Merci Monsieur Méliès

En l'honneur de Méliès, le film de Martin Scorcese à partir du livre/images de Brian Selznik
En l’honneur de Méliès, le film de Martin Scorcese à partir du livre/images de Brian Selznik

Hier soir, pour la clôture des festivités du 40ème anniversaire de notre cinéma Méliès de Montreuil, Merveilleuse soirée. Avec la projection – en parallèle dans deux salles combles et comblées – du film Hugo Cabret du grand Martin Scorcese, aucun plus bel hommage n’aurait pu être rendu. Nous avons vibré à l’émouvante présence des descendants de Georges Méliès et la vision de son studio reconstitué à l’identique de celui qui, au début des années 1900, se trouvait à quelques centaines de mètres de notre écran du jour et ouvrait la voie au 7ème Art. En effet, au-delà des approches historiques différentes sur l’inventeur réel du cinéma (Edison, les frères Lumière, Méliès…), c’est bien à l’illusionniste de Montreuil et au cinéma que la soirée était consacrée. Les membres de la famille Méliès font aujourd’hui le tour du monde pour participer aux nombreux débats autour des 220 films miraculeusement sauvés (alors que durant longtemps, les 400 à 500 produits furent considérés comme perdus) et les présenter, comme ce Voyage dans la lune (qui a fait l’ouverture du Festival de Cannes 2011) de 1902 rénové et coloré image par image, comme c’était le cas à l’époque. Les Montreuillois l’ont découvert hier soir accompagné d’une musique contemporaine composée par le groupe Air. Car Méliès est vivant. Et c’est bien ce qu’est venu dire Michel Gondry, réalisateur (dont nous avons pu voir son film suèdé Taxi Driver que Martin Scorcese a tant aimé qu’il veut le montrer à son ami Bob alias Robert de Niro) dont le père a travaillé chez le fabricant des enceintes réputées Audax jusqu’à ce que l’entreprise cesse son activité. L’écrivain dessinateur américain Brian Selznik, auteur du livre L’invention de Hugo Cabret *, que Martin Scorcese a porté à l’écran, était là pour dire son parcours qu’il l’a mené à découvrir les œuvres et la vie de Georges Méliès alors qu’il n’y connaissant que goutte au cinéma. De Méliès à Truffaut, en passant par Vigo et Réné Clair il s’est avec élégance moqué de lui-même en évoquant ce parcours initiatique né de sa vision du Voyage dans la lune vu à la télévision américaine. Un chemin imprévu qui l’a mené à cette rencontre, incroyable pour lui, avec Martin Scorcese le réalisateur probablement le plus érudit du cinéma mondial.Le réalisateur New-Yorkais a peut-être signé ici un rêve d’enfant avec son film de transmission de l’amour du cinéma, de sa technique (de cette mécanique ancienne et cliquetante au silence du numérique en 3D, de ses pellicules et produits chimiques aux successions des 01 assemblés dans des compositions infinies), de ses grands noms – réalisateurs et acteurs – et de son essence : nous emmener dans nos rêves (en créer ?). Les rêves les plus fous et démesurés puisque dès Méliès les trucages et le montage habile sont les outils des nouveaux Magiciens et qu’aujourd’hui les palettes graphiques nous immergent avec plus de « réalisme » encore dans des univers reconstitués ou créés de toute pièce. Les rêves les plus beaux car le cinéma des plus grands est celui de l’amour et de l’espoir. Buster Keaton assis sur la transmission de la locomotive dans Le mécano de la General, le regard de Chaplin assis aux côtés du Kid, le bondissant Douglas Fairbanks Jr. dans Sinbad le marin, toujours la poésie du cinéma rapproche les hommes. Il les « répare » nous dit Hugo Cabret, à travers ce jeune garçon qui, par ses talent d’horloger et la recherche de ses parents perdus, réparera l’automate disparu de Georges Méliès, mais aussi son créateur qui retrouvera vie après son oubli consécutif à la première guerre mondiale qui l’avait détruit car elle avait détruit tous les hommes. Comme toutes les guerres.

Merci Martin Scorcese, Merci Georges Méliès… et Merci Montreuil qui a su, après mûre réflexion et approche sérieuse d’un dossier devenu délicat, mené combat et discussion raisonnée pour la défense de son cinéma municipal garant des richesses louées hier soir. Il a fallu pour cela franchir et dépasser les simples approches techniques et financières et se départir de schémas culturels qui parfois en découlent ou d’autres utopistes et hors temps comme hors sol. Je le dis pour y avoir, à la place d’adjoint à la culture qui était la mienne alors, participer avec d’autres, notamment avec la maire. Ce qui fait que demain (en 2013), le nouveau cinéma Méliès, avec ses six salles installées au centre ville qui en feront le plus grand cinéma municipal de France, portera encore davantage les rêves de Georges Méliès et continuera d’en honorer les disciples du monde entier. Que l’avenir soit effectivement dans la ligne du propos introductif de notre maire, Dominique Voynet hier soir. Dans sa complétude. La vie du Méliès de Montreuil de demain, avec toutes les évolutions qui ne manqueront pas d’être nécessaires comme pour tout organisme vivant (et le cinéma l’est particulièrement !), est placée sur de bons rails grâce au travail enthousiaste, patient, professionnel et tenace de son équipe dirigée aujourd’hui par Stéphane Goudet. Sans oublier ses prédécesseurs. Les moyens nouveaux qui lui seront donnés demain vont permettre, sans nul doute, d’emmener dans de nouveaux rêves les Montreuillois, déjà pour beaucoup cinéphiles, mais aussi d’autres, tous les publics, pour lesquels l’effort de conquête est nécessairement permanent. Cela s’appelle l’action culturelle et l’éducation artistique.

* Selznik (Brian), L’invention de Hugo Cabret, Bayard Jeunesse, 2011

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