Les foisonnantes enjambées de François Tanguy

photo : © Didier Grappe

Je suis allé voir une pièce de théâtre * et j’ai vu une symphonie. Je dis bien : « Voir ». Ce ne sont pas le titre « Onzième » (référence au onzième quatuor de Beethoven) ni l’extraordinaire montage de musiques et de sons que j’évoque. Non, c’est cet ensemble où les textes, les images, les chants d’oiseaux et bruits de vie, les images et les mouvements perpétuels des acteurs et du décor – porté au sens littéral du terme – qui me sont en mémoire. François Tanguy propose un objet d’art total… sauf qu’il est bien celui du plateau que le metteur en scène du Théâtre du Radeau possède en maître. Il semble que ce soit une nouvelle fois même si personnellement je le découvre ici. J’ai eu le sentiment de voir une pièce se construire en direct devant moi alors que l’utilisation à ce point « millimétrée » de ces panneaux coulissants, de ces planches et armoires, de ces rideaux, et de cette chorégraphie « d’enjambées » résultent d’une longue recherche et de répétitions dont le résultat fait penser aux touches d’un tableau de maître impressionniste. Sont convoqués Bach, Beethoven, Boulez, Chostakovitch, Purcell, Schubert, Sibelius… Artaud, Dante, Dostoïevski, Kafka, Shakespeare, Virgile… et d’autres sur un plateau aux perspectives sans cesse renouvelées. A nous de les saisir, comme on les entends, comme on le peut, de les absorber par porosité dans cette suite d’instants où le langage des mots n’est pas le seul à nous toucher. Un clavier bien tempéré qui fait sens et transporte. François Tanguy, devenu en 1982 le metteur en scène du Théâtre du Radeau fondé en 1977 crée, aux côtés de Laurence Chable sa propre compagnie qu’il installe dans une ancienne succursale automobile (au Mans) qui deviendra la Fonderie en 1992. Depuis 1997, ses spectacles tournent aussi bien sur les grandes scènes de théâtre que sous une grande structure mobile, La Tente. La création d’œuvres exigeantes, fragiles et marquantes doit certainement beaucoup à cette résidence ancrée de longue date dans la Sarthe.

* « Onzième », de François Tanguy et le Théâtre du Radeau.

Au Théâtre de Gennevilliers (T2G), dans le cadre du Festival d’automne, du 25 novembre au 14 décembre.

Représentations : mardi et jeudi 19h30, mercredi et vendredi 20h30, samedi 17h00 et 20h30, dimanche 15h00 et 18h00. Relâche lundi. Réservation au 01 41 32 26 26

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