Trains de l’enfer et roues de la fortune

Les trains des passeurs de valise des spéculateurs et tricheurs financiers sont  comme celui du film Snowpiercer : ils roulent vers le néant dans une humanité devenue glaciale.
Les trains des passeurs de valise de billets des spéculateurs et tricheurs financiers sont comme celui du film Snowpiercer : ils roulent vers le néant dans une humanité devenue glaciale.

Je les imagine dans leurs voyages de caïmans, le cuir habitué aux eaux troubles et les dents blanches du sourire de l’innocent. Ils se réjouissent des frissons de leurs trains et de leurs avions qui les électrisent lors de ces moments de passage de frontières toujours excitants. Ils restent pourtant silencieux, impassibles, lunettes de soleil sur costume bien coupés, et cachent dans leur mémoire les numéros de sécurité de leur valise et de leurs comptes dans LA banque. À moins que ce soit sur un petit papier plié dans une de leurs chaussettes rouges du Vatican, ce pays rêvé du silence et du pardon éternel. Éprouvants toutefois ces voyages en Suisse, à l’île de Man, au Luxembourg, en Afrique – cette autre France aux amis si compréhensifs et accueillants ! –, ou plus loin encore comme Singapour. Et sur place ces mots murmurés dans les halls de marbre des palais financiers ou ces bruyants éclats de rire et ces blagues fortes et gênantes dans les palais des pouvoirs claniques comme si les maîtres du lieu semblaient ainsi vouloir leur révéler, ainsi qu’à tous, ce qu’ils ne veulent surtout pas être : des voleurs, des tricheurs, des menteurs. Des prédateurs. Ils refusent d’en être d’ailleurs et, pour le prouver, le clament haut et fort, presque menaçants mais toujours prudemment entourés d’avocats en nombre. Imaginez qu’un jour un de leurs honorables correspondants feutrés leur dise : « Savez-vous cher ami, qu’il n’y a qu’une poignée de minutes, je recevais comme je vous reçois votre ami… et qu’il m’a demandé de vos nouvelles ! Amusant, non ? » Je sais, ils résistent à toutes les vérités comme à toutes les humiliations car pour eux il n’y a pas de Home, Sweet Home sans Bank, Sweet Bank. Ainsi, dirigeants de clubs de sports réputés, élus véreux de la République, hommes “d’affaires” de toute nature, banquiers les plus réputés et particulièrement initiés, ne peuvent plus à l’évidence exister, ÊTRE, dans un autre train de vie. Leur monde est celui du film Snowpiercer. Leurs folies et leur avidité ont gelé nos espoirs en leur intégrité, en leurs compétences et en leur honnêteté. Leurs spéculations et leurs comptes offshore, leurs mensonges et leur morgue ont anéanti des populations et pourtant ils croient survivre encore, blottis dans les wagons de tête du train fou qu’ils ne sont plus en capacité de conduire contrairement à leur prétention. L’actualité nous dit que certains, après s’être fracassés sur le mur de l’argent, peuvent se retrouver enfin entravés par les fers de justice… Cela reste rare. En revanche, tous les jours qui passent sont autant de révélations de l’épidémie de l’argent facile et malhonnête et nous montrent combien nous sommes de plus en plus emmenés au désastre par cette humanité devenue démente.

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