines   calepin hebdo    Daniel Chaize

    Lundi 14 juillet – L’agriculture Bio allemande manque de carburant pour en produire trop. La transition énergétique décidée par Mme Merkel dévore littéralement les champs de l’agriculture nationale. Le maïs « deutsche Qualität » alimente environ 8.000 usines de production de biogaz… et non le bétail ou les salades d’été qui accompagnent les barbecues. L’agriculteur n’hésite pas : la loi sur les énergies renouvelables lui garantit des prix élevés sur une durée de vingt ans lorsque la production est destinée à l’approvisionnement énergétique. Du coup 45 % de hausse du prix de la terre arable depuis 2003 et en conséquence première les fermiers biologiques qui louaient entre 300 et 500 euros l’hectare ne peuvent plus suivre des prix montés à 1.000 euros.

    Mardi 15 juillet – La révolution dans la révolution Chavez. Au Venezuela crise économique (terrible : l’approvisionnement dans tous les domaines, médicaments, pièces de rechange, huile ou papier toilette est étranglé et s’y ajoute une hausse des prix de 60 %) et crise politique (répression contre les oppositions, crise de gouvernance avec une paralysie du pouvoir tétanisé, batailles entre les différents courants chavistes où la garde rapprochée de leur dieu Hugo se considérant comme les seuls tenants de la révolution. C’est pourtant un cubain, Orlando Berrego, qui vient d’être choisi par le chef de l’État Nicolas Maduro, pour ouvrir une nouvelle voie triomphante pour le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Avec une déclaration qui doit déboussoler nombre de ses soutiens : « Nous voulons faire une révolution totale et profonde dans l’administration publique, une révolution dans la révolution. » Notamment la centaine de ministres et vice-ministres dont les sièges risquent de tourner. Comme disait Pierre Dac « Quand on l’avenir devant soi, il ne faut pas se retourner, sinon on l’a dans le dos »

    Mercredi 16 juillet – Mauvais spectacle et chantage douteux à Avignon. Ce jour là  la ministre de la culture Aurélie Filipetti n’est pas sur le pont, ni face aux plateaux des spectacles. Elle n’en verra aucun durant sa visite. Les (ne serait-ce plutôt pas « des » ?) intermittents ont déclaré qu’il « n’est pas question qu’elle assiste à un spectacle du festival « In »… car « ils en feraient un casus belli ». On croit rêver ! Avatar pitoyable et geste infantile par un groupe, qui sur de nombreuses manifestations censées défendre la juste lutte en soutien aux droits des intermittents pour un régime particulier reconnaissant leur spécificité, en sont venus à le dénaturer. Un manque de perspicacité de mots d’ordre pâles reflets d’une analyse pour le moins faible qui s’est d’ailleurs traduit en de nombreuses occasions par un soutien plus que limité sur certaines actions « hors cadre ». Bien loin en tout cas d’interventions parfois dignes et percutantes lues par des troupes et techniciens rassemblés pour le même combat et qui n’oublient pas que leur travail est, pour la plus grande partie sinon la totalité, rémunérée par de l’argent public et que tout « interdit » à un représentant d’un gouvernement issu d’une majorité élue par les Français est un oukase inadmissible. Le pire, pourrait-on dire, c’est que Mme Filipetti n’a d’ailleurs assisté à aucun spectacle en deux jours. Ni « In », ni « Off », ce qui est probablement une première pour un ministre en exercice. À sa décharge elle réaffirmera son souhait de voir « la culture demeuré un domaine d’intervention partagé » et a annoncé la mise en place, dès le mois de septembre, d’un « pacte culturel » susceptible de « répondre aux inquiétudes des acteurs culturels. »

    Jeudi 17 juillet – L’autocritique chinoise passe à la télé. C’est sans conteste la réussite la plus spectaculaire des dictatures communistes : l’autocritique. Ce moment particulier où l’accusé (le plus souvent il ne sait pas pourquoi) confesse publiquement ses fautes. Graves naturellement. Toujours graves comme les sanctions. En ce moment, dans la Chine de Xi Jinping, les démocrates chinois découvrent à nouveau ce que les procès staliniens de Moscou avaient déjà mis au sommet de leur art. Journalistes, universitaires, artistes et ONG doivent répondre à de nouvelles règles. Strictes, sinon c’est la vieille rengaine de « la collusion avec l’étranger » qui est la menace et vite l’accusation. Mais le monde évolue, et c’est à la télévision que les plus déviants à la « sécurité nationale » ont dû faire œuvre purificatrice. Particulièrement habile, cette campagne qui piétine toute idée de démocratie (fût-elle populaire) est menée de concert avec une, qui elle, apparaît absolument nécessaire : celle de la lutte contre la corruption tant il est vrai que le pillage généralisé des ressources les plus importantes du pays par les vénérables dirigeants du Parti est démasqué et combattu désormais dans de nombreuses régions. Et c’est ainsi que les ombres du pouvoir chinois jettent l’eau sale de leur propre bain sans omettre d’y joindre ceux qui les ont dénoncés.

    Vendredi 18 juillet – États-Unis, les condamnés à mort et les exécutés suite à de fausses accusations. Fissure, une nouvelle fois, au pays de la statue de la liberté. 60 condamnés à morts et 3 exécutés l’ont été suite à des témoignages douteux et à des analyses scientifiques erronées. Le jugement provient d’un rapport de l’Inspection générale de la justice qui dénonce les irrégularités graves commises dans les enquêtes judiciaires ainsi que les manquements du FBI.