Démocratie, lutte des Dieux, bombes glacées et dopage.

Le film est interdit en Egypte, au Maroc et aux Émirats Arabes Unis... parce que Ridley Scott ne serait pas fidèle aux Dieux. À Dieu ne plaise, puisque nous pouvons le voir, qu'il ne nous déplaise.
Le film est interdit en Egypte, au Maroc et aux Émirats Arabes Unis… parce que Ridley Scott ne serait pas fidèle aux Dieux. À Dieu ne plaise, puisqu’en France nous pouvons le voir, qu’il ne nous déplaise.

Lundi 29 décembre 2014Exodus à quai. Les critiques m’apparaissent dubitatives sur les qualités cinématographiques du dernier film de Ridley Scott. Son Exodus : Gods and Kings fait en revanche (à cause simplement de son titre ?) beaucoup écrire, parler et agir. Agir justement, parlons-en car la censure s’abat sur lui. Au Maroc, il a été déprogrammé des salles car une scène serait une représentation de Dieu (chacun sait que c’est interdit dans la religion musulmane). Ce serait celle où « l’enfant donne la révélation au prophète Moïse »… L’étonnant dans cette décision est qu’elle intervient alors que le film avait obtenu précédemment son visa d’exploitation locale dans un Royaume où les interdits de programmation sont rares. En Egypte la mesure avait été prise « à temps », en bonne et due forme émanant du – mal-nommé en la circonstance – ministère de la culture. La raison invoquée est différente et personne ne peut dire si les deux s’ajoutent. Au Caire on reproche une « falsification de l’histoire par sa vision sioniste ». En effet les images montrent des « juifs pacifiques », c’en est trop ! D’autant « qu’ils sont persécutés par des Egyptiens qui leur font construire des pyramides ». Et construire des pyramides si hautes aux pierres si lourdes sous le soleil des Sphinx (dieu solaire et pharaon)… l’ouvrier / esclave – juif ou pas – en réchappe rarement. Cela n’a pu se passer ainsi disent les historiens égyptiens. C’est donc Dieu qui est évoqué, on doit même dire les Dieux puisqu’il apparaît qu’une petite pincée de sable politique vienne aussi s’ajouter aux dires des historiens, théoriciens et théologiens. Dieu ou les Dieux y retrouveront probablement, dans leur sagesse infinie, les leurs, mais les spectateurs, non. Soyons sinon complet, du moins à jour : Exodus reste aussi à quai aux Émirats Arabes Unis. À Abou Dhabi, on a trouvé « beaucoup d’erreurs dans le script et une information erronée à propos de l’islam et d’autres religions ». Alors que fait-on au Vatican ?

Mardi 30 décembre 2014La démocratie athénienne foulée au pied. La Grèce a une constitution. Démocratique et reconnue comme telle. Par exemple celle-ci indique qu’en cas d’échec pour que le Président soit élu par l’Assemblée, trois tours de scrutin sont possibles, mais pas un de plus. Sinon, on s’en remet au peuple souverain en organisant des élections législatives qui élisent une nouvelle assemblée qui aura charge, à son tour, d’élire le président. C’est particulier, mais c’est logique et, répétons-nous, démocratique. Les députés grecs actuels n’ont pu donné une majorité à un candidat président, l’assemblée nationale est donc dissoute et des élections législatives annoncées pour le 25 janvier. Le pouvoir politique va donc retrouver sa légitimité. En toute tranquillité ? Non. Parce que la campagne va être mouvementée dans ce pays, comme dans tous les pays à la parole libre ? Oui, mais pas seulement. En effet deux institutions ont immédiatement réagi. D’abord le « Marché », c’est-à-dire la Bourse. En l’occurrence celle d’Athènes qui, comme toutes les bourses du monde, est réactive, anticipe, se prévient. Autrement dit… souffle sur les braises en se mêlant ce qui ne devrait guère – au moins à ce stade – l’inquiéter. Dès l’annonce de la campagne électorale, elle montre son humeur noire : – 11 %. Mais en fait qu’attendre d’autre d’elle ? Rien. En revanche on apprend dans la foulée que le FMI comme l’Europe « suspendent » leurs versements promis et dus dans le respect d’une signature d’un programme d’austérité (dont on peut par ailleurs juger sur pièce de son inefficacité sur nombre des ses points et de ses nombreux excès). Cette aide financière, décisive, a été voté pour soutenir un programme : il est appliqué. Il doit, en principe, aider les citoyens grecs à surmonter ce moment douloureux d’une crise dont bien peu sont responsables… et parce que le pays applique sa démocratie, le voici sanctionné ! Cette « suspension » est tout simplement un déni de démocratie. Piètre décision, tristes jongleurs du pire, une éclairante volonté de domination pour un probable piètre résultat.

Mercredi 31 décembre 2014Pas de bûches glacées au Venezuela. À Merida, au Venezuela, on ne fait pas la bombe à la fin de l’année. Même pas la bombe glacée. Le glacier Coromonto, célèbre pour ses 860 saveurs différentes et à ce titre inscrit au Guinness Book, a tiré le rideau de sa boutique. «Chers touristes et clients, nous regrettons de ne pas pouvoir vous servir à cause du manque de lait», indique la pancarte accrochée sur sa devanture. Moderne, il ajoute sur son compte Facebook «Nous serons fermés pendant la haute saison, en raison de la pénurie de lait». Le gouvernement n’apprécie guère la douche glacée et crie à la manipulation. Le manque de glace ne gênera guère les touristes car la baisse constatée en 2014 est de 80 %.

Jeudi 1 janvier 2015Bonne année !

Vendredi 2 janvier 2015Le code antidopage dopé ! 4 ans et non plus 2 à passer sur le banc des absents, le nouveau code mondial antidopage a doublé, en durée, les sanctions contre les athlète pris en flagrant délit de dopage .
Mais il y a – une nouvelle fois ! – une échappatoire : il suffira que l’athlète prétende qu’ils n’a pas eu l’intention de se doper… pour faire baisser la sanction à deux ans. Promis, juré ! Un vrai plus toutefois, les médecins, les entraîneurs, les agents et les proches, qui incitent ou aident les sportifs à se doper, seront désormais visés par les enquêtes des agences antidopage, ce qu’elles ne pouvaient faire jusqu’ici. Enfin, pendant six ans après leur condamnation les sportifs ne pourront plus s’entourer de personnels d’encadrement ayant violé les règles antidopage. Il devrait, si la logique est respecté, y avoir des changements dans l’encadrement.

Diego Rivera de retour à Detroit, l’ex-Motown.

En mars 2015, il y aura une exposition sur Diego Rivera et sa compagne Frida Kahlo à la nouvelle fondation qui a succédé au musée municipal de Detroit qui vient d'échapper de peu à la dispersion de ses oeuvres. En 1932, le muraliste mexicain avait décoré un hall du musée des usines Ford.
En mars 2015, il y aura une exposition sur Diego Rivera et sa compagne Frida Kahlo à la nouvelle fondation qui a succédé au musée municipal de Detroit qui vient d’échapper de peu à la dispersion de ses oeuvres. En 1932, le muraliste mexicain avait décoré un hall du musée des usines Ford.

Lundi 22 décembre – Les plantes bavardes des plateaux TV. Il n’est ni journaliste, ni diplomate, ni militaire en retraite ou espion sur le retour, encore moins chercheur… mais affiche un passeport tamponné à l’encre du baroudeur. Et c’est ainsi, ne négligeant pas la barbe mal rasée ni bien coupée ainsi que les yeux cernées, que Samuel Laurent est devenu sur tous les plateaux de la TV où l’information devient une diarrhée verbale que Samuel Laurent est au choix « Consultant international », « Spécialiste du monde arabe » ou auteur. Auteur, surtout au Seuil – éditeur réputé pour son sérieux, ce n’est déjà pas si mal me direz-vous. Mais son éditeur le reconnaît lui-même, le fait que le père de Samuel Laurent ait été publié dans la même maison a joué ajoutant : « Je ne suis pas rédacteur en chef et Samuel Laurent n’est pas journaliste. C’est un consultant, ce qui veut tout dire, ou ne rien dire. Disons que c’est un baroudeur ». Et de conclure que la publication en tant que « document » ne signifie rien elle non plus « C’est un terme délibérément imprécis qui recouvre autant le récit, l’enquête que l’essai ». Résumons, baroudeur au propos imprécis. Ce n’est pas si grave à un moment où les livres stars des ventes le sont particulièrement ce qui, semble-t-il, leur assure de battre les records de vente. Sauf qu’en la circonstance M. Laurent prétend être le grand connaisseur d’Al-Qaïda et de l’État islamique, deux sujets où la raison, la connaissance et le respect des faits sont absolument essentiels. Ce type de faux experts dont les médias en recherche affamée de plantes en pied à placer sous les spots se moquent de leur intelligence comme de leur première chaussette de Noël. Surtout lorsque les plantes parlent…

Mardi 23 décembre – Les femmes ne sont pas égales aux hommes… et Dieu prend soin du reste. Recep Tayyip Erdogan, le président de Turquie se sent en pleine forme et surtout libre de parler à tous vents puisque la presse est désormais sous main protectrice étouffante. Père de quatre enfants, il pourfend, comme tout bon islamo­-conservateur, la contraception : « Dans notre pays, les opposants se sont engagés dans la trahison du contrôle des naissances depuis des années, cherchant à assécher notre génération ». Or son rêve de grande Turquie appelle à une jeunesse nombreuse et dynamique. Et comme il s’est façonné un trait d’originalité par des formules à l’emporte-pièce et de poésie de plomb, il n’a pas dérogé à son bon plaisir : « Un enfant, c’est synonyme de solitude, deux de rivalité, trois d’équilibre et quatre d’abondance. Et Dieu prend soin du reste. » Et chacun sait qu’en termes d’abondance, Dieu est expert…

Mercredi 24 décembre – Le trait d’humour qui valait 11 millions d’euros… d’amende. Nous sommes en Egypte, le pays où il reste encore quelques satiristes. Enfin, pour l’instant… En effet, Bassem Youssef, bien que médecin cardiologue, aime rire. Pire, il aime faire rire. Et d’animer pour ce faire l’émission Le Programme sur la chaîne égyptienne privée CBC, inspirée du célèbre Daily Show, parodie de journal télévisé, de Jon Stewart diffusé sur le réseau Comedy Central aux États-Unis. Un succès immense au point que Time magazine va placer Bassem Youssef comme l’une des « 100 personnes les plus influentes du monde ». Alors, arrivé à ce point, au Caire, on ne rie plus ! L’humoriste mettait déjà en rage les Frères musulmans qui ne goutaient pas du tout, mais alors pas du tout, ses caricatures car ces derniers n’aiment le vitriol que lorsqu’ils en tiennent la fiole. Maintenant, c’est le nouveau pouvoir du président Mohamed Morsi qui s’étrangle aux moqueries de l’animateur. Et quand il s’agit d’exercer le pouvoir, les militaires sont experts en méthode. Bassem Youssef est donc jugé et condamné. Pas encore à la prison, au fouet ou à mort, non à une simple amende. Mais de taille, elle s’élève à 11 millions d’euros ! De quoi provoquer un infarctus, même à un cardiologue. Mais pour l’instant, c’est raté.

Jeudi 25 décembre – Le pesticide se porte bien. En 2009, le plan Écophyto est lancé avec l’objectif de diviser par deux l’usage des produits phytosanitaires à l’horizon 2018. Nous sommes en pleine euphorie du Grenelle de l’Environnement… Un tel optimisme que le plan s’appuie… sur la bonne volonté des acteurs qui n’en touchent pas moins 360 millions d’euros en cinq ans. Premier verdict à mi parcours : c’est officiel, il y a toujours plus d’herbicides, d’insecticides et de fongicides dans les campagnes françaises. Explication ? Le rapport le dit : « les agriculteurs ne se sont que très marginalement appropriés » les exemples de cultures à la fois économes et performantes et les divers outils qui leur sont fournis. On dirait du Devos car si marginalement c’est déjà peu, très marginalement ce n’est vraiment pas beaucoup. Résultat une hausse des pesticides de 5 % sur la période et même de 9 % pour 2013 à cause d’une météo pluvieuse. Idéalisme, manque de moyens financiers, boulimie française qui place notre pays comme le plus gros consommateur de pesticide de l’Union européenne ? Difficile de trancher. Un constat toutefois, réformer la France, c’est la peste…

Vendredi 26 décembre – À Detroit, y’a pas que la bagnole. Le musée de Detroit, un des plus importants des États-Unis avec quelques pièces considérées comme de véritables icônes est sauvé. De justesse… La ville sinistrée avec ses ruines dernières traces d’un passé symbole de l’American Way of Life et principalement symbole des belles américaines (Ford, Dodge, Packard, Chrysler) n’est plus depuis longtemps Motor City ou Motown. En 2013, Detroit est devenue la première grande ville américaine à demander une mise en faillite. Pour se renflouer, certains de ses édiles imaginaient vendre les collections du musée municipal le Detroit Institute of Art. C’était la seule richesse de la ville et des esprits étroits ont imaginé qu’en la dispersant, on aurait pu sauver la faillite. Mais voilà, la majorité des habitants n’était pas de cet avis. Du coup le musée du Michigan a trouvé les financements de trois comtés voisins (Oakland, Macomb, Wayne) et est devenu une fondation ce qui lui permet d’échapper aux ennuis de la municipalité qui s’est elle-aussi engagée à assurer sa partie du financement. La fréquentation a suivi avec 785.000 visiteurs. En mars 2015, il y aura une exposition sur Diego Rivera et sa compagne Frida Kahlo. En 1932, le muraliste mexicain avait décoré un hall du musée des usines Ford.

La maladie des médicaments génériques ? Le fric.

25 médicaments génériques viennent d’être interdits à la vente en France. Dans le monde, il n’y a plus aujourd’hui que deux usines qui fabriquent du paracétamol, l’une en Chine et l’autre aux États-Unis qui ont tout fait - EUX ! - pour garder une usine. En France, le dernier site de paracétamol a été fermé en 2008 par Rhodia, entreprise française, filiale de Solvay et né du groupe Rhône-Poulenc et un leader mondial de l’industrie chimique.
25 médicaments génériques viennent d’être interdits à la vente en France. Dans le monde, il n’y a plus aujourd’hui que deux usines qui fabriquent du paracétamol, l’une en Chine et l’autre aux États-Unis qui ont tout fait – EUX ! – pour garder une usine. En France, le dernier site de paracétamol a été fermé en 2008 par Rhodia, entreprise française, filiale de Solvay et né du groupe Rhône-Poulenc et un leader mondial de l’industrie chimique.

Lundi 15 décembreLES PARADOXES TURCS. 8.000 policiers mobilisés simultanément dans 14 villes turques, l’interpellation d’une trentaine de personnes, dont Ekrem Dumanli, rédacteur en chef de Zaman, premier quotidien du pays et fleuron de l’empire médiatique des «gulénistes», ainsi qu’Hidayet Karaca, directeur de Samanyolu, la principale télévision de la confrérie. L’accusation est classique « tentative de s’emparer de la souveraineté de l’État ». Recep Tayyip Erdogan décide de frapper fort contre la confrérie islamiste du prédicateur septuagénaire Fethullah Gülen. Une sorte d’Ayatollah Khomeiny réfugié en Pennsylvanie depuis 1999 après avoir été longtemps le principal allié du président Turc. Un vrai dirigeant au programme fasciste. Il est donc assez aisé d’invoquer la menace accusant ses hommes «d’avoir formé un groupe pour tenter de s’emparer de la souveraineté de l’État». À la vue ce qui s’est passé en Iran, qui s’en plaindrait vraiment ? Pourtant il y a d’autres éléments qui ont certainement poussé le président Erdogan à déclarer vouloir « aller traquer ce gang dans ses derniers repaires ». On croit entendre Vladimir Poutine qui voulait « buter les Tchétchènes jusque dans leurs chiottes ». Une certaine idée de la politique et du vocabulaire du droit… En effet, la Cemaat (la «communauté»), comme on surnomme les gulénistes, puissante dans la police et la justice avait notamment lancé, le 17 décembre 2013, des opérations judiciaires anti-corruption visant des hauts responsables de l’AKP et en particulier Bilal Erdogan, le fils cadet de l’actuel président. Il ne faut jamais toucher à la famille ! Les juges furent immédiatement dessaisis des dossiers et des milliers de policiers mutés. Les gulénistes répondirent en rendant publiques d’accablantes transcriptions d’écoutes téléphoniques montrant la corruption du système Erdogan. Mais aujourd’hui, après la victoire de son parti l’AKP aux élections municipales et à la présidentielle, l’homme fort d’Ankara veut finir de régler ses comptes. L’opposition démocratique s’inquiète à juste titre de ces attaques contre l’État de droit. Journaliste de gauche emprisonné pendant près de deux ans sur de fausses preuves montées par des juges gulénistes, Ahmet Sik constate : « La Cemaat était le leader, ces dernières années, d’une politique fasciste, mais elle en est aujourd’hui la victime et c’est toujours une vertu que de s’opposer au fascisme ». Dans les moments troubles où le pouvoir autocratique le dispute au religieux tout en en étant une autre expression, il apparaît bien difficile de ne pas craindre le pire dans tous les cas.

Mardi 16 décembrePAN SUR LEPAON ! Georges Séguy, leader historique de la Cgt (secrétaire général de 1967 à 1982 et acteur aussi essentiel que responsable des fameux accords de Grenelle en 1968) s’inquiète de la crise de la CGT mise en lumière par « l’affaire Lepaon » et demande au Comité confédéral national (CCN) du syndicat de « trouver la solution qui s’impose d’urgence ». En vérité, au-delà de l’affichage désastreux des attentives précautions pour le confort de bureau et d’appartement du nouveau secrétaire général, Georges Séguy pointe la crise – bien plus profonde – qui secoue la centrale de Montreuil. Depuis près de 20 ans au moins, deux lignes cohabitent (… comme dans la gauche politique) et les contradictions éclatent alors que Thierry Lepaon, élu de circonstance, n’a pas la force ni les moyens d’en imposer une qui soit partagée. Au grand dam de la Cgt en premier lieu mais plus généralement de tous les syndicats qui, personne ne doit s’en réjouir, perdent encore plus de leur crédit déjà bien entamé. Une nouvelle image d’une époque révolue, avec des institutions, des organismes, des syndicats et des partis dépassés, incapables pour l’instant de se réformer, d’inventer. On n’entend jamais l’urgence lorsque l’on s’accroche à ses sièges et ses habitudes (sans parler des coups fourrés à multiples bandes où tous les participants sortent lacérés et les causes défendues vidées de leur sang). Pourtant, nous en avons l’expérience, c’est ainsi que les sourds finissent par être éjectés.

Mercredi 17 décembreLA DRAGUE, ÇA S’APPREND ? Sacrée découverte que celle du métier de coach en séduction ! 2014 n’est décidemment pas 1968… Ainsi, pour 1.500 € par mois et pour une formation de 6 mois, c’est-à-dire 9.000 € au total, le stagiaire timide qui veut arrêter « d’être lourdingue » sera allégé des poids qui l’encombrent lorsque son désir le pousse vers l’âme sœur. Il faut en avoir dans le portefeuille, sinon il ne restera plus que des piécettes pour le parfum, le bijou de pacotille à offrir, sans compter la gomina pour tenir les cheveux lorsqu’on se prend un vent. Les candidat ont entre 25 et 45 ans et sont désarçonnés – enfin justement non ! – dans ce monde hypercompétitif et stressant que serait devenu celui de la drague. Inutile de dire que les coachs sont autoproclamés.

Jeudi 18 décembreKIM JONG-UN NE VEUT PAS MOURIR DE RIRE. On ne rigole pas à Pyongyang. Nous ne le savions que trop. Mais voilà que la Corée du Nord réussit à la mise au rencart définitif du film L’interview qui tue, une comédie satirique sur un complot fictif de la CIA pour assassiner le leader nord-coréen Kim Jong-un dont la sortie aux Etats-Unis était prévue le 25 décembre. Or Papa Kim n’est pas le Père Noël, c’est plutôt le père fouettard. Sony Pictures, sans révéler avec précision les « menaces » du dictateur, fils et petit-fils de dictateur, a plié le pavillon de la liberté d’expression, probablement déstabilisée par la cyber-attaque inédite et dévastatrice dont l’entreprise a été victime et attribuée par les États-Unis à la Corée du Nord. Barack Obama avait estimé vendredi que Sony Pictures Entertainment (SPE) avait commis « une erreur » en annulant la sortie en salles de L’interview qui tue : « Nous ne pouvons pas avoir une société dans laquelle un dictateur quelque part peut commencer à imposer une censure ici aux États-Unis ».

Vendredi 19 décembreLE MÉDICAMENT GÉNÉRIQUE PERD SES QUALITÉS DANS LA TOURMENTE DES DÉLOCALISATIONS. Des médecins le disaient, l’Autorité de mise sur le marché (AMM) le confirme : certains – pas tous – médicaments génériques ne sont pas l’équivalent des médicaments originaux. En France, 25 d’entre eux viennent donc d’être interdits à la vente. Les géants du générique sont l’israëlien Teva, les américains Abott et Mylan et Arrow qui appartient à un groupe pharmaceutique indien. À noter qu’aucune entreprise européenne et encore moins française n’y figure ! Il s’agit donc bien de délocalisation avec la cascade de sous-traitants, le plus souvent asiatiques, qui fournissent tout le monde en principes actifs. Impossible pour les organismes chargés de la sécurité de s’y retrouver dans ce dédale où se cachent de nombreux problèmes : usines mal entretenues, contrôles qualité insuffisants, falsification des données, dosages aléatoires avec des écarts de 10 % à 20 % par rapport au dosage standard alors que le maximum autorisé est de 5 %. Un inspecteur qui parle sous le couvert de l’anonymat est formel : « Indéniablement, la délocalisation de la production s’est faite au prix de la qualité ». On apprend ainsi que 80 % des poudres chimiques utilisées pour formuler les médicaments les plus courants viennent de Chine et d’Inde. Ainsi il n’y a plus aujourd’hui que deux usines qui fabriquent du paracétamol, l’une en Chine et l’autre aux États-Unis qui ont tout fait pour garder une usine. En France, le dernier site de paracétamol a été fermé en 2008 par Rhodia.

Mauvaises cuisines et puissance de la vie.

Les jolis noms de poire, de collier, d’échine, de plat de côtes, mais aussi les plus intrigants merlan ou araignée vont devoir céder la place aux « viandes à griller » ou « viandes à mijoter ». Au mieux les premières seront nommées « steak à griller » et les secondes par exemple « blanquette à mijoter ». Ce n’est pas seulement un appauvrissement du vocabulaire « de métier » qu’il s’agit, mais d’un appauvrissement du vocabulaire tout court. Albert Camus écrivait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».
Les jolis noms de poire, de collier, d’échine, de plat de côtes, mais aussi les plus intrigants merlan ou araignée vont devoir céder la place aux « viandes à griller » ou « viandes à mijoter ». Au mieux les premières seront nommées « steak à griller » et les secondes par exemple « blanquette à mijoter ». Ce n’est pas seulement un appauvrissement du vocabulaire « de métier » qu’il s’agit, mais d’un appauvrissement du vocabulaire tout court. Albert Camus écrivait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

Lundi 8 décembreCacahouète et 7ème ciel. La fille du patron de Korean Air aime prendre son pied avant même le décollage avec un petit en-cas bien terrien histoire de préparer au mieux son envol. Ainsi, Cho Hyun-Ah a demandé au service de l’apéritif, avant le décollage sur un vol New York-Séoul, des noix de macadamia – joli nom de circonstance l – mais pas de bol, bien au contraire, on lui les livre dans un vulgaire sachet comme à un vulgaire quidam passager. Le sang de la vice-présidente exécutive de la compagnie sud-coréenne ne fait qu’un tour comme l’avion qui, pourtant roulait déjà vers la piste de décollage, et fait un demi-tour illico presto dès que le pilote fut invité à obtempérer. Retour à la case départ du terminal et débarquement de l’insolent chef de cabine. On ne sait pas si ensuite, après un vol qui aura de ce fait 11 minutes de retard, si la dame a pu déployer au mieux ses ailes de princesse capricieuse du Pays du matin frais.

Mardi 9 décembreLa langue de bœuf en pleine poire. Quelle araignée a donc piqué nos « experts gouvernementaux » pour suivre une demande des grandes surfaces souhaitant simplifier le nom des viandes ? Mme Fleur Pellerin n’a pas le temps de lire (ce qu’on peut comprendre bien que le regretter) et n’a pas la mémoire des titres de romans d’un prix de Nobel de littérature qu’elle a pourtant reçu à déjeuner, ce qu’on l’on comprend moins (voir daniel-chaize.com du 30 octobre 2014); on remplace les notes des cahiers d’école par des gommettes de couleur ou des lettres agrémentées de +++ façon agences… de notation; voici maintenant que l’on simplifie le dictionnaire des bouchers. C’est toujours ainsi, quand un décideur tient une hache, il s’en sert. Il faut couper et trancher dans le vif. Les bouchers et les éleveurs, du coup, ont les crocs ! En effet les jolis noms de poire, d’entrecôte, de hampe, de bavette, de collier, d’échine, de plat de côtes, mais aussi les plus intrigants merlan ou araignée vont devoir céder la place aux « viandes à griller » ou « viandes à mijoter ». Au mieux les premières seront nommées « steak à griller » et les secondes par exemple « blanquette à mijoter ». Ce n’est pas seulement un appauvrissement du vocabulaire « de métier » qu’il s’agit, mais d’un appauvrissement du vocabulaire tout court. Albert Camus écrivait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Dans cette civilisation « Textos / SMS / Tweets », c’est une insulte à l’intelligence – ici des consommateurs et des professionnels – mais au langage et à ses plaisirs tout court. C’est une destruction d’une partie de l’intelligence qui se construit avec les mots. Puisque la viande n’a plus sa bavette, on ne pourra plus se « la tailler » autour d’un vin qui, n’en doutons pas, n’aura plus bientôt de cuisse ni de longueur en bouche… Aurait-on peur des mots ? Ce n’est pas exclu car depuis longtemps les « technicien(ne)s de surface » et les « assistant(e)s » ont été des mots subterfuges pour ne plus avoir de balayeur, ni de secrétaire. L’amusant serait de tester la connaissance du titre directeur de « cabinet » dont le prestige, dans les écuries des partis politiques, reste grand. On peut évacuer l’intelligence, on n’efface jamais la réalité.

Mercredi 10 décembreUn écart toujours plus grand entre les riches et les pauvres. Les inégalités n’ont jamais été aussi fortes dans les pays de l’OCDE en trente ans, affirme l’organisation dans un rapport. Dans cette zone, « le revenu des 10 % de citoyens les plus riches est 9,5 fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres ». L’OCDE compte trente quatre pays développés (États-­Unis, Union européenne, Australie, Japon…) et émergents (Mexique, Chili, Turquie…). Oui, vous avez bien lu, il s’agit des pays les plus « développés ».

Jeudi 11 décembreÀ 106 ans, le cinéaste reste jeune. Il est prêt à tourner l’Église du Diable, adapté du Brésilien Machado de Assis, le bouclage du montage financier est en cours. Manoel de Oliveira, le plus vieux cinéaste de la planète vient de recevoir des mains l’ambassadeur de France, au musée de la fondation Serralves de Porto, les insignes de grand officier de la Légion d’honneur. En août dernier, il présentait à la Mostra de Venise O Velho do Restelo (le Vieux du Restelo), un court métrage de dix-neuf minutes… quatre-vingt-trois ans après sa première réalisation, le film muet Douro, faina fluvial. A l’occasion d’un précédent anniversaire, le maître portugais avait déclaré : « Si on m’enlève le cinéma, je meurs.»

Vendredi 12 décembreEurope et Espace… Ter. Après le succès de l’expédition Rosetta & Philae (daniel-chaize.com du 16 novembre) et le feu vert pour Ariane 6 (daniel-chaize.com du 6 décembre), de nouveau une bonne nouvelle européenne : l’European Extremely Large Telescope. Un miroir de 39 mètre de diamètre pour explorer le fond de l’espace (et donc du temps) pour un milliard d’euros d’investissement en dix ans, l’œil du plus puissant télescope du monde a obtenu son permis de regard par les États membres de l’Observatoire européen austral (ESO). Il s’agit d’un véritable saut technologique – une puissance multipliée par quinze par rapport à l’existant – qui permettra de détecter des galaxies et d’autres corps célestes hors de portée des meilleurs télescopes actuels. L’outil de cette nouvelle recherche de vies dans l’espace sera installé au Chili, sur le Cerro Armazones à plus de 3.000 mètres d’altitude, dans le désert d’Atacama au ciel pur, noir, sec et stable.