L’inquiétant rêve babylonien

La Tour de Babel par Pieter Bruegel l’Ancien (peintre flamand 1525-1569). On note ce fait troublant : les fondations et les couches inférieures de la tour n’ont pas été finies avant que les couches supérieures ne soient construites.

1 / La fête de la ville s’est déroulée samedi dernier sur le thème de Babel (« pour nous mener au sommet » titre, en toute simplicité, le journal municipal Tous Montreuil) ; Continue reading →

M… alors ?

Une vibration étonnante du M…  Signe d’une politique hésitante qui se cherche ?

J’ai découvert le nouveau logo de la ville hier dans Tous Montreuil. Et comme chacun d’entre nous, il m’invite à dire ce que j’en pense puisque ce nouveau M a vocation à représenter Montreuil, donc tous les Montreuillois.

Une première question peut se poser : fallait-il le changer ?

Un logo n’est jamais éternel et, comme les journaux changent leurs formules et leurs maquettes régulièrement, les logos de marque ou d’identité de ville évoluent ou se modifient carrément… quand c’est nécessaire.

Le choix du moment n’est pas tant lié à ce qu’il faille quitter une époque « datée » ou que le goût du jour doive imposer son dictat. Il s’agit de beaucoup plus que cela, puisque toute identité visuelle (le logo) est un « visage » qui doit inviter à découvrir plus en profondeur le corps de l’institution qu’elle représente. Le logo donne un premier sens et invite à un partage de valeurs. C’est pourquoi il ne s’agit pas d’un simple dessin, mais de la première et de la plus visible pièce d’un système de communication. Un nouveau logo indique un système de communication rénové.

Bien sûr, personne ne peut s’empêcher de se poser cette question « Est-il joli ?». Cependant, le propos doit être relativisé. Certes l’esthétique existe et un logo peut être réussi ou raté, mais on ne peut pas se laisser guider par la phrase banale mais sans fondement et dangereuse : « les opinions sur les goûts et les couleurs, cela ne se discute pas… » Justement, il faut en discuter, et en premier chef avec les professionnels. Car la forme même d’un logo lui donne lisibilité. Le métier et l’art des professionnels permettent de lire directement par le dessin et cette force est bien supérieure à la commande des décideurs et plus encore aux explications a posteriori souvent signes de manque de sûreté dans le jugement.

Qu’est-ce que je ressens en découvrant le nouveau logo de Montreuil et sa présentation dans Tous Montreuil ? Un sentiment d’esquisse, de brouillon. Bref, de propositions… dont la présentation hésitante semble laisser à penser qu’il faudrait encore trier avant de faire le choix final.

En effet, si son apparence « vibrée », où se superposent quatre couleurs (jaune, rose, vert, bleu) est celle qui est privilégiée, du moins c’est ce qui apparaît en page 1 et en page 9 de Tous Montreuil (malgré la présence de quatre autres logos sans aucune vibration), ce mouvement vibrionnant n’est pas de toute première efficacité rétinienne et peut interroger sur la stabilité du cap choisi par la ville. Ses copies plus stables sont de loin supérieures.

Et c’est à cet endroit que la rhétorique des mots « explicatifs » est inutile tant le propos s’apparente à un gavage idéologique indigeste. On nous dit que cette vibration : « incarne la diversité montreuilloise toujours en mouvement. » Et puis le M symboliserait les toits d’usine (sorte de nostalgie d’un passé ancien puisque cette architecture est désormais peu représentée dans notre ville et par ailleurs peu tournée vers l’avenir), qui seraient équilibrés par le contrepoint d’une feuille naturelle tendue vers le ciel. Ce serait « la réconciliation du patrimoine industriel et de l’ambition écologique… tout en faisant un clin d’œil aux Murs à pêches. » N’en jetez plus, la musette du pique-nique argumentaire est pleine !

Car les interprétations peuvent être multiples. On peut y voir aussi la victoire de la jungle d’une nature reine commençant à prendre le dessus sur les ruines d’une industrie bannie. Un ami, particulièrement créatif, n’a pas vu la feuille mais le plumet final de la queue d’un charmant bovidé… Toujours la nature, mais ici pour chasser quelles mouches du coche ? D’autres pourraient penser à une tête de lutin malicieux, ou à une turgescence espérée.

Parlons couleurs. Leur superposition décalée leur est fatale. Chacun se souvient de ses utilisations enfantines des palettes de couleurs demandées par l’institutrice où les premiers pas de coloriste invitent à tenter le plus beau mélange de l’ensemble qui se traduit toujours par une couleur unique délicate à nommer. Par ailleurs, pourquoi trois superpositions de mélange distinctes ?

Le nombre des propositions peut surprendre aussi : 12 au total dont 7 vibrées.

En vérité, les 5 propositions en aplat et en une couleur – sans vibration – m’apparaissent les plus efficaces, car les plus simples. Mais pourquoi note-t-on ici la disparition de la couleur rose ? Enfin, j’ai du mal à mesurer l’intérêt de deux propositions de M jaunes, la première avec la base line (Montreuil.fr d’une judicieuse sobriété) en blanc et la seconde en jaune. Quelle utilité et quelle valeur ajoutée de l’une par rapport à l’autre ? Qui fera la différence ?

Je ne doute pas que ces couleurs se verront attribuées des fonctions bien précises dans un parcours de communication plus explicite. Par exemple, une couleur pourrait être distinctive pour la communication culturelle, une autre pour la communication des événements sportifs, etc. Attendons.

Au final, un fort sentiment de confusion et de dispersion alors que tout changement doit s’affirmer dans le calme, la simplicité et la stabilité. Les grands dessins, comme les grands desseins doivent être tranquilles et sûrs d’eux.

Mais je suis certain que la logique de communication trouvera tout son sens, encore flou, dans le lancement conjoint des nécessaires nouveaux outils de communication, au-delà du site Internet.

Enfin, et plus politiquement, on nous précise que le logo a été réalisé en interne. Pourquoi pas ? Ce choix n’apporte, ni n’enlève, qualité au travail rendu. Si son concepteur, doit être félicité, c’est uniquement pour son talent et non pour sa fonction. Même si la qualité et le potentiel des ressources internes de fonctionnaires sont ici révélés, et c’est ce qui doit être souligné. L’économie réalisée, un argument avancé, n’est pas primordial même si elle n’est pas négligeable : « pas de dépenses inconséquentes contrairement à ce qu’on peut entendre. » N’ayant rien entendu – et considérant par ailleurs que tout travail mérite salaire et toute action légitime justifiée mérite dépense – je ne doute pas que le montant sera un jour donné dans sa globalité. Car un logo, dès sa création, trouve vie dans sa représentation. A savoir, en-tête de papier à lettre, autocollants, enseignes municipales, véhicules, mobilier urbain, site Internet, etc.

Les plus belles couleurs vivifiantes seront alors renforcées par un budget à la transparence démocratique.