La poétique d’espoir du duo Montalvo / Hervieu

Photo © Laurent Philippe

Pour la dernière d’ Orphée hier soir, le théâtre national de Chaillot a offert au public plus qu’un merveilleux spectacle. Une des plus belles pages de la danse contemporaine s’y est tournée. José Montalvo et Dominique Hervieu y présentaient en effet leur dernier spectacle commun. Les chorégraphes qui, à ce jour, ont  obtenu la plus grande reconnaissance publique et populaire en France et à l’étranger, continuent désormais leur chemin sur d’autres voies où ils excellent déjà.*

Leur Orphée n’est pas « une descente en enfer », mais au contraire se présente comme une formidable leçon de vie. Celle qu’ils n’ont eu de cesse de nous proposer. Ce spectacle, un des plus sensibles qu’ils aient conçu, exprime avec une fluidité parfaite leur vision de la danse, de l’humanité et du monde. Tout y est de leur écriture chorégraphique, elle qui  « est nourrie de danse classique, de hip hop, de danse contemporaine, de danse africaine, de flamenco, de cirque et de théâtre,(qui) superpose le vivant et le virtuel, la réalité et l’imaginaire, la scène et les projections vidéo avec un goût prononcé pour le baroque et le métissage des genres et des cultures. »** De la vingtaine de spectacles à leur actif on n’oublie jamais la virtuosité d’une scénographie où la vidéo « est avec » les danseurs et ne joue pas seulement un rôle de décor. Tout est narration chorégraphique. Les musiciens et les chanteurs sur le plateau eux-mêmes y participent, à ce point qu’il est difficile après Orphée d’écouter Monteverdi ou Gluck… sans avoir l’image de ces danses joyeuses et trépidantes dans les oreilles. Et que dire de cette volonté et attention qui depuis toujours anime le tandem Montalvo-Hervieu : mêler sur le plateau des danseurs professionnels et amateurs, des petits, des grands, des gros, des maigres, des handicapés… cet Eden multicolore et humaniste. Ils furent précurseurs tout simplement.

A propos d’Orphée, voici ce qu’en disent les chorégraphes. José Montalvo : « Nous avons composé l’œuvre comme une plongée décomplexée dans la richesse foisonnante des versions musicales du mythe d’Orphée à travers les siècles, un ensemble ouvert et composite de citations, d’allusions musicales qui nous invitent à sortir du temps ou peut-être à entrer dans, celui de la création poétique. » ; Dominique Hervieu : « Pour nous, il s’agit de questionner la place et le pouvoir de l’artiste aujourd’hui : est-ce qu’il enchante ? Est-ce qu’il envoûte ? Quelle est la bonne distance à créer avec le public ? D’ailleurs le spectacle se termine sur cette réflexion en mouvement. »

Nous connaissons la poétique de la danse, avec José Montalvo et Dominique Hervieu nous avons découvert la poétique de l’espoir.

Une occasion sera donnée prochainement de vivre encore un moment cette aventure de trente ans. En juin 2012, les danseurs et collaborateurs fidèles du duo transforment le CND (Centre National de la Danse) en « joyeux bazar » ! Renseignements et réservation > 01 41 83 98 98, www.cnd.fr

*Après avoir dirigé ensemble le Théâtre National de Chaillot de 2008 à 2011, les deux chorégraphes ont chacun pris leur chemin : Dominique Hervieu à la direction de la Maison de la Danse et de la Biennale de la Danse de Lyon, José Montalvo resté à Chaillot aux côtés de Didier Deschamps.

** In la brochure du spectacle, entretien avec José Montalvo et Dominque Hervieu

 

Au début était le mensonge… Olivier Py

photo © Thomas Aurin

Hier soir, première au théâtre de l’Odéon de Die Sonne (Le Soleil), produit et jouée par la troupe du Volksbühne am Rosa-Luxembourg – Platz de Berlin, sous la direction d’Olivier Py, auteur de la pièce.

Le talentueux metteur en scène conclut ainsi jusqu’au 14 mars son travail à la Direction de l’Odéon. Une confirmation, contrairement à ce que certains lui ont – à tort – reproché, de l’ouverture européenne de cette institution théâtrale nommée aussi Théâtre de l’Europe. Après cette date, il sera ensuite en charge de la Direction du Festival d’Avignon *.

Le Soleil parle du mensonge, de l’amour… et comme toujours chez Olivier Py, du théâtre et des « manipulations » dont il peut être l’objet.

Extrait des propos d’Olivier Py recueillis par Daniel Loayza pour la brochure de présentation.

« J’ai constaté que le mot « parole » avait mauvaise presse… la parole a de très mauvaises critiques dans les journaux ! Elle s’entend en un sens péjoratif : « c’est de la parole »… En pleine période électorale, on entend tout le temps proclamer qu’il ne faut « pas de la parole, des actes », comme si la parole n’avait aucune valeur. Or je dis qu’un monde où la parole est sans valeur est un monde de fous. Et cette agression contre la parole recoupe d’autres agressions du monde contemporain contre la spiritualité, la vie intérieure, la psychanalyse aujourd’hui – contre tous les lieux, au fond, où la parole peut s’exprimer. (…) C’est à mes yeux la pire violence qu’on puisse faire subir aux jeunes générations – et la mienne, déjà, l’a beaucoup subie, mais aujourd’hui cela s’est encore aggravé : imposer l’idée que rien n’est possible. Qu’il n’y a plus de possible. C’est de l’ordre du meurtre psychique. Et dans les médias, tous les jours, je vois cela. Ce qu’il faudrait, et Peter Sloderdijk ** m’a aidé à le me le formuler à moi-même, c’est faire en sorte que même si, au niveau des grandes masses compactes, il n’y a plus de possible, cependant, au niveau des individus, des singularités, il y en ait encore – pour l’écume,  pour l’infinie particule, au lieu même où elle est. Peut-être que pour l’Europe rien n’est plus possible, mais pour un jeune homme de vingt ans, il faut que tout le soit encore. »

* On se souvient de la décision « coup de théâtre » du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand qui, en avril 2011, décida de remplacer Olivier Py en mars 2012 par Luc Bondy. Fait très rare de ne pas être reconduit après un premier mandat de 5 ans… surtout lorsqu’il est couronné de succès ! Face à la levée de boucliers du monde culturels et de nombreuses personnalités politique… le président de la République lui-même (comme il aime à le faire) suggéra fortement à son ministre de la Culture et à la maire d’Avignon de nommer Olivier Py à la tête du Festival. Ce qu’il accepta. Si, sur le fond, personne ne peut mettre en cause le talent, l’énergie et les qualités pour assurer cette fonction, la « gouvernance sarkozyste » – une nouvelle fois comme dans tant d’autres domaines – faisait fi des règles les plus élémentaires d’écoute, de partage… et de démocratie qui président d’ordinaire pour toute nomination. Notamment par le rôle que doivent jouer les membres des Conseils d’Administration concernés. Il est à souhaiter, malgré ce grave vice de forme, qu’Olivier Py ne paie pas dans les mois qui viennent pour une décision dont il fut davantage l’objet que le sujet. Le Théâtre n’y gagnerait en rien.

** Philosophe et essayiste allemand.

François Hollande / Culture : la place de l’Etat et des collectivités territoriales

Le 19 janvier, François Hollande a tenu un discours important devant le grand nombre de professionnels de la culture réunis aux BIS de Nantes. Chaque semaine, jusqu’au jour du vote le 22 avril, je publierai un extrait. Après le premier publié le 29 février, voici le deuxième. Aujourd’hui 2/9.

« Je le dis aussi nettement, les collectivités ne peuvent se substituer à une politique nationale. Elles seront elles-mêmes touchées par les contraintes financières. Je ne suis pas favorable à ce que progressivement, l’Etat s’efface et que les territoires s’emparent d’une compétence qui était jusque-là, au moins pour l’orientation de la politique culturelle, celle de l’Etat.

Le désengagement de l’Etat est une rupture brutale avec une tradition, une histoire, un héritage propre à notre pays et qui dépassait souvent les clivages politiques. Il y a eu des affrontements ces trente ou quarante dernières années entre la Gauche et la Droite sur la culture. Mais il y a eu de grands ministres de la Culture de Droite, André Malraux bien sûr, mais pas seulement
André Malraux : Edmond Michelet, Jacques Duhamel — je ne veux pas oublier les autres. Mais je veux dire ainsi que la culture a été portée de majorité en majorité, jusqu’à récemment, par la même ambition, la même volonté. »

Portraits de 25 femmes montreuilloises en 2012

Depuis 2010, Tendance Floue, le collectif montreuillois de photographes, réalise des portraits de femmes de la ville.

Ces portraits sont régulièrement exposés au moment  de la Journée internationale des Femmes, le 8 mars. A ce jour, 75 portraits de femmes montreuilloises ont déjà été réalisés.

Cette année 2012, ce sont les 25 portraits réalisés par Olivier Culmann et Meyer qui sont à l’honneur au Théâtre Berthelot.

Ils seront dévoilés au public dès demain et jusqu’à la fin du mois.

Exposition du 6 au 31 mars au 
Théâtre Berthelot – 6 rue Marcellin Berthelot. Montreuil