• Tahar Ben Jelloun inquiet ; notre attention submergée ; L’intemporel Julien Gracq ; la ferme humaniste de Plessé ; Albertine à New York

    Massoud   Tahar Ben Jelloun inquiet ; notre attention submergée ; L’intemporel Julien Gracq ; la ferme humaniste de Plessé ; Albertine à New York   sunday press    Daniel Chaize
    « Les djihadistes ont massacré les innocents et entendent désormais tuer l’amour ». Commandant Massoud – (1953 – 2001)

    Sunday Press / 24

     (…) Que faire ? Si l’Amérique et l’Europe ne s’engagent pas davantage, nous verrons dans quelques mois des djihadistes européens semer la terreur dans les villes européennes ainsi qu’au Maghreb. L’islamiste radical a déclaré la guerre à l’Europe et au Maghreb. Ce serait une erreur de croire que les frappes américaines et françaises suffiront à mettre hors d’état de nuire Al-Baghdadi et ses suiveurs. Il faut prendre au sérieux le discours de ce dernier. Il a prouvé sa détermination en décapitant trois malheureux otages. S’il n’est pas combattu avec les armes qu’il faut,  s’il n’est pas anéanti militairement, physiquement, il avancera, fera le malheur des pays voisins, enverra ses sbires tuer des innocents à travers le monde. Même si l’islam a bon dos dans cette affaire, il est urgent que les pays musulmans sachent que cet État djihadiste est destiné à les déstabiliser, à les ruiner et à les transformer en autant d’enfers. Une enquête rigoureuse devrait rechercher l’origine des bailleurs de fonds de cet État, car les vols qu’il a commis dans les banques de Mossoul ne suffisent pas pour entretenir une armée si forte. Que les États arabes se réveillent et qu’ils s’unissent ne serait-ce qu’une fois pour isoler les barbares, les désarmer et les juger. Sinon, il n’y aura plus de sécurité nulle part.

    Tahar Ben Jelloun, le un, 24 septembre 2014, N° 25

     (…) La prétendue « nouvelle » économie, dont la rareté principale serait l’attention, ne remplace pas « l’ancienne », dont la rareté concerne les facteurs de production (matière première, énergie, etc.). Mais les biens matériels restent notre problème au long cours, et les siècles ultérieurs regarderont, peut-être, comme une inconscience écologique très symptomatique le fait que certains analystes du début du XXIe siècle aient pu croire que l’attention supplanterait la production des biens matériels comme valeur économique dominante… En revanche, il est certain que la valeur de l’attention au sein des circuits économiques augmente. Mais il est aussi vrai qu’on a toujours manqué de temps. À la Renaissance ou au XVIIIe siècle déjà, avec l’apparition des imprimés, puis des périodiques, beaucoup d’auteurs témoignent du sentiment d’être submergé. Le développement d’Internet a clairement intensifié ce sentiment, accéléré la circulation. (…) D’où, sans doute, l’affolement actuel sur les questions d’attention.

    Yves Citton, Libération, 27 et 28 septembre 2014, N° 10377

    (…) Le monde intemporel de Julien Gracq parvient à être universel. La langue qui le porte n’a pas d’âge. L’architecture des phrases n’appartient pas particulièrement au français de 1956, elle semble à la fois plus ancienne et plus moderne. L’écrivain a côtoyé les mouvements qui entendaient réinventer le roman et la poésie, quand ce n’était pas la langue elle-même. Il ne les a pas suivis, ne s’intégrant à aucun courant, mais il ne s’est pas installé pour autant dans la posture d’un conservateur récusant toute transformation. Tant et si bien qu’un archéologue du texte, ignorant la biographie de Julien Gracq, serait fort embarrassé de dater son style, de le situer dans une histoire littéraire. Il est merveilleusement passé, incroyablement présent.

    Guy Konopnicki à propos de l’édition du roman Les Terres du couchant, un inédit de Julien Gracq, Marianne, 26 septembre au 2 octobre 2014, N° 910.

     (…) Contrairement à ce qu’on dit, les animaux ne sont pas sectaires. On pouvait croiser à Plessé toute une kyrielle de moutons – bleu du Maine, solognot, roussin de La Hague, Ouessant (où il n’y en a plus depuis longtemps), avranchin, cotentin, berrichon de l’Indre -, de chèvres des fossés ou du Poitou, d’ânes – baudet du Poitou, grand noir du Berry – et de chevaux – de trait bretons, percheron, poitevin mulassier. Sans oublier le porc blanc de l’Ouest, celui de Longué et de Bayeux avec toute la basse-cour, de la poule coucou de Rennes à l’oie blanche du Poitou en passant par la marans, la noire de Challans ou la grise des marais. Toutes ces espèces, préservées, escortées et soignées par des paysans fiers de leurs vaches comme de leurs poules illustraient une autre idée de l’élevage. Où les hommes et les bêtes sont chacun à leur façon un élément de la biodiversité, partageant un espace commun et vivant l’un de l’autre comme il en va ainsi depuis la domestication du bétail. Nous sommes loin des images sanglantes, volées dans les élevages intensifs par les croisés anti-viande qui n’ont qu’une idée : nous faire passer pour des assassins.

    Jean-Paul Géné, M le magazine du Monde, 27 septembre 2014, N° 158

     (…) Cette vitrine a été baptisée Albertine, du nom du personnage de Marcel Proust dans A la recherche du temps perdu. « C’est un personnage complexe, qui est du domaine de l’inconnu et de l’inconnaissable, ce qui est une belle métaphore pour une librairie », justifie M. Baudry (le conseiller culturel de l’ambassade de France aux Etats-Unis qui lance une nouvelle librairie française à New York). Il lui reste à trouver son public. « Au-delà de la clientèle française gagnée d’avance [plus de
80 000 Français vivent à New York], nous ciblons des lecteurs américains curieux, francophiles, qui pourront trouver le meilleur de la littérature française en version originale ou traduite », explique François-Xavier Schmit, le directeur d’Albertine. Il compte surfer sur le renouveau que connaissent les librairies indépendantes aux Etats- Unis, contrairement aux grandes chaînes comme Barnes & Noble, principales victimes d’Amazon. Quant à la place de la littérature française aux Etats-Unis, elle est n’est pas si marginale sur un marché compliqué : 1 % seulement des romans publiés chaque année sont issus d’une traduction (contre un tiers en France), mais le français reste la langue la plus traduite aux Etats-Unis, assez loin devant l’allemand et l’espagnol. Albertine proposera plus de 
14.000 titres sur les 150 mètres carrés répartis en deux étages. Mais, plus qu’une surface de vente, la librairie se veut un espace d’échanges et de rencontres. Dès le mois d’octobre, un festival sera organisé autour de débats, avec notamment l’écrivain Emmanuel Carrère, le mathématicien Cédric Villani, le créateur de la série « Mad Men » Matthew Weiner ou encore la dessinatrice et réalisatrice Marjane Satrapi.

    Stéphane Lauer, Le Monde, 28 septembre 2014, N° 21678



  • Les exodes Chinois et Israéliens; Le robot clique; Air frais pour le climat; qui s’y pin’s s’y pique; le ciel et l’espace soumis aux appétits.

    1 millions demplois   Les exodes Chinois et Israéliens; Le robot clique; Air frais pour le climat; qui sy pins sy pique; le ciel et lespace soumis aux appétits.   calepin hebdo    Daniel Chaize
    Le Medef  pingre est épinglé ! Son pin’s (provocateur par ailleurs) est fabriqué, pour 35 % de son coût, en République Tchèque, donc hors de France.

    Lundi 22 septembre – LES ENVIES D’EXODE CHINOIS ET ISRAËLIENS. Un Chinois sur deux parmi les plus riches souhaite quitter son pays. De préférence à destination des États-Unis ou du Canada. Deux motifs émergent : le mode de vie (recherché) et la pollution (fuie). Autre paradoxe chinois : alors que la Chine représente un marché de plus en plus stratégique pour les entreprises européennes… elles sont de plus en plus nombreuses à envisager d’en partir. 22 %, soit plus d’une sur cinq. Les principales raisons ? La hausse des coûts de production, la concurrence accrue des entreprises chinoises et le cadre juridique discriminatoire.

    Le chiffre apparaît énorme : quelque 30 % des Israéliens se disent aujourd’hui tentés par l’émigration, selon un sondage diffusé début septembre par la chaîne de télévision israélienne Channel 2. Pourquoi ? L’insécurité et la tension causées par un conflit qui n’en finit plus seraient le premier motif. Un second : la trop grande implication du fait religieux dans le quotidien.

    Mardi 23 septembre – LES ROBOTS CLIQUENT AUTANT SUR INTERNET QUE LES HUMAINS. Selon plusieurs études concordantes, 25 à 50 % du trafic internet mondial ne sont pas générés par des hommes… mais par des robots. C’était seulement 6 % en 2011. L’origine vient d’escrocs qui développent des programmes informatiques qui se connectent automatiquement sur des sites… qu’ils ont eux-mêmes créés. À la clef (du coffre) la récupération de milliers de dollars de publicité achetée par des annonceurs qui achètent du trafic « en gros ». Le total des pertes pour les annonceurs est estimé à 5 milliards de dollars. En France 3 à 4 % du trafic serait généré par des robots.

    Mercredi 24 septembre – UN ESPOIR POUR LE CLIMAT. Le sommet extraordinaire organisé à New York par le secrétaire général des Nations-Unies n’a pas été tout à fait qu’un sommet de plus…  c’est-à-dire, comme nous en sommes habitués, consternant et inutile. Cette fois, notamment grâce à l’irruption de manifestations dans plusieurs villes du monde – à New York, 400.000 personnes pour demander aux États de prendre enfin, des mesures à la hauteur de l’enjeu du climat – même le monde économique semble bouger ! Le FMI en vient à dire que non seulement la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre peut se faire sans dégâts majeurs pour les économies, mais peut stimuler l’activité et la créativité des entreprises. Comme un parfum de relance possible ! Il ne manque plus, mais ce sera l’essentiel, qu’un accord international suffisamment contraignant pour que les investissements du futur soient réalisés pour le bien commun et non plus pour le profit immédiat. L’inverse de ce que nous vivons aujourd’hui. Les réunions importantes de Lima (Pérou) fin 2014 et de Paris fin 2015 nous donneront la réponse.

    Jeudi 25 septembre – LE MEDEF PIQUÉ AU PIN’S. 35 %, voilà la part de
la fabrication des 20.000 à 25.000 pin’s «1 million d’emplois» dont Pierre Gattaz et la direction du Medef affichent fièrement  le slogan sur leurs vestes et costumes. La belle affaire ! Le beau coup de com’ ! En fait, plus du tiers du coût est sous traité à une entreprise de la République tchèque. Épinglé, le PDG de la PME francilienne qui fournit le syndicat des patrons en épinglettes se justifie : « Il a fallu s’adresser à une usine tchèque pour des questions de coût». Voilà qui est franc et en pleine logique avec l’actuel point de vue du patronat. Pierre Gattaz exhibe sans honte « son » symbole de la lutte contre le chômage en France… mais son Medef compte à ce point ses sous qu’il oblige une PME à délocaliser.

    Vendredi 26 septembre – CONCURRENCE ACCRUE DANS LE CIEL… ET PLUS HAUT. L’avenir de la fusée européenne Ariane est en discussion avec un lourd différend entre la France et l’Allemagne. Pour poursuivre le succès d’Ariane 5, il y a deux types de propulsion en débat : liquide ou solide. Cela fait des mois que la discussion court… et le temps passe alors que les concurrents avancent. Cette semaine l’Inde vient de réussir un coup de maître avec sa mission Mangalyaan qui a permis la mise en orbite d’un satellite autour de la planète rouge depuis. On connaît les succès russes dans l’espace – malgré quelques déboires récents – et chacun vérifie les progrès et les réussites chinoises et japonaises dans le domaine. Les américains ont décidé il y a quelques jours de confier à Boeing et SpaceX la construction de leur nouveau lanceur « taxi de l’espace » qui doit être opérationnel dès 2017. Espérons que les experts et les politiques choisiront vite et ne se laisseront pas enfermer dans des conflits mortels.

    Côté aéronautique, cela va mieux avec Airbus dont le dernier né, l’A320 Neo vient de réussir son premier vol d’essai. Moins gourmand en carburant que son prédécesseur, il totalise 3 257 commandes fermes émanant de 60 clients, ce qui est un record mondial. Bravo ! Mais là encore, attention à ne pas s’endormir sur ses lauriers car le brésilien Embraer, le canadien Bombardier, les russes avec le Sukhoï superjet 100 et l’Irkout MS 21, les chinois avec Comac 19 sont prêts. Ou presque. Sans oublier l’américain Boeing qui riposte à l’A320 Neo avec son 737 MAX.

    Enfin, même l’aviation d’affaires voit se développer la concurrence avec l’arrivée du japonais Honda qui voudrait bousculer le brésilien Embraer, le canadien bombardier et les géants du secteur, l’américain Cessna et le français Dassault.



  • Robert Badinter à la Santé ; Charles de Gaulle annonce l’épreuve ; les espoirs morts d’Yitzhak Rabin ; la liberté d’entreprise dans la Constitution pour Jean Peyrelevade ; Elvis, Sinatra et les Beatles par Jagger.

    Mick Jagger   Robert Badinter à la Santé ; Charles de Gaulle annonce l’épreuve ; les espoirs morts d’Yitzhak Rabin ; la liberté d’entreprise dans la Constitution pour Jean Peyrelevade ; Elvis, Sinatra et les Beatles par Jagger.   sunday press    Daniel Chaize
    « Quant aux Beatles, ils restent totalement à part. Personne ne peut réaliser aujourd’hui l’ampleur du phénomène. Malgré ce que l’on peut dire, on n’a jamais connu ça depuis. Une telle révolution des mœurs, esthétique et sociologique, il ne peut y en avoir deux. » Mick Jagger.

    Sunday Press / 23

    (…) L’avocat est entré pour la première fois à la Santé en 1951. « Il y a des éléphants dans ma famille politique, sourit l’ancien sénateur, moi, je suis un mammouth. » Il a découvert pendant cette visite mille choses qu’il ne soupçonnait pas. « Un avocat ne connaît pas plus les prisons que le spectateur les théâtres. Il n’en voit que ce qu’on lui offre, le devant de la scène, l’entrée, le greffe, les parloirs. L’essentiel, les cellules, les ateliers, les réfectoires, l’avocat les ignore. » Notamment les cours de promenades, découpées en camembert : un surveillant, depuis le centre, pouvait surveiller plusieurs détenus qui arpentaient chacun leur tranche d’un mètre à une extrémité, de dix à l’autre, sous un plafond bas et cimenté. « On découpe la vie en prison, analyse sentencieusement Robert Badinter, en tranche horaire, en tranche d’espace. »

    Franck Johannès, M le magazine du Monde, 20 septembre 2014, N° 157

    (…) « Quand on mesure les espoirs que nous apportent la nombreuse jeunesse venue au monde depuis la guerre, le pétrole, le gaz et l’uranium découverts, notre outillage en progrès, nos élites nouvelles surgissant du fond du peuple, notre association avec la Communauté, l’élargissement imminent du marché européen, on est saisi à la fois par l’impatience et la résolution. Avec mon gouvernement, j’ai donc pris la décision de mettre nos affaires en ordre réellement et profondément. Le budget en est l’occasion, peut-être ultime, très bonne en tout cas. Nous avons adopté et, demain, nous appliquerons tout un ensemble de mesures financières, économiques, sociales, qui établit la nation sur une base de vérité et de sévérité, la seule qui puisse lui permettre de bâtir sa prospérité. Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelques temps à l’épreuve. »

    Charles de Gaulle, discours du 28 décembre 1958, le un, 17 septembre 2014, N° 24

    (…) Depuis le début, il ne s’agit que de cela. Tous les diplomates étrangers, et surtout tous les ministres américains qui ont une mission en Israël, le savent : on a beau multiplier les conférences les plus astucieuses et même les plus sécuritaires, les Israéliens ne veulent pas quitter ces territoires. Chaque fois qu’une conférence de paix ou même un simple cessez-le-feu commence, les Israéliens s’empressent de multiplier les constructions dans la portion de territoire que l’on croyait sur le point d’être cédée. On peut prendre tous les épisodes de cette  longue histoire, seule la question des territoires annexés est un véritable obstacle à la paix. Parce que pour certains, la raison d’être d’Israël n’appartient pas aux hommes, mais à Dieu. Certains milieux de la droite radicale vont jusqu’à célébrer la gloire de l’assassin qui a tué Yitzhak Rabin, le pacificateur d’Oslo, l’un des plus grands hommes politiques de tous les temps.

    Jean Daniel, Le Nouvel Observateur, 18 au 24 septembre 2014, N° 2602

    (…) La politique l’emporte, doit l’emporter, sur l’économique et l’État sur toute composante de la société civile. La souveraineté du peuple s’exprime sous la forme d’une volonté générale dominante et non pas, à la différence de la tradition anglo-saxonne, sous celle d’une recherche de l’intérêt général comme conciliation des intérêts particuliers. Le diagnostic ainsi posé, la gravité du mal conduit à proposer une thérapeutique radicale. L’économie étant niée, il faut demander qu’elle soit reconnue, dans ses finalités (le mieux-être de la collectivité) comme dans son mode d’organisation (l’économie de marché). Et modifier en ce sens le texte constitutionnel. Les sociaux-démocrates et les libéraux d’aujourd’hui auraient un intérêt commun à voir inscrites dans la Constitution l’économie de marché, la liberté d’entreprise et la liberté contractuelle. « Égalité » est un joli mot. Mais « Liberté » ne l’est pas moins, surtout si l’on se soucie de prospérité. Seul un débat de fond permettrait de préciser, mieux qu’aujourd’hui, la nature des contre-pouvoirs auxquels ils seraient soumis et les procédures d’articulation, y compris constitutionnelles, entre intérêts particuliers et intérêt général, entre la loi et les contrats.

    Jean Peyrelevade, Challenges, 18 au 24 septembre 2014, N° 401

    (…) « Sûr ! Elvis était la première idole, la première star qui a vraiment ouvert la voie à des types comme moi. Certains spécialistes de la musique populaire diront que Sinatra le précédait. C’est vrai, dès les années 1940, c’était de la folie. Ses admiratrices, les bobby-soxers, pleuraient à chaudes larmes, hurlaient, s’évanouissaient à ses concerts. Mais Presley, c’était encore autre chose : une voix, des mouvements, une façon si personnelle de se réapproprier la musique noire. Avec les Stones, au début, on cherchait juste à imiter maladroitement les bluesmen ou les rockers comme Chuck Berry. Mais Elvis, lui, les réinventait. Et sa manière de bouger ! Comme il a dû travailler, du moins, je l’imagine. Peut-être cela lui venait-il spontanément, mais j’en doute. Quant aux Beatles, ils restent totalement à part. Personne ne peut réaliser aujourd’hui l’ampleur du phénomène. Malgré ce que l’on peut dire, on n’a jamais connu ça depuis. Une telle révolution des mœurs, esthétique et sociologique, il ne peut y en avoir deux. »

    Mick Jagger, Télérama, 20 au 26 septembre 2014, N° 3375



  • Nouvelle lecture aux USA; Gattaz le provocateur; Papy Flosse, flop et retour; l’aide à la presse, ça presse; les autoroutes se gavent.

    péages autoroute1   Nouvelle lecture aux USA; Gattaz le provocateur; Papy Flosse, flop et retour; laide à la presse, ça presse; les autoroutes se gavent.   calepin hebdo    Daniel Chaize
    L’Autorité de la concurrence : « La rentabilité exceptionnelle des sociétés concessionnaires d’autoroutes (SCA) – Vinci (ASF, Escota, Cofiroute, Arcour), Eiffage (APPR, Area), Abertis (Sanef, SAPN) – est assimilable à une rente« . Quelle surprise, c’est surprenant, non ?

    Lundi 15 septembre – Les jeunes Américains (moins de 30 ans) lisent davantage que leurs aînés (plus de 30 ans) : 88 % contre 79 %. Certes, il s’agit de lire UN livre dans l’année, ce qui est peu. Mais, à l’heure des tablettes, smartphones et autres invasions de l’électronique, le résultat fait plaisir. D’autant que 62 % des jeunes estiment que beaucoup d’informations importantes ne sont pas disponibles sur le Web, contre 53 % de leurs aînés…

    Mardi 16 septembre – Sacré Medef ! Toujours bien ancrer dans la lutte des classes et prompt à donner un coup de boule au lieu de la poignée de main. Pierre Gattaz vit le partenariat à l’ancienne : tout pour moi. En proposant, le jour du discours de confiance du premier ministre à l’Assemblée nationale, ni plus ni moins, d’enterrer les 35 heures, de supprimer des jours fériés, et de déroger au Smic…, il piétine la responsabilité dont tous les acteurs politiques et économiques devraient faire preuve. Il ne faudrait pas que le Medef oublie que les 50 milliards donnés aux entreprises, le sont au but d’améliorer leur compétitivité. Il ne s’agit même pas, comme on l’entend parfois, d’attendre immédiatement un million d’emplois comme le proclame le badge réducteur, et quelque peu provocateur, accroché au revers de la veste du patron du Medef. Il s’agit d’aider à l’investissement (humain, machines, recherche & développement)… afin de mieux répondre aux attentes des consommateurs (qualité et prix), vendre davantage à terme avec des marges suffisantes et au final de développer une croissance interne, donc des emplois. Un long processus qui doit s’appuyer sur la confiance. D’ailleurs, il faudra bien qu’un suivi soit réalisé afin de mesurer qui fait quoi, comment, tirer enseignement de ce qui marche et de ce qui échoue. Ce suivi, qui n’est pas une contrainte « policière » d’une idéologie de l’économie planifiée ou encadrée, le Medef doit arrêter de le refuser et le gouvernement ne doit pas céder à l’exercer. Sinon les Français, majoritairement – et de loin – en accord avec la relance de l’économie pourraient se sentir bernés. Il ne s’agit pas que les « armes » de compétitivité que leurs impôts fournissent… se retournent contre eux. La transparence des actions, par des points d’étapes qui ne cèdent pas à la seule logique de la communication d’annonce, est nécessaire. Elle ne pourra pas s’exercer avec des sorties provocatrices d’où qu’elles viennent.

    Mercredi 17 septembre – «Papa» Flosse », 83 ans, l’homme politique le plus poursuivi par la Justice française – trente ans de domination sur « son » archipel, vient de tomber. Il doit quitter son dernier mandat, sénateur de Polynésie, après la décision du Conseil constitutionnel le condamnant et lui infligeant une peine d’inéligibilité de trois ans. Affaire d’emplois fictifs… Fin de parcours ? Pas sûr car Gaston Flosse va être embauché comme collaborateur… par son groupe politique à l’Assemblée polynésienne (parti autonomiste affilié à l’UMP) et il n’exclut pas, il aura alors 86 ans et sa peine d’inéligibilité sera close, de se présenter aux élections territoriales de 2018. Dans les archipels politiques, il y a toujours des requins insubmersibles.

    Jeudi 18 septembre À Libération, ce sera 93 journalistes en moins. Au Monde, ce sera 35 au lieu des 57 prévus. Pour Elle, c’est la rédactrice en chef, soutenu par toute sa rédaction, qui est remercié. TF1 joue au poker menteur avec LCI, vendra, vendra pas… Sous sa forme actuelle, la chaîne disparaîtra en janvier 2015. Le trio BNP, Bergé-Niel-Pigasse a fait une offre et est prêt à perdre le nom pour nommer la nouvelle chaîne sous la marque Le Monde… mais Le Figaro « étudie sérieusement et discrètement le dossier ». Nice-Matin ne croit plus en Bernard Tapie comme repreneur miracle. Enfin, l’hebdomadaire Marianne n’est pas au mieux et même Le Canard Enchaîné – qui reste largement bénéficiaire et est assis sur des réserves d’or précautionneusement préservées – a vu ses ventes en baisse. Bref, la presse va mal. Toutefois, lors du dîner annuel du quotidien L’Humanité, La ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin a annoncé jeudi qu’elle souhaitait « légiférer à brève échéance » pour permettre aux journaux de renforcer leurs fonds propres et pour réformer le statut de l’AFP. Elle a expliqué vouloir « apporter les retouches nécessaires à la loi Bichet » (sur la distribution des journaux) et se pencher sur « le sujet important du renforcement des fonds propres des titres ». À suivre… D’ici là, n’oubliez pas d’acheter votre journal préféré. Il en a besoin.

    Vendredi 19 septembre – « La rentabilité exceptionnelle des sociétés concessionnaires d’autoroutes (SCA) – Vinci (ASF, Escota, Cofiroute, Arcour), Eiffage (APPR, Area), Abertis (Sanef, SAPN) – est assimilable à une rente » note l’Autorité de la concurrence, sept ans après les privatisations engagées par Dominique de Villepin. En effet « sur 100 euros de péage, 20 à 24 euros sont du bénéfice net pour les concessionnaires ». Résultat : 14,9 milliards d’euros de dividendes ont été versés entre 2006 et 2013… soit quasiment tout le profit et même davantage certaines années ! Ajoutons que la dette elle-même (23,8 milliards d’euros) a rapporté 3,4 milliards d’euros sous forme d’avantage fiscal grâce aux intérêts d’emprunts déductibles et que le marché des travaux, dont il n’échappe à personne qu’il échoit à des entreprises liées aux sociétés d’autoroutes, s’est monté à 4,5 milliards d’euros. Ces juteuses concessions durent jusqu’en 2027 et 2033… sauf si il y a renationalisation comme le demandent des élus de plus en plus nombreux et présents sur tout l’échiquier politique. Cher, très cher… mais la manne reviendrait alors à l’État.