José Montalvo, le magicien utopiste

José MontalvoLe « Don Quichotte du Trocadéro » est un enfant qui garde les yeux grands ouverts sur ses rêves. Ils ne s’éteignent pas avec ses nuits d’adulte. Aujourd’hui, ils illuminent la scène du Théâtre national de Chaillot peuplée pour l’occasion de notre entière humanité, bien au-delà des frontières du vent qui balaie et du soleil qui écrase les plateaux élevés de La Mancha.

Depuis toujours le chorégraphe José Montalvo œuvre, par un naturel qui lui semble inné, pour la transversalité et la transdisciplinarité des Arts. Il en produit des œuvres fortes. Avec lui, comme rarement, nous sommes exposés à la croisée de nos possibles destinées et sans cesse il nous propose la plus belle voie : celle rêvée qui serait commune.

Son « Don Quichotte » ne cède en rien à cette vitalité et espérance profonde et nous propose des explosions de joie, des moments de partages simples, des regards attentifs et doux. Nous assistons à un poème. De danse(s) tout d’abord et avant tout.  Des danses aux expressions plurielles menées sur la base du ballet Don Quichotte créé par Marius Petitpa sur la composition de Léon Minkus à Saint-Pétersbourg en 1869 et inspiré par l’épisode des Noces de Gamache, extrait de l’œuvre de Cervantès. Se répondent alors et s’unissent, danseuses et danseurs, venus d’horizons aussi différents que le classique – Carole Arbo, ancienne étoile de l’Opéra de Paris et pédagogue a assuré le rôle de répétitrice pour les parties historiques – peut l’être du hip-hop, du tango, des claquettes ou du flamenco.

Une idée exceptionnelle : le choix du comédien Patrice Thibaud pour le rôle titre. Rompu aux métiers du théâtre il est d’une force comique étonnante jouant notamment du mime qui nous entraîne grandement dans ce monde de l’innocence où l’on chevauche des chevaux imaginaires, où l’on joue au « beau », où l’on dirige des orchestres et des ballets imaginaires. Cette légèreté qui rappelle le film d’Albert Lamorisse « Le ballon rouge » n’empêche pas de grands moments carrément burlesque. On ne sait plus si l’on a croisé Groucho Marx et ses nombreux tours sortis de son imperméable, le regard de Keaton étonné du monde et des catastrophes que lui-même engendre… A chacun ses références… Il y a aussi le génie humaniste de Chaplin grâce à – comme toujours chez Montalvo –  ce travail vidéo partie prenante du spectacle et qui joue avec les interprètes avec notamment le parcours d’un vieux Monsieur dans le métro parisien qui nous réconcilie avec les foules croisées dans les couloirs et détourne l’inanité des publicités pour en faire autant de moment de jeux et de partage.

Comment enfin ne pas penser à Tati immortalisé par « L’illusionniste », le si beau dessin animé de Sylvain Chomet qui honorait les premier pas de music hall de notre grand oncle à tous ? A Chaillot, une belle famille de magiciens de l’utopie…

Don Quichotte du Trocadéro jusqu’au 8 février, salle Jean Vilar

Théâtre national de Chaillot, place du Trocadéro – Métro : Trocadéro

Du mardi au samedi à 20h30. Relâche dimanche et lundi, sauf dimanche 27 janvier à 15h30.

Réservation : 01 53 65 30 00

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