Lance Amstrong, lanceur d’alerte sinon d’infos

Revue XXI Hiver 2013Une occasion de faire découvrir la revue XXI à ceux qui ne la connaîtraient pas encore. Dans leur numéro 21 – Hiver 2013 – s’y trouve en complément un texte assez percutant sur le journalisme. Une sorte de manifeste en un livret de vingt pages. Il fait débat, j’y reviendrai plus tard. Mais sans aucun rapport direct, l’actualité m’invite à évoquer Lance Amstrong. En effet, à propos de journalisme, son interview « planétaire » me semble intéressante… et je ne crois pas dérailler en me concentrant non pas sur le dopé de son plein (à ras bord) gré, mais… la journaliste Oprah Winfrey.

Il fut un temps où l’on aurait dit que le maillot jaune (tâché) était passé sur CBS, ABC… mais aujourd’hui on ne parle que d’elle, mieux de son « chez elle » puisque le grimpeur hors pair (devenu descendeur hors piste à l’insu de son plein gré) est, lit-on à l’envie, passée « chez Oprah Winfrey ». Le propos vaut d’être retenu car c’est toute une époque d’un certain journalisme qui, selon moi, est davantage un piège mortel pour le métier que ne peut l’être le passage au numérique. À l’heure où Newsweek arrête les rotatives et où bien d’autres titres sont en pleine difficulté financière, la journaliste la plus populaire des États-Unis est selon Forbes la deuxième fortune de l’industrie du divertissement. Ce n’est pas de sa fortune dont je veux parler, c’est le second point, celui que vous avez bien lu : le divertissement !

Il est vrai que la seule information ne permet pas de devenir la personnalité afro-américaine la plus riche du XXe siècle qui, par ailleurs et je n’ai pas à en douter, serait la milliardaire la plus philanthrope de tous les temps. En revanche, les espaces de divertissement (à la gloire d’une figure réelle de l’information… et produits par elle), offrant l’occasion à  Lance Amstrong, nouveau Mister « Yes, I did it » de faire son coup de Com’, permettent des rémunérations que l’on ne connaît pas chez les journalistes. Que l’on ne connaîtra jamais. C’est pourquoi il serait souhaitable, pour éviter la confusion des genres, que les « présentateurs » et autres lanceurs d’info (à défaut d’alerte), cessent de parler d' »interview » sinon tout le monde va croire qu’en Français le mot se traduit par « passe-plat ». Ce serait mettre l’information dans une mauvaise seringue.

Nathan le Sage par Bernard Bloch au théâtre Berthelot

Une leçon de tolérance contemporaine encore !
Une leçon de tolérance contemporaine encore !

La magnifique pièce de Gotthold Ephraïm Lessing est mise en scène par notre ami montreuillois. Lors de sa tournée en Ile-de-France, il fait une halte au théâtre Berthelot. Un extrait de l’interview de Bernard Bloch par Catherine Robert dans le magazine La Terrasse de janvier 2013 (n°205).

« La pièce se déroule en 1187 ou 1193, alors que Saladin a repris Jérusalem aux Croisés. Au centre de l’intrigue, Nathan le Sage, riche marchand juif. Saladin, dirigeant politique éclairé – le seul personnage historique de la pièce, fascinant ! -, et un Templier qui tombe amoureux de la fille de Nathan. L’intrigue à suspense suit de multiples péripéties et rebondissements, qui définissent la quête identitaire (préoccupation sans cesse invoquée aujourd’hui !) comme point de départ et non point d’arrivée. C’est une comédie philosophique trépidante, défendant l’homme contre le dogme, plaidant pour la tolérance au sens des Lumières, c’est-à-dire non pas une attitude condescendante d’une majorité envers une minorité, mais une véritable acceptation de l’autre, une recherche et un désir de la différence. »

Dans le rôle titre, un second montreuillois : Philippe Dormoy.

Jusqu’au 27 janvier. Tous les jours à 20h00, sauf le dimanche 27 à 15h30

R. & J. TRAGEDY

R. & J.L’essentiel, seulement l’essentiel. Ce n’est pas d’une représentation « épurée » ou « concentrée » de Roméo et Juliette qu’il s’agit. Ce qui surgit, c’est la seule formidable force de vie contre la puissance des forces du pouvoir et des conventions. Elle illumine la salle. Le public se trouve jusqu’à toucher les acteurs par le décor reconstituant le théâtre londonien du Globe où furent jouées tant de pièces de Shakespeare en son vivant. Sur le petit cercle de terre battue du plateau, une cage. Celle où R. & J. sont enfermés où, tels des gladiateurs s’entretuant au bon plaisir des tribunes – ici celles des familles rivales de Vérone – mais aussi celle qu’ils escaladeront pour clamer à son sommet la liberté de leur amour. Et le vivre avant la tragédie finale où tous périront. Jean-Michel Rabeux montre l’essentiel à nu, y compris par la nudité des corps. Corps d’amour dans son accomplissement, corps de mort jusqu’à ce qu’il soit lavé pour une dernière fois. Corps sans nom, ni Capulet, ni Montaigu. Corps seulement portés par leurs élans que nous partageons comme jamais dans leur combat perdu.

Jusqu’au 29 janvier 2013 – MC 93. 9, boulevard Lénine. 93000 Bobigny.

À 20h30, lundi, vendredi et samedi. 19h30 mardi. 15h30 dimanche. Relâche mercredi et jeudi.

Durée : 1h30. Réservation : 01 41 60 72 72

José Montalvo, le magicien utopiste

José MontalvoLe « Don Quichotte du Trocadéro » est un enfant qui garde les yeux grands ouverts sur ses rêves. Ils ne s’éteignent pas avec ses nuits d’adulte. Aujourd’hui, ils illuminent la scène du Théâtre national de Chaillot peuplée pour l’occasion de notre entière humanité, bien au-delà des frontières du vent qui balaie et du soleil qui écrase les plateaux élevés de La Mancha.

Depuis toujours le chorégraphe José Montalvo œuvre, par un naturel qui lui semble inné, pour la transversalité et la transdisciplinarité des Arts. Il en produit des œuvres fortes. Avec lui, comme rarement, nous sommes exposés à la croisée de nos possibles destinées et sans cesse il nous propose la plus belle voie : celle rêvée qui serait commune.

Son « Don Quichotte » ne cède en rien à cette vitalité et espérance profonde et nous propose des explosions de joie, des moments de partages simples, des regards attentifs et doux. Nous assistons à un poème. De danse(s) tout d’abord et avant tout.  Des danses aux expressions plurielles menées sur la base du ballet Don Quichotte créé par Marius Petitpa sur la composition de Léon Minkus à Saint-Pétersbourg en 1869 et inspiré par l’épisode des Noces de Gamache, extrait de l’œuvre de Cervantès. Se répondent alors et s’unissent, danseuses et danseurs, venus d’horizons aussi différents que le classique – Carole Arbo, ancienne étoile de l’Opéra de Paris et pédagogue a assuré le rôle de répétitrice pour les parties historiques – peut l’être du hip-hop, du tango, des claquettes ou du flamenco.

Une idée exceptionnelle : le choix du comédien Patrice Thibaud pour le rôle titre. Rompu aux métiers du théâtre il est d’une force comique étonnante jouant notamment du mime qui nous entraîne grandement dans ce monde de l’innocence où l’on chevauche des chevaux imaginaires, où l’on joue au « beau », où l’on dirige des orchestres et des ballets imaginaires. Cette légèreté qui rappelle le film d’Albert Lamorisse « Le ballon rouge » n’empêche pas de grands moments carrément burlesque. On ne sait plus si l’on a croisé Groucho Marx et ses nombreux tours sortis de son imperméable, le regard de Keaton étonné du monde et des catastrophes que lui-même engendre… A chacun ses références… Il y a aussi le génie humaniste de Chaplin grâce à – comme toujours chez Montalvo –  ce travail vidéo partie prenante du spectacle et qui joue avec les interprètes avec notamment le parcours d’un vieux Monsieur dans le métro parisien qui nous réconcilie avec les foules croisées dans les couloirs et détourne l’inanité des publicités pour en faire autant de moment de jeux et de partage.

Comment enfin ne pas penser à Tati immortalisé par « L’illusionniste », le si beau dessin animé de Sylvain Chomet qui honorait les premier pas de music hall de notre grand oncle à tous ? A Chaillot, une belle famille de magiciens de l’utopie…

Don Quichotte du Trocadéro jusqu’au 8 février, salle Jean Vilar

Théâtre national de Chaillot, place du Trocadéro – Métro : Trocadéro

Du mardi au samedi à 20h30. Relâche dimanche et lundi, sauf dimanche 27 janvier à 15h30.

Réservation : 01 53 65 30 00