La photo à l’honneur à Montreuil

L’Espace 111 – Roma Napoli
le.sas – Frank Loriou

Aujourd’hui, de 14h00 à 20h00, à L’Espace 111 (au même numéro, avenue de Stalingrad), Pictogram expose « Etranges hybridations ». Quatre artistes présents dans l’atelier transformé en galerie pour deux jours. C’est comme cela… une fois par mois grâce à Nancy, qui joue le rôle de commissaire d’exposition, et son mari. On peut être entrepreneurs… et aimer profondément les artistes… Aujourd’hui, c’est l’occasion d’apprécier des œuvres de Roma Napoli, de Black Sifichi, de Wabe et de Florence Ormezzano (dont on découvrira une autre facette de son travail à la Bibliothèque Robert Desnos. Vernissage le mardi 14 février (et non le mercredi 14 février comme indiqué, par erreur, sur le carton d’invitation). Hier, il y avait aussi un autre vernissage mettant à l’honneur la photographie, le premier de la toute nouvelle Galerie le.sas au 64, rue du Capitaine Dreyfus. Toute l’équipe * avait mis les petits plats (excellents) dans les grands pour cette première. Le premier invité est Frank Loriou pour son travail « Tout est calme ». Et ici, l’accrochage – ce sera un principe immuable de la Galerie – dure un mois. C’est dire que vous n’avez aucune excuse pour le rater… Tout est calme à Montreuil, sauf le talent… et bien d’autres choses encore.

* Barbara Verlhac, présidente de l’association qui gère le fonctionnement de la galerie, Jean-Fabien Leclanche et Alexis Tolmatchev co-directeurs artistiques et François Rochon, directeur technique. L’excellent buffet, le sourire et le talent culinaire étaient assurés par Karina.

Danseurs aux corps de pierre

Photo © Charlotte MacMillan

La sculpture donne légèreté au marbre. Durcie par les siècles, la bouillonnante et tumultueuse lave se fige en mouvement éternel de vie sous le marteau et le burin des maîtres. Dans Le Projet Rodin, le chorégraphe Russell Maliphant propose jusqu’à demain 10 février (Théâtre national de Chaillot) une danse sculpturale. Il est vrai que Rodin était fasciné par la danse. Il a reçu le bondissant russe Nijinski dans son atelier, le saisit en faune, a accueillie l’américaine danseuse aux voiles Loïe Fuller à Meudon et était sous le charme des spectacles de sa compatriote Isadora Duncan. Grâce au musée Rodin, qui expose jusqu’au 1er avril 300 dessins, forme d’expression dominante de sa fin de vie – dont la série les Danseuses – on mesure à quel point les corps en apesanteur, saisis ainsi pour être vus sous une multitude d’angles, resteront la quête permanente de l’artiste. La danse tournoyante de Russell Maliphant s’y essaie. Avec difficulté et des résultats inégaux. Si, comme il l’indique dans l’interview programme : « Rodin disait qu’il créait ses œuvres à 360 ° et cela m’a conduit pour un certains nombre de raisons vers le hip-hop, le pop-ping et la capoeira (…) il a dans ces danses une puissance musculaire et une dynamique dans les formes que j’associe à certaines es figures de Rodin », ce choix n’est pas pleinement abouti. Comme s’il s’était astreint à s’en tenir, dans l’esprit du maître, … à l’état de « Projet ». La chorégraphie n’arrive que rarement à se mettre au service des multiples propositions du sculpteur. Les sculptures sont là dans des successions d’instants immobiles, où le stroboscope est appelé en dernier recours. Certes, on reconnaît les figures classiques les plus renommées (fallait-il les représenter si expressément ?), mais la danse n’y est pas pleinement… comme si les danseurs avaient été figés dans ces corps de pierre, devenus leurs, sans qu’ils puissent leur donner l’élévation souhaitée.

Dualité(s) sur scène

Photo : © Urbik/Orbik

La pièce mise en scène par Joris Mathieu (au Monfort théâtre jusqu’au 18 février *) s’inspire (librement et à partir du texte de Lorris Murail **) de la vie réelle de Philip K. Dick, écrivain américain de science fiction qui n’a cessé d’être traumatisé par le drame qui l’a marqué dès sa naissance. K. Dick a une sœur jumelle. Alors qu’ils sont encore bébés, leur mère ne s’aperçoit pas qu’elle manque de lait pour les nourrir tous deux. Philip, qui se sentira pour toujours « trop goulu » s’alimente mais sa jumelle s’affaiblit, puis décède. Il est régulièrement traversé par l’hypothèse que c’est lui qui serait mort et non sa jumelle, et que son impression d’être vivant n’est donc qu’une fiction. Toute sa vie il sentira qu’une partie de lui-même est manquante, ce qui est très probablement à l’origine de la dualité exceptionnellement forte de son œuvre. Urbik/Orbik (à la ville comme à l’univers) est une pièce, d’une certaine manière – et particulièrement par la scénographie – d’illusion totale. Les spectateurs vivent une étrange expérience. Nous sommes face à un réalisme du quotidien défini par les gestes et les objets et dans le même temps il est possible de douter de tout.

La force de l’univers théâtral créé par Joris Mathieu, qui fait appel avec virtuosité au théâtre parfois nommé de « La Magie nouvelle », est ici en adéquation parfaite avec le propos. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est qui est faux ? Quelle est la part de nos perceptions, de notre subjectivité dans le réel où nous évoluons. Nous pouvons parfois en effet douter de tout en découvrant « Phil, écrivain raté face à un scénario qu’il n’a pas écrit. C’est le spectacle qu’il observe depuis sa fenêtre. Depuis des années, il inonde en vain les éditeurs de ses romans et de ses nouvelles. Des histoires d’extra-terrestres, des histoires de mondes piégés qui tournent toutes autour de la même question : qu’est-ce que le réel ? »
* Monfort Théâtre, 106 rue Brancion – 75015 Paris. Réservations : 01 56 08 33 88. Site : www.lemonfort.fr
** Murail (Lorris), Urbik/Orbik, Editions Griffe d’encre, coll. Novella n°19, décembre 2011

Tristes héros pour Médor

Qui est-elle ? Agent de propreté d’un nouveau service municipal ?

L’idée initiale de cette publicité n’est pas si mauvaise… Inviter à faire le bon geste pour nettoyer les trottoirs des déjections canines… qui ne partage cet objectif de propreté ? Soit. Mais quelques questions se posent : 1 / à la vue de l’intolérable et permanente saleté de nos rues montreuilloises, nos amis les chiens ne sont pas les principaux responsables. Ni leurs maîtres. D’autres sujets pourraient être traités par ce mass média qu’est la publicité ; 2 / justement, du point de vue purement publicitaire, la réalisation (donc l’efficacité) est particulièrement faible et cela à plusieurs niveaux.
Le slogan est quasi lamentable. Une rime désespérante (Quotidien/Chien) et surtout cette idée de faire appel aux héros, outre que c’est vu et revu, me semble particulièrement maladroit et mal venu. Il y a tant d’actions individuelles qui relèvent davantage de « l’héroïsme » que le terme touche à l’indécence. Je n’aime guère l’appel aux enfants et à l’héroïsme pour « faire image ». Enfin, le choix étant fait, la logique oblige à l’incarnation du personnage. Et là, terrible faux pas. L’affubler d’une cape et de bottes aussi « cheap » nuit à la distanciation qui s’imposerait. Ici, ce n’est pas un héros, c’est un individu bien tristement déguisé avec peu de fripes. On confine au ridicule davantage qu’on ne rit du détournement. Ce dessein, qui doit relever d’une volonté et d’une pensée (mais alors à l’envers !), qui vise à mêler « réalité » (le fameux réalisme grâce auquel les vrais gens devraient se reconnaître, bla, bla, bla) et « fiction » (le dessin superposé à la photo – bonne idée pour le coup, bien que l’on se demande quel est ce jambon tenu en main) révèle une triste opinion présupposée du lecteur/spectateur. Tous les travers de la publicité de… mauvaise proximité. Pour dire vrai et provoquer geste, la publicité ment… et tout le monde le sait ! Les concepteurs devraient relire leurs classiques.
Cela dit, ce n’est pas parce que cette publicité s’est ramassée qu’il faut négliger de promener Milou ou Médor avec son sac d’or…