Des Misérables déchirants surgissent dans notre époque

Des jeunes interprètes évidents dans leur simplicité, leur spontanéité. Une force communicative.
Des jeunes interprètes évidents dans leur simplicité, leur spontanéité.                                       Une force communicative.

 

« Ces bonshommes se retrouvent dans un espace qu’ils ne connaissent pas. Ils attendent on ne saura jamais quoi. Ils comblent le vide grâce à la parole, leur seule arme pour survivre. » Jean Bellorini, metteur en scène du roman social indépassable de Victor Hugo Les Misérables, lui donne une force et actualité brûlante par une grande économie de moyens, une scénographie inventive et de jeunes acteurs aux souffles, regards et cris de vie joyeuse permanents. Deux époques s’enchaînent, celle de Jean Valjean et celle de Javert et nous les retrouvons tous Cosette, Marius, les Thénardier, Enjolras, Feuilly, Courfeyrac, Combeferre… De monseigneur Myriel, évêque du diocèse de Digne à Gavroche héros du pavé parisien, ils sont tous là (avec bien d’autres) en sept comédiens et musiciens. Nouveau directeur du Centre Dramatique National de Saint-Denis depuis janvier 2014, Jean Bellorini ne semble s’inscrire dans aucune « école » théâtrale et trace un chemin fulgurant où brillent les héros hugoliens « l’écrivain a incarné tous les espoirs et les élans de son cœur généreux. C’est un véritable plaidoyer pour le progrès social et la fraternité humaine. » Aidé et soutenu avec sa compagnie Air de lune par le Conseil général de Seine-Saint-Denis, son spectacle « Tempête sous un crâne » sous-titré  de cette phrase d’Hugo « Il y a un spectacle plus grand que le ciel, c’est l’intérieur de l’âme » est en ce moment à Ivry, dans le Val-de-Marne voisin.

Jusqu’au 25 mai. Théâtre d’Ivry Antoine Vitez. 1, rue Simon Dereure. Métro ligne 7 – RER C – Ivry-sur-Seine.

À 19h00 du mardi au samedi et le dimanche à 15h00. Relâches le jeudi 1er et lundis 5, 12 et 19 mai.

Réservations : 01 43 90 11 11

Été 14… un monde si ancien ?

Canotier, cravate et insouciance...
Canotier, cravate et insouciance…

 

23 juillet – 4 août 1914… Comment de l’ultimatum de l’Autriche à la Serbie soupçonnée d’avoir commandité l’assassinat de François-Ferdinand, l’archiduc héritier du trône de l’empire Austro-Hongrois, à l’entrée en guerre du Royaume-Uni, des politiques en vacances ou en voyage, des chancelleries se croyant en capacité de rétablir toutes les situations tendues dont elles sont les actives manipulatrices, comme des empereurs de même famille, et nombre d’acteurs principaux qui ne voulaient pas la guerre… arrivent néanmoins, par leurs conventions établis, leurs actes et au final leur volonté à déclencher la Grande guerre. Celle dont tous étaient en conscience qu’elle allait être une boucherie humaine puisque tous savaient combien les nouveaux matériels étaient en capacité de destructions massives. Deux empires disparurent, celui d’Autriche-Hongrie et l’empire Ottoman, l’Allemagne vaincue en tirera un ressentiment qui fut un des éléments déclencheur de la seconde guerre mondiale. L’Europe subissait là une saignée dont on mesure aujourd’hui qu’elle mit fin à son « âge d’or » (de certains) et qu’elle fut son suicide collectif. Par une présentation très didactique, en sept espaces thématiques, qui met très bien en valeur les collections de la Bibliothèque nationale de France, nous sommes plongés au cœur de ces treize jours… avec cette angoissante question : avec aujourd’hui les mêmes ressentiments nationaux (qui montent), les mêmes incompétences de politiques dépassés par des événements sur lesquels ils n’ont plus prise (qui dirige ?), les mêmes intérêts économiques avivés par la crise, qui peut affirmer l’impossibilité d’un même enchainement « mécanique » de perte de contrôle généralisée ? Ne serions-nous pas à nouveau dans « les derniers jours de notre monde » ?

Bibliothèque Nationale de France – Site François Mitterrand. Quai François-Mauriac, Paris 75013.

Exposition ouverte du mardi au samedi de 10h à 19h et le dimanche de 13h à 19h.

Vivre avec les trois sœurs du Yunnan

Affiche 3 soeurs

Comment trouver les mots en sortant de ce formidable documentaire ? On sait la misère du monde infinie, on sait que le communisme et l’ultra-libéralisme n’ont pas sauvé les peuples de l’asservissement et de la domination mais les ont d’autant plus enfoncés dans la servitude. On sait combien les enfants sont les premières victimes de la folie des hommes. Mais vivre, grâce à la caméra si proche de Wang Bing, vivre littéralement ces heures éveillées et ces heures de sommeil passées dans la boue, à porter des charges, à mener les bêtes aux champs à l’aube, à faire la cuisine la nuit… c’est en fait indispensable pour le découvrir. A vif. Il est très rare que le temps soit capté avec tant de précision, qu’il nous soit ainsi imposé dans sa vérité. Nous changeons alors de condition ou plutôt nous retrouvons la nôtre. Si loin du Yunnan. Tous les mots que j’ai lus sur ce film ne valent pas plus que ceux que vous venez de lire. Il faut aller vivre – et ce ne sera en fait qu’un instant – avec les trois sœurs de Yunnan. C’est les respecter et dénoncer toutes les « images » de consommation qui expulsent la réalité. Ici de la Chine. Au Méliès de Montreuil, jusqu’au lundi 5 mai (si l’on en croit le programme imprimé…).

Des exemples d’exceptions françaises… et de malheurs partagés

Qwant

 

Sunday Press 3 /

(…) « Pendant plus de cent ans, la Grande-Bretagne était ce pays civilisé où les extrêmes n’existaient pas, ou si peu. L’Ukip * a mis fin à notre idylle démocratique. La gauche ignore l’Ukip, espérant stupidement qu’elle fera imploser la droite. Quant à la droite, elle capitule, et n’ose même pas dire aux Britanniques que le pays, en dehors de l’Union européenne, vivrait vraiment une catastrophe pour l’économie. Gauche et droite britannique ne sont pas séparées par un mur de Berlin. Elles devraient être solidaires, surtout quand un parti d’extrême droite commence à envenimer toute la politique nationale. Il faut frapper tôt, et fort. » * Ukip (United Kingdom Independence Party), parti ouvertement raciste aujourd’hui rassembleur de l’extrême-droite britannique (23 % aux élections locales partielles du 2 mai 2013).

Nick Cohen, éditorialiste de l’Observer cité par Marianne du 25 avril au 1er mai. N° 888.

 (…) La bonne fortune de Tabou, en 2012, coïncide même avec « l’année zéro » du cinéma portugais, pendant laquelle le système de subventions s’est effondré. Mais Gomes fait de son art un sport de combat. « Nous avons utilisé sa réputation internationale pour mener une action politique, raconte Luis Urbano, son producteur. Dès l’annonce du palmarès à Berlin, toutes nos interventions dénonçaient la dévastation de l’économie culturelle, depuis l’arrivée de la troïka et la mise en place du programme d’austérité. La situation du cinéma était absurde : l’année même où nous remportions des prix, 100 % des aides à la création étaient supprimées ! » Le système se remet en place, peu à peu. L’État donne le minimum, les chaines de télévision et les opérateurs privés, qui se défilaient, sont rappelés à leurs obligations.

Laurent Rigoulet, Télérama du 26 avril au 2 mai 2014. N° 3354.

 (…) Fondateurs du site Qwant, Eric Leandri et Jean-Manuel Rozan posent un problème inédit à Google : en vertu de la loi qui interdit aux chaînes de télévision de faire de la publicité pour les marques, ils ont demandé au CSA d’imposer aux chaînes d’agir de même avec Google et de s’abstenir de mentionner le nom du géant américain à l’antenne. Cette forme de publicité clandestine renforcerait selon eux l’hégémonie de leur concurrent en France. Or Google n’est pas seul sur le marché. Aux Etats-Unis, il subit les assauts de Bing ou Yahoo ! En Chine, en Russie ou au Japon, il est même distancé par des moteurs locaux. Alors pourquoi pas en Europe, où Qwant le combat ?

Claude Soula, Nouvel Observateur du 24 avril 2014. N° 2581.

 (…) Lorsque le député des Alpes- Maritimes Eric Ciotti est allé le voir après que Fillon et Copé ont trouvé un accord sur la présidence de l’UMP, le chef contesté l’a alors accueilli d’un glacial : « On tourne la page, mais je garde le livre.» Réponse de Ciotti : « Tu ne seras jamais président de la République avec de tels comportements. » « Son obsession est de gérer son clan, sa logique de pouvoir est une logique de réseau », déplore Laurent Wauquiez, qui en avril 2013 avait pointé les conflits d’intérêts des parlementaires avocats d’affaires, au rang desquels figurait le patron des députés UMP, un certain Jean-François Copé. Et de dénoncer « la vieille politique », qu’incarne, selon lui, le député de Seine-et-Marne : « Pas de convictions, pas d’audace, pas d’inscription dans la durée, tout est affaire de communication et de coups. » Tous ses adversaires déroulent le même récit. Si la direction du parti est désormais censée être paritaire, les fillonistes jurent n’avoir accès à rien, ni au fichier des adhérents ni aux comptes du parti et aucuns moyens à leur disposition pour effectuer des déplacements par exemple : « On a des fonctions fictives », résume Ciotti. « Excuses bidons, rétorque Jean-François Copé, outré. Ils sont associés à tout, ceux qui se plaignent ne travaillent pas, c’est tout. » Et Jérôme Lavrilleux, son directeur de cabinet et éminence grise, de proposer de faire le tour des bureaux des fillonistes au siège de la rue de Vaugirard : ils sont vides.

Vanessa Schneider, M le magazine du Monde du 26 avril 2014. N° 136.

(…) Dans un contexte économique très difficile, comment réagissez-vous à la publication ce mois-ci de l’Observatoire de la petite entre prise, qui fait état d’une croissance dans le secteur de la librairie indépendante ?

Marie-Rose Guarniéri : c’est évidemment une bonne nouvelle. Si l’on continue à bien travailler, je pense que les librairies seront les commerces de centre- ville qui tiendront le mieux le coup. Mais cette croissance reste assez abstraite. Nous sommes dans un secteur en pleine mutation, où le rapport à l’écrit change très rapidement, en temps réel. Il y a un recul de la fréquentation qui s’accompagne d’une concentration des goûts, l’impression que les gens demandent toujours les mêmes livres. De plus, les loyers de centre-ville ne sont pas adaptés au métier, on ne fait pas les mêmes marges que dans la mode, par exemple. Et ce alors qu’il faut présenter beaucoup plus de livres qu’on n’en vend, pour offrir du rêve, laisser imaginer d’autres lectures. Avoir tout Freud en rayonnage, même si l’on sait que les clients viennent généralement pour acheter l’Interprétation des rêves. Le défi est de créer une économie qui tienne avec tout cela. Sans parler de la formation : il faut des années avant qu’un libraire sache acheter, conseiller, as- sembler les livres sur une table pour les faire parler, proposer au lecteur celui qu’il cherche et celui qu’il ne cherche pas. Tout cela fait que le métier est devenu très coûteux.

Interview réalisée par Élisabeth Franck-Dumas, Libération du 26 et 27 avril 2014. N° 10247.