Seuls, flammes parmi les étoiles

© Photo Thibaut Baron
© Photo Thibaut Baron

Scène finale virtuose, une image qu’on ne peut oublier. Le fils prodigue entre littéralement dans la chair de son père comme le héros de Pedro Aldomovar retrouvait sa mère dans « Tout sur ma mère » et pour, se retournant face au public, naître ou re-naitre serein face aux mêmes étoiles qu’il comptait dans le ciel, enfant silencieux et curieux, la tête posée sur son chien aimé. Ici c’est le tableau de Rembrandt exposé au musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg qui invite Wajdi Mouawad à se poser cette question : « Qu’a éprouvé Rembrandt en peignant les mains du père posées sur le dos du fils ? ». Dans « Seuls », l’auteur metteur en scène s’interroge sur la nature de cet enfant prodigue. Auteur majeur du théâtre contemporain Wajdi Mouawad sait aussi que la parole est prodigue mais qu’il faut savoir la limiter puisqu’elle est aussi mensonge pour les autres et pour soi-même. Car ce n’est pas cette flamme dangereuse que « Seuls » nous fait partager, c’est celle merveilleuse de nos destins uniques, ce désir flamboyant qui doit nous guider debout, y compris dans nos comas. Répondant à Rita Freda pour le théâtre Forum Meyrin de Genève qui lui posait cette question « Comment, pour définir ce qui fonde selon vous aujourd’hui votre propre identité, retraceriez-vous les étapes de votre parcours ? Wajdi Mouawad a cette réponse : « (…) Je dirais davantage que je suis grec par ma passion pour Hector, Achille, Cadmos et Antigone et juif par mon admiration pour Jésus et Kafka. Je suis bien sûr chrétien, surtout par Giotto et Shakespeare. Je suis musulman par ma langue maternelle. Tout le reste n’a pas vraiment d’importance et sincèrement rien ne me déprime plus que lorsque l’on me demande pourquoi je suis si obnubile par la question de l’identité. Car je n’ai pas du tout, mais du tout, l’impression de l’être : ce ne sont en effet jamais des questions que je me pose au quotidien. Je dirais que je suis beaucoup plus habité par la peur et la crainte de perdre la passion et la pureté qui m’habitaient lorsque j’étais adolescent. Je me pose surtout la question de la manière de vivre encore sans elles et quel sens cela peut-il avoir d’exister sans être enflammé continuellement. N’importe comment, mais être enflammé. »

Théâtre national de Chaillot

1, place du Trocadéro. Métro Trocadéro (lignes 9 et 6)

Jusqu’au vendredi 29 mars à 20h30. Relâche les dimanche 24 et lundi 25.

Réservations : 01 53 65 30 00 • lundi à samedi 11h-19h

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