Quand un acteur vous emporte : Dick Roofthoof

Photo : Lise Prinsen

Il est des acteurs qui brûlent les planches et illuminent les regards et les consciences. A jamais. Si chacun peut avoir sa propre idée « des grands et très grands » artistes, composant ainsi des listes qui n’ont que peu de valeur – et c’est bien sûr mon cas – il reste que certains entrent dans la reconnaissance universelle, avec celle de première importance provenant de leurs pairs. Choisir des noms c’est vite tomber dans l’émotionnel (et pourquoi pas d’ailleurs…) et glisser dans l’injuste et l’oubli tant, rapidement, on a envie d’en saluer de nouveaux… de ne pas oublier ceux qui « à leur époque », etc.

Pourtant je sacrifie ici à l’exercice, toute maladresse assumée. Je veux parler  de Dirk Roofthooft, acteur belge né à Anvers. Je l’ai vu pour la troisième fois *, hier soir, au Théâtre national de Chaillot, dans ce qui est nommé avec une si belle humilité et grande justesse comme une « dramaturgie de texte, jeu. » Accompagné par Kris Deefoort, pianiste belge lui-aussi, ayant fait ses classes à New-York avec le Lionel Hampton Big Band (avec Dizzy Gillespie en invité), il a présenté Les concerts Brodsky,* * choix de textes lus et chantés du poète américain, d’origine russe (condamné en 1965 en URSS pour cause de « parasitisme social ») et prix Nobel de littérature en 1987, Joseph Brodsky.

La finesse de jeu, des gestes esquissés par un simple mouvement de doigts comme on tente de l’apprécier dans la danse indienne, des sifflements ou des chuchotements aux rugissements, Dirk Roofthooft possède son art à faire vibrer le plateau, rire et pleurer le public. Simplement, sans cabotinage aucun (alors qu’il est une grande vedette de cinéma et de télévision aussi, et nous savons que parfois le succès peut gâter les meilleurs). Faire naître aussi ces silences sans pesanteur, avec au contraire cette légèreté qui permet à la réflexion de s’installer suffisamment pour que l’on puisse y revenir plus tard, seul, chez soi…Nous avons en France un nombre croissant d’excellents jeunes acteurs au talent non prometteur mais déjà affirmé. Nous avons nos « anciens » que l’évocation d’un seul, l’immense Michel Bouquet, suffit à honorer. Dirk Roothooft est de cette trempe là et me rappelle le regretté Philippe Clévenot. Tous deux m’apparaissent des princes poètes de la scène comme l’était probablement Gérard Philipe pour ceux qui ont la chance de le voir sur scène.

Dirk Roofthooft et Kris Defoort sont en résidence à LOD (Gand). Le pianiste depuis 1998, ce qui en dit long sur la capacité à « aider » un artiste renommé sur une longue durée. LOD est une maison de production pour opéra et autre théâtre musical qui depuis plus de 20 ans se porte garant pour un travail artistique novateur. LOD détermine des trajets artistiques avec une équipe d’artistes. Ensembles, ils s’occupent d’un large éventail de projets dans lesquels beaucoup de genres artistiques différents se rencontrent.

Les compositeurs LOD sont appréciés pour leur approche contemporaine du théâtre musical. Leur travail est extrêmement hybride et difficile à catégoriser, mais toujours le résultat d’une recherche artistique poussée et d’un grand plaisir de jeu et de création.

LOD accorde une importance particulière à la coopération avec des artistes wallons. En témoignent De Duivel Beduveld, Les Aveugles (mars 2012 – avec Patrick Corillon) et Middle East (avec Philippe Blasband).

LOD bénéficie de nombreux partenariats en Belgique et à l’étranger, dont deSingel (Anvers), La Monnaie/De Munt (Bruxelles), het Concertgebouw (Bruges), de Vlaamse Opera (Gand), Rotterdamse Schouwburg (Rotterdam, NL), Le Maillon (Strasbourg, FR), L’opéra de Dijon (FR), Le Grand Théâtre de Luxembourg (LU), L’Hippodrôme (Douai) en plusieurs d’autres.

* Dans la même salle Gémier, j’avais assisté à Le Roi du plagiat et Le Serviteur de la beauté, deux pièces  de trois solos écrits et mis en scène par Jan Fabre (le troisième texte étant L’Empereur de la perte). J’avais été ébloui… bien que mon approche fût quelque peu prudente sinon rétive puisque je n’avais pas apprécié  – pas du tout ! – ses prestations en tant qu’invité d’honneur au Festival d’Avignon de 2005. Mais là, lui-aussi, m’avait conquis et j’avais même à l’époque recommandé ses textes sur mon blog daniel-chaize.com dans mes “Chemins de lecture”.

* * Jusqu’au 26 novembre à 20h30. Relâche, 20, 21 et 24 novembre.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *