Élections départementales à Montreuil : gueule en feu et double dose de piment

Le piment de la cuisine électorale montreuilloise, on en devient addict. On s'habitue et il faut toujours augmenter la dose...
Le piment de la cuisine électorale montreuilloise, on en devient addict. On s’habitue et il faut toujours augmenter la dose…

Il y a des lecteurs de mon article d’hier « Le piment de Montreuil au second tour des élections départementales » (sur daniel-chaize.com) particulièrement attentifs et plus encore sacrément avertis. Ils m’ont donc donné des informations complémentaires que je n’avais pas collectées. Certes, je ne suis plus totalement dans le bain du microcosme politique mais je n’imaginais pas qu’un éloignement, malgré tout limité, m’amènerait à être ainsi largué. C’est dire qu’à Montreuil, « on en est » ou « on n’en est pas » assez rapidement. Et j’imagine que beaucoup de Montreuillois n’en sont guère… tant ces contorsions défient les lois de la gravité politique. Donc j’énonce les faits brut ici qui, naturellement, viennent ainsi compléter mon papier précédent. Attention, c’est une double dose de piment montreuillois. Juste pour faciliter la digestion ! Je sais, ça brûle un peu au passage…

1/ Rectificatif ! Ce n’est pas le Front de gauche qui refuse de soutenir le candidat PS encore en lice sur le canton Montreuil 1 – Nord. C’est uniquement le Parti de gauche (Mélenchon, vous vous souvenez…). Vous allez me dire, ça change quoi ? Pour eux, vraisemblablement tout. Oui, mais alors le PS qui appelle à soutenir le Front de gauche dans le canton Montreuil-2 demande-t-il, en retour de ce mauvais service, de rayer le logo du Parti de Gauche qui s’y trouve (avec cinq autres) ou de bien préciser « sans Parti de gauche ajouté » ? C’est qu’il ne faut pas mélanger les sauces. Nous sommes dans la cuisine électorale au scalpel, dans le moléculaire. Bientôt nous serons dans le cryogénique pour tenter de préserver les espèces en voie de disparition… Et bien non, le PS ouvre les bras à son allié qui lui claque la porte ailleurs. Ne serait-il pas un peu…, comment dire, gentil le PS ?

2 / Vous ne connaissez pas le parti « Ensemble ! » ? Là, vous me décevez… En fait, soyons complet. Il faut dire « Ensemble ! Mouvement pour une initiative de gauche, écologiste et solidaire ». Vous ne voyez pas davantage. Alors je sors ma carte maîtresse, Clémentine Autain, sa leader très médiatique. Candidate à Sevran, elle a terminé quatrième – au nom du Front de gauche tout entier (car Ensemble ! en est) – avec 18,96 % des exprimés et 5,95 % des inscrits (abstention de 67,15 % !). Ah… oui, vous vous souvenez d’une présence sur un plateau télé. Bien vu, c’est ça, une présence ! Et bien, Montreuil – ville de toutes les gauches et plus car affinité – ne pouvait manquer d’avoir un représentant de cette illustre enseigne. Normal. C’est une femme et elle est du binôme avec le conseiller général sortant sur le canton Montreuil 2 – Sud. Le hic, c’est qu’Ensemble !, ce sont vraiment les copains de Mélenchon et ils le suivent sur sa logique anti-PS. Ils marchent dans son ombre, ombre de lui-même qu’ils sont. Traduction ? Sur le canton Montreuil 2 – Sud, ils ne soutiennent pas plus le Front de gauche que dans le canton Montreuil 1 – Nord puisqu’il a le soutien du PS. Là, je sens que vous êtes perdu. Mais alors ils ne soutiennent même pas leur candidate ! Vous vous le dîtes et vous avez tort. D’ailleurs, je m’étonne de ce manque de discernement. Oui, c’est vrai. Franchement, je vais vous dire, vous vous prenez trop la tête. Et surtout, vous manquez gravement de pragmatisme et de sens logique. On peut être radicalement contre une situation et la soutenir quand on en bénéficie. C’est si rare pour Ensemble ! Il faut comprendre l’appétit de ceux qui veulent en croquer.

3 / Là, et pour finir, c’est une idée qui me vient. Aussi sotte que grenue. Dans le canton Montreuil 2 – Sud, le binôme Vert / PS (100 % Verts au niveau des candidats) qui persiste à se maintenir malgré l’ordre donné par le PS au niveau local et national a bien sûr des suppléants. Caramba, ils sont PS ! Donc, je reviens à mon feutre à rayer les noms ou à préciser mon intention. Dois-je écrire sur le bulletin : Verts, oui, PS, non ?

Franchement, même s’il y a encore des changements ce samedi (ça ne devrait pas, c’est interdit car c’est trop tard), ne m’en voulez pas, je n’actualiserai pas mon papier. Avec tout ce piment, j’ai la gueule en feu.

Le piment de Montreuil au second tour des élections départementales

Montreuil échappe heureusement à la réalité incontestable du premier tour des élections départementales : l'installation à un haut niveau du Front national sur tout le territoire.
Montreuil échappe heureusement à la réalité incontestable du premier tour des élections départementales : l’installation à un haut niveau du Front national sur tout le territoire.

Poursuivons, après une petite semaine d’analyse et de rebondissements divers sur la nature des alliances électorales signées à l’encre sympathique, notre parcours sur la décantation lente des partis politiques sur Montreuil.

Un mot rapide sur la situation nationale dont la situation montreuilloise découle en grande partie.

En premier lieu, il y a un unique fait marquant : la victoire sans conteste du Front national. Puisque les élections se comparent aux élections précédentes et non aux sondages, toute tentative de minimiser le succès du parti de Marine Le Pen est un déni et une faute. Certes le PS, du moins en ce premier tour, n’a pas subi la Bérézina qu’il craignait et il est possible que l’engagement de Manuel Valls ait contribué à amoindrir la catastrophe pour la gauche. De même, il faut considérer que l’union UMP-UDI-Modem (pour partie concernant ce dernier) a elle aussi donner quelques couleurs à Sarkozy. Mais les deux partis sont dans le rouge et une nouvelle ère politique s’ouvre : le tripartisme. Notons au passage que l’espoir de certains au Front de gauche d’assister à une éclosion « à la grecque » s’est mal terminé. Il en va de même avec les tentatives d’union Verts-gauche radicale battues en rase campagne et, pour partie, responsables en certains endroits de la disparition de la gauche au second tour.

En second lieu, le taux de l’abstention est considérable. Malgré un léger regain par rapport à la précédente élection du genre (encore qu’il y ait des différences de scrutin), elle se situe à 48,93 %. C’est dire que seul un Français sur deux s’est déplacé. Il y a toujours des abstentionnistes qui ne savent ou ne veulent pas saisir ce geste qui fait notre démocratie. Mais à tous ceux qui imaginent que le vote obligatoire serait une réponse, il me semble qu’il faut répondre qu’il y a aussi un grand nombre de Français qui refusent de voter pour des partis en qui ils ne se reconnaissent plus et qui veulent ainsi l’exprimer en toute conscience. Quant aux élus locaux des départements qui n’ont de cesse de proclamer combien ils sont des élus de proximité, ils feraient bien de s’interroger pourquoi leurs ouailles sont désormais si loin d’eux. Par leur abstention et par leur souhait majoritaire mais aussi, selon des sondages répétés, par leur souhait de voir la disparition des départements.

Montreuil persiste dans ses recherches d’une politique nouvelle.

Nous avions vu combien « le concentré Montreuillois » était particulier (daniel-chaize.com du 22 mars 2015). Il le demeure. En effet, dans cette compétition entre les partis installés et les forces citoyennes sans logo ni parti, les résultats montrent une persistance peu commune. Du moins, dans un de ses cantons. Dans les deux cantons l’abstention dépasse 60 % ce qui fait tous les candidats de gauche sont en-dessous de la barre des 10 % des inscrits. Quelle représentativité invoquer avec de tels scores ?

Le canton Montreuil-1. Il comprend désormais Rosny-sous-Bois et avec son maire et conseiller général UMP, les partis en place dominent… avec un scrutin marqué par une abstention de 62,23 % ! L’UMP est à 29,55 %, suivi de l’alliance PS/Verts (binôme PS) à 26,73 %. Le Front national pointe à 17,92 % alors que le Front de gauche est à 18,77 %. La liste Force citoyenne (alliance de Ma Ville J’y Crois et d’Élire Montreuil), étant sans ancrage sur Rosny-sous-Bois, ne dépasse pas les 7,02 %.

Au second tour, selon les dernières informations… le Front de gauche ne soutiendra pas la liste de la gauche au second tour… car Jean-Luc Mélenchon ne veut en aucun cas soutenir le PS et il se trouve qu’une de ses représentantes était candidate sur ce territoire.

Le canton Montreuil-2. Il en ressort un tripartisme entre les forces de gauche dans un scrutin où l’abstention est de 61,39 %. Le Front de gauche, avec son candidat sortant, vire en tête avec 23,16 % devant l’union Verts/PS (binôme Verts) à 21,89 % et Force citoyenne à 18,89 %. 515 voix séparent le troisième du premier. Il reste difficile d’affirmer que les partis l’ont emporté nettement sur la liste locale dans ce duel évoqué la semaine dernière, situation que l’on retrouve dans de nombreux territoires français. En effet, le Front de gauche est lui-même composite de plusieurs sensibilités et son score n’est pas un franc succès malgré le soutien affirmé et répété du maire en place. Nettement moins de 25 %. Le binôme Verts/PS – le parti au pouvoir national et dirigeant le département associé à une force politique ancrée sur ce canton – peine à dépasser les 20 %. Force citoyenne obtient près de 19 % et confirme son importance croissante après qu’une de ses composantes, Élire Montreuil, ait réalisé 11 % aux élections municipales. Il ressort néanmoins, de ces deux élections notamment, que si les Français manifestent clairement leur défiance vis-à-vis des partis traditionnels (abstention et faible soutien en vote), ils hésitent encore à considérer les forces émergentes comme en capacité de l’emporter. Les partis, avec leurs moyens de communication, étant d’autant plus des forces refuges lorsque la situation internationale est inquiétante et que monte le danger de l’extrême-droite.

Le second tour, là encore, ne va pas clarifier la situation politique locale. En effet, les autorités locales et nationales du PS et des Verts demandent l’application stricte du désistement républicain en faveur du candidat de la gauche le mieux placé. Mais le binôme 100 % Verts du canton ne l’entends pas ainsi et se maintient considérant, ce qui est vrai malgré certains propos illuminés et surtout mal informés qui circulent sur les réseaux sociaux, que de toute manière le canton reste à gauche dans tous les cas de figure. Ainsi dans un canton les Verts suivent la directive du PS et dans l’autre… non ! On peut s’en étonner, voire s’en moquer et s’en désespérer. Mais, à mon avis, ce n’est que la traduction du manque de connaissance et de considération des instances dirigeantes des partis. En effet, que le PS – fortement secoué par le Front de gauche aussi bien nationalement qu’au niveau départemental (et qui comme il est écrit plus haut le combat dans l’autre canton Montreuillois), le préfère néanmoins aux Verts avec qui il a pourtant fait alliance au premier tour et dont, dit-on, le président de la République aimerait voir entrer de nouvelles figures au sein du futur gouvernement, voilà bien la pensée labyrinthique qui nous est proposée… Difficile à suivre.

Le désastre est annoncé pour la gauche au niveau national, même si on lit peu combien le Front national et l’UMP ont toutes les clefs pour faire tomber les candidats de gauche en tête. Sauf si elle parvient, ce que je souhaite, à réussir une mobilisation de son électorat sans précédent. Quels que soient les résultats, il faut espérer que les leçons de ces imbroglios tacticiens et suicidaires seront tirées.

À Montreuil, malgré un territoire de gauche secoué et bouleversé depuis de nombreuses élections, des évolutions marquantes se font jour malgré un équilibre de façade qui semble immobile. Ce dimanche est important. Dans un canton, la droite forte de son implantation à Rosny-sous-Bois pense et peut l’emporter. L’action du Front de gauche est en train de l’y aider. Dans l’autre les Verts, ce ne manque pas de piquant bien que leurs candidats n’en aient guère, brandissent la liberté citoyenne pour ne pas se coucher devant un oukase d’appareils. Ils ne font qu’exprimer, à leur manière, et avec la difficulté de rester honnêtement dès le lundi qui suivra le scrutin dans une majorité municipale où le maire les accuse ce jour par voie de presse « de posture antiunitaire privilégiant les ambitions personnelles aux ambitions communes de la gauche, mauvais coup porté aux ambitions communes de la gauche. Lundi, chacun devra bien réfléchir et faire son examen de conscience ». Cette situation, je le pense depuis des années, ne fait que démontrer la nécessaire – mais obligatoirement lente – recomposition locale et nationale de la gauche.

Une réponse nouvelle, avec souhaitons-le une meilleure mobilisation des électeurs, sera donnée dimanche prochain.

Choisir entre le théâtre source de civilisation et la pseudo pensée Tweet

Guy Birenbaum : « Mon métier était d’expliquer le danger. Au lieu de quoi, pendant des années, je me suis fait le prosélyte de la sérendipité [la découverte fortuite d’informations pertinentes que l’on ne cherchait pas] : “Formidable, vous appuyez sur un bouton et vous êtes propulsé à 10 000 kilomètres...” » Aujourd’hui, je le dis : “Je me suis trompé. La sérendipité est une catastrophe, il n’y a rien de pire."
Guy Birenbaum : « Mon métier était d’expliquer le danger. Au lieu de quoi, pendant des années, je me suis fait le prosélyte de la sérendipité [la découverte fortuite d’informations pertinentes que l’on ne cherchait pas] : “Formidable, vous appuyez sur un bouton et vous êtes propulsé à 10 000 kilomètres…” » Aujourd’hui, je le dis : “Je me suis trompé. La sérendipité est une catastrophe, il n’y a rien de pire. »
Sunday Press / 48

(…) Nous voulions rompre avec cette éducation populaire pépère qui sévissait dans la profession, qui y sévit toujours, et dont nous redoutions alors qu’elle nous engloutisse comme une marée noire. Aller dans les lycées, les prisons, d’accord, il faut le faire et on le fait, mais pour y défendre une idée exigeante de l’art, pas pour l’instrumentaliser, le réduire à un outil pédagogique, sociologique. Le théâtre ne sert pas à maintenir l’ordre, à bricoler du consensus. Grâce à quelques personnalités socialistes, comme Jack Lang ou les maires Pierre Mauroy et Gaston Defferre, qui avaient une vraie ambition locale, on a eu l’illusion que la gauche avait changé, qu’elle était une sorte d’intellectuel collectif. Faux ! Ils étaient les arbres qui cachent la forêt. La plupart continuent de refuser que l’art dérange, et la culture n’est pour eux qu’une affaire de communication. Avant, ils se retenaient encore, par respect pour Malraux ou Lang… Mais avec les difficultés budgétaires actuelles tout le monde se lâche ! Et les municipalités socialistes ne sont pas les dernières à abandonner le navire culturel. La région Nord coupe de 170.000 euros les subventions du Centre dramatique de Lille, et Martine Aubry se tait…

Jean-Pierre Vincent, metteur en scène, propos recueillis par Fabienne Pascaud, Télérama, 21 au 27 mars 2015, N° 3401.

(…) Une vieille manie française, en fait, cette manie de dénigrer le pays tout entier, quand il vote mal. La France et moi, et moi, et moi. Une conspiration des ego pour intimider le Front national, c’est un peu court ! La France ne tremblera pas lorsque des vedettes de la littérature, du sport ou de la chanson claqueront la porte. C’est vexant, certes, mais cette menace n’effraie personne. Mais c’est une autre manie française que de jouer avec l’histoire, de se prendre pour un grand résistant qui rejoindra Londres, en sachant qu’il n’aura pas besoin de passer clandestinement par l’Espagne et le Portugal, puisqu’il lui suffira de prendre l’Eurostar. Heureuse époque qui permet de prendre, sans trop de risques, une belle posture de résistant, fort utile pour se dédouaner des combats immédiats.

Guy Konopnicki, Marianne, 20 au 26 mars 2015, N°935.

(…) Puisque la conscription ne sera pas rétablie par les États européens (le cas lituanien est une exception), pourquoi ne pas imaginer un « Erasmus civilo-militaire », inspiré de ce qui se fait de mieux en Europe avec la mobilité des étudiants et des apprentis, pour créer une « réserve » européenne ? Non pas un rendez-vous citoyen ni, à l’opposé, une armée de métier, mais un service civilo-militaire européen. Il durerait au moins six mois, avec cours de langue (la maîtrise de plusieurs langues est la condition du dialogue et de la compréhension des missions et des ordres), d’histoire et de géographie européennes, entraînement sportif et militaire approfondi, apprentissage des techniques de sécurité civile, séjour de terrain, de préférences sur les frontières extérieures de l’Union. Les formations théoriques et pratiques seraient dispensées dans des écoles civilo-militaires, sur le modèle des collèges d’Europe de Bruges et de Natolin. Elles seraient ouvertes à tous les jeunes Européens, filles ou garçons volontaires, sur une base contractuelle. L’organisation géographique pourrait coïncider avec celle des groupements tactiques multinationaux, selon les ensembles régionaux. Ce projet serait l’occasion d’une pédagogie de l’esprit de défense en toute autonomie de décision et à la seule échelle pertinente, celle de la communauté européenne des citoyens.

Michel Foucher, géographe, ancien ambassadeur, le un, 18 mars 2015, N° 48.

(…) Chroniques radio ou blogs, il alerte sur les per- versions d’Internet. « Mon métier était d’expliquer le danger. Au lieu de quoi, pendant des années, je me suis fait le prosélyte de la sérendipité [la découverte fortuite d’informations pertinentes que l’on ne cherchait pas] :Formidable, vous appuyez sur un bouton et vous êtes propulsé à 10 000 kilomètres…” » Aujourd’hui, je le dis : “Je me suis trompé. La sérendipité est une catastrophe, il n’y a rien de pire.” Là encore, il se trompait, le pire, pour lui, existait : les tweets. Rageurs, rigolards, instantanés. 140 signes pour réduire la pensée d’un intellectuel à un éternuement d’humeur. « Je trouvais ça bien. J’existais. » Car Birenbaum est devenu une marque, ses followers lui apportent la reconnaissance que l’université et les médias lui refusent. Il en est arrivé au point où l’essentiel n’est plus ce qu’il dit, ni qu’il soit aimé ou détesté, mais qu’il soit commenté et repris sur d’autres sites. (…) La rentrée 2013 est ce que les scénaristes appellent un climax. Birenbaum inaugure un matraquage quotidien sur le site du Huffington Post, modestement baptisé « Le 13 heures de Guy Birenbaum ». Là, il dénigre, cogne, fracasse, massacre avec entrain. Il démarre le premier jour de son nouveau métier avec une vidéo qui, aujourd’hui encore, le consterne. Son idée était de dire « ras-le-bol de la rentrée », en réalité il filme son désespoir à l’idée de revenir vers ce qui le détruit à petit feu : « J’ai atteint le pathétique. Quand vous avez des prétentions intellectuelles comme j’ai pu en avoir, en arriver à faire une vidéo débile où je fais semblant de me noyer dans la Manche sur une musique tout aussi débile, et que cette vidéo est vue plus de 100 000 fois ! Sur le moment, j’ai trouvé ça très bien. » En réalité, il amorce une dépression. (…) Un bon psy, des médicaments, une femme qui se met en mode commando pour apporter des solutions et l’amitié l’ont extirpé de la Toile. Il a réappris à écrire à la main.

Dominique de Saint Pern, à propos de la dépression de Guy Birenbaum brûlé par la civilisation Tweet, M Le magazine du Monde, 21 mars 2015, N° 21827.

(…) Les capitalistes netarchiques (Facebook, Google, Amazon, …) fonctionnent avec 100 % des revenus pour les propriétaires et 0 % pour les utilisateurs qui cocréent la valeur de la plateforme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles parasitaires : Uber n’investit pas dans le transport, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les documents, ni YouTube dans la production médiatique.

Michel Bauwens, théoricien de l’économie collaborative, Libération, 21 & 22 mars 2015, N° 10525.

ÉLECTIONS, CONFUSION, RECOMPOSITIONS – 2 / LE CONCENTRÉ MONTREUILLOIS

electionsPoursuivons donc (voir daniel-chaize.com du vendredi 20 mars) et examinons les conséquences du délitement des partis politiques, de la défiance des Français à leur égard et les conséquences qui en découlent sur Montreuil. Notamment avec cette question concernant la gauche qui y est traditionnellement majoritaire : puisqu’elle est de nouveau éparpillée, qu’attendre du résultat ? Déroute ou renouveau ?

La droite, une succession de parachutés. Il y a naturellement des électeurs de droite à Montreuil. Mais habitués à être très minoritaire, l’UMP et le centre ont bien du mal à trouver des militants pour faire campagne et plus encore pour avoir une expression régulière censée les mobiliser. Malgré l’effort de quelques figures locales et militants de longue date non résignés. Mais ceux-là doivent être solides pour accepter, scrutin après scrutin, des candidats imposés et parachutés dans des conditions où la démocratie et l’écoute des voix locales par l’état-major de leur parti n’est pas toujours de mise. On peut même dire jamais. Cette fois encore, par une alliance nouvelle UMP-UDI, il se trouve que sur le canton Montreuil-Sud (n° 13), c’est l’UDI qui se trouve seule présente avec deux candidats issus de ses rangs. Sur le second canton (Montreuil-Nord, n°12), Manon Laporte – conseillère municipale UMP à Montreuil en phase lente d’ancrage à Montreuil – elle ne se cache pas d’être parisienne de vie – est associée à Claude Capillon, maire de Rosny-sous-Bois et déjà conseiller général. La Droite et Montreuil reste une histoire de longue distance entre ses instances et ses militants et entre ces derniers et la ville. Le rapprochement des cœurs n’est d’ailleurs pas acquis puisque lors de la venue toute récente d’Alain Juppé à Montreuil, il fut accueilli par l’UMP… mais boudé par l’UDI qui, comme on sait, est plus proche de Nicolas Sarkozy. Résumons : à droite, c’est l’union vache et coups de pied de l’âne ! Le Modem, pourtant présent à d’autres élections, a vu son logo phagocyté par les attelages actuels. Bonne digestion…

Les candidats commandos de l’extrême droite. Le FN de Marine Le Pen est absent de la vie politique locale et départementale. Lors des élections ses candidats sont systématiquement des inconnus. Cette fois, ils n’ont même pas daignés se présenter par affiche sur tous les panneaux électoraux. Montreuil n’est en rien leur souci, pas plus qu’ils auraient un quelconque projet pour la Seine-Saint-Denis. Ce n’est pas du mépris local, ils méprisent par nature. Marine Le Pen mène la baguette et plante ses candidats/drapeaux sur le territoire français pour ses intérêts personnels de pouvoir. Il s’agit de faire des points pour enfler de la voix. Aucun échange avec les électeurs, aucun débat, aucune proposition. C’est trouble, pas net et volontairement imprécis. Bref, c’est tout le Front national, familial, clanique, héréditaire.

Le festival des gauches et la valse des alliances et des logos ! L’histoire de France nous enseigne qu’il y a des gauches comme il y a des droites. Un pluriel qui nourrit la démocratie. À ce sujet, voir l’excellent et incontournable ouvrage de Jacques Julliard « Les gauches françaises – 1762-2012 – Histoire, politique et imaginaire » chez Flammarion, septembre 2012.

Mais Montreuil aime à ce point se caractériser dans la singularité qu’elle est souvent associée aux expressions « laboratoire des gauches » ou « guerre des gauches ». Dans ces dernières années, les expériences se sont accélérées. Les journalistes ne cessent d’ailleurs de s’étonner et de s’y perdre. Ils manquent peut-être de temps pour comprendre. À moins, ce n’est pas exclu, qu’ils préfèrent la confortable paresse de l’examen du vernis des étiquettes, de la prise de note des bons mots des candidats qui savent jouer des coups de communication.

À Montreuil, où la confusion semble l’emporter, il faut faire un petit effort pour suivre les itinéraires politiques des candidats se réclamant de la gauche. Ils peuvent légitimement étonner mais on peut reconnaître qu’ils suivent une vraie logique.

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Les paragraphes qui suivent esquissent une cartographie du moment. Le lecteur voudra bien excuser les raccourcis… ce qui ne devrait pas être difficile puisqu’il risque déjà de trouver le propos un peu long, et considérer que les personnes nommées et pour beaucoup critiquées, ne le sont pas à titre strictement personnel bien que leur responsabilité soit directement engagée. L’auteur tient à dire à nouveau combien les faits évoqués ne sont que le résultat d’une situation politique plus globale. Avec il est vrai un caractère local bien typique d’un climat politique qui échauffe certains esprits.

Un mouvement national particulièrement fort en Seine-Saint-Denis : le rééquilibrage PS/ PCF et l’arrivée des Verts. À Montreuil plus qu’ailleurs, les deux gauches dominantes PS et PCF sont au bout de leur histoire. Le PCF, dans cette ville historique de la banlieue rouge qu’il dominait, a longtemps pu compter sur un PS, roue de secours ou tente à oxygène consentante selon l’image que l’on préfère, pour perpétuer une factice Union de la gauche qui n’avait plus rien à voir avec celles de 1936, de la Libération ou même de 1981. L’émancipation du PS, notamment par l’action volontaire de l’actuel président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, est passée sur le territoire. Les 20 dernières années ont été marquées par la perte de nombreuses villes PCF devenues PS, de même que le conseil général. Les années plus récentes coïncidant avec une apparition parfois significative du parti des Verts.

De l’intérêt de connaître (un peu) de l’histoire politique des principales personnalités locales dont le rôle est important lors de ces élections départementales.

  • Jean-Pierre Brard, l’ancien député-maire, a su jouer de son appartenance puis de son éloignement du PCF, pour prolonger l’ancienne union de la gauche… avant de la combattre comme ce fut le cas lors des dernières élections municipales de 2014. Il fut néanmoins quasiment en passe de l’emporter, avec sa liste de citoyens Ma ville J’y Crois face à son ancien directeur de campagne Patrice Bessac (PCF), vainqueur surprise grâce à des alliances politiques inattendues.
  • Dominique Voynet, qui avait déserté le terrain électoral de peur d’être durement châtiée à la fin de son premier mandat qui restera donc unique, a malgré tout réussi à imposer en 2014 la tête de liste des Verts aux municipales. Avec ses colistiers, dont certains six ans auparavant avaient été élu pour tourner la page d’une gestion communiste à bout de souffle… ils s’allieront pourtant à eux pour conserver leurs sièges. Depuis on les entend plus, mais il faut dire que, c’est un classique de la démocratie communiste, le maire ne leur donne guère la parole.
  • Mouna Viprey de Renouveau socialiste Montreuil, exclue du PS (après avoir été sa candidate aux législatives à deux reprises) pour avoir soutenu Dominique Voynet et permis son succès, l’avait quittée avec ses amis élus dès que l’ancienne maire avait trahi son programme, notamment par une augmentation des impôts locaux qu’elle s’était engagée à ne pas réaliser. En 2014, Mouna Viprey créait un mouvement citoyen et présentait la liste indépendante Élire Montreuil qui allait créer la surprise en devançant celle du PS au premier tour, bien qu’elle fut dirigée par le nouveau et gourmand député. Le PS n’obtiendra que moins de 10 % des suffrages : une déroute.

2015 : l’élection départementale et les changements d’alliances et d’étiquettes.

PCF, PS, Verts, Ma ville J’y Crois, Élire Montreuil, sont aujourd’hui en liste pour les nouvelles élections départementales. Des candidats de partis « établis » et des candidats de mouvements de citoyens locaux implantés depuis de nombreuses années. Ce n’est pas le seul endroit en France, mais comme dans tous, ce n’est pas sans signification.

Au Front de gauche, le candidat sortant Belaïde Bedreddine, élu grâce au large soutien de l’ancien maire Jean-Pierre Brard, se retrouve isolé puisque son ancien partenaire soutient une liste concurrente, Force citoyenne, présente sur les deux cantons.

Les candidats PS… se limitent à leur conseiller général sortant et sa suppléante (canton n°12) puisque dans l’autre ce sont les Verts qui seuls représentent l’union PS/Verts (canton n°13). Pas sûr que les électeurs socialistes apprécient leur disparition d’un canton où la nouvelle loi propose pourtant des binômes. Inversement pour les Verts.

Les Verts ne doivent leur présence à cette élection à un tel niveau de leader que grâce à leur association avec le PS, alors que lors des cantonales précédentes ils avaient délibérément choisi de faire tomber le conseiller général PS sortant Manuel Martinez. Aujourd’hui, cette nouvelle alliance vise à faire chuter le sortant du Front de gauche… pourtant leur allié dans la majorité municipale ! Il est décidemment dangereux d’avoir les Verts comme alliés !

Mouna Viprey avec Élire Montreuil est associée avec des candidats élus de la liste Ma ville J’y Crois sous la bannière Force citoyenne. Cette liste a le soutien de Jean-Pierre Brard qui déclare vouloir désormais passer la main aux jeunes et n’est pas candidat.

Ajoutons qu’un ancien colistier de Patrice Bessac aux municipales, Hugues Leforestier, ouvre la voie d’un nouveau parti, Nouvelle Donne, et se présente contre son ancien allié alors qu’une ancienne première secrétaire de section du Parti socialiste, Alexie Lorca a quitté son parti, est devenue adjointe de Patrice Bessac et remplaçante de Belaïde Bedreddine. Enfin, pour terminer, un ancien allié de Jean-Pierre Brard, Eheik Mamadou, est titulaire au nom de son mouvement local Agora Montreuil, sur la liste d’extrême gauche du POI.

PUISQUE L’ÉNONCÉ PEUT DONNER LE TOURNIS, QUE PEUT-ON RETENIR À GRANDS TRAITS ?

D’un côté, des partis nationaux dont on voit les déchirements, les errements et la perte de confiance de leurs électeurs. À Montreuil comme ailleurs. L’ancrage des candidats n’est pas prioritairement territorial, il est de parti, de vision idéologique… et aussi de trajectoires personnelles qui visent « plus haut ».

De l’autre, les candidats Force citoyenne, mouvement purement local, mais dont les entités Ma ville J’y Crois, Élire Montreuil sont présentes sur la ville depuis des années. Elles l’ont déjà montré, elles sont en capacité de l’emporter. Leur ancrage, en plus d’être clairement à gauche, est d’abord territorial, montreuillois.

Cette configuration n’est pas unique à Montreuil. Depuis quelques élections on voit l’émergence de nouveaux mouvements politiques locaux, la plupart du temps avec des militants issus de partis politiques où ils n’étaient plus entendus.

Puisqu’au niveau national, où les partis ne font plus guère preuve de leur qualité et que leurs actions ne changent quant à la vie quotidienne au local, il ne faut pas s’étonner de la mobilisation de citoyens qui veulent prendre en main leur destinée, du moins sur leur territoire. Celui qu’ils connaissent bien. Ce n’est pas, à mon sens, une position contre les partis, c’est une position de lanceurs d’alerte, compétents et prêts pour agir à leur niveau.

Les électeurs montreuillois ne sont pas sans connaître les débats qui traversent les deux blocs et ils savent qu’aucun n’est homogène sur tous les sujets. Le PS a ses frondeurs, le Front de gauche tente de maîtriser son encombrant Mélenchon (du moins pour le PCF), et les Verts ont cette étonnante capacité de multiplier leurs tendances à chaque fois que leurs forces déclinent. Élire Montreuil n’est pas Ma ville J’y Crois, et inversement. À Montreuil les électeurs de gauche savent parfaitement que la refondation, le renouveau des idées, la reconstruction, sont autant de termes (avec d’autres) qui vont nourrir pour longtemps l’indispensable établissement de nouvelles perspectives, d’un nouveau projet pour la société, d’une nouvelle gauche responsable, efficace et tournée vers les citoyens. Et cette nécessité passe par l’expression et l’accès aux responsabilités de toutes les forces, y compris les plus nouvelles. C’est pourquoi, en connaissance de cause, ils ne s’étonnent par de cette dispersion montreuillois qui serait « particulière ». Elle n’est que le reflet d’un bouillonnement – peut-être plus fort qu’ailleurs – nécessaire à la naissance d’un véritable nouveau futur. La gauche est à un tournant. Certains la disent même morte. Si rien de neuf ne sort d’elle, nous connaissons tous le résultat : la montée du Front national de Marine Le Pen.

Ce que l’on peut espérer pour un avenir que l’on n’ose pas qualifier de proche, c’est que deux grands courants démocratiques, l’un de droite, l’autre de gauche, puissent être vraiment représentatifs et représentés afin que le débat et l’alternance, tous deux nécessaires, garantissent l’équilibre de la société et l’écoute de tous.

Les résultats des 22 et 29 mars à Montreuil, ville politique s’il en est, seront donc particulièrement éclairants. À leur niveau. Pas plus, pas moins.