Mad and bad men.

10466   Mad and bad men.   communication    Daniel Chaize
Couverture du dossier de presse de la ville de Grenoble qui dit vouloir « libérer » l’espace public en chassant la publicité envahissante. Belle initiative qui mérite d’être suivie de près, dans ses avantages incontestables… mais aussi ses dérapages potentiels.

De même que l’on peut aimer les tours et considérer que l’abandon de la tour Triangle à Paris est une bêtise aux fondements irréfléchis, de même on peut aimer la publicité et refuser qu’elle défigure la ville. Je pense que les tours peuvent, intelligemment conçues avec leur tissu urbain de base, donner vie tout en considérant le développement hors-sol comme à Dubaï comme l’aberration absolue. Mais je pense aussi que la publicité peut avoir un rôle d’information et une place esthétique sans nous écraser de ses slogans stupides et sans détruire le patrimoine et les chemins de ville. Grenoble vient donc, pour la première fois en France car ce fut le cas à Sao Paulo au Brésil par exemple, d’ouvrir un chemin nouveau en démontant – pour en remplacer pour un certain nombre par des arbres – 326 panneaux publicitaires. Perte financière pour la ville : 6 millions d’euros sur dix ans. Les abribus ne sont pas concernés. L’initiative me semble intéressante si elle n’est pas débordée par une sorte d’idéologie sectaire où l’effacement du commerce et de « la société de consommation » deviendrait un moteur/haine premier et où le rêve faussement naïf d’une prolifération substitutive d’affichage « citoyen » venait à terme produire les mêmes effets dévastateurs. S’il s’agit de donner (et à lui définir) à la publicité sa juste mesure en lui rappelant qu’elle dépasse « les bornes », c’est un bien. S’il s’agit de la pointer comme le mal absolu, c’est une erreur. Mad men les publicitaires ? Probablement pour certains (et heureusement aussi pour des créations artistiques qui en sont réellement, bien que rarement). Bad men ? Il ne faut pas se tromper de cible, même quand on se veut les chantres d’une décroissance au final aussi mad que bad par ailleurs.

Ça jazz pour les ultrariches…


   Ça jazz pour les ultrariches...   sunday press    Daniel Chaize
Sunday Press / 32

(…) Quand les uns rêvent des étoiles, et s’engagent en folles aventures scientifiques, d’autres se précipitent dans l’obscurantisme et deviennent des assassins. Ils ne se distinguent pas par leur naissance. Le roman de l’humanité se répète, avec des variantes insignifiantes. Aucun écrivain, aucun scénariste ne pourrait survivre en se renouvelant si peu. Le même livre, le même film, à toutes les époques ! Les grandes découvertes, les renaissances sont forcément contemporaines d’inquisitions, de guerres de religion, de massacres et d’abominations. Du déjà-vu ! L’islamisme radical n’a pas découvert l’art de la décapitation, ni celui de la torture, qui fut toujours porté au plus haut degré de raffinement par les pouvoirs religieux. Cependant Daesh s’impose au cœur de l’actualité. Nous avons le sentiment de vivre une époque de barbarie, attestée par chaque tête coupée.

Guy Konopnicki, Marianne, 21 au 27 novembre 2014, N° 918.

(…) Pour lui (Evgeny Morozov, chercheur et essayiste spécialiste des implications politiques et sociales de la technologie) pensée numérique véhicule en effet deux travers intellectuels : le « solutionnisme », ou la propension à croire que la technologie peut résoudre tous les problèmes de l’humanité ; et le « webcentrisme », selon lequel cette rupture technologique serait historiquement unique – « une ruse visant à légitimer des programmes radicaux ». La mentalité de la Silicon Valley incite, du coup, à gérer les conséquences des problèmes plutôt que d’en comprendre les causes, promeut la débrouillardise et d’adaptabilité individuelle au détriment de l’action collective, et privilégie l’instant présent au lieu d’encourager à penser le passé et l’avenir. L’essayiste dénonce un vocabulaire qui glorifie « la disruption », « l’efficacité » et « la performance »… comme s’il s’agissait d’objectifs incontestables ! Pour lui, au contraire, « l’imperfection, l’ambiguïté, l’opacité et l’occasion de commettre des erreurs sont autant d’éléments constitutifs de la liberté de l’homme ». Concrètement la manie de la mesure de soi (le « quantified self ») à travers la prolifération d’objets personnels connectés (smartphone, lunettes, télé, réfrigérateurs, voiture…) établit une dangereuse asymétrie : « Le citoyen doit être visible, performant, contrôlable. Alors que les grandes entreprises maîtresses des data, le gouvernement et les institutions ne sont pas astreints à cette transparence. » Qui sait comment Google fabrique ses algorithmes ?

Dominique Nora, L’OBS, 20 au 26 novembre 2014, n° 2611.

« Blue Note, the finest in jazz since 1939 », proclame le logo du label. Il ne ment pas. Blue Note Jazz. Trois mots pour une musique que va illustrer avec splendeur cette marque au seul credo : « expression sans concessions ». Sur tous les plans : musique, son, look. Un disque Blue Note se regarde avant de s’écouter. La plupart ont déjà été réédités en CD. Pour son 75ème anniversaire, Blue Note, passé sous la direction d’Universal, ressort en vinyles 30 centimètres ses cent titres décisifs. Ils dessinent une histoire du jazz aussi vivante qu’une collection d’art bien conçue. L’album somptueux que les éditions Textuel publient à cette occasion reproduit les pochettes les plus réussies et retrace une histoire sans équivalent dans le jazz.

Michel Contat, Télérama, 22 au 28 novembre 2014, N° 3384.

La fortune des quelque 211.000 terriens «ultra­riches»
 a continué à prospérer en 2014, en dépit des tensions géopolitiques. Ils détiennent aujourd’hui 13 % de la richesse mondiale, selon un rapport de la banque suisse UBS et de l’agence de conseil Wealth­X. «En 2014, le nombre d’ultra­riches dans le monde a augmenté de 6 % et leur patrimoine […] de 7 %, pour atteindre près de 30.000 milliards de dollars», soit près de deux fois
 le produit intérieur brut américain, note l’étude.
Ces individus très fortunés ne représentent que 0,004 % de la population adulte mondiale. Selon le rapport d’UBS, ce club très fermé a réussi à étendre son «influence» grâce à la bonne santé des marchés boursiers. Les États-­Unis abritent le plus gros contingent d’ultra­riches (74.865 individus), devant l’Europe (61.820 personnes) et l’Asie (46.635).

Libération, 22 et 23 novembre 2014, N° 3384.

(…) Le débat lancé par la tour Triangle a pris une proportion folle. (…) C’est propre à Paris. Ce blocage sur la verticalité, ça reste un mystère. Il y a cette idée que la vie est belle horizontalement et que rien ne doit pouvoir gêner cette vision. (…) On ne peut pas vouloir que Paris devienne une seconde Venise. En faisant du Houellebecq, on pourrait imaginer que Paris devienne l’attraction la mieux vendue par Euro Disney. Les ressources de Paris ne peuvent pas venir du seul tourisme. Une ville s’inscrit dans ce que j’appelle un « calendrier métaphysique ». C’est un lieu fondé par ceux qui nous ont précédés. La ville assure la coexistence des générations. Elle doit nous montrer que le futur existe. De surcroît, dans le climat difficile que nous connaissons, il est important de ne pas bloquer un élan constructif qui pourrait en entraîner d’autres.

Christian de Portzamparc, architecte, propos recueillis par Jean-Jacques Larrochelle, M le magazine du Monde, 22 novembre 2014, n° 166.

Berlin, Budapest, Moscou, Paris, voyage d’une semaine…

Loeil de Willem Libération 18 novembre 2014   Berlin, Budapest, Moscou, Paris, voyage dune semaine...   communication calepin hebdo    Daniel Chaize
L‘oeil de Willem, Libération 18 novembre 2014

Lundi 17 novembre – Poutine veut casser l’Europe. L’information peut paraître relever de la recherche en Histoire du débat entre historiens mal elle va au-delà et concerne notre présent. Comme l’analyse très bien dans Libération du jour l’historien Timothy Snyder, avec la réhabilitation de l’alliance entre Hitler et Staline pour projeter une alliance à sa guise entre l’Allemagne et la Russie, Vladimir Poutine a une stratégie. Fragile mais réelle. C’est ne pas un hasard si la propagande communiste, de l’ex-URSS à la Russie d’aujourd’hui s’est toujours évertuée à effacer le rôle actif de Staline aux côtés des nazis durant les premières années de la seconde guerre mondiale, période où furent annexés les trois pays Baltes, Lituanie, Lettonie et Estonie et durant laquelle la Pologne fut dévastée alors que sur toute cette zone géographique la majorité des juifs fut exterminée. Bien sûr la victoire de Stalingrad et le rôle décisif de l’Armée rouge dans la défaite du IIIème Reich ont permis de construire un autre versant du récit communiste qui allait dominer… jusqu’à effacer les premiers épisodes sanglants. Aujourd’hui, ce qui se joue avec ce rappel de Poutine sur une période faste – du moins pour la conception de sa Russie – où l’absorption de pays suite à un pacte de non agression est du bon ordre des choses, c’est d’amener l’Allemagne puis d’autres pays à accepter une doctrine de changements de frontière pour le retour quasiment naturel à une situation antérieure immuable. De ce point de vue, et sur bien d’autres du titre l’essai récent d’Andréï Gratchev « Le passé de la Russie est imprévisible » est particulièrement éclairant. Vladimir Poutine vise à la décomposition de l’Union européenne et à la construction d’une Union eurasienne rivale. Il n’est pas étonnant en ces circonstances de découvrir les véritables soutiens de cette tentative au nombre desquels les populistes de toutes figures, les séparatistes et anti-européens de toujours se retrouvent en bonne camaraderie, extrême-droite et néo-nazis en tête.

Mardi 18 novembre – Les jeux politiques ont eu raison de la Tour Triangle. La Droite, les Verts et le Parti de gauche et une partie du « Centre » ont réussi leur coup… Paris ne prendra pas de la hauteur. On n’attendait pas moins d’eux. La séance du Conseil municipal où 83 voix contre l’ont emporté face à 77 voix pour s’est elle-même terminée dans les profondeurs incertaines de la confusion. La maire Anne Hidalgo avait demandé le vote secret, mais comme certains « exhibitionnistes » du bulletin brandi par provocation avaient dérogé à cette obligation, elle a décidé d’annuler le vote. La belle géométrie architecturale du projet se trouve désormais sous la coupe d’une arithmétique politique incertaine.

Mercredi 19 novembre – Les Hongrois sont dans les rues européennes. À Budapest, le populiste de droite et premier ministre Viktor Orbán va devoir désormais affronter « La journée publique de la colère » lancée par des dizaines de milliers de manifestants réunis place du Parlement mais aussi dans les villes de province et dans plusieurs villes européennes : Amsterdam, Berlin, Londres, Luxembourg. C’est l’aboutissement de plusieurs manifestations massives et successives depuis octobre dernier. Tout d’abord il s’agissait du refus d’une taxe Internet pour tout téléchargement jugé liberticide, projet vivement critiqué par Bruxelles et Washington. Désormais les manifestants expriment un rejet global d’un gouvernement autoritaire qui a déjà détruit le système éducatif, démantelé et détruit les services publics, vidé de son sens la notion d’État de droit et mis la culture au pilori en refusant toute aide publique à la création artistique libre, c’est-à-dire échappant à son contrôle.

Jeudi 20 novembre – Ondes de mauvaise augure pour la Radio. La tendance est confirmée… la radio est de moins en moins écoutée. Les vagues successives de mesure d’écoute sont formelles : en un an le nombre des auditeurs est passé de 42,9 millions à 42,7 et depuis 2000 ce sont 800.000 fidèles qui se sont volatilisés. Toutes les radios musicales et généralistes sont touchées sur cette longue séquence de déclin. Une exception – fera-t-elle réfléchir ceux qui considèrent que le « divertissement » doit investir toutes les tranches horaires ? – avec France Culture qui avec 2,2 % progresse encore et atteint son record. Ce qui mérite d’être souligné car ce score approche les 20 % du meilleur obtenu à égalité par les deux leaders NRJ et RTL qui pointent à 11,5 %

Vendredi 21 novembre – La transition énergétique allemande dans le noir. C’est raté pour 2020, l’objectif de baisse de 40 % des gaz à effet de serre ne sera pas atteint et le ministre allemand de l’Environnement est formel : « Il n’est pas possible de sortir simultanément du nucléaire et du charbon ». Autrement dit, on reste les mains et la tête dans le charbon. Il semble qu’il ne soit guère possible aussi de faire en sorte qu’en 2050 les énergies renouvelables représentent 80 % de la production d’électricité.

Le mois de la Photo à Paris / 1 – Parcours du 6ème arrondissement.

Jerome Liebling. Malaga Espagne 1966   Le mois de la Photo à Paris / 1 – Parcours du 6ème arrondissement.   culture    Daniel Chaize
© Photo Jerome Liebling. Malaga, Espagne, 1966

Pour sa dix-huitième édition la Biennale parisienne présente plus de 100 expositions qui doivent représenter le panorama de la création photographique. Mes premiers pas m’ont conduit et limité à dix lieux du 6ème arrondissement. Ma première impression reste très mitigée. Tout d’abord il y a une diversité d’espace d’accueil qui tous ne sont pas franchement dignes du terme. L’espace y est souvent contraint quant à l’accueil comment en parler lorsque des cadres sont parfois quasiment inaccessibles de face ! Enfin, dans l’ensemble, il y a généralement un nombre faible d’œuvres présentées et je suis resté sur ma faim sur l’homogénéité de la qualité présentée. En effet les œuvres, qui devaient répondre à une sélection en trois thèmes : photographie méditerranéenne; Anonymes et amateurs célèbres et Au cœur de l’intime m’ont paru de très inégales valeur, certaines ne relevant que de l’anecdotique. Il se peut que la photographie soit dans une crise de croissance – ou ne puisse suivre les besoins d’un marché qui « doit croître » pour exister – et que les commissaires d’exposition aient bien du mal à trouver les talents espérés. J’avais eu ce sentiment lors des deux dernières éditions des Rencontres d’Arles. Toutefois sur ce modeste parcours dont je ne dis pas qu’il soit représentatif de l’ensemble de la Biennale, je retiens – et invite à voir – Jerome Liebling et l’étonnante révélation Vivian Maier à la Galerie Frédéric Moisan et le beau projet de Patrick Zachmann à la Magnum Gallery.