Ça jazz pour les ultrariches…


   Ça jazz pour les ultrariches...   sunday press    Daniel Chaize
Sunday Press / 32

(…) Quand les uns rêvent des étoiles, et s’engagent en folles aventures scientifiques, d’autres se précipitent dans l’obscurantisme et deviennent des assassins. Ils ne se distinguent pas par leur naissance. Le roman de l’humanité se répète, avec des variantes insignifiantes. Aucun écrivain, aucun scénariste ne pourrait survivre en se renouvelant si peu. Le même livre, le même film, à toutes les époques ! Les grandes découvertes, les renaissances sont forcément contemporaines d’inquisitions, de guerres de religion, de massacres et d’abominations. Du déjà-vu ! L’islamisme radical n’a pas découvert l’art de la décapitation, ni celui de la torture, qui fut toujours porté au plus haut degré de raffinement par les pouvoirs religieux. Cependant Daesh s’impose au cœur de l’actualité. Nous avons le sentiment de vivre une époque de barbarie, attestée par chaque tête coupée.

Guy Konopnicki, Marianne, 21 au 27 novembre 2014, N° 918.

(…) Pour lui (Evgeny Morozov, chercheur et essayiste spécialiste des implications politiques et sociales de la technologie) pensée numérique véhicule en effet deux travers intellectuels : le « solutionnisme », ou la propension à croire que la technologie peut résoudre tous les problèmes de l’humanité ; et le « webcentrisme », selon lequel cette rupture technologique serait historiquement unique – « une ruse visant à légitimer des programmes radicaux ». La mentalité de la Silicon Valley incite, du coup, à gérer les conséquences des problèmes plutôt que d’en comprendre les causes, promeut la débrouillardise et d’adaptabilité individuelle au détriment de l’action collective, et privilégie l’instant présent au lieu d’encourager à penser le passé et l’avenir. L’essayiste dénonce un vocabulaire qui glorifie « la disruption », « l’efficacité » et « la performance »… comme s’il s’agissait d’objectifs incontestables ! Pour lui, au contraire, « l’imperfection, l’ambiguïté, l’opacité et l’occasion de commettre des erreurs sont autant d’éléments constitutifs de la liberté de l’homme ». Concrètement la manie de la mesure de soi (le « quantified self ») à travers la prolifération d’objets personnels connectés (smartphone, lunettes, télé, réfrigérateurs, voiture…) établit une dangereuse asymétrie : « Le citoyen doit être visible, performant, contrôlable. Alors que les grandes entreprises maîtresses des data, le gouvernement et les institutions ne sont pas astreints à cette transparence. » Qui sait comment Google fabrique ses algorithmes ?

Dominique Nora, L’OBS, 20 au 26 novembre 2014, n° 2611.

« Blue Note, the finest in jazz since 1939 », proclame le logo du label. Il ne ment pas. Blue Note Jazz. Trois mots pour une musique que va illustrer avec splendeur cette marque au seul credo : « expression sans concessions ». Sur tous les plans : musique, son, look. Un disque Blue Note se regarde avant de s’écouter. La plupart ont déjà été réédités en CD. Pour son 75ème anniversaire, Blue Note, passé sous la direction d’Universal, ressort en vinyles 30 centimètres ses cent titres décisifs. Ils dessinent une histoire du jazz aussi vivante qu’une collection d’art bien conçue. L’album somptueux que les éditions Textuel publient à cette occasion reproduit les pochettes les plus réussies et retrace une histoire sans équivalent dans le jazz.

Michel Contat, Télérama, 22 au 28 novembre 2014, N° 3384.

La fortune des quelque 211.000 terriens «ultra­riches»
 a continué à prospérer en 2014, en dépit des tensions géopolitiques. Ils détiennent aujourd’hui 13 % de la richesse mondiale, selon un rapport de la banque suisse UBS et de l’agence de conseil Wealth­X. «En 2014, le nombre d’ultra­riches dans le monde a augmenté de 6 % et leur patrimoine […] de 7 %, pour atteindre près de 30.000 milliards de dollars», soit près de deux fois
 le produit intérieur brut américain, note l’étude.
Ces individus très fortunés ne représentent que 0,004 % de la population adulte mondiale. Selon le rapport d’UBS, ce club très fermé a réussi à étendre son «influence» grâce à la bonne santé des marchés boursiers. Les États-­Unis abritent le plus gros contingent d’ultra­riches (74.865 individus), devant l’Europe (61.820 personnes) et l’Asie (46.635).

Libération, 22 et 23 novembre 2014, N° 3384.

(…) Le débat lancé par la tour Triangle a pris une proportion folle. (…) C’est propre à Paris. Ce blocage sur la verticalité, ça reste un mystère. Il y a cette idée que la vie est belle horizontalement et que rien ne doit pouvoir gêner cette vision. (…) On ne peut pas vouloir que Paris devienne une seconde Venise. En faisant du Houellebecq, on pourrait imaginer que Paris devienne l’attraction la mieux vendue par Euro Disney. Les ressources de Paris ne peuvent pas venir du seul tourisme. Une ville s’inscrit dans ce que j’appelle un « calendrier métaphysique ». C’est un lieu fondé par ceux qui nous ont précédés. La ville assure la coexistence des générations. Elle doit nous montrer que le futur existe. De surcroît, dans le climat difficile que nous connaissons, il est important de ne pas bloquer un élan constructif qui pourrait en entraîner d’autres.

Christian de Portzamparc, architecte, propos recueillis par Jean-Jacques Larrochelle, M le magazine du Monde, 22 novembre 2014, n° 166.

Berlin, Budapest, Moscou, Paris, voyage d’une semaine…

Loeil de Willem Libération 18 novembre 2014   Berlin, Budapest, Moscou, Paris, voyage dune semaine...   communication calepin hebdo    Daniel Chaize
L‘oeil de Willem, Libération 18 novembre 2014

Lundi 17 novembre – Poutine veut casser l’Europe. L’information peut paraître relever de la recherche en Histoire du débat entre historiens mal elle va au-delà et concerne notre présent. Comme l’analyse très bien dans Libération du jour l’historien Timothy Snyder, avec la réhabilitation de l’alliance entre Hitler et Staline pour projeter une alliance à sa guise entre l’Allemagne et la Russie, Vladimir Poutine a une stratégie. Fragile mais réelle. C’est ne pas un hasard si la propagande communiste, de l’ex-URSS à la Russie d’aujourd’hui s’est toujours évertuée à effacer le rôle actif de Staline aux côtés des nazis durant les premières années de la seconde guerre mondiale, période où furent annexés les trois pays Baltes, Lituanie, Lettonie et Estonie et durant laquelle la Pologne fut dévastée alors que sur toute cette zone géographique la majorité des juifs fut exterminée. Bien sûr la victoire de Stalingrad et le rôle décisif de l’Armée rouge dans la défaite du IIIème Reich ont permis de construire un autre versant du récit communiste qui allait dominer… jusqu’à effacer les premiers épisodes sanglants. Aujourd’hui, ce qui se joue avec ce rappel de Poutine sur une période faste – du moins pour la conception de sa Russie – où l’absorption de pays suite à un pacte de non agression est du bon ordre des choses, c’est d’amener l’Allemagne puis d’autres pays à accepter une doctrine de changements de frontière pour le retour quasiment naturel à une situation antérieure immuable. De ce point de vue, et sur bien d’autres du titre l’essai récent d’Andréï Gratchev « Le passé de la Russie est imprévisible » est particulièrement éclairant. Vladimir Poutine vise à la décomposition de l’Union européenne et à la construction d’une Union eurasienne rivale. Il n’est pas étonnant en ces circonstances de découvrir les véritables soutiens de cette tentative au nombre desquels les populistes de toutes figures, les séparatistes et anti-européens de toujours se retrouvent en bonne camaraderie, extrême-droite et néo-nazis en tête.

Mardi 18 novembre – Les jeux politiques ont eu raison de la Tour Triangle. La Droite, les Verts et le Parti de gauche et une partie du « Centre » ont réussi leur coup… Paris ne prendra pas de la hauteur. On n’attendait pas moins d’eux. La séance du Conseil municipal où 83 voix contre l’ont emporté face à 77 voix pour s’est elle-même terminée dans les profondeurs incertaines de la confusion. La maire Anne Hidalgo avait demandé le vote secret, mais comme certains « exhibitionnistes » du bulletin brandi par provocation avaient dérogé à cette obligation, elle a décidé d’annuler le vote. La belle géométrie architecturale du projet se trouve désormais sous la coupe d’une arithmétique politique incertaine.

Mercredi 19 novembre – Les Hongrois sont dans les rues européennes. À Budapest, le populiste de droite et premier ministre Viktor Orbán va devoir désormais affronter « La journée publique de la colère » lancée par des dizaines de milliers de manifestants réunis place du Parlement mais aussi dans les villes de province et dans plusieurs villes européennes : Amsterdam, Berlin, Londres, Luxembourg. C’est l’aboutissement de plusieurs manifestations massives et successives depuis octobre dernier. Tout d’abord il s’agissait du refus d’une taxe Internet pour tout téléchargement jugé liberticide, projet vivement critiqué par Bruxelles et Washington. Désormais les manifestants expriment un rejet global d’un gouvernement autoritaire qui a déjà détruit le système éducatif, démantelé et détruit les services publics, vidé de son sens la notion d’État de droit et mis la culture au pilori en refusant toute aide publique à la création artistique libre, c’est-à-dire échappant à son contrôle.

Jeudi 20 novembre – Ondes de mauvaise augure pour la Radio. La tendance est confirmée… la radio est de moins en moins écoutée. Les vagues successives de mesure d’écoute sont formelles : en un an le nombre des auditeurs est passé de 42,9 millions à 42,7 et depuis 2000 ce sont 800.000 fidèles qui se sont volatilisés. Toutes les radios musicales et généralistes sont touchées sur cette longue séquence de déclin. Une exception – fera-t-elle réfléchir ceux qui considèrent que le « divertissement » doit investir toutes les tranches horaires ? – avec France Culture qui avec 2,2 % progresse encore et atteint son record. Ce qui mérite d’être souligné car ce score approche les 20 % du meilleur obtenu à égalité par les deux leaders NRJ et RTL qui pointent à 11,5 %

Vendredi 21 novembre – La transition énergétique allemande dans le noir. C’est raté pour 2020, l’objectif de baisse de 40 % des gaz à effet de serre ne sera pas atteint et le ministre allemand de l’Environnement est formel : « Il n’est pas possible de sortir simultanément du nucléaire et du charbon ». Autrement dit, on reste les mains et la tête dans le charbon. Il semble qu’il ne soit guère possible aussi de faire en sorte qu’en 2050 les énergies renouvelables représentent 80 % de la production d’électricité.

Le mois de la Photo à Paris / 1 – Parcours du 6ème arrondissement.

Jerome Liebling. Malaga Espagne 1966   Le mois de la Photo à Paris / 1 – Parcours du 6ème arrondissement.   culture    Daniel Chaize
© Photo Jerome Liebling. Malaga, Espagne, 1966

Pour sa dix-huitième édition la Biennale parisienne présente plus de 100 expositions qui doivent représenter le panorama de la création photographique. Mes premiers pas m’ont conduit et limité à dix lieux du 6ème arrondissement. Ma première impression reste très mitigée. Tout d’abord il y a une diversité d’espace d’accueil qui tous ne sont pas franchement dignes du terme. L’espace y est souvent contraint quant à l’accueil comment en parler lorsque des cadres sont parfois quasiment inaccessibles de face ! Enfin, dans l’ensemble, il y a généralement un nombre faible d’œuvres présentées et je suis resté sur ma faim sur l’homogénéité de la qualité présentée. En effet les œuvres, qui devaient répondre à une sélection en trois thèmes : photographie méditerranéenne; Anonymes et amateurs célèbres et Au cœur de l’intime m’ont paru de très inégales valeur, certaines ne relevant que de l’anecdotique. Il se peut que la photographie soit dans une crise de croissance – ou ne puisse suivre les besoins d’un marché qui « doit croître » pour exister – et que les commissaires d’exposition aient bien du mal à trouver les talents espérés. J’avais eu ce sentiment lors des deux dernières éditions des Rencontres d’Arles. Toutefois sur ce modeste parcours dont je ne dis pas qu’il soit représentatif de l’ensemble de la Biennale, je retiens – et invite à voir – Jerome Liebling et l’étonnante révélation Vivian Maier à la Galerie Frédéric Moisan et le beau projet de Patrick Zachmann à la Magnum Gallery.

Trains de l’enfer et roues de la fortune

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Les trains des passeurs de valise de billets des spéculateurs et tricheurs financiers sont comme celui du film Snowpiercer : ils roulent vers le néant dans une humanité devenue glaciale.

Je les imagine dans leurs voyages de caïmans, le cuir habitué aux eaux troubles et les dents blanches du sourire de l’innocent. Ils se réjouissent des frissons de leurs trains et de leurs avions qui les électrisent lors de ces moments de passage de frontières toujours excitants. Ils restent pourtant silencieux, impassibles, lunettes de soleil sur costume bien coupés, et cachent dans leur mémoire les numéros de sécurité de leur valise et de leurs comptes dans LA banque. À moins que ce soit sur un petit papier plié dans une de leurs chaussettes rouges du Vatican, ce pays rêvé du silence et du pardon éternel. Éprouvants toutefois ces voyages en Suisse, à l’île de Man, au Luxembourg, en Afrique – cette autre France aux amis si compréhensifs et accueillants ! –, ou plus loin encore comme Singapour. Et sur place ces mots murmurés dans les halls de marbre des palais financiers ou ces bruyants éclats de rire et ces blagues fortes et gênantes dans les palais des pouvoirs claniques comme si les maîtres du lieu semblaient ainsi vouloir leur révéler, ainsi qu’à tous, ce qu’ils ne veulent surtout pas être : des voleurs, des tricheurs, des menteurs. Des prédateurs. Ils refusent d’en être d’ailleurs et, pour le prouver, le clament haut et fort, presque menaçants mais toujours prudemment entourés d’avocats en nombre. Imaginez qu’un jour un de leurs honorables correspondants feutrés leur dise : « Savez-vous cher ami, qu’il n’y a qu’une poignée de minutes, je recevais comme je vous reçois votre ami… et qu’il m’a demandé de vos nouvelles ! Amusant, non ? » Je sais, ils résistent à toutes les vérités comme à toutes les humiliations car pour eux il n’y a pas de Home, Sweet Home sans Bank, Sweet Bank. Ainsi, dirigeants de clubs de sports réputés, élus véreux de la République, hommes « d’affaires » de toute nature, banquiers les plus réputés et particulièrement initiés, ne peuvent plus à l’évidence exister, ÊTRE, dans un autre train de vie. Leur monde est celui du film Snowpiercer. Leurs folies et leur avidité ont gelé nos espoirs en leur intégrité, en leurs compétences et en leur honnêteté. Leurs spéculations et leurs comptes offshore, leurs mensonges et leur morgue ont anéanti des populations et pourtant ils croient survivre encore, blottis dans les wagons de tête du train fou qu’ils ne sont plus en capacité de conduire contrairement à leur prétention. L’actualité nous dit que certains, après s’être fracassés sur le mur de l’argent, peuvent se retrouver enfin entravés par les fers de justice… Cela reste rare. En revanche, tous les jours qui passent sont autant de révélations de l’épidémie de l’argent facile et malhonnête et nous montrent combien nous sommes de plus en plus emmenés au désastre par cette humanité devenue démente.