La mélancolie salvatrice des Chiens de Navarre

Inspirée de l'oeuvre de Stig Dagerman "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier".
Inspirée de l’oeuvre de Stig Dagerman “Notre besoin de consolation est impossible à rassasier”.

 

Vu hier soir à la Mac de Créteil… à voir bientôt aux Bouffes du Nord. Une nouvelle fois bouleversé – et mort de rire – par cette meute de chiens fous d’un monde meilleur.

Notre monde en effet… Même celui des vacances où la pétanque se joue entre amis de repos est celui d’une terre retournée – champ de bataille ? – où trainent des palettes de bois utilisées pour on ne sait quel déchargement… Un moment passé de travail sans doute. Des charges de travail si difficiles à trouver pour lesquelles les obstacles à franchir sont autant de remparts pour ceux qui ne les obtiennent pas. Autant de cellules de culpabilisation où ils sont enfermés. Le lot des séances de coaching s’enchaînent alors où les pseudo-scientifiques révèlent toute la perversité du système qui retourne la preuve de la faute à celui qui erre dans ce désert de sentiments. Où sont les espoirs de bonne volonté ? Terrible scène où l’humiliation des déracinés de la terre se traduit par l’injonction d’une gourou autoritaire – folle de pouvoir – à n’autoriser qu’un mot à celle qu’elle prétend reconstruire : « Je suis ». Un mot répété à son envie de jouissance, au dégoût de l’autre que l’on exhibe et crucifie.

Naturellement, les Chiens de Navarre, même en meute restent maîtres de la situation dans « Quand je pense qu’on va vieillir ensemble ». Malgré un jeu qui laisse place à l’improvisation les réparties sont hilarantes parce que construites sur un texte serré. Sans failles. Propos cruels, déchirant, mais profondément drôle. Nous sommes proches, par certaines scènes, des débuts de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff (les années 80), mais avec davantage d’espoir et de volonté de bonheur qui transpercent la chape de plomb de l’échec qui écrase ces paumés ni affreux, ni sales, ni méchants mais sachant rires d’eux-mêmes comme les héros italiens d’Ettore Scola. Dérision donc et même image fleur bleue et crie de vie dès l’ouverture du spectacle avec un playback déjanté du « I’ve been loving you too long » d’Otis Redding jusqu’à ce final où deux êtres-fleurs (c’est un classique pour les Chiens de Navarre) chassent les nuages de leurs têtes pendant qu’une pluie salvatrice nettoie le plateau de celui qui s’y était répandu jusqu’à engloutir les spectateurs. Visiteurs d’un soir pour un voyage en enfance parcouru en moins de deux heures. Comme le dit Jean-Christophe Meurisse : “la pièce est en quelque sorte un mini-guide pour faire face lorsqu’on a besoin de se faire aider.”

Au théâtre des Bouffes du Nord du 14 mai 2013 au 25 mai 2013

37 bis, bd de La Chapelle, 75010 Paris.

Location : Tél. : +33 (1) 46 07 34 50
E-mail : location@bouffesdunord.com

Quand je pense qu’on va vieillir ensemble

Compagnie Les Chiens de Navarre / Jean-Christophe Meurisse

Une création collective des Chiens de Navarre, dirigée par Jean-Christophe Meurisse. Avec : Caroline Binder, Céline Fuhrer, Robert Hatisi, Manu Laskar, Thomas Scimeca, Anne-Elodie Sorlin, Maxence Tual, Jean-Luc Vincent
Création lumières et régie générale :Vincent Millet, Régie plateau : Yvon Julou, Création son : Isabelle Fuchs. Administration, production et diffusion : Antoine Blesson et Claire Nollez. Production : Le Grand Gardon Blanc / Chiens de Navarre. Résidence et coproduction : Les Subsistances, Lyon ; Parc de la Villette (résidence d’artistes 2012) ; Le Parapluie, centre international de création artistique, Aurillac ; C.I.C.T. / Théâtre des Bouffes du Nord. Coproduction : Maison des Arts de Créteil ; TAP Théâtre Auditorium de Poitiers ; ARCADI (Action Régionale pour la Création Artistique et la Diffusion en Île-de-France). Avec le soutien du Fonds SACD Théâtre et de la SPEDIDAM. Spectacle répété aussi au Théâtre de la Bastille avec son soutien technique.

Création le 19 février 2013 aux Subsistances à Lyon.

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