Désirs des dieux et des hommes. Phèdre(s) à l’Odéon.

"D'Ishtar à Jessica Lange, partant de la beauté, passant par la cruauté, l'innocence et la pureté, tel est le périple de Phèdre(s) vers sa réalité." Daniel Loayza (extrait du texte de présentation). © Photo de répétition Pascal Victor
« D’Ishtar à Jessica Lange, partant de la beauté, passant par la cruauté, l’innocence et la pureté, tel est le périple de Phèdre(s) vers sa réalité. » Daniel Loayza (extrait du texte de présentation). © Photo de répétition Pascal Victor

Les Phèdre(s) de Krzysztof Warlikowski ont toutes le désir au ventre. Au bas ventre afin qu’il ne subsiste aucune ambigüité. Le mystère de l’extase va jusqu’à interroger la Vierge Marie enfanté par Dieu dans le troisième volet du triptyque inspiré d’un roman de John Maxwell Coetzee. Nous abordons alors, après les Phèdre(s) d’Euripide et de Sénèque, source de l’écrit de Wajdi Mouawad qui ouvre la pièce et celle de Sarah Kane, vide du désespoir et de la vacuité de la vie contemporaine, le seuil où l’on ne sait si l’interdit du plaisir par Dieu l’emporte sur nos rêves de dieux du plaisir. Peut-on leur parler ? Nous ont-ils légué cette douleur pour s’en amuser, s’en défaire, vivre leur pureté ? Ou à l’inverse nous l’interdisent-ils pour en profiter seuls dans leurs cieux protégés ? Les trois écritures contemporaines s’emboitent avant que ne ressurgisse au final le Phèdre (et Hippolyte) de Jean Racine. Isabelle Huppert est magnifique et porte l’insondable et fatale loi du désir de manière incandescente. Nous brûlons avec elle par la puissance et l’étendue de son jeu qui atteint ici au plus haut. Balzac écrivait : «  L’extase religieuse est la folie de la pensée dégagée de ses liens corporels; tandis que, dans l’extase amoureuse, se confondent, s’unissent et s’embrassent les forces des deux natures. » Le travail rigoureux de Krzysztof Warlikowski sur le mythe Phèdre, considère l’équation plus incertaine et nous entraîne dans le labyrinthe de nos errances terrestres, de nos espoirs divins où la tragédie humaine demeure toujours contemporaine.

Jusqu’au 13 mai.

Réservations : 01 44 85 4040

Théâtre de l’Odéon. 75006 – Paris

 

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