Montreuil-New-York, les temps de la vie

Life & Times

 

Début du spectacle 14h00… sortie du Nouveau Théâtre de Montreuil… à 00h30, c’est-à-dire le lendemain. C’était  hier, c’était aujourd’hui. En programmant Life and Times de la compagnie new-yorkaise Nature Theater of Oklahoma (Off-Off-Broadway), Mathieu Bauer et son équipe ont réussi leur pari : inviter avec succès les spectateurs à une « intégrale ». Il s’agissait des épisodes 1, 2, 3 et 4 de la comédie musicale créée à partir d’un récit né d’une simple question : « Peux-tu me raconter ta vie ? ».

Les réponses sont là, mot pour mot, avec les nombreux « hum… », les « tu vois… » et autres « genre… ». L’ensemble, rigoureusement assemblé, est posé sur une partition où danse – ou stagne –  la middle class américaine. Durant ces quatre épisodes nous suivons les personnages de la naissance jusqu’à 18 ans, du moins pour ce qui est raconté car le flash-back est aussi utilisé. Surgissent des morceaux de mémoires marqués à l’encre noire des obsessions et des douleurs, des émotions d’émois encore mal contenus et à peine soufflées, des rancoeurs et des jalousies qui raclent durablement la gorge, … ces sommes d’instants qui, les années passant, construisent pour partie nos vies. Avec toutefois une exigence vitale à chaque instant présente : la liberté. Elle chemine, peut tergiverser au gré des contingences et des soumissions aux ordres familiaux et culturels, mais obtenue, elle explose les murs des enfermements et ouvre les horizons. En revanche, en attente ou en perdition, elle fait exploser les individus sur eux-mêmes et ne produit que décombres. Toujours ce seul choix : la vie ou la mort.

Hier donc, plus de dix heures d’affilée avec les comédiens-chanteurs-danseurs… puisque même durant les pauses ce sont eux qui délivraient les sandwichs et épis de maïs grillés lors du barbecue, ou les brownies ainsi que le chocolat chaud final.

Au centre dramatique national (CDN) de Montreuil, c’était tout à la fois le Festival d’Avignon avec cette possible longue immersion dans un univers théâtral, le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine (Vincennes) ou plus proche encore de celui de la Girandole (Montreuil) avec cette convivialité des repas partagés en commun. Trois lieux certes très différents, mais pourtant ouverts à la même famille : celle des spectateurs du théâtre. Une large famille dont Montreuil peut s’enorgueillir * car durant toute la durée de « Life and Times » la salle n’a pas désempli. Kelly Copper et Pavol Liška qui dirigent la compagnie étaient surpris et heureux car, à New-York City, le succès public n’avait pas été aussi important pour l’intégrale. Il convient donc de noter qu’en France, lorsque l’on donne les moyens au public de découvrir tous les théâtres, il se forme, devient de plus en plus curieux, fait ses choix selon ses préférences, mais a aussi soif de nouveautés. C’est le résultat des efforts opiniâtres des artistes et d’une politique d’investissements des pouvoirs publics. Un effort qui doit être commun et régulier pour qu’il devienne un partage sur le fond. Les politiques « en charge » ont la responsabilité – en principe ! – d’en faire l’expérience eux-mêmes afin de mesurer concrètement les bénéfices importants de leurs actions. Pas pour eux… mais ici pour les Montreuillois et, accessoirement (même si ce n’est pas rien), pour le rayonnement de Montreuil.

* Montreuil, outre le CDN (salles Jean-Pierre Vernant et Maria Casarès)  compte sur « ses terres » les salles municipales du Théâtre Berthelot, du théâtre de Lanoue, de celui de la Maison des Roches et, en salles privées, La Girandole, la Fabrique MC11… sans oublier les nombreux metteurs en scène, comédiens et intermittents du spectacle qui en font une grande ville du théâtre.

Les représentations de Life and Times à Montreuil ont été soutenues par le French-American Fund for Comtemporary Theater, un programme de FACE et par l’Office national de diffusion artistique (Onda).

Je vais aller à une conférence du Front de gauche

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Que mes lecteurs habituels ne s’inquiètent pas.

En effet, il s’agit du Front de gauche de l’art dont la revue LEF, créée par Vladimir Maïakovski en mars 1923 a été un moment révélateur des utopies (réelles) et des impasses (totales et sanglantes) de la révolution soviétique. Ce fut aussi une évolution des rapports entre l’art et le pouvoir… dont il faut noter (voir ci-dessous un extrait de « Le chantier russe », Littérature, société et politique. Tome 1 Edition de l’Harmattan par Claude Frioux) que les plus engagés auprès du pouvoir allaient, pour le plus grand nombre dont Maïakovski en premier, être les victimes. On voit combien les échauffements de l’esprit peuvent monter au front et faire perdre la raison aux plus censés et aux plus sincères.

« (…) Ils poussent à l’extrême le radicalisme utilitaire. L’art pour eux doit renoncer à toute recherche désintéressée, contemplative, décorative ou gratuitement inventive tels que les tableaux de chevalet, roman, longs poèmes, architecture d’apparat, etc.

En ce sens ils n’hésitent pas à réclamer bel et bien la mort de l’art tout entier, la disparition de la condition d’artiste.

C’était l’opinion défendue particulièrement par Tretiakov avec une âpreté d’inquisiteur digne de Pisarev. L’artiste doit devenir un technicien « producteur » comme les autres. Il prêche « la désindividualisation et la déprofessionnalisation de l’art. »

LA REVUE LEF – VLADIMIR MAÏAKOVSKI

Conférence proposée par Gérard Conio, professeur émérite de l’histoire de l’art à Université Nancy 2.

Centre Pompidou – Petite salle

Dimanche 24 novembre de 11h30 à 13h00.