Les chiens sont lâchés…

« Il est temps d’abandonner le monde des civilisés et sa lumière. Il est trop tard pour tenir à être raisonnable et instruit — ce qui a mené à une vie sans attrait. Secrètement ou non, il est nécessaire de devenir tout autre ou de cesser d’être. »  Georges Bataille. Le spectateur est prévenu à la lecture du petit opuscule distribué à l’entrée du spectacle « Nous avons les machines » créée par la Compagnie Les Chiens de Navarre et mise en scène par Jean-Christophe Meurisse.

Pour son nouveau spectacle la bande d’acteurs, comme à son habitude, est lâchée sans brides (apparentes) sur le plateau. L’improvisation, dès l’accueil du public, expression malgré tout nourrie des obsessions, des colères, des gestes (et des blessures aussi…) du jour et propre au lieu. Avec du rire. Beaucoup de rire, car le propos – il n’y pas de texte écrit – évoque la préparation d’un événement qui se veut « festif ». Mais il y aura du sang. Beaucoup de violence et sang, car nous découvrons que les hommes, dans leur « incommunicabilité », en soient arrivés à cette extrémité de vie où le déchirement des autres et de soi soit le seul éperdu plaisir de subsistance.

Nous avons les machines fait se succéder deux rencontres d’hommes et femmes de pouvoir (élus maire-adjoint et « empereur ») et leurs administrateurs experts (de communication) face à des acteurs culturels (responsables d’association, créateurs invités à créer un « événementiel ». La première se tient à Saint-Martin-en-Laye et la seconde sur la planète Pluton. Continue reading →

Sois un homme mon fils…

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« Pourquoi une nouvelle scène de création ? Du devoir du théâtre. » Cette phrase d’Urszula Mikos, cofondatrice, avec Olivier Cohen, de la Fabrique MC11 ouverte en 2009 à Montreuil * est limpide. La création est cœur du théâtre. Hier soir, pour la première fois – j’avais précédemment fait deux fois faux bond pour des spectacles pour lesquels j’avais pourtant réservé… – j’ai assisté à Spécimens humains avec monstres, pièce d’Alice Zeniter mise en scène par Urszula Mikos. **

Tardive mais heureuse découverte. Car c’est bien à une « création apte à rendre compte de l‘évolution de notre civilisation, apte à l’analyser, à interroger ses rapports au monde ou à l‘histoire » comme l’écrit Olivier Cohen, qui était proposée sur un très beau plateau s’ouvrant sur agréable « petite » salle (comble). Les créateurs du lieu ont un objectif : « Sans vouloir proposer un théâtre uniquement politique, il semble indispensable de valoriser des dramaturgies, des poésies constituant un véritable acte total, interrogeant notre réalité dans sa complexité et son ambiguïté ».

Spécimens humains avec monstres en est. La pièce nous montre une armée de soldats et ses généraux qui s’interrogent. Sur leur mission ? Oui, comme tous ces soldats perdus aux confins de territoires qu’ils ont inconsciemment recherché, souvent pour fuir leur vie. Ou en construire une nouvelle. Pour devenir un homme, un vrai comme le désirait leur père « Sois un homme mon fils ». Un vrai. Avec ces codes d’honneurs que seuls ceux qui partagent la boue et le sang jusque dans leur bouche sont en capacité de mesurer. Mais alors avec des références qui échappent au sens commun. En ces lieux de perdition les personnages vivent tous dans leur camisole de force mentale. Ils savent qu’ils sont sales, monstrueux. Sont-ils des monstres ? Oui, si ce n’est aujourd’hui, probablement demain même si c’est leur principale crainte de le devenir. Ils font parade, de leur corps, de leurs gestes obscènes, de leurs combats et de leur sang. Il le font parce que les caméras du pouvoir – l’heure est à la communication politique – exigent d’eux, non seulement des victoires programmées au jour près, mais des postures télégéniques. Perdus pour eux-mêmes, clichés incertains pour un montage dont ils ne maîtrisent rien, ils restent malgré tout lucides. Au moment décisif, celui de l’assaut final et de leur inéluctable fin, ils savent que l’écran ne s’éclairera pas de leurs derniers sauts de bravoure assassine d’ennemis pourtant « frères d’armes » qu’ils vont jusqu’à désirer parfois… Leurs corps morcelés et leurs cendres dispersées ne seront pas montrés mais seulement évoqués par le Messager pendant que le Politique pourra, proprement, leur rendre le cynique hommage des mauvaises causes perdues. La monstruosité devient alors système… Une étrange résonnance avec les temps présents.

* Fabrique MC11 à Montreuil – 11 rue Bara, Montreuil. Réservations : 01 74 21 74 22. Métro : Robespierre.

** Jusqu’au 29 janvier (relâche le 25)

KO sur glace

Plus dure est la chute lorsqu’elle est programmée

Je suis encore sous le choc de Break your leg !… lorsque, à la sortie de la salle, je croise une montreuilloise qui, comme moi, en a encore le souffle coupé. * Avec sa pièce présentée au Théâtre national de Chaillot jusqu’au 25 janvier (attention relâche les 22 et 23) **, Marc Lainé a frappé un grand coup. Sur la base d’une tragédie vraie, celle de l’américaine Tonya Harding, championne de patinage artistique – elle fut la première américaine à réussir le triple axel – dont les qualités furent éclipsées et la carrière ruinée par l’affaire « Harding / Kerrigan ». Cette dernière, grande rivale de Harding sur les patins, fut agressée lors de sa préparation pour les Jeux Olympiques de Lillehammer de 1994. Elle reçut un coup de batte de base-ball sur le genou qui devait le briser. La frappe, qui avait raté, ne l’empêcha pas d’obtenir la médaille d’argent. Il fut rapidement prouvé que l’entourage de Tonya Harding était responsable.

Dans son livre Le Rire, essai sur la signification du comique, Henri Bergson écrivait : « Une chute est une chute, mais une autre chose est de (…) tomber parce qu’on visait une étoile. » Mais qu’est-ce en fait de vouloir tutoyer les étoiles au pays des stars ?

Tonya Harding, née dans la banlieue de Portland, battue régulièrement par sa mère alcoolique, s’est jetée jeune dans l’amour. En tombant mal. Mariée sitôt, battue de même. Un jour, elle fut même violée par son mari et trois de ses amis. Ce qui n’empêchera pas la respectable et prude Fédération nationale américaine de la belle discipline « artistique » de lui interdire de divorcer. Acte incompatible avec la représentation internationale du drapeau américain sur les patinoires du monde…

Nancy Kerrigan, quant à elle, excellait dans ses prestations publiques, drapée dans la bannière étoilée. Notamment avec son sourire qui, pour le public et certains juges, transcendait ses qualités sportives. En bonne patriote elle n’oubliait jamais de remercier sa famille et Dieu.

Barbie, exceptionnellement, n’était pas la blonde Harding, mais la brune Kerrigan. Continue reading →

Culture : les propositions de François Hollande

Seconde vidéo, plus longue que celle publiée hier sur ma page facebook, concernant le discours – très attendu – de François Hollande sur la Culture. Je remarque, malheureusement, que la presse, du moins pour l’instant, ne relaie – hormis la confirmation de l’abandon de la loi Hadopi (cf. 2 pages dans Libération) aucune des nombreuses propositions énoncées par le candidat du Parti socialiste à la présidentielle.

Je reviendrai, point par point, sur les différentes propositions annoncées lors des Bis de Nantes, biennale internationale des professionnels du spectacle vivant et des acteurs culturels.

Lien : http://francoishollande.fr/actualites/francois-hollande-a-nantes-sur-la-thematique-de-la-culture/