Sunday Press 88 // L’insécurité culturelle / Se concentrer sur son interprétation / Coup de com’ rondement mené / Redonner vie au quartier sans chichis / Un monologue qui n’écoute pas l’objection.

Léonardo DiCaprio à propos du metteur en scène Iñárritu : « Un réalisateur se bat pour arriver à ce qu’il veut ? On devrait le féliciter, pas en parler comme d’un fou dangereux. »
Léonardo DiCaprio à propos du metteur en scène Iñárritu : « Un réalisateur se bat pour arriver à ce qu’il veut ? On devrait le féliciter, pas en parler comme d’un fou dangereux. »

(…) Par ailleurs, lorsque les politiques publiques paraissent aggraver les problèmes plutôt que les résoudre, elles provoquent dans une partie de la population une volonté de retrait, voire de sécession sociale, qui conduit notamment à vouloir s’organiser autrement, à l’écart des élites, afin que celles-ci ne disent plus ce qu’il faut faire ou ne pas faire, ce qui est bien ou mal. On trouve dans l’affaire d’Uber, par exemple, des réactions de ce type : des jeunes, issus de la banlieue souvent, veulent pouvoir travailler de manière flexible ou disposer d’un mode de transport peu onéreux et pratique, sans qu’une réglementation vienne les contraindre. (…) L’insécurité sociale, face au chômage et à la stagnation du pouvoir d’achat, se combine étroitement avec ce que j’ai appelé l’insécurité culturelle. Or, les élites ne fournissent plus une lecture pertinente du monde (des défis, des difficultés, etc., au niveau mondial ou européen), quand elles ne se mettent pas à traiter tout simplement le peuple de crétin ou de racisme. Un exemple de cet aveuglement ou de ce déni d’une partie des élites face au réel s’est bien vu sur ce mode après les événements de Cologne. C’est aujourd’hui sensible, à la fois économiquement et en termes de définition de l’identité, à propos de la construction européenne, de la gestion de la crise des migrants, de l’inquiétude face aux bouleversements au Proche-Orient ou en Afrique, ou de la démultiplication du terrorisme.

Laurent Bouvet, professeur de théorie politique, Marianne, 5 au 11 février 2016, N° 982.

(…) Oui, Iñárritu vous met au défi d’être authentique, il est intraitable sur ce qui lui semble être juste ou non. On l’a beaucoup attaqué à ce propos, alors que, pour moi, on devrait le remercier. J’ai trop de respect pour le cinéma pour travailler avec des gens qui le prennent à la légère. La souffrance ne dure qu’un temps – et, encore une fois, la souffrance sur un plateau est toute relative – , les films, eux, nous survivront pour des siècles. Des réalisateurs comme Iñárritu ou Scorcese sont attentifs au moindre détail et refusent d’avancer tant qu’on ne leur a pas donné ce qu’ils veulent. En faisant ça, ils garantissent leur intégrité artistique mais aussi celle de leurs acteurs. Nicholson disait de Kubrick : « On sait qu’il a soupesé chaque plan, chaque décision, un millier de fois, on peut se concentrer sur son interprétation. » On se sent à l’abri, on se sent protégé, c’est un sentiment précieux. Un réalisateur se bat pour arriver à ce qu’il veut ? On devrait le féliciter, par en parler comme d’un fou dangereux.

Leonardo DiCaprio, propos recueillis par Laurent Rigoulet, Télérama, 6 au 12 février 2016, N° 3447.

(…) « C’est un plan média et nous sommes fiers d’en faire partie », sourit Catherine Barma, la productrice de l’émission de France 2 « On n’est pas couché ». Celle-ci précise que c’est l’ex-garde des Sceaux et son éditeur Philippe Rey qui ont d’emblée choisi de se rendre dans le talk-show animé par Laurent Ruquier. En parallèle Mme Taubira a accordé un entretien à un journal papier, Le Monde, paru le 2 février. « L’éditeur m’a appelée le vendredi 29 janvier, deux jours après la démission, pour me proposer la venue d’un “XY’’, comme on dit quand on veut garder l’anonymat d’un invité d’importance », raconte Mme Barma. La raison du secret était lié à celui entourant la sortie du livre de Mme Taubira, paru lundi 1er février, dans un délai record après son départ du gouvernement. Mme Barma appris l’identité de l’invitée lors d’un rendez-vous avec M. Rey, vendredi midi. Puis elle a mis Laurent Ruquier dans la confidence. La sortie du livre a été éventée dimanche soir par France 2 et, lundi, Mme Barma a pu confirmer que la ministre se rendrait à « On n’est pas couché ». Auparavant, Mme Taubira avait choisi de parler à Michel Denisot dans « Conversations secrètes », dont la diffusion a été avancée au mercredi 27 janvier. Elle n’y confiait pas ses projets.

Alexandre Picquard, Le Monde, Dimanche 7 – Lundi 8 février 2016. N° 22103.

(…) Une société, Facility, est créée pour relancer et professionnaliser la machine. Repartir de zéro. « Nous, les juifs, on vit avec le sentiment que l’on peut tout perdre, à tout moment. J’aurais bien aimé me tourner vers la religion, mais ce n’est pas mon truc. Alors, comme je n’ai pas d’ami rabbin, je parle avec un ami philosophe, ça me fait du bien. » S’engouffrer dans le travail. Ne rien lâcher. Courir pour ne pas tomber. « C’est un peu ça, soupire l’ami Stéphane. Je ne sais pas comment il tient. C’est un truc de survie, il a remis à plus tard sa propre reconstruction. » La Belle Équipe, un dérivatif, un exutoire, presque un mantra. Elle revivra, pour ressusciter des enfers. (…) Prochain objectif, donc, la réouverture de La Belle Équipe. Un événement qu’il voudrait sans chichis, sans caméras. Il se projette. « Comme d’hab’, on ouvre à 8 heurs, on sert le premier café. Et le quartier revit. » Il gardera, peut-être, la chaise avec les impacts, comme triste relique. Il prendra, sûrement, un homme pour assurer la sécurité, voire éconduire les curieux un peu lourds. Mais Grégory ne sera pas là. Il restera à distance, désormais. Peu importe. Mission accomplie, au nom de Djamila. Mais aussi de Hodda, Halima, Romain, Hyacinthe… Et de Tess, bien sûr. Aux yeux de la fillette, son papa est un « héros », car un survivant. Un Little big man.

Grégory Reibenberg, patron de La Belle Équipe, article par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, M le magazine du Monde, 6 février 2016, n° 229.

(…) J’étais à la radio, à Montréal, le jour où un sondage a dit qu’un Québécois sur cinq refuse l’étranger. L’animateur était désespéré. Je lui ai répondu : « Vous voulez dire que quatre Québécois sur cinq acceptent l’étranger ? Mais c’est énorme ! »… Il y a une haine quotidienne, rampante, délétère, un peu partout. En France, on le sent physiquement. Il y a de la peur. Des choses terribles se sont passées à Paris. Et d’autres choses ont eu lieu, qui sont graves aussi : des déclarations publiques, de la haine ordinaire sur internet… C’est une haine qui se sent bien, un monologue qui n’écoute pas l’objection, et auquel on ne fait d’ailleurs pas trop d’objections. On se contente de pleurer en soi. On a besoin d’une forte énergie, que les quatre cinquièmes disent que l’avenir ne sera pas fait par les autres. Quelqu’un comme Mme Morano ne peut pas me décourager. Tout ce qu’elle a, c’est un micro. Mais, en démocratie, chaque voix compte, quotidiennement. On ne peut pas tout le temps cacher la poussière historique sous le tapis : ni à l’école ni à l’Académie, où il faut faire entrer des mots, des cultures. Il faut ouvrir tout cela, pour préparer l’avenir. Enfin, la haine n’existe pas que sous sa forme raciste, en France. Je vois autant de Noirs que de Blancs qui viennent manger dans la poubelle. Pourquoi l’argent s’est-il concentré ainsi ? Les propos racistes ne sont pas si importants. C’est comme la fièvre. Ce n’est pas une maladie, mais l’indication que vous avez une maladie. Il faut aller voir dessous ce qui a bougé dans la structure profonde de la France. On a besoin de spéléologues. Si on ne colmate pas, on aura toujours des poussées de fièvre.

Dany Laferrière, académicien, propos recueilli par Grégoire Leménager, L’OBS, 4 au 10 février 2016, n° 2774.

Voyage dans les vies cinéma

Cineastas. Photo © Carlos Furman.
Cineastas. Photo © Carlos Furman.

Si la vie est un roman, Cineastas nous invite à prendre garde s’il advenait que nous souhaitions en faire un film. Surtout s’il s’agit de la nôtre et que l’envie nous prenne au moment où nos dernières années, nos derniers mois sont comptés. En fait… tout le temps ! En effet quelle(s) trace(s) voudrions-nous laisser à la postérité, à l’étude ?Avons-nous quelque chose d’original à léguer… et d’ailleurs ne risquons-nous pas de léguer des images… de films. De ces moments artistiques dont nous nous sommes emplies, parfois de manière non volontaire, parfois avec efforts. Nous sommes en fait imbibés de sons, d’éclairs, d’images, de couleurs avec lesquels, sans nécessairement construire un monde avec cet empilage, il est probable que nous ayons façonné notre personnalité, développé nos envies, nos désirs et aussi choisi ces toboggans de vitesse où nous aimons nous lancer pour le meilleur et le pire.

Mariano Pensotti, par une scénographie frontale et des dialogues croisés/superposés, place ses acteurs et nous-mêmes dans des scènes simultanées où tout se joue. Où tous jouent. Les comédiens sont à la fois des cinéastes, des acteurs, des producteurs de films qui avancent, stagnent, meurent. Les créations où ils interviennent sont le reflet de leur vie puisqu’ils s’y impliquent pleinement, construisent et déconstruisent. Ils coupent (leur vie donc), trichent, se révèlent. Et disons-le, souvent se rendent d’un ratage final. Leur film ne peut être eux. Et eux, même lorsqu’ils recherchent la vérité, se retrouvent, jusque dans la scène finale, dans un film. Quant à nous, emballés dans ce tourbillon, même si l’on n’a guère le temps de se demander ce que nous voudrions personnellement laisser pour graver un avenir bien friable, on quitte le spectacle avec – peut-être ? – une volonté raffermie de construire notre vie. Sans cinéma. Merci le théâtre.

Jusqu’au 22 janvier 2016

CINEASTAS. Texte et mise en scène Mariano Pensotti.

Nouveau Théâtre de Montreuil – 1, place Jean-Jaurès. 93100 Montreuil. www.nouveau-theatre-montreuil.com

Réservations : 01 48 70 48 90

Sunday Press 85 // La chance de venir de nulle part / La haine de l’altérité / Toujours y croire / Premier médecin à l’Hyper Cacher et au Bataclan / La leçon de Marcel Duchamp.

Ai Weiwei : « L’artiste doit transformer les conditions d’expression. Dans l’inconscience générale, l’artiste doit être conscient. »
Ai Weiwei : « L’artiste doit transformer les conditions d’expression. Dans l’inconscience générale, l’artiste doit être conscient. »

(…) Depuis un demi-siècle, les enfants nés en France de parents immigrés sont assignés à une identité d’immigration, par ceux qui les rejettent et, plus encore, par toutes les bonnes âmes qui vantent la diversité et leur culture d’origine. La version de gauche de la condescendance charitable a produit une catégorie de Français renvoyés à une origine dont ils ne savent pas grand-chose et qu’ils croient retrouver dans l’islamisme meurtrier. Ils n’ont pas eu la chance de venir de nulle part, c’est-à-dire de Pologne, pays situé par Alfred Jarry dans la géographie littéraire de la France. La revendication de l’origine, de la différence, et l’installation d’une identité immigrée sont les fondements de la catastrophe. C’est ainsi que l’on a produit des apatrides de fait, refusant de s’identifier comme Français, alors même qu’ils sont étrangers dans le second pays dont ils possèdent la nationalité. L’immense Topor résumait ce que nous pouvions penser de la binationalité, nous, enfants d’une autre immigration : « Je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir quitté la Pologne. » Invité à exposer ses dessins à Varsovie, il avait dû reconnaître que cet affreux pays ne manquait pas de charme, mais il y venait en étranger, en Français. Il n’est pas de nationalité sans le sentiment d’une appartenance. Le problème d’aujourd’hui n’est pas celui des quelques criminels passibles de déchéance. Entre rejet et indifférence, repli communautaire ou déshérence sociale, des Français de droit ne se sentent pas partie prenante de la communauté nationale. Leur nationalité de rechange n’est pourtant qu’un chiffon de papier, ils seraient, pour la plupart, incapables de vivre dans les pays que leurs parents ont quitté. Même lorsqu’ils quittent l’école en situation d’échec, ils n’ont d’autre culture que celle du pays où ils ont vécu et ils ne parlent d’autre langue que le français. Il se trouve, certes, des sociologues et des idéologues pour répéter des fariboles quant à leur prétendue culture spécifique. Or, quand les enfants d’immigrés cherchent à se distinguer par le langage, ils retrouvent toutes les anciennes déformations populaires du français, fabriquent des expressions argotiques ou réinventent le bon vieux verlan, parlé depuis deux siècles dans les quartiers populaires. Ils ne sont pas plus incompréhensibles que ne l’était Gavroche pour le bourgeois des temps louis-philippards. Les difficultés d’insertion ne doivent pas tout au chômage massif qui frappe ces populations. Rongés de culpabilité tardive, la gauche s’est enfoncée dans le paternalisme néocolonial, s’adressant à des enfants nés français comme s’il s’agissait d’une peuplade particulière. Le racisme à rebours et le racisme tout court se conjuguent pour leur ôter l’envie d’être français. La déchéance est une menace bien dérisoire quand on ne sait plus faire partager le goût de la France.

Guy Konopnicki, Marianne, 8 au 14 janvier 2016, N° 978.

(…) Je dirai qu’il faut impérativement reconstruire l’école républicaine. Ainsi pourra renaître, non le vivre-ensemble déprimant que nous proposent les ministères et les magazines, mais l’amitié française. Or la dernière réforme du collège réduit encore la part du français – langue et littérature – dans l’enseignement au profit du prêchi-prêcha éco-citoyen des enseignements pratiques inter-disciplinaires. Le passé est impitoyablement sacrifié à l’idéologie du jour. (…) L’ancien maire communiste de Vénissieux, André Gerin, dit sans ambages et contre les dirigeants de son propre parti que l’islamisme radical est notre ennemi. Et il interprète les émeutes de 2005 comme un début de guerre civile. Pour enrayer ce processus infernal, la France doit affirmer que sa civilisation n’est pas négociable et rompre avec le discours expiatoire : la question culturelle n’est pas soluble dans la question sociale. Tout ne se ramène pas au chômage ou aux inégalités. Si tant de jeunes gens basculent dans le djihadisme ou dans d’autres formes de l’islamisme radical, c’est n’est pas dû aux discriminations ou à l’exclusion. La source du problème n’est pas l’oppression des musulmans par l’Occident, mais l’oppression des femmes par l’Islam. Comme le dit Fethi Benslama dans sa Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas : « L’oppression des femmes ne dégrade pas seulement « la femme » mais organise dans l’ensemble de la société l’inégalité, la haine de l’altérité, la violence, ordonnées par le pouvoir mâle. » Cette misogynie institutionnelle et son culte délirant de la virilité nourrissent la fureur islamiste. Il faut aider, sur notre sol, les musulmans à s’en défaire.

Alain Finkelkraut, philosophe et essayiste, propos recueillis par Éric Fottorino et Laurent Greilsamer, le un, 6 janvier 2016, N° 88.

(…) Le 25 décembre, cette mère de famille a participé à la manifestation de soutien aux pompiers agressés la veille dans un quartier d’Ajaccio. Quand le mouvement s’est transformé en expédition punitive, elle était toujours là. Aujourd’hui, elle refuse de condamner la foule qui a terrorisé pendant plusieurs heures les habitants maghrébins de tout un quartier, cassé portes, fenêtres et boîtes aux lettres portant des noms à consonance étrangère, puis vandalisé une salle de prière, brûlé des corans et détruit un restaurant kebab. Les agresseurs, « ce ne sont pas eux ». « En Corse, il y a des choses qui ne se font pas. On ne veut pas que ça se termine comme dans certaines cités en France (sic), où les pompiers sont agressés tous les jours, développe-t-elle. Il y a un ras-le-bol général. Ce qui s’est passé le 25 décembre, c’est un mouvement de colère, rien d’autre. » D’ailleurs, « personne n’a été frappé », précise-t-elle. Ce n’est donc pas si grave. « Je pense que les choses vont s’arranger. Maintenant, ils vont se méfier avant de faire n’importe quoi. » Pas besoin d’être devin pour comprendre que le « ils » désigne tous les musulmans de l’île. Combien sont-ils, en Corse, à tenir le même discours ou à l’approuver ? (…) Ce jeune père de famille de 29 ans était chez lui le soir de la manifestation. Il a tout entendu. Les cris. Les slogans racistes. Les bruits de pas dans les escaliers, puis celui des battes de base-ball qui défoncent les portes de ses voisins. Il s’est saisi d’un couteau pour protéger sa petite fille de 2 ans, au cas où tout aurait mal tourné. Il a ensuite décidé d’ouvrir sa porte pour montrer qu’il n’avait rien à cacher. Il est alors tombé nez à nez avec un client régulier du magasin où il travaille dans le centre d’Ajaccio… Jusque-là, il avait toujours eu le sentiment d’être aussi corse que lui. Il veut toujours y croire.

Violette Lazard, avec Marion Galland, L’OBS, 7 au 13 janvier 2016, n° 2670.

(…) Denis Safran entre en sixième avec deux ans d’avance à Henri-IV. Cette année-là, catastrophe, ses parents prennent un appartement séparé de l’atelier, et il se retrouve seul le soir. Mais, au premier étage, il y a les grands-parents maternels, maroquiniers, et, dans la cour, un tourneur sur ivoire et un tourneur-repousseur sur métaux. En sortant de l’école, il passe d’un atelier à l’autre, rentre chez lui faire de la soudure – « Je voulais être réparateur de télévision… » – ou va sur les quais de Seine acheter des animaux : « Rats, souris, grenouilles, tritons, j’avais même un canard dans ma chambre. » Ajoutez à cela quelques virées au cimetière de Pantin, à la recherche de crânes dans la fosse commune… À Henri-IV, Denis redouble une classe sur deux – quatre en tout ! – pour arriver au bac en 1968 avec deux ans de retard, mais sans complexe. Il s’inscrit en médecine, et c’est le déclic : « Je me suis mis à travailler, et je n’ai jamais cessé. » Accessoirement, il plonge cette année-là dans la Seine pour un premier sauvetage : une femme suicidaire (il récidivera, en 2008, pour un policier du Raid). Cet acte de bravoure lui vaut une médaille des mains de Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur, dont il avait qualifié en mai les CRS de SS : « J’étais au PSU, tendance trotskyste. » Des sauvetages, sa vie en sera désormais ponctuée, d’abord dans les services d’anesthésie-réanimation, discipline alors émergente : « J’ai eu la chance de démarrer comme interne en 1974 au nouveau CHU Henri-Mondor à Créteil, avec Pierre Huguenard, ancien infirmier des Forces françaises libres, pionnier de la médecine de guerre, à qui l’on doit le développement des Samu. » Dès 1974, Denis Safran est de garde au tout jeune Samu 94. Son second maître sera Philippe Even, « un humaniste, un homme courageux », dont le dernier brûlot, Corruptions et crédulité en médecine, a fait polémique à la rentrée de septembre : « J’adhère ! Les médecins qu’il cite dans son bouquin, je les connais, ce sont des bandits. Ils utilisent le service public pour leur intérêt personnel, ils mentent. Se font engraisser par l’industrie pharmaceutique. Toute ma vie, je me suis battu contre ces pratiques. » (…) Médecin régulateur chez les pompiers de Paris, à la caserne Champerret, avec le grade de colonel, Denis Safran a très naturellement intégré la BRI lorsqu’elle a été médicalisée, en 2011. Le soir du 13 novembre, revenant en urgence à l’hôpital, Philippe Juvin (Chef des urgences à Pompidou et maire sarkozyste de La Garenne-Colombes) l’appelle de sa voiture et l’entend crier : « Je ne peux pas te parler, ça tire de partout ! ». (…) Onze mois avant le Bataclan (où il fut le premier médecin à entrer dans la salle), Denis Safran était – déjà ! – le premier médecin à entrer dans l’Hyper Cacher.

Vincent Remy, Télérama, 9 au 15 janvier 2016, N°3443

(…) Ai Weiwei dit volontiers ce qu’il doit à l’artiste français le plus influent du XXe siècle : « Marcel Duchamp m’a appris que l’art est d’abord une activité mentale : sa leçon m’a beaucoup influencé. Je vis dans un monde où tout est politique. Donc je prends des objets dans ma propre expérience politique et je les place dans l’espace public. Leur fonction change, leur identité aussi. Que ma réponse soit puissante, c’est tout ce qui compte pour moi. Je ne me soucie pas de savoir si ce que je fais relève ou non de ce que l’on appelle l’art. Mon but est de communiquer avec le “regardeur’’. » Désormais, il l’énonce : « Un artiste est un individu indépendant qui exerce son jugement à partir des positions esthétiques et philosophiques, et qu’il met en forme pour pouvoir communiquer avec les autres. L’artiste doit transformer les conditions d’expression. Dans l’inconscience générale, l’artiste doit être conscient. »

Philippe Dagen, M le magazine du Monde, 9 janvier, N° 225.

Les pirates masqués sont toujours à Montreuil

Programme Bessac

J’ai cru un moment que les garnements de pendant ce temps-là à Montreuil (http://pendantcetempslaamontreuil.tumblr.com) avaient rendu leur tablier. Pour en prendre un autre ? Usés dans l’inspiration ? Assommés par le résultat et l’élection de l’union improbable ? Membres de la majorité devenus prudents… Membres de l’opposition laminés ? Et bien non, ils étaient – disent-ils – seulement en vacances. Bon j’espère qu’ils ont rechargé leur batterie et leurs batteries de pirates de la politique. Ils me manquaient. Ils sont de retour.