Chacun a sa part de chien en soi ; le laïque, du dur et du droit ; les cocus qui regimbent ; la carte du tendre des écolos ; l’interview ? Agressive, percutante, directe, courtoise…

5 septembre 1948 - Serait-il trop ambitieux ? Pourquoi est-il si jalousé ? « Pour quelle raison fait-on encore appel à vous ? » demandent des membres de son parti. Il plaît. Malgré son jeune âge, il ne cache pas ses ambitions et semble se plier aux usages de ce qu’on attend du haut personnel de la IVe République. Reconnu pour son courage oratoire face aux communistes, il séduit, autant qu’il irrite, par sa causticité. De plus, il aime se projeter dans le futur et se déclare ouvertement européen. En mai précédent, ayant participé au Congrès de l’Europe à La Haye, il avait été fortement impressionné par le discours de Churchill. Laure Adler dans « François Mitterrand. Journées particulières. »
5 septembre 1948 – Serait-il trop ambitieux ? Pourquoi est-il si jalousé ? « Pour quelle raison fait-on encore appel à vous ? » demandent des membres de son parti. Il plaît. Malgré son jeune âge, il ne cache pas ses ambitions et semble se plier aux usages de ce qu’on attend du haut personnel de la IVe République. Reconnu pour son courage oratoire face aux communistes, il séduit, autant qu’il irrite, par sa causticité. De plus, il aime se projeter dans le futur et se déclare ouvertement européen. En mai précédent, ayant participé au Congrès de l’Europe à La Haye, il avait été fortement impressionné par le discours de Churchill. Laure Adler dans « François Mitterrand. Journées particulières. »

(…) Personne n’a proposé de préparer son discours. On sait que ce n’est pas la peine. C’est dans le train qu’il rédige l’éloge funèbre de son ancien Premier ministre. Il commence par un vif hommage aux résultats de sa politique. La fin, il l’a rédigée pendant la cérémonie de la cathédrale, à la mairie, dans le bureau du défunt lui-même. Il la médite depuis l’annonce de sa disparition. Le jour des funérailles, il a du mal à maîtriser son émotion. Et c’est d’une voix blanche, au bord de se briser, que devant le palais ducal il apostrophe l’opinion : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme, finalement, sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. » Qui sont les chiens ? Dans le train pour Paris, aux questions des journalistes il répond : « Chacun de nous reconnaîtra les siens.»  À son retour à l’Élysée, il nous confie : « Les chiens ? C’est nous. C’est moi. C’est vous. Chacun a sa part de chien en soi. »

François Armanet, à propos de « François Mitterrand. Journées particulières », biographie par Laure Adler, L’OBS, 24 au 30 septembre 2015, n° 2655.

(…) Une frontière, c’est une ligne consentie, faite pour être franchie, à certaines conditions légales mutuellement agréées. La frontière est une conquête de la civilisation, et quand il n’y en a pas, c’est la loi du plus fort, qui dresse un mur, sans rien demander à personne. Une frontière peut mal tourner, mais l’absence de frontières, c’est la jungle assurée, tôt ou tard. (…) Mais si c’était la politique au sens fort du terme qui nous disait adieu ? Et si c’était la fin d’un cycle ouvert chez nous par la Révolution et qui mettait une vision du monde au cœur des luttes pour le pouvoir, et non l’autodéfense d’une province, d’une dynastie, d’un groupe d’intérêts ou d’un taux de croissance ? La division gauche-droite, ça naît en 1789, avec pour ligne de partage une idée de l’avenir et de l’être humain. On s’en était bien passé pendant des siècles. Et tout ce qui est né mérite de périr. En tout cas, je ne dis pas adieu mais bonjour à la laïcité, sur laquelle nous préparons avec un ami un petit guide pratique, très précis et utilitaire. Pour sortir du blabla cotonneux des valeurs et des bons sentiments. Le laïque, c’est du dur et du droit. Cela ne donne pas une raison de vivre, ce n’est pas la religion des sans-religion, mais ça permet, c’est déjà beaucoup, de respirer côte à côte sans s’entre-tuer. (…) Les idées générales manquent par trop de saveur et de couleurs. Mais pourquoi de droite ou de gauche ? La lumière est bien à la fois onde et particule. Pourquoi ne pas être les deux ? Et donner le pas à l’un ou à l’autre bord, selon le moment et le lieu ? De gauche pour le bulletin de vote, de droite dans ses goûts esthétiques .Ça équilibre, non ?

Régis Debray, Le Point, 24 septembre 2015, n°2246.

Non, mais pincez-moi ! Secouez-moi jusqu’au réveil ! Car dans mes rêves les plus débridés, les plus réactionnaires, je n’avais jamais osé envisager autre chose pour l’école qu’une ou deux dictées mensuelles. À la rigueur, hebdomadaires. Voilà que d’un coup, d’un seul, prenant tout le monde à contre-pied, Najat Vallaud-Belkacem nous régale de la dictée quotidienne ! Dieu me pardonne, mais dans cette façon d’aller sans crier gare à rebours de ses propres orientations, il y a, j’en jurerais, la patte de François Hollande… Depuis, c’est la panique dans le camp pédagogiste. Au Conseil supérieur des programmes, dans les récents rapports duquel la ministre a découvert des orientations qui ne s’y trouvaient pas. Les occasions de rire sont trop rares aujourd’hui pour ne pas saisir celle-là. Il y a aussi le ton déconfit, déconcerté, outré, des responsables de la chronique éducative dans la presse progressiste, qui se font depuis des années les relais dociles de la Rue de Grenelle. Des cocus qui regimbent, cela s’est déjà vu, et c’est aussi très réjouissant.

Jacques Julliard, Marianne, 25 septembre au 1er octobre 2015, n°962 .

(…) C’est comme ça chez les écolos, on se déchire en public, mais les liens sont tels dans cette miniformation (7 000 adhérents revendiqués) que les désaccords politiques se mêlent aux histoires d’amitiés et d’amour. À l’époque de Dominique Voynet, il était impossible de comprendre les alliances qui s’y tissaient et la violence des ruptures sans connaître les relations du trio qu’elle formait avec Yves Cochet et Alain Lipietz. Vingt ans après, le parti n’a pas changé, consanguin jusqu’à la moelle. Emmanuelle Cosse est l’épouse de Denis Baupin, député de Paris sur la même ligne que Placé et de Rugy, tandis qu’elle doit donner des gages aux « gauchos » du parti. Et s’il n’y avait qu’elle… La carte du tendre des écolos se confond avec les stratégies politiques, ce qui en rend toute lecture difficile pour les non-initiés. Quelques exemples parmi tant d’autres : Jean-Vincent Placé partage la vie de la députée de l’Essonne Eva Sas, qui fut l’ancienne compagne de l’ex-ministre délégué au Développement Pascal Canfin ; Barbara Pompili, coprésidente du groupe écologiste au Palais-Bourbon, proche de Placé, vit avec Christophe Portier, vice-président de la région Picardie allié au Front de Gauche pour les futures élections ; le démissionnaire François de Rugy est le compagnon d’Emmanuelle Bouchaud, vice-présidente de la région Pays-de-la-Loire… Daniel Cohn-Bendit parle des « couples terrifiants qui règnent sur Europe-Écologie ». « Les écolos, c’est une grande famille… » préfère sourire l’ancien candidat à la présidentielle Noël Mamère.

Vanessa Schneider, M le magazine du Monde, 26 septembre 2015, n°210.

(…) Il y a plus de différence entre les Anglais et les Français qu’entre les Américains et les Français. Les Anglais peuvent être vraiment très agressifs dans leurs questions, même avec un Premier ministre. En France, on interview le président de la République toujours à deux le jour du 14-Juillet, c’est très formel. Aux Etats-Unis, c’est un groupe de journalistes qui suit le président et cela a été aussi beaucoup critiqué. Pourtant, c’est suite à la question d’une journaliste américaine de CBS sur Cécilia Sarkozy que l’ancien président s’est levé et a quitté le studio [lors de l’émission « 60 minutes », en 2007 ]. Je ne sais pas si un journaliste anglais aurait posé une question sur la vie privée dès le début de l’entretien… ni comment David Cameron réagirait à ce genre de question ! En réalité, c’est plus une différence de style que de fond. Il faut être percutant avec courtoisie et la frontière est très tenue. Je pose en général des questions assez directes et tout le monde n’apprécie pas. Cela se sent immédiatement chez l’interlocuteur, dans son body language… J’ai interviewé beaucoup de leaders au Moyen-Orient. Si on ose les interrompre, on sent que ça les gêne, mais ça impose aussi le respect. Chaque pays a son propre formatage. Par exemple, une émission de reportages comme « Envoyé spécial » sur France 2 ne passerait jamais aux Etats-Unis. Pour trouver des reportages en prime-time outre-Atlantique, il faut aller sur une chaîne spécialisée comme PBS avec l’émission « Frontline ».

Hala Gorani, journaliste à CNN, TÉLÉOBS, 19 au 25 septembre 2015, N° 2624.

Michaux et la bourlingue immobile ; « l’aspirateur » Google ; « Mourir ? , plutôt crever ! » ; Keith Richards aime les batteurs qui lui bottent le train ; Les apparitions de la Vierge Marie.

Dans le milieu épiscopal, une blague circule : l’évêque prie la Vierge chaque soir en disant : « Chère Madone, n’apparaissez pas dans mon diocèse ! » Ce sont des ennuis assurés. Des évêques trop favorables se sont fait remonter les bretelles par le Vatican. Certains milieux « illuministes » peuvent présenter des dérives sectaires.
Dans le milieu épiscopal, une blague circule : l’évêque prie la Vierge chaque soir en disant : « Chère Madone, n’apparaissez pas dans mon diocèse ! » Ce sont des ennuis assurés. Des évêques trop favorables se sont fait remonter les bretelles par le Vatican. Certains milieux « illuministes » peuvent présenter des dérives sectaires.

Sunday Press / 67

(…) Selon Baudelaire, « l’artiste ne sort jamais de lui-même ». Sortir de lui-même, le jeune Henri Michaux n’aspire qu’à ça. Et de sa ville natale, Namur, cette prison impitoyablement fortifiée par Vauban. Mais comment se dépouiller de son moi, de sa « petitesse, petitesse, petitesse » de Wallon et d’Occidental ? Avant de s’intoxiquer avec méthode, le chasseur d’extases a d’abord tâté des pays lointains. Effroyablement eurosceptique, Michaux. 1920. En haine du chez-soi, il s’embarque à 21 ans comme « matelot sur un cinq-mâts schooner », puis sur « le Victorieux », un dix mille tonnes d’une belle ligne, que les Allemands viennent de livrer aux Français ». Direction : l’Amérique latine, continent sanctifié par la lecture de Lautréamont, né à Montevideo (Uruguay). Plus tard, il visite l’Équateur (« Ecuador », 1929), puis l’Inde et la Chine (« Un barbare en Asie, 1933). Mais Michaux est un déçu du voyage. Ses exercices d’expatriation sont un échec. Ses méthodiques tribulations ne recueillent qu’une pacotille d’altérité. Toujours l’ailleurs se dérobe. « L’aventure d’être en vie », la quête de l’infini tournent à l’infiniment touristique, au rien à signaler. La terre est « rincée de son exotisme ». L’Indien est « un homme comme les autres ». À quoi bon bourlinguer ? « Je ne voyage plus. Pourquoi les voyages m’intéresseraient-ils ? Ce n’est pas ça, ce n’est jamais ça. Je peux l’arranger moi-même leur pays. Moi, je mets la Chine dans ma cour », écrit le poète dans « la Vie dans les plis », quand il découvre que ses semelles de vent sont de plomb. « On ne part pas », disait Rimbaud, au siècle précédent.

Fabrice Pliskin, L’OBS, 13 au 19 août 2015, n° 2619.

(…) Même les experts a priori les plus au fait de l’importance prise par les données massives et la collecte de celles-ci dans la nouvelle économie de l’immatériel peuvent tomber de leur chaise. « On savait qu’il y avait une collecte de données par les applications et par Google. Mais ce qu’on n’avait pas imaginé, c’était l’ampleur de la collecte. C’est affolant. » Vincent Roca (chercheur à l’Institut national de recherche en informatique (Inria), coordinateur du projet Mobilitics en collaboration avec la Cnil) et son équipe se sont penchés sur l’écosystème du smartphone, cette boîte noire
qui pompe de la data sans que son utilisateur
en soit vraiment informé. (…) Leur conclusion ? Google est une passoire qui transforme votre téléphone en mouchard de poche. « Avec Apple, il y a de plus en plus de limitations sur les données que peuvent récolter les applications. Mais du côté de Google et Android, on ne voit aucune volonté de permettre à l’utilisateur d’avoir un meilleur contrôle sur ses données», constate Vincent Roca. (…) Et donne un exemple vertigineux : « L’application Play Store a accédé en trois mois et pour un seul utilisateur 1 300 000 fois à la localisation cellulaire. » Or, Play Store est la boutique d’applications de Google, outil indispensable et porte d’entrée pour enrichir les fonctionnalités de son smartphone. « Toutes les cinq minutes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on est localisé, les données sont stockées et traitées par Google, affirme le chercheur. Et quand on commence à bouger, ce n’est pas toutes les cinq minutes, c’est toutes les minutes. »

Richard Poirot, Libération, 15 & 16 août 2015, n° 10649.

Les cons sont partout, c’est bien connu. Le risque, vu leur quantité, est d’en retrouver quelques-uns autour de soi quand viendra l’heure d’être mis sous terre… Le dessinateur Siné et l’humoriste et réalisateur Benoît Delépine en sont là de leurs réflexions philosophiques, en ce jour de 2009, quand une idée leur vient, d’une commune inspiration : préempter une partie de cimetière où ne seraient enterrés «que des potes»; un petit coin de paradis où l’on continuerait, post mortem, de déconner entre soi. (…) Située dans la 30e division du cimetière de Montmartre à proximité de la tombe de la Goulue (1866-1929), leur « future » sépulture est aujourd’hui l’une des plus remarquables du nord de Paris. Un bronze représentant un cactus ayant lui-même la forme d’un doigt d’honneur surmonte un ca- veau pouvant accueillir jusqu’à 60 urnes funéraires. Une épitaphe a été gravée sur le socle : « Mourir ? Plutôt crever ! » Quelques coups de téléphone et un chèque à la Ville de Paris (5 500 euros) ont suffi aux deux « associés », à ce jour bien vivants – Siné a 86 ans, Delépine 56 – pour acquérir cette concession à perpétuité. La crémation sera un pas- sage obligé pour prendre possession des lieux : « Au départ, j’avais les jetons à l’idée de me faire brûler, raconte Siné. Je préférais envisager d’être allongé dans un cercueil mais, comme je suis claustrophobe, c’est finalement pas plus mal. » (…) La conception de la statue n’a pas été simple, les services municipaux refusant tout projet qui « heurte la sensibilité » des visiteurs. Un premier sculpteur, ami et compatriote du dessinateur belge Philippe Geluck, avait réalisé un doigt d’honneur sortant d’une tombe à la manière d’un zombie, mais Delépine a tiqué, croyant y voir un remake de La Nuit des morts-vivants. Une solution plus « soft » a alors été commandée à un autre copain sculpteur, Patrick Chappet, qui a imaginé ce cactus au profil évocateur : « Cela ne nous satisfait pas encore pleinement. On cherche une autre idée. Mais on tient au doigt d’honneur, en bons anars que nous sommes », assure Siné, alias « Bob » pour ses proches. (…) Cette mise en scène n’est pas du goût de tout le monde. Un ami écrivain lui a reproché de croire en un « après », insulte suprême au regard de la doxa anarchiste. « Et l’humour alors ? se défend Siné. La mort étant un sujet tabou, on aime bien taper dessus. Le but est aussi de faire passer le message que vous nous faites chier, juste- ment, avec vos croyances. Ce qu’on veut, c’est pouvoir se saouler au son d’une fanfare pendant des funérailles, comme on l’a fait à l’enterrement du dessinateur Claude Serre (en 1998) – c’était le jour du beaujolais nouveau, qui plus est ! »

Frédéric Potet, Le Monde, 15, 16 & 17 août 2015, n° 21952.

(…) C’est un gros disque auquel on ne s’attendait pas, qui sort Keith Richards de son statut de personnage récurrent des rubriques people (il s’est fâché/réconcilié avec Mick Jagger, il s’est blessé en tombant d’un arbre, il est à nouveau grand-père…) pour en refaire un musicien. Il y a deux ans, le batteur américain Steve Jordan, l’autre alter ego de Keith Richards, son collaborateur depuis un quart de siècle, a fait remarquer au guitariste qu’il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas travaillé en studio. Keith Richards se souvient : « Il m’a dit : “Pourquoi tu ne t’y prendrais pas comme quand tu as enregistré Street Fighting Man ou Jumpin’ Jack Flash ? Comment tu t’y es pris ? » Je lui ai répondu qu’il n’y avait que moi et Charlie Watts – ou Steve Jordan –, je ne suis personne. Je joue contre le batteur, on sculpte le rythme, on syncope, on s’amuse. C’est toujours un plaisir de jouer avec des batteurs de ce calibre, ils vous bottent le train. » En quelques semaines, Richards et Jordan avaient accumulé une demi-douzaine de morceaux. « Et je me suis aperçu que je m’amusais comme un fou. Un studio, c’est ma seconde maison, il n’y a pas de téléphone et on peut faire ce qu’on a à faire. » Keith Richards raconte l’enregistre- ment de Crosseyed Heart comme une renaissance musicale, mais le disque sonne aussi comme un testament, qui refait tout le parcours d’un gamin de la banlieue londonienne né sous les bombes allemandes, qui, par la seule force de sa volonté et de son talent, s’est réinventé en héritier des grands musiciens afro-américains. (…) Quant à la reconstitution du duo d’auteurs-compositeurs qui a signé Satisfaction ou Miss You, elle est envisagée sans angoisse : « Mick écrit beaucoup de son côté, moi aussi. Quand on se retrouve, l’un demande à l’autre : “Qu’est-ce que tu as ?” Et on s’aperçoit que ce que l’autre a apporté fonctionne très bien avec ce qu’on a soi- même écrit. On écrit ensemble sans communiquer. Mick et moi formons un drôle de couple, mais il y a entre nous des affinités qui dépassent l’entendement. »

Thomas Sotinel, M le magazine du Monde, 15 août 2015, n° 204.

(…) Seize apparitions de la Vierge sont établies par jugement. Entre 2.000 et 21.000 cas auraient donnés lieu à une citation depuis les premiers siècles du christianisme. En réalité, on n’en sait rien. Pour notre dictionnaire, nous en avons recensé 2.400. (…) Dans le milieu épiscopal, une blague circule : l’évêque prie la Vierge chaque soir en disant : « Chère Madone, n’apparaissez pas dans mon diocèse ! » Ce sont des ennuis assurés. Des évêques trop favorables se sont fait remonter les bretelles par le Vatican. Certains milieux « illuministes » peuvent présenter des dérives sectaires. (…) À deux périodes, les apparitions se sont conjuguées avec la vision de l’Église. Cela a été le cas pendant la Restauration au XIXe siècle, pour aider à intégrer la culpabilité que ressentaient nombre de Français après la Révolution vis-à-vis de la science et de la laïcité, vues comme une trahison de la foi catholique. L’apparition porte ce message : « Si vous ne revenez pas à l’essence de l’Église, vous subirez des cataclysmes. » L’autre période s’étend de 1917, avec Fatima au Portugal, jusqu’au pontificat de Jean-Paul II. De nombreux récits coïncident alors avec une forme de lutte contre le communisme soviétique et son danger planétaire. Parfois l’apparition le mentionne de façon claire et réclame « la conversion de la Russie au Sacré-Cœur de Jésus ». Cela correspond à un cheval de bataille du Saint-Siège qui dure jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, avec l’émergence de l’Opus Dei ou des Légionnaires du Christ.

Patrick Sbalchiero, historien et co-directeur du « Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie, JDD, 16 août 2015, n° 3579.

L’éternel Renouveau

"Pif, Pifou, Tata, Tonton, Hercule" plutôt que "Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao". Il faut savoir choisir son Renouveau.
« Pif, Pifou, Tata, Tonton, Hercule » plutôt que « Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao ». Il faut savoir choisir son Renouveau. Dessin de Louis Cance, un des successeurs de Claude Arnal créateur de Pif.

Puisque l’actualité met le Renouveau socialiste en avant, parlons un peu de temps anciens… et de Renouveaux qui ne doivent rien aux choix des militants socialistes pour une motion gagnante portant ce nom. Tout d’abord, il n’y a pas si longtemps que cela et à Montreuil qui plus est, quelques adhérents du Parti socialiste, dont certains anciens élus conseillers municipaux ou maires-adjoints, ne se retrouvaient plus vraiment en phase avec la ligne officielle de la rue de Solferino concernant les alliances présidant à la constitution de liste des élections municipales. Ils connaissaient bien leur ville et considéraient que l’alliance « traditionnelle », celle de l’Union de la gauche avec le Parti communiste ou ses affidés, ne valait plus pour Montreuil qui, selon eux, avait envie – et surtout besoin – de tourner cette page. Ils refusèrent la constitution d’une alliance avec le député-maire de l’époque… et se tournèrent vers une force politique montante sur la ville : les Verts. Les électeurs leur donneront raison puisque la liste commune où ils seront largement présents l’emportera à la surprise générale des commentateurs enfermés – qu’ils étaient et demeurent – dans les schémas classiques dessinés et figés dans les officines des partis et plus encore en méconnaissance totale du terrain. Certes, ils n’avaient pas pleinement anticiper ce que signifie le pluriel chez le(s) Vert(s) – ils ne seront pas les seuls ! – ni les curieuses alliances qui amèneront de nouveau un Parti communiste minoritaire à la tête de la ville au scrutin municipal suivant de 2014, mais ils se nommeront le « Renouveau socialiste montreuillois ». Ils ont d’ailleurs toujours deux élus. Ce Renouveau socialiste, certes local, ne doit rien évidemment à Jean-Christophe Cambadélis ni à Martine Aubry qui à l’époque, avec tous les autres responsables du Parti socialiste, vouaient aux gémonies ces dissidents. Notamment parce qu’ils avaient privilégié l’alliance avec les écologistes… Donnée de doctrine – probablement fondamentale – qui ne manque pas de sel quand on sait ce qui se passera… quelques courtes années plus tard avec les accords entre EELV et le PS pour les législatives, la distribution des portefeuilles ministériels, etc. On peut même ajouter ce qui se passe encore puisque si l’on suit les débats internes aux partis ainsi que les articles de presse concernant les projections sur un futur remaniement ministériel ou plus proche encore ceux sur les toutes prochaines élections régionales.

#Montreuil, s’est donc distinguée bien avant Solférino par l’émergence du premier Renouveau socialiste. Que l’Histoire s’en souvienne !

Permettez à l’auteur de ces lignes qui était de cette aventure, d’évoquer une autre participation à un autre Renouveau. Il s’agit de celui du syndicat UNEF. Au début des années 70, un enjeu était essentiel : la prise des commandes du syndicat étudiant. Deux forces pouvaient l’emporter, celle des trotskystes lambertistes de l’OCI (via sa composante jeunesse AJS) et celle des communistes. Aujourd’hui Jean-Christophe Cambadélis et Pierre Laurent en sont des témoins toujours actifs, même si le premier a depuis longtemps rejoint le PS (accompagné de forts contingents de militants). Il se trouve qu’étant étudiant à Clermont-Ferrand, j’étais confronté à un des bastions de l’AJS. Deux congrès vont se tenir confirmant la scission. À Clermont toutes les facultés avaient voté pour l’AJS… sauf la faculté de médecine qui avait choisi l’UNEF Renouveau. J’en étais. Nous avons donc été deux délégués présents au Congrès fondateur et nous avons voté pour le premier président du Renouveau syndical, Guy Konopnicki dit « Konop ». Aujourd’hui chroniqueur à Marianne, il fut journaliste à Libération, au Matin de Paris, à Globe. Il est un amoureux de la Ligne 9, titre qu’il a choisi pour un de ses nombreux romans. L’humour qui lui est si cher était déjà présent dans les amphithéâtres lors des assemblées générales où se discutait, ni plus ni moins, l’avenir du monde. Ainsi aux maoïstes qui lançaient la hola au slogan : « Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao », je m’époumounais en réponse avec mes camarades qui ne voulaient en rien céder à ces prétentions marxistes : « Pif, Pifou*, Tata, Tonton, Hercule » du nom des héros de bande dessinée créés par José Cabrero Arnal dit Claude Arnal, ancien combattant républicain de la guerre civile espagnole, arrêté par la police française et déporté à Mauthausen. Avec ce slogan, mon premier Renouveau marquait en moi ma principale tendance marxiste : la tendance Groucho. Elle ne m’a heureusement pas quitté.

* Pifou est un personnage créé par Roger Mas qui prit la suite de Claude Arnal.

Le piment de Montreuil au second tour des élections départementales

Montreuil échappe heureusement à la réalité incontestable du premier tour des élections départementales : l'installation à un haut niveau du Front national sur tout le territoire.
Montreuil échappe heureusement à la réalité incontestable du premier tour des élections départementales : l’installation à un haut niveau du Front national sur tout le territoire.

Poursuivons, après une petite semaine d’analyse et de rebondissements divers sur la nature des alliances électorales signées à l’encre sympathique, notre parcours sur la décantation lente des partis politiques sur Montreuil.

Un mot rapide sur la situation nationale dont la situation montreuilloise découle en grande partie.

En premier lieu, il y a un unique fait marquant : la victoire sans conteste du Front national. Puisque les élections se comparent aux élections précédentes et non aux sondages, toute tentative de minimiser le succès du parti de Marine Le Pen est un déni et une faute. Certes le PS, du moins en ce premier tour, n’a pas subi la Bérézina qu’il craignait et il est possible que l’engagement de Manuel Valls ait contribué à amoindrir la catastrophe pour la gauche. De même, il faut considérer que l’union UMP-UDI-Modem (pour partie concernant ce dernier) a elle aussi donner quelques couleurs à Sarkozy. Mais les deux partis sont dans le rouge et une nouvelle ère politique s’ouvre : le tripartisme. Notons au passage que l’espoir de certains au Front de gauche d’assister à une éclosion « à la grecque » s’est mal terminé. Il en va de même avec les tentatives d’union Verts-gauche radicale battues en rase campagne et, pour partie, responsables en certains endroits de la disparition de la gauche au second tour.

En second lieu, le taux de l’abstention est considérable. Malgré un léger regain par rapport à la précédente élection du genre (encore qu’il y ait des différences de scrutin), elle se situe à 48,93 %. C’est dire que seul un Français sur deux s’est déplacé. Il y a toujours des abstentionnistes qui ne savent ou ne veulent pas saisir ce geste qui fait notre démocratie. Mais à tous ceux qui imaginent que le vote obligatoire serait une réponse, il me semble qu’il faut répondre qu’il y a aussi un grand nombre de Français qui refusent de voter pour des partis en qui ils ne se reconnaissent plus et qui veulent ainsi l’exprimer en toute conscience. Quant aux élus locaux des départements qui n’ont de cesse de proclamer combien ils sont des élus de proximité, ils feraient bien de s’interroger pourquoi leurs ouailles sont désormais si loin d’eux. Par leur abstention et par leur souhait majoritaire mais aussi, selon des sondages répétés, par leur souhait de voir la disparition des départements.

Montreuil persiste dans ses recherches d’une politique nouvelle.

Nous avions vu combien « le concentré Montreuillois » était particulier (daniel-chaize.com du 22 mars 2015). Il le demeure. En effet, dans cette compétition entre les partis installés et les forces citoyennes sans logo ni parti, les résultats montrent une persistance peu commune. Du moins, dans un de ses cantons. Dans les deux cantons l’abstention dépasse 60 % ce qui fait tous les candidats de gauche sont en-dessous de la barre des 10 % des inscrits. Quelle représentativité invoquer avec de tels scores ?

Le canton Montreuil-1. Il comprend désormais Rosny-sous-Bois et avec son maire et conseiller général UMP, les partis en place dominent… avec un scrutin marqué par une abstention de 62,23 % ! L’UMP est à 29,55 %, suivi de l’alliance PS/Verts (binôme PS) à 26,73 %. Le Front national pointe à 17,92 % alors que le Front de gauche est à 18,77 %. La liste Force citoyenne (alliance de Ma Ville J’y Crois et d’Élire Montreuil), étant sans ancrage sur Rosny-sous-Bois, ne dépasse pas les 7,02 %.

Au second tour, selon les dernières informations… le Front de gauche ne soutiendra pas la liste de la gauche au second tour… car Jean-Luc Mélenchon ne veut en aucun cas soutenir le PS et il se trouve qu’une de ses représentantes était candidate sur ce territoire.

Le canton Montreuil-2. Il en ressort un tripartisme entre les forces de gauche dans un scrutin où l’abstention est de 61,39 %. Le Front de gauche, avec son candidat sortant, vire en tête avec 23,16 % devant l’union Verts/PS (binôme Verts) à 21,89 % et Force citoyenne à 18,89 %. 515 voix séparent le troisième du premier. Il reste difficile d’affirmer que les partis l’ont emporté nettement sur la liste locale dans ce duel évoqué la semaine dernière, situation que l’on retrouve dans de nombreux territoires français. En effet, le Front de gauche est lui-même composite de plusieurs sensibilités et son score n’est pas un franc succès malgré le soutien affirmé et répété du maire en place. Nettement moins de 25 %. Le binôme Verts/PS – le parti au pouvoir national et dirigeant le département associé à une force politique ancrée sur ce canton – peine à dépasser les 20 %. Force citoyenne obtient près de 19 % et confirme son importance croissante après qu’une de ses composantes, Élire Montreuil, ait réalisé 11 % aux élections municipales. Il ressort néanmoins, de ces deux élections notamment, que si les Français manifestent clairement leur défiance vis-à-vis des partis traditionnels (abstention et faible soutien en vote), ils hésitent encore à considérer les forces émergentes comme en capacité de l’emporter. Les partis, avec leurs moyens de communication, étant d’autant plus des forces refuges lorsque la situation internationale est inquiétante et que monte le danger de l’extrême-droite.

Le second tour, là encore, ne va pas clarifier la situation politique locale. En effet, les autorités locales et nationales du PS et des Verts demandent l’application stricte du désistement républicain en faveur du candidat de la gauche le mieux placé. Mais le binôme 100 % Verts du canton ne l’entends pas ainsi et se maintient considérant, ce qui est vrai malgré certains propos illuminés et surtout mal informés qui circulent sur les réseaux sociaux, que de toute manière le canton reste à gauche dans tous les cas de figure. Ainsi dans un canton les Verts suivent la directive du PS et dans l’autre… non ! On peut s’en étonner, voire s’en moquer et s’en désespérer. Mais, à mon avis, ce n’est que la traduction du manque de connaissance et de considération des instances dirigeantes des partis. En effet, que le PS – fortement secoué par le Front de gauche aussi bien nationalement qu’au niveau départemental (et qui comme il est écrit plus haut le combat dans l’autre canton Montreuillois), le préfère néanmoins aux Verts avec qui il a pourtant fait alliance au premier tour et dont, dit-on, le président de la République aimerait voir entrer de nouvelles figures au sein du futur gouvernement, voilà bien la pensée labyrinthique qui nous est proposée… Difficile à suivre.

Le désastre est annoncé pour la gauche au niveau national, même si on lit peu combien le Front national et l’UMP ont toutes les clefs pour faire tomber les candidats de gauche en tête. Sauf si elle parvient, ce que je souhaite, à réussir une mobilisation de son électorat sans précédent. Quels que soient les résultats, il faut espérer que les leçons de ces imbroglios tacticiens et suicidaires seront tirées.

À Montreuil, malgré un territoire de gauche secoué et bouleversé depuis de nombreuses élections, des évolutions marquantes se font jour malgré un équilibre de façade qui semble immobile. Ce dimanche est important. Dans un canton, la droite forte de son implantation à Rosny-sous-Bois pense et peut l’emporter. L’action du Front de gauche est en train de l’y aider. Dans l’autre les Verts, ce ne manque pas de piquant bien que leurs candidats n’en aient guère, brandissent la liberté citoyenne pour ne pas se coucher devant un oukase d’appareils. Ils ne font qu’exprimer, à leur manière, et avec la difficulté de rester honnêtement dès le lundi qui suivra le scrutin dans une majorité municipale où le maire les accuse ce jour par voie de presse « de posture antiunitaire privilégiant les ambitions personnelles aux ambitions communes de la gauche, mauvais coup porté aux ambitions communes de la gauche. Lundi, chacun devra bien réfléchir et faire son examen de conscience ». Cette situation, je le pense depuis des années, ne fait que démontrer la nécessaire – mais obligatoirement lente – recomposition locale et nationale de la gauche.

Une réponse nouvelle, avec souhaitons-le une meilleure mobilisation des électeurs, sera donnée dimanche prochain.