Lumière sur la vie

Culture pour tous, un projet éclairant.
Culture pour tous, un projet éclairant.

Très beau compte-rendu d’une initiative du Conseil général de la Seine-Saint-Denis * hier soir à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil. Projection et distribution de photos entièrement réalisées par des personnes bénéficiant d’un suivi social et du RSA. Quatorze séances de deux heures et demie chacune guidées par les Montreuillois créatifs d’images du Groupe Laps où chacun a réalisé une performance donnant lieu à plusieurs photographies. Financée par la Direction de la culture du département 93, l’opération s’est déroulée dans plusieurs bâtiments de la ville de Montreuil mis à disposition par la mairie, Conservatoire, cinéma Méliès, garage municipal, Nouveau Théâtre de Montreuil… L’idée initiale est venue de l’exposition Dynamo (Un siècle de lumière et de mouvement dans l’art 1913-2013) qui s’est tenue au Grand Palais. Les participants ont visité deux fois guidés par le Groupe Laps et des photographes : la première leur a donné l’idée de leur futur travail, la second leur a permis de mesurer, à l’aune de leurs propres efforts et réalisations, les intentions et la création des artistes.

* « L’exposition invisible » s’inscrit dans le dispositif Figure libre, parcours artistiques dans le champ social. Avec la participation du Conseil général de Seine-Saint-Denis, du musée du Grand Palais, du Groupe Laps et de la mairie de Montreuil.

On se cache tous derrière Tous Montreuil ?

 

Une communication qui masque les Montreuillois ?
Une communication qui masque les Montreuillois ?

Des visages masqués, cachés par le magazine municipal… quelle drôle d’idée pour fêter son centième numéro ! En effet, on aurait pu imaginé que les Montreuillois fiers de leur journal municipal le brandissent avec allégresse dans un geste dynamique et heureux de se montrer avec puisqu’il est leur, en principe du moins. Cet effacement est étonnant car, je le reconnais volontiers, Tous Montreuil est techniquement très réussi. Les prix qu’il a reçus sont tout à fait mérités et on ne peut que féliciter ceux qui l’écrivent, le mettent en maquette et le nourrissent de photos de qualité. Étonnante mise en scène donc… Mais c’est peut-être aussi un signe involontaire : Tous Montreuil, dans l’esprit de ceux qui le dirigent politiquement, c’est-à-dire la majorité municipale, c’est d’abord et avant tout la voix de son Maire. La voix sans oublier les photos puisque Dominique Voynet ne se prive pas de s’y montrer de plus en plus. Période électorale obligerait-elle à cette boulimie ? Car cette prise de vue aux yeux majoritairement absents nous révèle à sa manière que  se plonger dans la lecture de Tous Montreuil pour y trouver la vraie vie des Montreuillois, c’est le risque d’y disparaître. On y découvre aussi, crûment, que la majorité, mal répandu chez nombre de tenants du pouvoir, a d’abord l’envie d’afficher sa communication et son imagerie puisqu’elle a fini par croire qu’elle est devenue la réalité. Il n’empêche… je lève mon verre (et non mon Vert) à ce centième numéro et souhaite que bientôt Tous Montreuil porte par ses écrits une politique qui soit celle de tous les Montreuillois.

Le merveilleux « clip » de théâtre des Dramaticules / Richard III

Je suis persuadé depuis longtemps que la « communication » peut aider le théâtre à mieux se faire connaître encore, lui qui pourtant développe son public et fait souvent salles pleines malgré les lieux communs que l’on entend encore trop souvent sur « la difficile rencontre avec le public ».

Avec un montage réalisé suite à la captation de leur « Richard III » lors de sa création au Théâtre 13 à Paris en novembre dernier, la compagnie des Dramaticules a réalisé, comme disent les publicitaires un « teaser », on pourrait dire un « clip ».

Les Montreuillois qui connaissent le travail de Jérémie Le Louet et de Noémie Guedj pour les avoir vu au théâtre Berthelot avec leur collectif, ne seront pas surpris de l’extraordinaire qualité de scénographie transmise qui perce l’image. Un travail remarquable, au cordeau, et un amour des acteurs filmés en gros plan qui traduit ici les efforts constants de Jérémie Le Louet pour donner toute sa force au texte par le jeu. Quelques minutes de pur plaisir qui, je l’espère vous inviteront à aller voir ce « Richard III » de William Shakespeare dès qu’il passera près de chez vous.

Voir le teaser sur http://vimeo.com/74540114

Premières dates

Le 9 novembre à 20h30 au centre culturel Les 26 couleurs à Saint-Fargeau-Ponthierry

Les 15 novembre à 20h30 à l’Espace Marcel Carné à Saint-Michel-sur-Orge

Les 18 et 19 novembre à 20h30 au Théâtre de Corbeil-Essonnes

Le 22 novembre à 14h et 20h30 à la Baleine à Onet-le-Château

L’homme nouveau emporté par les eaux

zamiatine

Soutenu par Gorki, professeur à l’Institut Polytechnique, un des maîtres et inspirateurs du cercle littéraire des « Frères Sérapion », Evgueni Zamiatine avait une place de premier plan dans le monde littéraire soviétique. Mais voilà, en 1920 il avait écrit Nous autres où il  exprime ses grandes craintes face à l’institutionnalisation de la Révolution en laquelle il crût comme tant d’autres. À un tel point que cet ouvrage, interdit par la censure, véritable contre-utopie, est considéré comme la source d’inspiration du 1984 d’Orwell. Suite aux traductions anglaise (1924), tchèque (1927) et française (1928), traductions pourtant réalisées sans son aval, il est accusé d’anti-bolchévisme en 1929 aux côtés de Boris Piliak et d’Ilya Ehrenbourg. Il démissionne de l’association des écrivains et publie L’Inondation, ultime parution d’avant l’exil. En 1932 et il se réfugie à Berlin, puis s’installe à Paris où il décèdera en 1937 à 53 ans. Extrait : (…) Sofia fit le tour de la maison. De fait, la fenêtre n’était pas attachée. Sofia l’ouvrit sans peine et se glissa dans la cuisine. Elle pensa : n’importe qui pourrait entrer – peut-être était-ce déjà fait ? Elle crut entendre un bruissement dans la pièce voisine. Sofia se tint coite. Pas un bruit, hormis le tic-tac de la pendule, au mur, qui résonnait jusqu’en elle. Sans bien savoir pourquoi, elle se mit à marcher sur la pointe des pieds. Sa jupe se prit dans la planche à repasser, qui était appuyée contre la porte, et elle se renversa à grand fracas. Aussitôt retentit dans la chambre un piétinement de pieds nus. Sofia poussa un petit cri, recula vers la fenêtre – il fallait se sortir de là – appeler à l’aide… Elle n’en eut pas le temps (…)». La suite, comme vous savez, en cliquant sur Chemins de lecture www.daniel-chaize.com (rubrique située juste sous le 9)

Zamiatine (Evgueni), L’Inondation, Édition Sillage, avril 2013.