Bataille commune des sexes

Le 31 mai, la Une de Libération donnait la parole à six femmes avec au menu du quotidien : les machos. C’est une des expressions, heureuse, de « l’affaire DSK » à propos de laquelle le même journal, le lundi 6 juin, sous la plume de son nouveau rédacteur en chef Nicolas Demorand, aura cette belle fin d’éditorial : « A cela aussi, il faudra savoir résister. Malgré notre intacte stupéfaction, notre insondable, légitime et coupable voyeurisme. » Résister aux expressions et raccourcis faciles (il s’agissait de cela) restent effectivement difficile. Mais quand résister c’est lutter, il est réconfortant d’assister à une sorte de retour du féminisme et, avec lui, d’entendre ces paroles libérées de femmes – bien au-delà des six évoquées – lentement enfermées dans la culture du silence, signe de la reconquête « naturelle » du machisme.

Il ne peut donc que plaire de voir certains étalons être enfin désignés en retour par des qualificatifs à la hauteur de cette grossièreté qui leur apparaît commune et banale. Oui, il y a des machos… chevaux au pied lourd qui ne sont que des bourrins. Espérons que les étriller leur donne un nouveau plaisir (ou une nouvelle obligation) de propreté et l’envie de porter d’autres habits que celui du triste beauf. Espoir sans réserve. Malheureusement, le mal est si grand – héritage probable du mâle dominant imposé aux femmes, même à celles qui luttent – qu’il il faut veiller à ne pas imaginer que les gazelles de cet avenir aérien et courtois dont nous pouvons rêver aient toutes le pied léger. Il n’y a pas d’opposition automatique. Il est aussi des sabots aux talons hauts qui du vernis glacés reflètent une image glaçante dans les miroirs du pouvoir. On le constate rapidement dans les couloirs feutrés et de haut étage dans le monde politique et celui des entreprises lorsque les « meilleures » d’entre elles ont franchi le plafond de verre.

C’est pourquoi gageons que la brutalité, le passage en force, et parfois la grossièreté avilissante, seront désormais ardamment combattus comme un mal touchant les deux sexes. Ne regrettons pas que ces paroles lucides apparaissent suite à un sordide fait divers impliquant une personnalité avec lequel beaucoup de responsables et dirigeants de tout endroit, hommes et femmes confondus, étaient prêts à travailler… pour le bien du pays. Il n’est jamais trop tard pour les bonnes causes et espérons que l’avenir fasse rapidement démonstration de ces belles paroles.