Le Méliès dans Le Monde

Bel et juste article sur le cinéma Le Méliès d’Isabelle Regnier dans Le Monde daté de demain * Deux remarques néanmoins. Stéphane Goudet, dont les talents sont ici mis à l’honneur, précise qu’il a du « mener combat » avec deux équipes municipales afin que le projet d’un Méliès agrandi à six salles, permettant ainsi une durée sur l’écran plus longue des films projetés, soit retenu. C’est vrai… partiellement. Une première précision, le premier adjoint à la culture de Dominique Voynet que j’étais à l’époque où le projet a été définitivement entériné a toujours été convaincu de la nécessité d’un tel « nouveau Méliès ». Je sais que ce ne fut pas initialement le cas du maire précédent (même s’il s’était rallié à ce choix) et je sais aussi qu’il m’a fallu échanger avec certains de mes collègues de la majorité pour faire valoir mon point de vue, que j’ai toujours présenté comme tel au Conseil du cinéma. Une seconde « nuance  » : concernant les débats avec UGC et MK2, je sais gré à la maire actuelle d’avoir oeuvré avec constance pour « apaiser » le débat avec ces deux grands distributeurs. La « guerre ouverte » lancée précédemment se devait d’être dépassée pour avancer et mettre fin à un blocage où l’irrationnel et l’irresponsabilité avaient pris le dessus sur l’analyse objective du dossier. Je suis heureux que les nombreux  échanges et les réunions aient pu porter leurs fruits. Et aujourd’hui, je me réjouis de voir Le Monde inviter ses lecteurs à découvrir – dès maintenant et demain – notre cinéma municipal effectivement inventif et au public passionné. Texte ci-après.Projetez une comédie musicale en version sous-titrée, invitez le public à en chanter les chansons, et vous obtiendrez un ciné-karaoké. L’idée est simple, mais il fallait y penser. A Montreuil, au rez-de-chaussée du centre commercial de la Croix-de-Chavaux, elle contribue depuis des années au succès du Méliès, cinéma municipal où se pressent près de 200 000 spectateurs chaque année. Attirés par la qualité et l’éclectisme de la programmation (classée « Art et essai », « Recherche et découverte », « Jeune public » et « Répertoire et patrimoine »), par la chaleur de l’accueil, par une inventivité sans cesse renouvelée dans la manière d’animer les séances, ils sont représentatifs, assure Stéphane Goudet, le directeur de la salle, de la diversité sociale de la ville de Montreuil. « Le Méliès, dit- il, est un creuset utopique de mixité sociale. »

Créé en 1971 par le distributeur UGC, racheté par la municipalité à la fin de la décennie, puis confié à une association jusqu’en 2001, le cinéma Le Méliès est sous la res- ponsabilité de Stéphane Goudet depuis 2002. Inscrivant sa pro- grammation dans la continuité de celle, très sociale et politique, de ses prédécesseurs, ce critique de cinéma, maître de conférences à l’université Paris-I (Panthéon-Sor- bonne) en a largement ouvert le spectre, en multipliant les manières d’aborder les films.

La liste des cinéastes qui viennent présenter leurs œuvres en avant-première sur place (Apichatpong Weerasethakul, Monte Hellman, Ken Loach, Stephen Frears…) est impressionnante. Mais le programmateur ne se contente pas de les faire venir. Il provoque des rencontres inattendues, entre Hong Sang-soo et Claire Denis par exemple, entre Wes Anderson et Peter Bogdanovich, entre les frères Dardenne et Armand Gatti… « Il y a de l’imagination autour des films, note la réalisatrice Solveig Anspach, Montreuilloise depuis dix-sept ans. Stéphane Goudet comprend les spectateurs, comprend les cinéphiles, comprend les cinéastes. C’est ce qui fait que l’on a tant de plaisir à venir dans sa salle. »

Au Méliès, le cinéma est envisagé dans son rapport au monde, aux autres disciplines aussi. Lors des Ecrans philosophiques, organisés au Méliès en coopération avec le Collège international de philosophie et la Maison populaire de Mon- treuil, auxquels devrait bientôt se rallier le Kingston College de Londres, les films sont décryptés par des philosophes. L’une des trois sal- les du cinéma a aussi récemment accueilli une lecture dans le noir d’Insomnie, un texte de Jon Fosse. La critique prend aussi ici des formes      inédites. Celle         de « battles » par exemple, joutes verbales organisées entre étudiants de cinéma après la projection d’un film.

Sur le plan social et politique, le programmateur n’est pas en reste. Il a mis en place, après les émeutes des banlieues en 2005, les « actualités démocratiques » : « L’idée était d’inciter les spectateurs à filmer leurs propres actualités. On a créé un atelier de montage et on diffusait les films comme les actualités Pathé d’antan. C’était ma réaction à la couverture médiatique des événements de l’époque, que j’avais trouvée ignoble. » Stéphane Goudet veut plus d’espace pour montrer les films plus longtemps. Jonglant avec ses casquettes, le programmateur fait feu de tout bois. Comme le dit le cinéaste Dominik Moll, membre du conseil du cinéma de Montreuil : « Son enthousiasme est démultiplié par un carnet d’adresses, qu’il a bien fourni.» Cet activisme festif qu’il partage avec son équipe se traduit par une fréquentation soutenue, un public renouvelé, beaucoup plus jeune surtout, à en croire le directeur, que la moyenne des cinémas d’art et essai en France. Pour le sien, l’ambition de Stéphane Goudet semble de fait sans limite. Toujours à la recherche de nouveau spectateurs, il multiplie les programmations hors les murs, les coopérations, navigue sur tout le spectre de l’art et essai, voire au-delà : « Les gens qui viennent voir Omar m’a tuer découvrent la bande-annonce d’Une séparation, et potentiellement reviennent pour le voir. »

Il veut plus d’espace aussi, pour montrer les films plus longtemps, résister à la tendance à l’accélération de la rotation. Pour favoriser la convivialité aussi. C’est le sens du combat qu’il a mené pendant des années pour convaincre deux équipes municipales successives de lui confier la gestion d’un nouveau multiplexe créé dans le cadre du projet de rénovation du centre-ville de Montreuil, et pour contrer dans le même temps l’attaque en concurrence déloyale très médiatisée qu’ont menée de concert, contre son projet, UGC et MK2.

Avec succès. Fin 2012, le cinéma devrait sortir de terre. En face de la mairie, dans un beau bâtiment comprenant six salles (une capacité totale de 1 200 spectateurs), un café, un lieu d’exposition, une terrasse. Comme le scandaient en 2009 les manifestants qui piétinaient devant le MK2 Biblio- thèque pour obtenir de MK2 et d’UGC qu’ils retirent leur plainte : « La banlieue aussi a droit à l’excellence. »

Isabelle Regnier

* (n’hésitez donc pas à l’acheter, il est encore en kiosque). Même si je n’hésite pas à placer le texte ci-dessous. Il faut défendre la presse sinon les journaux meurent (La Tribune quasiment) et les kiosques ferment (notre plus grand montreuillois de la Croix-de-Chavaux).

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