LOIN DES HOMMES – Albert Camus / David Oelhoffen.

"La vie, la vie, la vie ! Choisis la vie" implore quasiment l'instituteur Daru à son prisonnier. Sa dernière leçon.
« La vie, la vie, la vie ! Choisis la vie » implore quasiment l’instituteur Daru à son prisonnier. Sa dernière leçon.

Il est rare qu’un film traduise la richesse d’une nouvelle ou d’un roman dont il s’inspire. Il arrive bien sûr que le film possède sa propre et belle qualité le plus souvent très différente de l’écrit initial, et c’est déjà beaucoup.

Avec son film Loin des hommes, le réalisateur français David Oelhoffen est parvenu à réussir un beau film en respectant pleinement le sens profond de la nouvelle L’Hôte du prix Nobel de littérature en 1957. Et pourtant l’inspiration reste très libre, mais il est vrai qu’ Albert Camus lui-même a dit du texte inclus dans le recueil L’Exil et le Royaume qu’il pouvait être différemment interprété puisque dans ses écritures successives le choix final était parfois laissé en suspens.

Comme L’Hôte est une nouvelle courte, ce qui n’est pas une très bonne raison j’en conviens, j’invite à cette « double lecture » de l’histoire de Daru, instituteur français d’origine espagnole et de son prisonnier, paysan algérien meurtrier de son cousin, qui se déroule sur les plateaux et au coeur des déserts de pierre des montagnes de l’Atlas.

Dans le volume de La Pléiade (Gallimard) où se trouve L’Exil et le Royaume, dans des pages consacrées aux Textes épars, je note celui-ci, comme un écho au film et plus généralement au cinéma et à son rôle dans notre société. Albert Camus écrivait à propos du film I want to live ** (Robert Wise – 1958), encore cette vie si présente, radicale et essentielle pour l’auteur, cette vie que dans Loin des hommes, l’instituteur Daru offre comme salut à son prisonnier : « L’histoire sans pitié que retrace ce film est une histoire vraie. Il fallait que cette histoire soit racontée au monde entier ; il faudrait que le monde entier la regarde et l’écoute. À quoi servirait le cinéma s’il ne servait à nous mettre en face des réalités de notre temps ? Voici la réalité de notre temps, et nous n’avons pas le droit de l’ignorer. Un jour viendra où de semblables documents nous sembleront le témoignage de temps préhistoriques, où nous ne les comprendrons pas plus que nous ne comprenons qu’en d’autres siècles on ait pu brûler des sorcières ou couper la main droite des voleurs. Ce jour de véritable civilisation est encore à venir, en Amérique comme en France, mais l’honneur de ce film est de contribuer au moins à son avènement. »

* Présent sur les écrans en ce moment.

** Je veux vivre de Robert Wise raconte l’histoire vraie de la vie et de l’exécution de Barbara Graham (jouée par Susan Hayward qui a reçu l’Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle en 1959) accusée à tort du meurtre d’une riche veuve.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *