Droits de l’individu et devoirs pour la vie sociale / L’UE en conduite d’une Mini / Dracula et Jack l’Éventreur / C’est quoi votre problème avec le corps féminin ? / Colum McCann voyage avec l’imagination

© Photo  BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK
© Photo BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

(…) Dès qu’un problème survient, on met en place une cellule psychologique. Je considère que cette bienveillance affichée est une vaste hypocrisie qui nous permet collectivement de ne pas considérer la réalité. Le « politiquement correct » contemporain, qui n’a rien à voir avec la compassion religieuse ou les valeurs humanistes des Lumières, est un aveuglement. Nous plaignons les pauvres pour mieux les laisser coincés dans la pauvreté. On préfère déplorer le triste sort des migrants plutôt que d’entreprendre une politique concrète de lutte contre le juteux business des passeurs. (…) Notre État-providence cherche à satisfaire toutes les revendications catégorielles et se perd en chemin. Nous en avons l’illustration quotidienne dans l’actualité. Pour se donner une chance aux élections, nos dirigeants cèdent à toutes les revendications au nom des droits les plus particuliers et les moins universels. Les citoyens aussi ont une responsabilité dans cette dérive : ils considèrent que le contrat social est à la carte. Ils prennent ce qui les intéresse et rejettent ce qui leur semble pénible. En face des droits de l’individu, nous devons réaffirmer l’existence de devoirs sans lesquels aucune vie sociale n’est possible. (…) Le renoncement à la politique compassionnelle permettrait de mener une vraie politique de justice fiscale, éducative ou sociale, qui n’a rien à voir avec la prise en compte des revendications catégorielles. De même dans le domaine de la politique étrangère, seule la prise en compte des égoïsmes nationaux et l’adoption d’une vision à long terme pour les surmonter peut permettre de bâtir une Europe fédérale. Je pense que les réalistes vont plus loin que les idéalistes.

Yves Michaud, propos recueillis par Sylvain Courage, L’OBS, 16 au 22 juin 2016, n° 2693.

On oublie trop souvent aussi que Londres a apporté un soutien crucial à l’élargissement de l’Union à l’est. Au début des années 1990, Helmut Kohl redoutait d’avoir une zone d’instabilité aux portes de l’Allemagne ; il considérait aussi, à juste titre, que l’industrie allemande prospérerait en Europe de l’Est. Mais Kohl avait face à lui un François Mitterrand craignant que l’élargissement ne renforce le poids de l’Allemagne et ne nuise à la cohésion de l’Union. La Grande-Bretagne estima que l’élargissement se ferait effectivement au détriment de l’approfondissement. Elle avait vu juste dans l’ensemble.

L’UE que le Royaume-Uni s’apprête peut-être à quitter n’est donc pas vraiment la création d’une bureaucratie bruxelloise fanatiquement fédéraliste. Cette UE reflète à bien des égards la vision britannique de l’Union. Car, contrairement aux fantasmes colportés par les eurosceptiques, la Grande-Bretagne n’est pas isolée en Europe : la Suède, le Danemark et les Pays-Bas, petits pays aux économies ouvertes, ont soutenu l’offensive britannique en faveur du renforcement du marché unique et de la libéralisation des échanges. Certes, la zone euro et l’espace Schengen ne cadrent pas avec cette vision britannique de l’Europe. Mais là encore, des petits pays redoutant la domination du couple franco-allemand ont été ravis de voir le Royaume-Uni créer un précédent en négociant des dérogations, et instaurer de fait une Europe à plusieurs vitesses.

Quoi qu’en dise Michael Gove, la Grande-Bretagne a tenu le volant de l’UE. Si elle préfère aujourd’hui partir de son côté dans une voiture beaucoup plus petite, elle se retrouvera au mieux à conduire une minuscule Mini : elle perdra quasiment tout son pouvoir d’influence dans l’Union et ne jouera plus guère de rôle dans les instances internationales où se négocient les accords commerciaux et les règles de l’ordre mondial.

Même les politiques britanniques favorables au maintien de leur pays dans l’Union parlent d’elle comme d’une menace potentielle. Ils feraient mieux d’admettre que le Royaume-Uni a réussi, à bien des égards, à créer une Europe britannique.

Jan-Werner Müller, politiste américain, traduit de l’anglais par Isabelle Lauze, le un, 15 juin 2016, N°11.

(…) Qui de l’Européen ou de l’insulaire est le Dr Jekyll, et qui est Mr Hyde ? Le référendum n’apportera sans doute pas la réponse. Irlandais que le théâtre mena à Londres, Bram Stoker imagina un monstre venu du cœur de l’Europe, rien de moins que Dracula. Quand tout le cinéma britannique, d’Alfred Hitchcock à Stanley Kubrick, était d’une manière ou d’une autre récupéré par les majors des Etats-Unis, la Hammer Film tenait bon, à Londres, essentiellement par ses vampires. Terence Fisher n’avait sans doute pas l’étoffe des géants passés à Hollywood, et cependant son Dracula, interprété une dizaine de fois par Christopher Lee, a fait frissonner le monde entier. Avec une pointe d’humour so british, ce prince des montagnes de Transylvanie, officiellement revendiqué par la Roumanie, est devenu le fleuron sinon l’emblème du cinéma fantastique du cinéma britannique. Les héros typiquement anglais ont, eux, fait la fortune des studios américains, par Errol Flynn en Robin des bois et Johnny Weissmuller en Tarzan. Le comte de Dracula, sans être un lord britannique, a connu l’essentiel de sa gloire grâce à la Hammer Film.

L’Europe serait-elle cette épouvantable créature, voyageant dans son cercueil, depuis les Carpates, pour venir se nourrir du sang des vierges de Londres ? On comprendrait dans ces conditions que les populations du Royaume-Uni redoutent ce qui provient du continent européen. Cependant, les monstres qui hantent l’Europe viennent, eux, de Londres, inspirés d’un modèle réel, Jack l’Éventreur. Dites « Londres » et le continent répond « bas-fonds », du Français Paul Féval, auteur des Mystères de Londres, à l’Allemand Bertold Brecht, pour L’Opéra de quat’sous. L’Europe, en vérité, est faite de mythes communs, répercutés partout, et ceux qui viennent de Grande-Bretagne ne sont pas les moins populaires. Malheureusement, la communauté des rêves et des mythes littéraires n’a pas été retenue comme fondement de l’Union européenne.

Guy Konopnicki, Marianne, 17 au 30 juin 2016, N° 1001-1002.

(…) Elle a montré ses cheveux. Puis elle a dévoilé un sein – dans une vidéo consacrée aux jeunes acteurs nommés au César du meilleur espoir, en janvier 2012. Et finalement posée nue, à la une du magazine Égoïste, pour le photographe Paolo Reversi, trois ans plus tard. « Je voulais aller jusqu’au bout de la démystification. M’adresser à tout le monde et demander : c’est quoi, votre problème avec le corps féminin ? Regardez-moi ! Y a-t-il quelque chose de menaçant ou de dangereux dans cette nudité ? »

À chaque étape de ce dévoilement, elle a affolé Internet. Et elle s’est rendue malade elle-même, physiquement. De même que son père, intellectuel et homme de théâtre, toujours à Téhéran : il s’est retrouvé à l’hôpital dans les deux cas les plus récents, et a cessé de lui parler pendant deux mois. « Même s’il est libéral et de gauche, il vient d’une famille traditionnelle, à laquelle je fais beaucoup de mal… » Son effeuillage a provoqué la polémique, même au sein de la diaspora : geste libre ou provoc inconséquente ? Aujourd’hui, elle se dit fière, sans regrets : « C’est mon chemin ».

Golshifteh Farahani, comédienne iranienne, propos recueillis par Louis Guichard, Télérama, 18 au 24 juin 2016, N°3466.

(…) Chaque fois que j’achève un roman, je me sens exténué. Achevé. J’ai le sentiment que tout le monde va se rendre compte que ce que j’écris ne vaut rien, que je suis un imposteur, un menteur, un médiocre. Je me dis : c’est terminé, je n’écrirai plus. Puis, peu à peu, je m’y mets de nouveau. J’ai réalisé que l’écriture est une aventure pour moi, qu’elle a pris pour moi le relais des voyages. Lorsque j’avais 10 ou 12 ans, je ne tenais pas en place. Le matin je prenais mon vélo, je partais, je revenais à la nuit, mes parents ne me voyaient pas de la journée. Adolescent, j’ai passé deux ans à parcourir les États-Unis de long en large.

À présent, je ne bouge presque plus, mais je voyage grâce à l’imagination. Le but de l’écriture est de toujours continuer à apprendre. De ne jamais arrêter d’engranger des connaissances. Benjamin Disraeli (1804-1881) disait : si vous voulez apprendre quelque chose sur un sujet quelconque, écrivez un livre sur ce sujet. J’ai écrit sur les SDF de Manhattan, sur la danse, sur le 11 septembre… Là, je m’apprête à partir pour le Proche-Orient. Pourquoi ? Je n’en sais absolument rien. Tout ce que je sais, c’est que je veux aller là-bas, voir ces paysages, comprendre pourquoi la situation est un tel gâchis sans fin. J’aimerais y découvrir des trésors d’humanité. Et, à partir de cela, raconter une bonne histoire. (…) J’aime vivre ma vie dans la discrétion, mais également penser qu’avec mes romans, mes nouvelles, j’apporte de la dignité et de l’espoir dans la vie des autres.

Colum McCann, romancier irlandais, propos recueillis par Nathalie Crom, Télérama, 18 au 24 juin 2016, N°3466.

MONTREUIL, BUDGET, AGENTS MUNICIPAUX ET SERVICE PUBLIC

Petits tas de piècesLa majorité municipale de Montreuil, autour du maire Patrice Bessac, vient de s’illustrer lors des deux derniers conseils municipaux. Le 1er juin sa tenue a du être annulée face à une opposition… qui le 15 juin, toujours aussi conséquente, a été tenue éloignée par une séance à huit-clos mieux protégée qu’un déplacement ministériel. Quelle opposition ? Celle des agents municipaux refusant massivement une « casse-sociale » et notamment deux points à l’ordre du jour concernant l’abandon de la prime spéciale d’installation et du congé de préretraite.

Faillite politique et majorité municipale aux abois

Depuis des mois les relations avec le personnel communal ont révélé un pilotage par le maire – car il en est le premier responsable – d’un amateurisme confondant et d’un mépris cynique du dialogue social. L’utilisation aussi récurrente que provocatrice d’un double langage sur une soi-disante volonté d’ouverture, n’a eu pour effet que d’être une insulte complémentaire.

Les deux conseils municipaux sont l’expression d’une faillite politique d’une majorité aux abois et courant au désastre… de la ville et, mais c’est secondaire, de son existence durable. La bannière où s’inscrivait en lettres d’or le mot d’ordre programmatique « Unir pour réussir » est désormais en lambeaux et bat au vent mauvais. Les électeurs du Parti socialiste et d’Europe Écologie Les Verts qui y avaient cru vivent avec amertume – et certains avec écœurement – cette dérive autoritaire et malsaine où, pour des raisons qui peuvent échapper au sens commun, leurs élus se compromettent gravement sous le joug communiste. À l’inverse, osons l’espérer encore, de leurs convictions.

Cependant au-delà de ces élucubrations il y a plus prosaïquement un vrai problème politique et social qui ne doit pas être masqué. Il est sérieux, ancien et pourtant caché lors de toutes les élections. On ne peut même pas le découvrir entre les lignes des programmes des candidats alors qu’il est dans la tête de TOUS les prétendants. Le poids financier des traitements du personnel municipal est le tabou majeur.

Une histoire ancienne de plusieurs mandats politiques

À Montreuil il est aujourd’hui d’environ 62 % (chiffre quasi officiel même si la transparence n’est pas le fort de l’équipe actuelle), ce qui est proprement – et de l’avis de TOUS – insupportable car empêchant quasiment toute dépense de fonctionnement autre que le minimum. Ce ratio en vient même à limiter les capacités d’investissement. Je ne connais pas un candidat, heureux élu ou malheureux perdant, qui n’ait pas conscience du problème. Mais je sais que TOUS le taisent lors des élections par crainte de perdre les voix du personnel communal, très important sur la ville. Or Montreuil est parfois aujourd’hui obligé d’emprunter pour payer les salaires ! Rien d’étonnant de voir la ville être si proche de voir sa gestion passer sous tutelle de la Préfecture. En effet, on peut considérer que la barre des 50 % ne doit pas être dépassée. C’est dire l’ampleur du travail à accomplir.

La vérité oblige à dire que ce résultat désastreux ne relève pas seulement – et de loin – de la majorité actuelle, même si elle-même s’inscrit encore dans une logique ancienne. Une telle situation est liée à une histoire où les embauches ont été réalisées sans penser à l’avenir, aux vrais besoins, aux évolutions techniques (informatique) et aux nouveaux moyens de service public, comme le guichet unique, facilitant et simplifiant l’aide aux habitants.

C’était l’époque des aveuglements et des revendications auprès de l’État, solution « miracle » pour avoir toujours plus. Comme si jamais les comptes ne devaient être soldés… C’était aussi l’époque du clientélisme. Inconséquence que les élus d’aujourd’hui vivent en effet boomerang.

L’ère de l’improvisation et du mensonge

Patrice Bessac a donc décidé d’agir pour limiter les dépenses de personnel– car c’est bien ce sujet qu’il vise quoi qu’il en dise – pour exister un peu et pour lancer des projets pour notre ville (à supposer qu’il en ait). Il a impérativement besoin de budgets qui lui permettent une ambition minimale. Pour ses propres intérêts, il sait qu’il doit corriger la situation. Malheureusement pour les Montreuillois, et en premier lieu pour les agents municipaux, il agit mal en pur technicien qu’il n’est pas et en mauvais politique qu’il est assurément. Son approche financière est inconséquente car elle ne peut être qu’insuffisante telle qu’elle est présentée (mettre fin à des primes, quel ridicule !). Son approche sociale et politique est contre-productive et insultante pour les agents municipaux qu’il vise comme s’ils étaient responsables d’une politique qu’ils n’ont en rien construite. Elle est désastreuse pour une mobilisation nécessaire à la vitalité d’un service public territorial (ici municipal) indispensable et qui doit être défendu et justement revivifié. Par ailleurs le maire est le premier, avec l’embauche de conseillers et membres de cabinet nombreux à faire contre-exemple… « Faîtes-ce que je dis… mais pas ce que je fais. » Des nouveaux embauchés, sortes de janissaires d’une mairie-bunker, qui par ailleurs ont une fâcheuse tendance à se considérer comme des fonctionnaires qu’ils ne sont pas et qui se permettent de donner des ordres parfaitement illégitimes en droit, scandaleux par leur manque d’éthique et piétinant la simple courtoisie de travail.

 Il faudra bien un jour annoncer une politique de long terme claire et franche

Les équipes municipales de Montreuil, l’actuelle comme celle qui lui succédera, doivent considérer qu’elles ne régleront pas seules la question sur un mandat. Même s’il faut bien commencer. Mais surtout elles ne peuvent pas agir sans – et encore moins contre – les agents municipaux.

Il est vrai qu’il faut un discours de vérité, et donc définir un objectif graduel de baisse des effectifs sur quelques années. Le présenter et en débattre avec les organisations syndicales. Mais avec une vision qui ne soit pas globale et technocratique mais adaptée aux situations des services et aux parcours personnels des salariés. Situations très nombreuses, diverses pour ne pas dire souvent presque particulières. Comment ne pas imaginer, vu le mal-être exprimé par les agents qui date de nombreuses années qu’il n’y ait pas des évolutions nécessaires qui passent par des formations nouvelles, des nouveaux outils techniques, des mutualisations, des changements de postes garant d’évolutions qui pourront garantir un meilleur service rendu. Qui passent d’abord par de la reconnaissance. Aujourd’hui, il est communément admis qu’un absentéisme avoisinant 25 % des agents est fréquent. Ce n’est pas signe de bonne santé du corps municipal. Il est certain que les départs en retraites non remplacés peuvent apparaître comme une « solution ». Mais cela dépend où. Ce qu’il faut regarder de près, et prioritairement, ce sont les secteurs qui ne sont pas pleinement en phase avec les évolutions des besoins des habitants. Parce que reproduisant des réponses obsolètes ici, c’est possible. Mais aussi parce qu’insuffisantes là. En aucun cas il ne s’agit de trancher dans le vif comme les agents en ont le sentiment aujourd’hui se demandant, où qu’ils soient, à quelle sauce ils vont être mangés.

Réhabiliter la politique en dépassant la seule approche technique

Détailler un tel chantier ne peut se faire « à la volée » dans un article comme celui-ci pas plus qu’il ne peut résulter dans une appréciation technocratique, globale et d’ensemble, où le seul objectif est de faire – au seul besoin d’un court terme apeuré et sans vision pour un long terme réfléchi – des économies dans la colonne dépenses. De plus au-delà de l’approche de l’efficacité sociale et économique des services pour les habitants, en chaque lieu la prise en compte des situations des agents est essentielle et peut incliner des vues purement techniques et financières.

Ainsi la « fermeture » de l’Office de Tourisme est-elle juste ou pas ? Je me suis toujours interrogé, et je parle ici à titre purement personnel et ne peut ni ne veut engager mes amis avec qui un temps j’ai été élu et qui eux le sont encore au nom d’Élire Montreuil que je soutiens toujours, sur son utilité réelle et sa structure juridique. Selon moi, son avenir pouvait être débattu et évolué. Le fermer, pourquoi pas ? Mais dans quel but et comment assurer les missions pour lesquelles il était encore utile ? Je ne crois pas que l’examen ait été fait sérieusement. Et pire, socialement, ce qui est évident et scandaleux, c’est la manière dont les personnels ont été traités et pour certains écartés. On peut comprendre que cet exemple, même s’il ne s’agissait pas de fonctionnaires, inquiète le personnel municipal sur sa méthode de faire des économies.

Patrice Bessac, si prompt à dénoncer le gouvernement pour cause « d’austérité » et « d’autoritarisme », ferait bien de se regarder dans le miroir. Sa politesse et sa politique de vernis ne masque pas son arrogance et l’inefficacité de ses actions improvisées.

La tache de Bessac sur Montreuil

En Sainte-nitouche blanche comme la colombe Patrice Bessac a complaisamment laissé (organisé la venue ?) des membres de son entourage et de son équipe participer activement à l'indigne et irrresponsable charivari comme le note Le Parisien dans son édition électronique du 6 juin
Malgré sa posture de Sainte-nitouche blanche comme la colombe, Patrice Bessac a complaisamment laissé (organisé la venue ?) des membres de son entourage et de son équipe participer activement à l’indigne et irrresponsable charivari comme le note Le Parisien dans son édition électronique du 6 juin.

Certains hommes politiques, lorsqu’ils sont sur la mauvaise pente, essaient de se redresser. Patrice Bessac, le maire qui ne peut même plus assurer la tenue de son conseil municipal devant faire face à l’opposition des agents municipaux, des parents d’élèves et des professeurs qui n’en peuvent plus de son incompétence et de la gabegie qui en découlent, qui sont outrés de sa communication répétitivement mensongère, fait l’inverse. Il persiste et s’enfonce. Malheureusement en tachant la ville de Montreuil et les Montreuillois.

Hier, il a refusé de recevoir Emmanuel Macron, ministre de l’Économie et des Finances, venu rencontrer les responsables et acteurs de l’espace innovant de co-working ICI Montreuil, ceux de l’agence « Permis Malin » et inaugurer le nouveau timbre de La Poste rendant hommage aux 80 ans du Front populaire.

Cette attitude, contraire à l’esprit et à la pratique républicaine, mérite d’être analysée de près car elle est révélatrice d’une partie (une partie seulement…) de l’enfermement dans lequel Patrice Bessac, doucement mais sûrement, entraîne notre ville.

1/ Un geste politique dangereux. Dans le climat de crise, non seulement actuel mais plus profond et datant de plusieurs années, tous les responsables politiques devraient veiller avec une grande attention à éviter toutes les formes de violence, donc de les prévenir. Chacun voit, ressent, vit les comportements qui frisent ou tombent dans l’hystérie et la haine. Cette dérive, parfois assumée comme geste politique (pas toujours lorsqu’ils s’agit de voyous venant profiter de l’occasion), est porteuse de tous les dangers. Attiser ces comportements, les encourager ou plus simplement leur laisser voie ouverte est irresponsable. C’est ce qu’a fait Patrice Bessac, c’est une faute majeure.

2/ Un geste politique inconséquent, contradictoire et d’enfermement. Ne pas recevoir un ministre au prétexte qu’il est membre d’un gouvernement dont on ne partage pas les idées, ou contre lequel on s’oppose sur des lois en débat devant les Assemblées, est un argument fallacieux. De plus, à l’inverse de ce qu’il prétend être, il limite même les possibilités de « combat » transparent et argumenté… pour en rester à un vocabulaire d’où sont exclus depuis longtemps les mots probablement « collaborationnistes » comme dialogue, échange, débat. Évitons tous les mots qui pourraient s’apparenter à une volonté de trouver des solutions, mots qui ne semblent plus faire partie du vocabulaire de l’édile municipal. Pourtant M. Bessac aurait très bien pu, en recevant Emmanuel Macron, lui tenir un discours ferme et ainsi tenir plus largement tribune pour faire valoir ses opinions. Il a préféré la porte fermée.

Mais alors, si ce gouvernement ne mérite en rien d’être approché, pourquoi Patrice Bessac, fier comme Artaban, s’est-il affiché dans le bulletin municipal, en photo devant le porche de l’Élysée pour nous faire croire qu’il avait rencontré le président de la République alors qu’il l’avait été par un conseiller technique, ce qui est déjà bien puisque c’est la logique des choses en la matière ? Et demain, si le premier ministre Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur décidaient de venir à Montreuil ? Ou encore Stéphane Troussel, président socialiste du conseil départemental ? Auraient-ils tous droit au même traitement de défaveur qu’Emmanuel Macron ? Au même accueil musclé et ordurier encouragé ? N’osons-pas imaginer une tentative de franchissement de la frontière montreuilloise par Valérie Pécresse, présidente de la région ! Comme elle ferait encore pire que le gouvernement (pourtant déjà de droite pour M. Bessac) selon les canons de la pensée du maire, on pourrait craindre pire encore. Car il s’agit bien de frontières. Idéologiques d’abord puis concrètes ensuite à la manière de l’ancienne Albanie et l’actuelle Corée du Nord. On commence par fermer le débat, on l’étouffe et on se retrouve sans liens extérieurs (ils sont polluants !) de coopération politique, financière et culturelle. Est-ce le Montreuil que souhaite Patrice Bessac ? Un Montreuil emmuré dans un communisme municipal des pires périodes d’obscurantisme ? Y voit-il son propre bunker de survie ?

3/ Un geste politique pervers et tordu. La direction nationale du PCF, dans un communiqué faussement gêné aux entournures, affirme que sa politique n’est pas celle du « jet d’œuf », dans ce cas, que ne va-t-elle dire à sa section locale montreuilloise qui sur les réseaux sociaux publie des vidéos de sa mobilisation devant La Poste où l’on voit le ministre bousculé ? En Sainte-nitouche blanche comme la colombe Patrice Bessac a complaisamment laissé (organisé la venue ?) des membres de son entourage et de son équipe participer activement au charivari comme le note Le Parisien dans son édition électronique du 6 juin. Ce n’est pas « Ralliez-mon panache blanc », mais « Faites-le sale boulot à ma place, je vous soutiens ». Il ferait bien de veiller à ce que le dicton « Qui vole un œuf, vole un bœuf » ne devienne « Qui jette un œuf, jette un cocktail molotov ». En termes de double langage, il faut reconnaître à Patrice Bessac une sorte d’excellence !

Le maire de Montreuil a eu un geste indigne de ses responsabilités d’homme public, de responsable politique et de représentant (en principe !) de tous les Montreuillois. Ce geste révèle sa nature. D’ailleurs évoquer la dignité est impossible quand on voit la politique être traitée ainsi…

La société française a peur / La malbouffe est dans l’œuf de l’agriculture industrielle / L’Europe attaque Google au porte-monnaie / Le saut dans l’inconnu du FN / Les moches, c’est chiant et déprimant.

republique_de_la_malbouffe_nantes-copie-1(…) Nous vivons une parfaite illustration de ce que j’appelle « le malheur français ». Le plus fondamental étant l’impossibilité de parvenir par la politique à des solutions constructives. Et même, pour commencer, d’établir un diagnostic. Après presque trois mois de discussion sur la loi travail, on n’est pas même éclairé sur le point de départ, à savoir : puisque nous sommes confrontés à un problème de chômage récurrent, quelles sont les bonnes manières de lutter ? Est-il vrai que le Code du travail constitue un frein ? Comment faciliter l’embauche, changer le contrat de travail ? On n’est pas plus avancé à l’arrivée. Là est le tragique. C’est ce qui donne aux gens l’impression très démoralisante que la politique ne sert plus à rien, qu’on ne peut sortir de la confusion et de l’impuissance. (…) Dès que vous prononcez le mot licenciement, vous provoquez l’anxiété collective. L’habilité des ennemis de la loi El Khomri a été d’accréditer l’idée que cette loi permettrait aux patrons de vous jeter dehors. Les sondages sont contradictoires : les gens constatent une certaine rigidité et souhaite des allégements. En même temps, ils ont peur. La société française est une société qui a peur. Et la peur ne facilite pas le mouvement. Aucun gouvernement ne parvient à proposer une perspective qui suscite la confiance des gens. Or il faut de la confiance pour accepter de changer. La gauche de la gauche, la gauche radicale, la CGT mais aussi FO, n’ont qu’une force négative : détruire la possibilité d’une discussion collective et constructive permettant d’arriver à un point de départ clair. (…) Les casseurs sont l’expression d’un profond problème de notre société, qui est le grand échec de François Hollande : le statut de la jeunesse. Il ne s’agit pas de vieux staliniens sortis des catacombes, mais de jeunes gens souvent déclassés. Ils ont un très grand problème d’entrée dans la vie. N’oublions pas que la grande majorité de ceux qui entrent dans la vie active est convaincue qu’elle n’aura pas de retraite. Le contrat inter-générationnel est cassé. S’y ajoute un l’héritage révolutionnaire. Une certaine conviction que la violence a des vertus supérieures. (…) La suite du mouvement social en cours est très imprévisible. Mais le vrai frein réside dans l’arrière-fond : on n’a pas affaire à des innocents. La CGT, le PC, le Front de gauche ou la gauche du PS, tous sont dans un calcul politique qui va conduire à calmer le jeu en vue des prochaines élections présidentielles. Mais ils auront créé un rapport de force, comme on dit le langage léniniste.

Marcel Gauchet, sociologue, propos recueillis par Éric Fottorino, le un, 1er juin 2016, N° 109.

(…) Nous n’allons pas accabler ce pauvre Xavier Beulin – déjà suffisamment aux prises avec ses contradictions de président de la FNSEA alors qu’il est aussi le PDG du groupe Avril (ex-Sofriprotéol), multinationale de l’agroalimentaire dont les intérêts sont, pour le moins, peu conformes à ceux de la cause paysanne –, mais le fait est que le dernier scandale révélé par L214 n’arrange pas ses affaires. Poursuivant sa campagne antiviande, l’association a diffusé des images épouvantables de poules pondeuses confinées dans leurs cages de torture. Après les abattoirs de la honte, les poulaillers de la mort. (…) Ce qui n’est qu’une scène courante de l’agriculture industrielle prend un relief particulier quand on sait que l’élevage en question, situé dans l’Ain, fournit la marque Matines, filiale d’Avril, et leader français du marché de l’œuf industriel présent dans toutes les grandes surfaces. (…) L’agriculture industrielle conduit à la malbouffe financiarisée, et c’est aujourd’hui le patron du premier syndicat agricole français, la FNSEA, qui engrange les bénéfices de cette horreur économique. (…) Le mieux serait donc que Xavier Beulin se consacre exclusivement à ce qu’il sait faire le mieux, à savoir transformer les campagnes en usines, sans avoir à se travestir en leader paysan. Qu’il renonce à ses responsabilités syndicales, il n’en aura que les mains et la conscience libérées pour gérer plus efficacement les œufs Matines, les abattoirs de porc Abera, les volailles Glon-Sanders, les produits de nutrition animale Adonial, les huiles Lesieur et Puget, les oléochimiques roumains transformés en biodiesel Expur, les agrocarburants Diester, les détergents Oléon, tout en présidant le port de La Rochelle, la génétique animale Hendrix Genetics, les OGM Biogemma, le conseil économique et social de la région Centre, et l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed). On comprend avec quelle célérité Xavier Beulin accourt au chevet des éleveurs de porcs en détresse.

Périco Légasse, Marianne, 3 au 9 juin 2016, N° 999

(…) Margrethe Vestager (commissaire européenne chargée de la concurrence) a donc choisi la manière forte : ne pas négocier, et multiplier les fronts contre ce géant (Google) qui a les moyens de se défendre puisqu’il est aujourd’hui la plus grosse capitalisation boursière de la planète, avec 500 milliards de dollars. L’attaque contre son shopping a été suivie par une autre contre son logiciel Android. Là encore, il s’agit d’abus de position dominante : Google impose aux fabricants de smartphones et de tablettes qui veulent utiliser Android et son magasin d’applications Playstore de préinstaller son moteur de recherche et son navigateur Chrome. Parfois, il paie même le fabricant pour avoir l’exclusivité de la recherche. « Le consommateur n’a pas le choix, et cela limite l’innovation technologique dans le secteur », constate un conseiller de Margrethe Vestager. Ce dossier pourrait se solder, lui aussi, par une sanction. En attendant, les limiers de Bruxelles ont ouvert une troisième enquête prometteuse concernant les pratiques publicitaires de Google. Vente des adwords (« mots-clés ») et razzia sur la publicité locale font la fortune de l’entreprise – et l’essentiel de ses profits –, et seront examinées par Bruxelles. Il n’y a qu’un front qui échappe à Vestager : la fiscalité « créative » du géant, qui lui permet de ne (presque) pas payer d’impôts. Après l’affaire LuxLeaks, le Parlement européen a approuvé l’obligation pour les multinationales implantées en Europe de publier leurs résultats financiers et le montant des impôts versés, pays par pays. Mais les éventuels redressements et poursuites sont du ressort des États membres. La justice française n’est pas en retard : le 24 mai, Éliane Houlette, procureur national financier, a réalisé une perquisition du siège de Google et s’est félicitée de la saisie de « plusieurs téraoctets de documents informatiques »… Des mois, voire des années de travail en perspective.

Claude Soula, L’OBS, 2 au 8 juin 2016, n° 2691.

(…) Soucieux de rassurer les électeurs à l’approche de la présidentielle, le Front national veut combattre l’idée selon laquelle sa victoire représenterait un périlleux saut dans l’inconnu. Pour cela, le parti n’a guère d’autres références que la douzaine de communes qu’il a remportées lors des élections municipales de 2014. L’information, rapportée par Le Parisien, est donc particulièrement sensible: selon le quotidien, deux conseillers municipaux de Cogolin, ville FN du Var, ont demandé au préfet de placer la commune sous tutelle. Élus sous les couleurs du FN mais ayant depuis rompu avec le maire, Marc-Etienne Lansade, ils reprochent à ce dernier des projets immobiliers pharaoniques financés par d’importants emprunts. Homme d’affaires spécialiste de l’immobilier, Parisien parachuté à Cogolin en 2014, Lansade déborde de projets pour sa commune d’adoption. De cette cité balnéaire de 12000 habitants, le nouveau maire souhaite faire une incontournable attraction touristique – par exemple en organisant un concert d’Hélène Ségara. Ses principaux projets immobiliers consistent à réhabiliter la marina pour attirer des bateaux de luxe et développer un centre de vacances (sur un terrain pour l’instant classé en zone inondable). Folie des grandeurs pour ses opposants, excellente affaire, selon l’édile: « Les taux sont très bas, on a intérêt à emprunter en ce moment », explique- t-il au Parisien. Quel que soit l’avenir de ce projet, celui-ci sera désormais regard de près.

Libération, 4 & 5 juin 1016, N° 10897.

(…) Certains producteurs paient leurs pigistes en partie (jusqu’à la moitié) en droits d’auteur et pas seulement en salaire, histoire de verser (beaucoup) moins de cotisations sociales. D’autres, encore moins scrupuleux, vont même jusqu’à déduire du fameux forfait le coût d’un fixeur (personne qui sert de guide, notamment dans les zones de conflit) ou d’un traducteur. « Quelques producteurs vous demandent même de partager une partie des revenus Sacem (Société des auteurs civiles multimédia), ces droits d’auteurs dus en plus à chaque diffusion du reportage. C’est une spoliation, et bien sûr totalement illégal ! Mais certains confrères acceptent car ils ont vraiment besoin de bosser », explique Pauline (pigiste). Une nouvelle pression peut s’ajouter au moment du visionnage. Refrain classique du rédacteur en chef ou du responsable magazine : « On imaginait autre chose… » Dans ce cas-là, retour à la case tournage et/ou salle de montage. Pas un sou de plus. (…) « Un jour, lors d’un reportage dans une maternité, je faisais parler une infirmière, une des plus méritantes à mes yeux, selon Dorothée Drevon, ancienne pigiste devenue comédienne. « La première remarque de la rédactrice en chef ? “Elle est moche. Tu aurais pu en trouver une plus jolie !’’ Le sujet est passé, mais on m’a dit que c’était chiant et déprimant. Par la suite, j’avais souvent l’impression de trahir les gens que j’interviewais, de tout caricaturer. C’est quand j’ai commencé à avoir honte de mon métier que je me suis dit qu’il fallait m’arrêter. »

Richard Sénéjoux, Télérama, 4 au 10 juin 2016, N° 3464.