La fête des travailleurs

Demain, 1er mai jour de la fête des travailleurs, de leurs droits, le traditionnel défilé festif et fraternel commencera à 15h00 place Denfert-Rochereau pour rejoindre la place de la Bastille. Il sera celui de tous les travailleurs. Les bannières de la CGT, de la CFDT, de l’Unsa, de la FSU et de Solidaires ouvriront le chemin. Car le 1er mai est leur fête en souvenir de ce 1er mai 1886, aux États-Unis, où après une très forte pression des syndicats sur le patronat et le gouvernement permet à environ 200.000 travailleurs d’obtenir la journée de huit heures. C’est ce ce succès que décident de commémorer les syndicats européens, quelques années plus tard, en instituant une «journée internationale des travailleurs» ou «Fête des travailleurs»destinée à se renouveler tous les 1er mai.

Un tournant pour la France, un tournant pour la Gauche

Le score impressionnant de François Hollande au premier tour de la présidentielle (28,63 %), qui devance le président sortant (27,08 %), une première sous la Vème République, traduit la volonté ferme et résolue des Français à tourner la page de cinq années d’une parenthèse de notre pays. En effet, les 5 ans de pouvoir aussi autoritaire que solitaire de Nicolas Sarkozy ont affaibli la République. Ce n’est pas le moindre drame de ces années d’agitations et de coups de menton d’avoir entraîner la droite républicaine sur des chemins troubles où elle pourrait, sans sursaut de ses propres électeurs, se perdre. Car les 18,01 % de Marine Le Pen traduisent un durcissement vers l’extrême droite de la droite traditionnelle. Il n’est pas anodin de voir qu’un de ses meilleurs scores est celui du département de la Seine-et-Marne, où trône Jean-François Copé, secrétaire général ambitieux de l’UMP, aboyeur en chef et spécialiste de l’autoallumage systématique de profusion d’insultes et de contre vérités sur les plateaux de télévision où les journalistes, bizarrement, semblent ne pas oser le couper dans ses élans pathétiques et hargneux. Nous assistons peut-être, à cause de Nicolas Sarkozy et de ses proches conseillers venus de l’extrême droite, à un tournant idéologique d’une droite française en retour sur des terres qu’elle a labourées dans les pires moments, cela même à un moment où en Europe nous constatons des phénomènes également inquiétants.

La France est donc a un tournant : elle doit surmonter ses peurs et retrouver espoir en ses forces qui sont nombreuses.

C’est pourquoi la Gauche est aussi à un tournant. Tout d’abord elle doit rassembler les Français qui n’ont cessé d’êtres montés les uns contre les autres par Nicolas Sarkozy. Ici à coups de Kärcher dans les cités ou contre les Roms, là à coup de débat sur l’identité nationale qui n’était en fait que du racisme déguisé.

François Hollande a une vision de la France réunie pour retrouver un dynamisme économique socialement partagé et pour garantir toutes nos libertés fondamentales.

En ce sens, le candidat François Hollande a précisé ses quelques axes fondamentaux où la Gauche devait tirer enseignement des années passés, notamment sur quelques points majeurs. Son approche économique a tiré toutes les leçons des quelques glissements aveugles sur le marché qui lui est apparu en certaines occasions une solution pour développer les richesses. Nous avons sous les yeux désormais les inégalités économiques et sociales qui en ont résultées. Concernant les dépenses publiques, si nous savons combien le dernier quinquennat en a creusé le trou (600 milliards d’euros supplémentaires !), la gauche doit aussi considérer qu’il est temps d’affirmer, objectivement, que les économies sont nécessaires, dont symboliquement le train de vie de l’Etat pourra montrer l’exemple, et qu’elles ne sont pas synonymes de RGPP (Révision générale des politiques publiques) dont on sait qu’elle est destructrice d’emplois et de vies. Pour ne parler que de la Fonction publique, les embauches (60.000) proposées par François Hollande pour l’amélioration – essentielle – de l’action de l’Education nationale, dont une partie se fera par un glissement de postes, ouvre le chemin de l’amélioration générale des services publics par des redéploiements où les métiers, avec les formations nécessaires, seront mieux reconnus. Avec en conséquence aussi un mieux-être pour les fonctionnaires qui seront enfin davantage responsabilisés. La Gauche doit aussi considérer la sécurité publique comme un droit premier. La peur vécue par certaines populations, même se elle est souvent le résultat d’une perception exagérée d’un sentiment d’insécurité locale, est un terreau considérable du vote Front national. Il faut agir sur les causes de la violence, et sans conteste prioritairement, mais la République doit avoir les moyens d’agir par l’éducation contre les incivilités, et par les mesures appropriées face aux petits méfaits qui « pourrissent » la vie quotidienne et ne sont qu’impasses pour ceux, notamment les jeunes, qui voient là une façon de « s’en sortir ».

Cette campagne a aussi un mérite non négligeable. Ses résultats devraient inviter toutes les femmes et tous les hommes politiques à veiller à leur vocabulaire. Il ne s’agit pas là du « bon » Français (encore que…), mais surtout de ces envolées lyriques mal maîtrisées qui transforment, par la grâce des médias qui y trouvent folklore et moyens de faire pics d’audience, le débat démocratique en percussions gutturales sur tambours battants. Ce bruit de fond n’est profitable qu’au pire et n’offre résonance qu’au parti qui en fait son fond de commerce : le Front national. La nécessaire confrontation politique mérite une maîtrise de ses sens, une obligation de référence aux meilleurs moments de l’histoire à ses plus dignes représentants, en France et à l’étranger. De ce point de vue, le succès de François Hollande provient aussi probablement de cette hauteur de vue et de cette maîtrise.

Robert, mon si cher ami…

Robert Tixier-Guichard

« L’information saisie par la communication, c’est l’information traitée et diffusée comme message et non plus comme restitution pluraliste (ou conflictuelle) du réel. C’est l’information moulée dans le service d’une image, d’un message commercial ou institutionnel, logique qui s’applique aux médias eux-mêmes – audiovisuels ou écrits – lorsque leur unique finalité devient de capter à tout prix des audiences afin d’assurer leur seule rentabilité commerciale. L’information saisie et dénaturée par la communication n’est rien d’autre que la gestion du « capital image » des entreprises, elle ne fait que nous offrir (dans un dessein qui n’a rien de gratuit) une image du capital. Et se résume à cette stricte fonction utilitaire. Ce qui ne saurait, en soi, légitimer et nous faire prendre pour argent comptant son ambition expansive à se vouloir le moule d’une autre organisation de la vie sociale. Si la communication se révèle, dans l’avenir, en mesure de se libérer de cette gestion limitée de l’image, alors seulement son histoire pourra prétendre contribuer avec bonheur le cours de la nôtre. »

Robert, ainsi s’achève le livre que nous avons publié, ouvrage dont tu avais eu l’idée. Nous l’avons écrit à quatre mains deux ans durant et nous ne pensions pas alors entamer une longue histoire avec ces Dircoms *, nous qui à l’époque étions journalistes. Ils nous ont pourtant plongé dans notre nouvelle « carrière » professionnelle de communicants, ce qui nous a permis de prolonger une si belle aventure commune déjà ancienne. Après le CFPJ, ce fut alors Sycomore, puis BBDO Corporate avec le regretté Patrick Delme.

Et voilà qu’en ce mois d’avril, semaine de mon anniversaire, compagnon de longue date et aimé, tu viens de le rejoindre… brutalement, sans prévenir. Pourquoi m’échappes-tu ainsi éternel libertaire… ? Nous ne pourrons donc pas, une fois encore, mettre à l’épreuve notre regard, qui n’a pas changé, face à l’actualité. Pourtant cette présidentielle « communicante » s’il en est, en est une formidable occasion. La politique, qui ne nous a pas quitté depuis notre colocation et notre militantisme commun des années de fac à Clermont-Ferrand, fut toujours un terreau propice à nos échanges animés. Notre amitié n’a jamais souffert de nos divergences qui se sont faites jour à son endroit et nos bruyants éclats de rire étaient communs, et tristes en vérité, sur le spectacle affligeant de certains comportements affichés par la plupart des candidats et plus encore par leur entourage.

Ta rigueur de pensée, ton érudition, ta pugnacité à défendre ton point de vue, ton humour dévastateur « so british » ont pu masquer ta générosité à certains.

Moi, je la connaissais. Profondément. C’est elle qui me manque aujourd’hui et je sais que les habitudes d’un quotidien mal maîtrisé m’a entraîné à ne pas suffisamment te solliciter. Qu’ai-je donc ainsi laissé échapper à mes dépens ? Beaucoup, je le constate en ce jour terrible. Saurais-je en tirer les leçons ?

Là où tu es désormais, il n’y a je crois ni douleur ni repos. Il n’y a rien. Ce rien où je n’imagine pas que tu puisses être.

Cher Bob, je te pleure immensément.

* Tixier-Guichard (Robert) et Chaize (Daniel), Les Dircoms, Paris, Editions du Seuil, septembre 1993. Trophée européen du livre de communication.

9. François Hollande : défendre la culture, c’est défendre ses acteurs.

 Dernier extrait du discours de François Hollande prononcé aux Biennales de Nantes, le 19 janvier, la question du numérique. 9/9 donc, pour du neuf…

La France ne changera pas sans vous, vous les acteurs, vous les intervenants, vous les créateurs. Elle ne se redressera pas sans vous parce que vous êtes les forces vives, parmi d’autres, du pays. La culture est l’un des domaines les plus fertiles en création de richesse, pas seulement matérielle, en termes de création d’emploi. Il y a dans l’ensemble des métiers culturels plus de salariés que dans l’automobile. Je veux défendre l’automobile, mais je veux aussi promouvoir la culture – et pas simplement la culture de l’automobile !

La culture est aussi un élément de notre industrie, au moment où nous parlons à juste raison de la réindustrialisation du pays, de la mutation qu’il faut accomplir, de la capacité qui doit être la nôtre d’être plus forts dans la compétition sans qu’il soit besoin de mettre en cause des droits sociaux ou le coût du travail. La compétitivité, ce n’est pas simplement une affaire économique, c’est une affaire de société. Et la culture, avec ses industries, contribue à notre vitalité et à notre présence à l’étranger.