« Uccellacci e uccellini », les lunes blafardes et livides de nos espoirs
28 10 2011A la fin du spectacle, Félicie Fabre me précise « C’est du Pasolini revu par Luciano ». Entendre son compagnon Luciano Travaglino avec qui elle a fondé le théâtre de La Girandole qu’ils dirigent ensemble. Le texte tiré du film « Des oiseaux petits et gros » (titre français) est effectivement « librement inspiré » comme indiqué sur le programme, mais le metteur en scène et acteur ne pouvait trahir l’auteur et essayiste qui fut membre du Parti communiste italien (PCI) et réalisateur du « l’Evangile selon Matthieu », autre film qui déclencha tant de polémiques. Homme de théâtre italien bien campé sur ses terres originelles dont il connaît les richesses, les douleurs et les rêves, Luciano Travaglino ne pouvait être éloigné du film de Pierre Paolo Pasolini qui parle de la crise politique interne du Parti communiste italien et du marxisme « idéocomique ». Par ailleurs, acteur aux ressources de jeu quasi-clownesques étonnantes, il ne pouvait que respecter Toto, le comique le plus célèbre et vénéré comme une icône en Italie, alors qu’il joue le rôle tenu par lui dans le film de 1965. Mais c’est un autre volatile qui a le rôle central : un corbeau. Oiseau de bon et de mauvais augure qui a le don de parler, il interrogent les deux autres personnages principaux – un père et son fils – et se jouant de leur ignorance leur demande de devenir prophètes. Le corbeau politisé vient du pays de l’idéologie dont « la capitale est Karl Marx » et il est nourri de l’époque de Vatican II, ce concile œcuménique qui se voulait un tournant de l’Eglise vers un caractère plus social. Jean-Pierre Léonardini, hommes de lettres, critique de théâtre (parmi les plus reconnus et probablement le meilleur d’entre eux) et donc acteur endosse le rôle avec un bonheur aussi rayonnant que grave. Il transformera les deux bougres en moine et moinillon afin qu’ils prêchent les oiseaux… Le catholicisme de Saint-François et le communisme seront aussi inefficaces l’un que l’autre. Les religions ne seront finalement d’aucun secours. Car si les faucons et les moineaux – du moins certains d’entre eux – sont attentifs et convertis, en revanche ils continuent de se dévorer entre eux. Lire la suite »
Catégories : Culture à Montreuil Mots clés : Théâtre.















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