Jean-Noël Jeanneney « En définitive, gauche et droite resurgiront »

AVERTISSEMENT. Hier je publiais l’interview  de Jean-Noël Jeanneney réalisée par Bastien Bonnefous et Solenn de Royer dans Le Monde du 6 octobre 2017. Un ami rigoureux, et à cheval sur les bons principes, m’a fait remarqué que je l’avais publié intégralement. Or intégralement, c’est illégal. Nous n’avons droit qu’à publier des extraits, ce que j’ai longtemps réalisé sur ce même blog à la rubrique « Sunday Press ». Et le plus souvent, pour des articles choisis dont je retenais une grande partie, j’attendais deux ou trois jours après la parution et invitait mes lecteurs à acheter les journaux. Ce que je fais à nouveau car nous avons tous besoin de la presse, même si nous la critiquons.

Donc, même si je laisse l’interview dans son intégralité, en espérant être pardonné par les journalistes, je prend bien note de la remarque de mon ami. Cette faute sera la dernière.

PS1 : il est vrai que la question du copyright sur Internet est de première importance. Quand on voit la précarisation croissante du métier de journaliste et de photoreporter, « voler » des textes et des images n’est pas admissible. Concernant ces dernières, j’essaie toujours de les prendre « sans droits » et citer l’auteur et l’agence. Est-ce toujours le cas, je ne puis l’affirmer à 100 %.

PS2 : S’il n’y a pas de photo illustrant cet article, c’est uniquement pour une raison technique. En effet, ce site a failli disparaître suite à un bug ou, plus probablement, suite à une fausse manipulation de ma part. Là encore un ami attentionné me la remis sur pied, mais quelques fonctionnalités demeurent encore dans les limbes du nuage. Nous verrons plus tard.

BONNE LECTURE

L’historien détaille ce que les précédents historiques ont à nous apprendre sur l’élection surprise du candidat Macron et sur sa présidence.

Ancien secrétaire d’État, ancien président de la BNF et de Radio France, Jean-Noël Jeanneney vient de publier  «  Le Moment Macron ». Pour fouiller le rapport au pouvoir du nouveau chef de l’État, ses idées, sa pensée et son positionnement tactique, de même que le contexte de sa victoire, l’historien analyse ce qui, dans l’histoire de France, rappelle la situation présente et peut éclairer l’avenir.

Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir sans guère de passé politique. Est-ce pour cette raison que vous avez décidé d’aller puiser dans l’Histoire des analogies, des clés, pour comprendre qui il est ?

Macron n’a surgi que tout récemment sous notre regard. De surcroît, il n’est visiblement pas une personnalité simple. Dans l’instantanéité des interrogations, il est précieux de réinsérer de la lenteur. C’est la vocation de l’historien. Je me suis interrogé sur ce que les précédents pouvaient nous dire de ce nouveau pouvoir. Mais aussi sur  l’usage que ce jeune président fait de l’Histoire. Je me suis appuyé sur ses écrits. Il  n’est pas sorti tout nu d’une caverne : il existe déjà tout un corpus macronien.

Vous évoquez le terme  » révolution « , du latin  » volvere « , qui peut signifier retour au point de départ, et qui est aussi le titre du livre de campagne de M. Macron. Ce nouveau monde, dont il prétend être le visage, ne serait-il pas plutôt une forme de restauration ?

Il ne faut jamais exagérer l’inédit, même si cette élection constitue évidemment une  rupture, du point de vue de l’équilibre des forces politiques, de l’émergence d’une -personnalité nouvelle ou encore de la conjoncture internationale. Mais ce « moment Macron » évoque d’autres périodes historiques, par exemple, entre autres, 1958 ou le gouvernement Waldeck-Rousseau, de  1899 à 1902, qui sont propres à éclairer la  nôtre.

Commençons par 1958 et la naissance de la Ve  République, référence qu’Emmanuel Macron revendique…

Avec 1958, il y a beaucoup de traits communs : la volonté de retrouver une efficacité, de redonner à la France un rôle d’impulsion en Europe et dans le monde, en -affirmant son indépendance. Il y a aussi la fameuse exclamation de De Gaulle : « C’est pas la gauche, la France, c’est pas la droite, la France ! » En  1958, le Général avait appelé dans son gouvernement trois socialistes, trois démocrates-chrétiens et trois personnalités de droite, mais aussi de nombreux « techniciens ». Comme Macron, il était dans une urgence, obsédé par la nécessité d’agir vite, quand la glaise était encore molle. Il a utilisé l’équivalent des ordonnances, lui aussi, une délégation de pouvoir qui lui a conféré une liberté d’action pendant six mois, grâce à laquelle il a introduit des réformes majeures. Un détail : de Gaulle donna son aval à toutes les désignations pour les législatives, une par une, comme on dit qu’Emmanuel Macron le fit aussi. Et vos confrères de l’époque ne croyaient pas que la toute jeune UNR pût acquérir un poids solide au Palais-Bourbon, ce qui fut pourtant le cas !

Et en quoi M. Macron vous fait-il penser à Waldeck-Rousseau ?

Pierre Waldeck-Rousseau était une personnalité assez jeune, dotée d’une forte autorité, et qui a assumé un « gouvernement des centres » au service de l’intérêt général. Il a été appelé à un moment où le pays s’enlisait dans des affrontements délétères : on sortait du boulangisme et de l’affaire Dreyfus. Il a fait venir à lui des personnalités des deux bords : Alexandre Millerand, le premier ministre socialiste qui soit entré dans un gouvernement, et le général de Galliffet, « fusilleur de la Commune ». Cela marcha au début. Il y eut des réformes importantes, comme la grande loi sur les associations de 1901. Puis, au bout de trois ans, le pouvoir revint au Bloc des gauches, donc à l’affrontement entre gauche et droite.

La victoire d’Emmanuel Macron -constitue-t-elle un vrai tournant par rapport au clivage droite-gauche ou est-elle une simple parenthèse ?

L’avènement du centre est un vieux rêve, chez beaucoup, en France. Mais il a rarement été durable. Giscard, qui prétendait rassembler « deux Français sur trois », a été promptement rejeté vers la droite. Bien des permanences, liées à l’Histoire, à la géographie électorale, aux généalogies personnelles et collectives, ne disparaissent pas. Je crois que l’effacement du clivage ne durera qu’un temps et qu’en définitive gauche et droite resurgiront. Je  continue à penser, avec Alain, que quand quelqu’un dit que la droite et la gauche n’existent pas, c’est qu’il est de droite. La question majeure est celle-ci : que restera-t-il de fécond de la parenthèse qui s’ouvre ?

Vous comparez également le -macronisme au saint-simonisme.

Le saint-simonisme est un mouvement représentatif du XIXe  siècle, forgé à partir de la conviction qu’il ne fallait pas que le gouvernement se contentât de jouer un rôle régalien, mais qu’il avait aussi vocation à intervenir directement dans la vie économique et sociale. Saint-Simon écrivait qu’il fallait « substituer au gouvernement des hommes l’administration des choses ». Car, ajoutait-il, « une nation n’est autre chose qu’une grande société d’industrie ». Il y avait donc déjà l’idée qu’il fallait que l’État intervînt afin de libérer les énergies mais sans laisser personne au bord de la route : souci capital, dont on espère qu’il prospérera dans le proche avenir. Emmanuel Macron est fils du saint-simonisme.

Quel usage fait, selon vous, M. Macron des symboles historiques ?

Il a beaucoup réfléchi à l’indispensable symbolique du pouvoir. La soirée de sa victoire, au Louvre, est emblématique : la pyramide de Mitterrand et de Pei, l’Ancien Régime avec les Tuileries, mais aussi l’Empire avec la cour Napoléon, et le Carrousel qui évoque Austerlitz…

Emmanuel Macron a étudié Machiavel. En est-il un disciple ?

Machiavel s’est moins soucié de la conquête du pouvoir que de son exercice et de sa perpétuation. La caricature ne retient que le mensonge, le cynisme… Mais il y a bien davantage chez lui. Il y a une quête des moyens de travailler ensemble, durablement, dans l’intérêt collectif. La brigata de Machiavel évoque déjà la petite cohorte macronienne. Machiavel a été au pouvoir, puis en a été rejeté. Sa pensée est donc utile à n’importe quel dirigeant.

Vous évoquez, dans votre livre, la tentation de l’hubris et la vanité du pouvoir. Existent-elles chez M. Macron ?

Je ne peux répondre sérieusement, pour l’heure, car je ne connais personnellement ni le président ni ses proches. Mais la façon dont il a été élu et la nature même de nos institutions créent le risque d’un cercle de courtisans voué à couper le chef de la réalité. Je me pose une question : Emmanuel Macron possède-t-il le sens du cocasse ? Qualité indispensable au recul sur soi-même et sur les choses. Les grands hommes d’État l’ont souvent. Voyez Clemenceau. De Gaulle aussi, ou Churchill…

© Le Monde Propos recueillis par Bastien Bonnefous et Solenn de Royer, Le Monde, 6 octobre 2017

Les femmes bleues d’Yves Klein nues sur la toile / Le crétinisme collectif du people / La foi totalitaire dans l’État ou le Parti-État / Burkini beach, le nouveau grain sable contre la laïcité / La pauvreté en rites de notre époque

« Anthropométrie de l’époque bleue (ANT 82) », d’Yves Klein (1960), réalisée avec du pigment pur et de la résine synthétique (156,5 cm x 282,5 cm). © Yves Klein/ADAGP. Paris 2016.
« Anthropométrie de l’époque bleue (ANT 82) », d’Yves Klein (1960), réalisée avec du pigment pur et de la résine synthétique (156,5 cm x 282,5 cm). © Yves Klein/ADAGP. Paris 2016.

(…) Certaines œuvres tranchent sur les autres : celles où le pigment pur est simplement versé au sol ou contenu dans des bacs. Le liant, qui habituellement permet de l’agglomérer, est absent, et la couleur apparaît donc dans toute son intensité. Klein va chercher le moyen de conserver son bleu le plus pur possible : amalgamé à l’huile, il va avoir tendance à jaunir ; aux résines modernes, à baisser d’intensité. Avec l’aide d’un des plus fameux marchands de couleurs de Montparnasse, Edouard Adam, il met au point une formule spéciale, dont il déposera le 19 mai 1960 la recette dans une enveloppe « Soleau » qui établit l’antériorité de son idée : un certain dosage de « Rhodopas MA », d’alcool d’éthyle et d’acétate d’éthyle. En variant la concentration du pigment et le type de solvant, la peinture peut être appliquée au pinceau, au rouleau ou au pistolet. Ou encore avec le modèle vivant : une ou plusieurs femmes nues, le corps peint en bleu, viennent se coller à la toile. C’est la série des « Anthropométries » : « Un jour, j’ai compris que mes mains, mes outils de travail pour manier la couleur, ne suffisaient plus. C’était avec le modèle lui-même qu’il fallait brosser la toile monochrome bleue. Non, ce n’était pas de la folie érotique. C’était très beau. J’ai jeté une grande toile blanche par terre. J’ai vidé vingt kilos de bleu au milieu et la fille s’est ruée dedans et a peint là mon tableau en se roulant sur la surface de la toile dans tous les sens. Je dirigeais, en tournant rapidement autour de cette fantastique surface au sol tous les mouvements et déplacements du modèle qui, d’ailleurs, pris par l’action et par le bleu vu de si près et en contact avec sa chair, finissait par ne plus m’entendre… » Le 9 mars 1960, Klein réalise ses anthropométries en public, à la galerie internationale d’art contemporain, à Paris. Trois modèles travaillent sous sa direction pendant qu’un orchestre joue la Symphonie Monoton-Silence, qu’il a composée. Le débat qui s’ensuivit fut, au dire des témoins, houleux. Si aujourd’hui ils font de Klein, mort en 1962, un des seuls Français de sa génération à pouvoir prétendre à une place majeure dans l’histoire de l’art, nombreux alors pensèrent à une farce.

Harry Bellet, Le Monde, 20 août 2016, N° 22270.

Dans son petit livre publié en février dernier (« La Souveraineté du people » – Gallimard) Guillaume Erner, qui est aussi sociologue, s’interroge sur notre fascination pour la « célébrité », y compris quand elle ne correspond à aucun mérite, aucune œuvre, qu’elle soit artistique, intellectuelle, industrielle ou politique. Pourquoi préférons-nous désormais une notoriété inconsistante à n’importe quel mérite véritable ? Disons qu’on sera plus fortement hypnotisé par Nabilla – cette noix creuse devenue célèbre – que par le talent d’un immense écrivain trop ignoré des foules. J’emploie à dessein le mot « insignifiance ». Je songe à « la montée de l’Insignifiance », un livre prémonitoire du regretté Cornelius Castoriadis. Dans cette réflexion publiée au Seuil en 1996, « Casto » (comme nous appelions ledit philosophe) annonçait l’inéluctable triomphe du n’importe quoi sur la pensée, et du vide sur le plein. (…) Cette berlue partagée, voire ce crétinisme collectif, posent en effet question au sociologue. Qu’est-ce qui nous a rendu aussi sots ? On peut être célèbre aujourd’hui pour la seule raison qu’on est célèbre. Le phénomène s’autoalimente comme un vertige. Erner cite l’exemple de Kim Kardashian, cette Californienne qu’on présente sur Wikipédia comme une « personnalité médiatique ». Elle est célèbre, en somme, parce qu’elle est célèbre. La circularité est burlesque, mais elle aura quand même fait de la dame, en 2015, la « personnalité de télé-réalité » (sic) la mieux payée des Etats-Unis.

Jean-Claude Guillebaud, TÉLÉOBS, du 20 au 26 août 2016, N° 2702.

(…) J’ai comme tout le monde tendance à penser qu’il n’y a rien de pire que Hitler. Mais si on examine de près l’idéologie de ces dictateurs, on s’aperçoit qu’elle tourne toujours autour du « grand homme ». Au lieu de parler de fascisme ou de communisme, il faudrait en réalité par d’« hitlérisme », comme on le fait pour le stalinisme ou le maoïsme. Qui est « de droite », qui est de « gauche » ? On a en Corée du Nord un despote « de gauche », Kim Il-sung, qui utilise sans cesse la notion de race – la « meilleure » étant la coréenne, bien entendu. Staline extermine les koulaks « en tant que classe », mais aussi des groupes définis par leur ethnicité. Mao s’en prend à ses opposants qu’il stigmatise comme « ennemis de classe ». Il crée même des catégories de parias, appelés en chinois heiwulei, « cinq catégories noires ». Leur statut de classe est héréditaire : de père en fils, ils seront malmenés, torturés et pour la plupart tués. Une rescapée, qui vit aujourd’hui aux États-Unis, a écrit un article où elle compare les heiwulei aux juifs, avec un taux de survie identique. Alors fasciste ou communiste ? Comme l’explique Friedrich Hayek dans son livre « la Route de la servitude », toutes ces idéologies partagent le même mépris pour la démocratie, la même volonté de piétiner les droits et les libertés individuels, la même foi dans l’État ou le Parti-État, et la même aversion pour la liberté d’entreprendre.

Frank Dikötter, historien néerlandais, propos recueillis par Ursula Gauthier, L’OBS, 18 au 21 août 2016, N° 2702.

(…) Le problème est qu’on connaît la chanson car, à moins d’être aveugle, comment ne pas voir que le surgissement de cette question de burkini vient s’ajouter à la longue liste des attaques répétées contre l’indifférenciation et à l’affirmation d’une visibilité radicalement différente. Impossible en effet, à moins d’avoir une mémoire de poisson rouge, de ne pas inscrire cette question dans le droit fil des débats posés par le foulard à l’école, la prière dans la rue, le repas dans les cantines, les programmes scolaires, l’apartheid sexuel dans les piscines publiques, le refus qu’une femme puisse être examinée par un médecin homme à l’hôpital public… Est-il vraiment besoin de continuer quand les coups de canif portés au bon sens républicains sont si nombreux ? De même, il est aisé de prévoir ce qu’il adviendrait si la pratique du burkini s’installait le long des plages. Dans la foulée de la nouvelle antienne contemporaine : « C’est ma religion, donc il faut en respecter les recommandations, les commandements, les interdits, etc. » on verrait très vite surgir une nouvelle demande réclamant de prévoir systématiquement des maîtres-nageuses à côté de leurs collègues masculins et si possible vêtues d’un burkini rouge et jaune, comme c’este le cas en Australie. Un autre « beau » débat en perspective assurément quand on connaît le poids et l’embarras de vêtements mouillés en cas de secours rapide. Passons. Mais ce que sentent bien l’immense majorité de nos concitoyens dans cette affaire, en dépit des plaisanteries à deux balles et des hésitations d’une partie de leurs représentants, c’est qu’il s’agit là d’une nouvelle bataille et que reculer ne mènera nulle part sauf à se trouver un jour le dos au mur. S’agissant des tissus religieux, aucun argument ne tient la route face à ce mise en garde de Mona Eltahawy, aucun : « Les femmes du monde occidental portant un voile contribuent à asservir les femmes ailleurs dans le monde pour lesquelles le port du voile est une contrainte. » Il faut une forte dose de cynisme ou de bêtise, voire des deux, pour revendiquer de se couvrir toujours plus alors qu’au même moment des images nous proviennent des zones libérées de Daech, où l’on voit des femmes brûler leurs geôles de tissu en étreignant des combattantes kurdes et arabes têtes nue. Certaines musulmanes clament que c’est leur droit, que c’est leur choix ? Grand bien leur fasse. Nous savons depuis plusieurs années déjà combien les fondamentalistes religieux sont habiles à revisiter les idéaux de 1789 et des Lumières pour les retourner à des fins obscurantistes. Parce que nous vivons encore sur la queue de comète des mouvements de libération du corps des années 60 et leurs illusions, nous avons du mal à appréhender ce qui a été décrit, il y a plus de cinq siècles, par La Boétie dans son essai sur la servitude volontaire. Et peu importe de savoir si ce rapprochement que nous faisons va provoquer les criailleries de tous ceux qui considèrent que le burkini est un « vêtement comme un autre ». Si c’était le cas, nous attendons avec un intérêt tout particulier les premiers hommes en burkini sur les plages et, bien sûr, la première « burkini pride » à Science-Po. Le Collectif contre l’islamophobie en France s’indigne et tempête ? La belle affaire ! Le Canard Enchaîné vient de souligner, textes à l’appui, combien cet organisme n’est pas autre chose qu’une machine de guerre instruisant en permanence le procès de la laïcité en France. Dans un entretien à La Provence, mercredi 17 août, Manuel Valls a apporté son soutien aux élus à l’origine des arrêtés interdisant le burkini sur les plages, « s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre-ensemble, sans arrière-pensée politique ». On ne peut dire mieux. Et d’expliquer que les plages, comme tout espace public, doivent être préservées des revendications religieuses. Un peu de sable estival pour faire grincer quelques dents à gauche.

Joseph Macé-Scaron, Marianne, 19 au 25 août 2016, N°1011.

(…) Il est étrange que soient contemporains ces deux phénomènes, où on cache les cheveux et où on fait disparaître les poils. La pilosité révèle et cache. L’épilation était une délicieuse transgression dans ma jeunesse. Or, l’érotisme a besoin de la transgression, l’acte sexuel est toujours affecté d’une nuance de forfait. Il me semble qu’on est passé en quelques années de la fellation transgression à la fellation prestation, de l’épilation transgression à l’épilation prestation. (…) Peut-être a-t-on été pudibond à l’époque de la culotte fendue, où on ne se mettait pas tout nu pour faire l’amour, où montrer ses sentiments au sein d’une même famille était proscrit, où les garçons naissaient dans les choux, les filles dans les fleurs. La bourgeoisie du XIXe siècle a été tellement prude, obsédée par la distance et la dignité… Et les êtres humains comme les civilisations ont tendance à passer d’un excès à l’autre, de la pruderie à l’obscénité. C’était terrible de commencer sa vie amoureuse avec cette honte à l’endroit de la sexualité, peut-être l’est-ce tout autant avec la pornographie. (…) C’est sa pauvreté en rites qui explique le côté adolescent de notre époque, et sa triste oscillation entre le porno et la burqa.

Éric Fiat, philosophe, propos recueillis par Noémie Rousseau, Libération, 20&21 août 2016, N°10963.

La fin du voyage en train / Le silence, acte minimum radical / Fiche « S » n’est pas fiche « C » / Carmen l’enragée de liberté / Les 200 jours de Pyongyang

En 1875, la première de « Carmen » prend fin dans une ambiance glaciale. La critique se montre outrée par l’histoire de cette femme libre et séductrice. Georges Bizet n’en connaîtra pas la gloire posthume – Carmen est aujourd’hui l’opéra le plus joué au monde - : il meurt trois mois après la première.
En 1875, la première de « Carmen » prend fin dans une ambiance glaciale. La critique se montre outrée par l’histoire de cette femme libre et séductrice. Georges Bizet n’en connaîtra pas la gloire posthume – Carmen est aujourd’hui l’opéra le plus joué au monde – : il meurt trois mois après la première.

Le train de nuit vient de mourir. Il serait malvenu de protester contre cette décision du ministre des Transports, les voyageurs nocturnes se faisaient si rares qu’ils coûtaient une fortune à la collectivité. Une décision qui, relevant de ce qu’on appelle le « bon sens », scelle la fin d’une époque, celle des voyageurs. (…) Emmanuel Berl * regrettait déjà, au milieu du siècle passé, de perdre en confort ce que l’on gagnait en vitesse, quand, pour traverser l’Atlantique, l’avion remplaçait le paquebot. Certes, nous allons plus loin et plus vite, nos pauvres dos cassés sur les sièges semblables des TGV et des vols low cost. Nous ne pourrons plus glisser lentement, bercés sur une couchette de seconde, et nous ne finirons plus le voyage debout dans le couloir en tirant une cibiche pour faire passer le goût infect du café SNCF et du croissant à la margarine rance. Le train de nuit n’offrait pas souvent le confort de l’Orient-Express. Sa suppression semblait inéluctable depuis celle du service militaire, tant il était associé au billet de permission et aux bidasses entassés dans les couloirs qui sentaient la bière et le tabac brun. Toutes les nuits de train n’apportaient pas de sulfureuses surprises. Elles constituaient cependant autant de parenthèses, quand des inconnus se mêlaient, partageant le demi-sommeil dans la promiscuité d’un compartiment. Le trajet inclinait à la rêverie, debout, le front appuyé contre la vitre. Les nouveaux transports ne connaissent que le départ et l’arrivée. Le trajet a été aboli, de jour la vitesse ne permet pas de s’attarder sur les paysages et moins encore de saluer les bovins, qui ne broutent plus le long des voies ferrées, enfermés qu’ils sont en d’affreux hangars préfabriqués. On pourrait supprimer les petites fenêtres des TGV, sachant qu’on ne peut rien voir et les passagers sont rivés aux écrans de leurs ordinateurs, tablettes et autres smartphones. Le voyage se fait virtuel, le monde onirique des gares et des trains a disparu bien avant les couchettes et les wagons-lits. Le principe de plaisir disparaît en toute chose, la transition d’une ville ou d’un pays à l’autre se réduit à la nécessité. Ce n’est qu’un déplacement, dans un conditionnement répétitif, normalisé à l’extrême.

* Emmanuel Berl, journaliste, historien et essayiste français.

Guy Konopnicki, Marianne, 5 au 11 août 2016, N° 1009.

Dans ce tableau sonore, la forme architecturale apporte aussi sa note. Une église baroque surchargée « bavarde » plus qu’une austère abbatiale romane. Un urbanisme de bric et de broc « dissone » plus qu’un quartier tiré au cordeau. De beaux matériaux, des formes pleines et simples, des volumes généreux permettent de baisser d’un ton. Jusqu’à nous laisser sans voix. Avec son mémorial du camp de Rivesaltes, l’architecte Rudy Ricciotti a su maîtriser ces paramètres pour créer un objet aveugle et muet, mais qui parle. Dans un paysage désolé, venteux, plat comme la main, pas un arbre, c’est un bloc de béton ocre sombre aux arêtes vives, sans fenêtre ; un parallélépipède de 220 mètres de long sur 15 de large, qui affleure entre les baraquements en ruine de cet ancien camp d’internement des républicains espagnols, ensuite camp de transit des Juifs du sud de la France, puis une zone de relégation des harkis. Alors, pour dire cette histoire infâme, Rudy Ricciotti a utilisé le silence comme « un acte minimum radical ». Il précise : « Attention, il ne s’agit pas du silence recueilli, propre sur lui, avec la raie sur le côté et les souliers cirés des commémorations officielles. Non, c’est un silence véhément pour crier ma rage et ma honte face à cet État français, à ces préfets, gendarmes, cheminots français qui ont raflé, trié, enfermé puis déporté 2289 Juifs – dont 2205 ne reviendront jamais -, en août 1942, alors la zone n’était pas occupée par les nazis ! » À Rivesaltes, le vent sournois semble soupirer ces lignes du peintre Joan Miro en 1973 : « Chercher le bruit caché dans le silence, le mouvement dans l’immobilité, la vie dans l’inanimé, l’infini dans le fini, des formes dans le vide et moi-même dans l’anonymat. »

Luc Le Chatelier, Télérama, 6 au 19 août 2016, N° 3473-3474

(…) Je n’ai pas de raison de douter que Nicolas Sarkozy puisse être un garant de l’État de droit, mais je suis frappé de voir qu’il se laisse aller à des facilités auxquelles il ne croit pas lui-même, j’en suis convaincu. Il devrait savoir que le terrorisme a toujours été vaincu par les armes de la démocratie et jamais celles de ses adversaires. Quand on a été chef de l’État et ministre de l’Intérieur, on a un devoir de pédagogie, pas d’enfumage. Les fiches S, par exemple, c’est « S » comme suspect, pas « C » comme coupable. En proposant d’enfermer sans preuve ni décision juridique, Nicolas Sarkozy propose de réhabiliter la lettre de cachet. Nous avons légiféré quatre fois contre le terrorisme. Chaque fois, l’exécutif a estimé que ce sujet méritait, sinon l’union nationale, du moins le consensus le plus large. Nous avons proposé ce chemin à l’opposition, et à chaque fois les textes ont été votés par une majorité qui dépassait la gauche. Chacun a accepté des éléments qui n’étaient pas dans ses propositions initiales. Cela n’a pas été le cas ces derniers jours, notamment la nuit durant laquelle l’Assemblée nationale a débattu de la procédure de l’état d’urgence. Personnellement, j’ai été fort mal à l’aise en raison de la violence des mots entendus. Pour nous, responsables politiques, les mots sont des armes. Il faut en mesurer la portée. Soyons concrets. Si je reviens à la question de l’idée de centre de rétention pour tous les fichés S, je demande : « Où sont ces centres ? Gardés par qui ? Pour combien de temps ? Quel est le projet ? Ouverts immédiatement ? » Faut-il rappeler que nos prisons sont aujourd’hui surpeuplées de manière hors norme ? Dans les huit maisons d’arrêt d’Ile-de-France, par exemple, il y a un taux de surpopulation carcérale de 167 %. Cette proposition de centre de rétention est un trou noir ! Si nous franchissons ce pas de l’arbitraire au motif de la lutte contre le terrorisme, c’est un poison qui polluera toutes les procédures de justice.

Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, L’OBS, 1 au 10 août 2016, n° 2700

(…) L’Opéra tiendra l’affiche jusqu’au bout, malgré une critique assassine. Si la musique dérange par son audace, c’est le propos même de l’opéra qui fait scandale. Carmen est une femme dangereuse, sans attaches ni respect pour l’ordre établi, passant d’un amant à l’autre, avec pour seule morale et seules règles sa liberté et son bon plaisir. Le 8 mars 1875, Le Siècle épingle « une Carmen (…) littéralement et absolument enragée. (…) Il faudrait pour le bon ordre social et la sécurité des impressionnables dragons et toréadors qui entourent cette demoiselle la bâillonner et mettre un terme à ses coups de hanches effrénés, en l’enfermant dans une camisole de force après l’avoir rafraîchie d’un pot à eau versé sur sa tête. » La Patrie surenchérit, stigmatisant « la véritable prostituée de bourbe et du carrefour (…), la fille dans la plus révoltante acceptation du mot ». Camille du Locle, alors directeur de l’Opéra-Comique, se défausse : « C’est de la musique cochinchinoise, on n’y comprend rien ! » Quelques années plus tard, lorsqu’il est question de reprendre Carmen à l’affiche, le nouveau directeur de l’Opéra-Comique lance à Ludovic Halévy (librettiste de Carmen avec Henri Meillac) : « Comment avez-vous pu choisir un tel sujet ? » Un sujet qui deviendra pourtant bientôt l’un des plus populaires de l’histoire de la musique.

Philippe-Jean Catinchi, M le magazine du Monde, 6 août 2016, N° 255.

C’est une vieille tradition des régimes communistes et celui de Pyongyang n’y déroge pas : Kim Jong-un encourage chacun à un mouvement de masse pour doper l’économie et aider le pays à encaisser un nouveau train de sanctions économiques internationales votées après l’essai nucléaire de début janvier. Cette campagne de deux cent jours a débuté en juin. Elle demande aux employés de travailler le week-end et de fournir des heures supplémentaires.

Les Échos, 5&6 août 2016, n° 22249

Terrorisme : désamorçons le piège / Une relecture du Coran pour déraciner la propagande salafiste / La France lieu propice du débat / S’interroger sur le mal et la mort / Le « droit à la différence » a marginalisé les Français issus de l’immigration

« Désamorçons le piège : la révolte contre le salafisme est inéluctable chez les musulmans français, mais à cette condition : qu’on ose la soutenir pour l’imposer. » Martine Gozlan, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.
« Désamorçons le piège : la révolte contre le salafisme est inéluctable chez les musulmans français, mais à cette condition : qu’on ose la soutenir pour l’imposer. »
Martine Gozlan, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) En guerre, il n’y a plus de mots. C’est donc en cet instant, ici et maintenant, que les mots doivent et peuvent jaillir. D’abord les mots de l’islam. Ensuite, les mots des politiques face à l’islam. Sans eux, la lutte antiterroriste, qui doit être revue de fond en comble, restera boiteuse. Ces mots, cela fait trop longtemps qu’on les élude, qu’on les évite. Tout a été bon, chez les représentants de la République, à droite comme à gauche, pour isoler, délégitimer, exclure les grandes voix, de religion ou de culture musulmane, qui appellent magnifiquement et désespérément depuis plus de vingt ans à une réforme des textes dits sacrés. À une relecture du Coran seule capable de déraciner la propagande salafiste. C’est une longue et terrible histoire que cette urgence sans cesse jetée aux oubliettes de l’intérêt national par les maires, les députés, les conseillers, les experts et les ministres. (…) Les prestations de Tariq Ramadan, cette star des plateaux, qui semblait autant le gourou des journalistes que celui de ses dévots admirateurs, contribuèrent au milieu des années 90, à forger une génération de jeunes musulmans pour qui la loi de Dieu plane au-dessus des lois républicaines. (…) Oui, mais… comment briser le plafond de verre qui sépare les philosophes de l’opinion publique musulmane ? C’est qu’on assiste à un phénomène tragique. L’hyperconscience des intellectuels s’aiguise en même temps qu’en face – face voilée – triomphe le salafisme comportemental. D’un côté, se lèvent Abdennour Bidar, le physicien Fewzi Benhabib, les journalistes Mohamed Sifaoui (président de l’association 11 janvier) et Zined El Rhazoui ou des citoyennes comme Nadia Remadna (fondatrice de La Brigade des mères)… De l’autre côté, déferle le raz-de-marée identitaro-religieux, avec tous les signes extérieurs de cette captation mentale totalitaire qui détache ses adeptes de la France dont ils viennent à détester les autres enfants. (…) Désamorçons le piège : la révolte contre le salafisme est inéluctable chez les musulmans français, mais à cette condition : qu’on ose la soutenir pour l’imposer.

Martine Gozlan, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

On ne peut pas continuer comme ça. L’islam a grignoté nos sociétés depuis trente ans et je ne me reconnais pas dans cet espace. Je viens de Kabylie et toutes nos familles sont disloquées par l’islam. À l’intérieur d’une même famille, certains sont restés eux-mêmes et d’autres sont devenus islamistes. Ceux-là, on n’a pas besoin d’attentat pour les combattre. (…) Moi, je ne mets pas dans la peau d’un musulman pour condamner ces actes. Je le fais en tant que citoyen et être humain. J’ai réagi de la même façon en Algérie quand le Groupe islamique armé égorgeait les civils. Ces assassins ne sont pas les miens. (…) Je veux aussi souligner qu’aujourd’hui les pouvoirs publics français et les terroristes ont même des amis communs : les financeurs de l’islam ! Comment a-t-on pu laisser le Qatar financer le Paris-Saint-Germain ? Comment, dans le même journal télévisé, on dénonce le Qatar parce qu’il finance certains réseaux islamistes en France et on convoque la France entière à regarder un match de foot sponsorisé par le même Qatar ?

Boubekeur Keifaoui, chef d’entreprise franco-algérien installé en France depuis 1980, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) Le Français lambda n’est pas censé être un politologue ou un théologien pour dire ce dont se revendiquent les terroristes. Je ne souhaite pas faire le procès de l’islam car l’islam ne s’exprime pas, on le fait parler à travers ses textes et vous pouvez avoir la lecture la plus criminelle comme la plus pacifique. Tout dépend des aspirations et l’idéologie de son lecteur. (…) Aujourd’hui, il est absolument nécessaire qu’un débat courageux se dégage de la société civile musulmane et non musulmane, parce que les deux vivent ensemble et qu’on ne peut pas les séparer. (…) Ce débat doit permettre de dissocier le sacré musulman des quatorze siècles d’Histoire. Si on ne fait pas ça, on restera toujours figé à l’époque de la révélation avec les conséquences qu’on connaît, avec l’emprise des salafistes. La France est un lieu propice pour cette réflexion parce que nous y bénéficions d’une double liberté. D’abord parce qu’il n’y a pas une pression sociale comparable à celle qui existe dans les sociétés musulmanes. Ici, personne ne qualifie la pratique religieuse de quiconque. Ensuite, parce qu’ici il y a une tradition de liberté politique. L’islam en France n’est pas l’objet d’une manipulation politique destinée à conquérir le pouvoir ou à le faire perdurer, à l’instar de ce qui se passe dans le monde musulman.

Soheib Bencheikh, intellectuel et théologien musulman, ancien mufti de Marseille, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) Le droit à la différence était une revendication porteuse du droit à une identité. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque ce qu’on appelait le « système intégrationniste » était renvoyé à l’extrême droite. Avoir le droit à la différence, ça voulait dire qu’être d’origine maghrébine ou africaine, ne pas avoir « d’ancêtres gaulois », ce n’était pas péjoratif. Dans des réunions, on expliquait qu’il fallait relire les grands philosophes et les grands penseurs maghrébins. On croyait encore au socialisme, à la laïcité, et la religion appartenait encore au monde des ténèbres… C’est vrai, ça a été un échec total. Mais ça n’explique pas pourquoi il y a eu cette dérive totale vers l’islam extrémiste. (…) Il faut peut-être aussi se demander si ces comportements extrêmes sont suscités. Ou s’il n’y a pas dans l’évolution des systèmes sociaux et dans le désarroi idéologique et socioculturel un glissement vers des comportements extrêmes. (…) Moi, j’ai une interrogation sur le mal, sur la mort…

Lef Forster, avocat d’origine juive et « athée militant », Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) Avec le temps, la jeunesse issue de ces familles (regroupement familial), restée en marge des politiques publiques d’éducation et d’emploi, s’est retrouvée livrée à diverses influences idéologiques, notamment celle de l’Arabie saoudite qui s’est déployée massivement en finançant la construction de mosquées. Elles ont pris en charge ces jeunes qui, a priori, n’avaient aucune raison de se fondre dans l’islamisme. Il faut dire aussi que la gauche a été un acteur majeur dans cette affaire. Jusqu’en 1980, les immigrés et leurs enfants n’aspiraient qu’à s’intégrer dans la société française… Mais tout un courant d’idéologues de la gauche au pouvoir est venu leur expliquer qu’ils étaient différents. Vous imaginez le môme, il est né ici et dès la naissance on commence par lui expliquer qu’il est différend ! En réalité, ce « droit à la différence » qui apparaissait comme quelque chose de positif a marginalisé ces Français issus de l’immigration. La marche des Beurs, qui a marqué l’avènement de cette génération dans l’espace public, n’était pas organisée pour revendiquer le droit à la différence, mais pour dire que nous étions français et que nous voulions notre place dans cette société comme tout le monde ! Toute l’armada politique, SOS Racisme en tête, est responsable de l’enfermement de la jeunesse des banlieues.

Mohand Dehmous, chef d’entreprise, fondateur de Radio Beur, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.