« Ça ira (1), fin de Louis », le début de partie de Joël Pommerat

 ÇA IRA (1) FIN DE LOUIS Une création théâtrale de JOËL POMMERAT Joël Pommerat : « Il ne s’agit pas d’une pièce politique mais d’une pièce dont le sujet est la politique » © Photo DR
Joël Pommerat : « Il ne s’agit pas d’une pièce politique mais d’une pièce dont le sujet est la politique » © Photo DR

Au cœur de la fournaise. Les spectateurs sont plongés dans le feu de l’Histoire avec « Ça ira (1) Fin de Louis » création théâtrale de Joël Pommerat. Notre histoire en l’occurrence puisqu’il s’agit de la Révolution, mais aussi plus généralement l’Histoire, puisque ces mois et ces années vont marquer le monde. Une émergence mouvementée pour une identité qui se révélera forte et fragile : Liberté, Égalité, Fraternité.

Grace à un dispositif scénique qui ne cède ni à la facilité ou volonté « participative », Joël Pommerat – avec sa coutumière maîtrise des lumières et ici particulièrement des sons, le tumulte qui agite Paris et Versailles surgit des passages permanents et divers des acteurs entre la salle et le plateau.

Nous, spectateurs, au fil des jours – le 14 juillet, le 4 août, … et au gré des lieux, la salle des États généraux (il y en avait trois : l’Église, la noblesse, le tiers état représentant 98 % de la population), les appartements du roi, l’Assemblée nationale finalement constituée, une assemblée de quartier,… – pouvons nous être successivement citoyens, députés… ou rester simple spectateurs du théâtre rêvé, le théâtre-agora.

Ce n’est pas la moindre qualité d’un spectacle vanté par la quasi-totalité des critiques (fait rare) que de nous positionner face à et dans le même temps acteur d’une actualité. Joël Pommerat parle d’une « fiction vraie » puisque que « Nous ne pouvons pas reconstituer le passé. Le passé n’existe plus. » Nous vivons donc dans ce passé-présent, dans son échauffement et ses brutalités. Particulièrement au sein de l’Assemblée nationale ou des mots, on passe vite à l’invective et parfois aux mains. Avec les doutes qui saisissent les uns et les autres bien que plus certains que d’autres. Avec des dogmatiques intransigeants et parfois dangereux pour leur propre cause, mais qui veulent demeurer, sans faille pensent-ils, la voix de révolte contre une oppression de siècles entiers. Tous, mais là encore plus certains que d’autres, pressentent que leur obligation de vision est la seule action qui permettra à la Révolution, notamment par l’écriture et la publication de la Constitution des droits de l’homme et du citoyen, d’inscrire à jamais la société nouvelle de justice pour tous. Et tous doivent faire face aux questions de tout responsable du pouvoir – notamment la question du quotidien permanente au fil du temps – la liberté, oui, mais le pain ? Et cette autre : quelle priorité ? Répondre aux besoins du peuple, oui ! Mais jusqu’à le suivre dans toutes ses demandes et ses dérives ? Substituer la dictature du peuple à celle du roi ?

Les débats auxquels nous assistons passent de la haute tenue et haute responsabilité… au secondaire dans lequel ils peuvent sombrer. Voire le futile et déjà aussi le jeu politicien.

Puisque les scènes sont de notre réalité par les costumes et technologie notamment, Joël Pommerat souligne aussi cette autre constante, le besoin de Guide. Il y en a eu, avec les rois et les dieux. Il y en aura avec l’Être suprême qui naîtra bientôt, et l’on sait que les grands timoniers révolutionnaires ne manqueront pas ensuite. Il y en a encore, même des placides. Peu importe que le Guide soit fort, il faut d’abord qu’il soit à l’écoute… et même s’il n’est pas pleinement juste il reste le père de la nation. La rencontre de la délégation de citoyens d’une assemblée de quartier de Paris et du bon Louis est poignante sur ce point car l’on sait, à l’heure des moyens de communication d’aujourd’hui, combien « l’image » peut encore servir à combler le vide d’action et de réflexion. On sait aussi combien peu y échappent. Pas plus la reine Marie-Antoinette, qui se tourne vers les objectifs de la presse lorsque son époux roi s’adresse aux représentants du peuple, que la Parisienne d’un district électoral qui tient à faire son « selfie » avec son roi-idole lors de la rencontre d’une délégation d’une assemblée de quartier à Versailles.

Je ne saurai trop conseiller, notamment à tout élu et électeur (cela fait malgré tout encore du monde…) de découvrir ce « Ça ira ». Il nous enseigne combien ce vivre ensemble de la démocratie du débat oblige à de durs combats, de tristes désillusions, mais aussi à des réflexions abouties et une responsabilité assumée pour exister dans la liberté.

ÇA IRA (1) FIN DE LOUIS

Jusqu’au dimanche 29 novembre 2015

Réservation au 01 46 14 70 00

Théâtre des Amandiers-Nanterre (CDN)

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