Le Noël kitch de Pékin, la J-Pop de Tokyo et L’Étoile mystérieuse de Tintin.

Pour cette couverture du dixième album des Aventures de Tintin (L’Étoile mystérieuse), la mise en vente s'élève à 2,5 millions d'euros. Sur les 24 existantes, il en reste encore 19 entre les mains de la seconde femme d'Hergé. Une somme potentielle qui vaut bien "Le Trésor de Rackham le Rouge".
Pour cette couverture du dixième album des Aventures de Tintin (L’Étoile mystérieuse), la mise en vente s’élève à 2,5 millions d’euros. Sur les 24 existantes, il en reste encore 19 entre les mains de la seconde femme d’Hergé. Une somme potentielle qui vaut bien « Le Trésor de Rackham le Rouge ». Hergé demeure la grande étoile de la BD.

Sunday Press 37

La défense, par le président Xi Jinping, des « valeurs fondamentales socialistes » et le ton volontiers anti-occidental de la propagande font manifestement des émules dans certaines administrations chinoises : même Noël devient suspect. Pourtant omniprésente en Chine sous ses formes commerciales et musicales – les restaurants et les magasins chinois soumettent leurs clients à un flot ininterrompu de Jingle Bells –, la fête chrétienne a donné lieu à de vifs débats après qu’une université de la ville de Xian (capitale du Shaanxi) a interdit sur son campus toute célébration. Sur des banderoles tendues dans cette faculté de l’université du nord-ouest et diffusées sur la blogosphère, on lit : « Soyez des fils et des filles dignes de la Chine, opposez-vous aux fêtes kitsch de l’Occident » et encore « Résistez à l’expansion de la culture occidentale ». (…) C’est à Wenzhou que les autorités ont surtout sévi : cette grosse ville commerçante du Zhejiang, connue comme la « Jérusalem chinoise » pour l’importance de sa communauté chrétienne (20 % de la population), a interdit de fêter Noël ou d’organiser une manifestation y ayant trait. (…) Il faut dire que Wenzhou et sa région, où Noël donne lieu à des célébrations spectaculaires, sont la cible depuis le début de l’année d’une campagne de démolition forcée des ses clochers et parfois de ses églises, sous le prétexte d’une « rectification esthétique » du paysage urbain. Pour les chrétiens de Chine, il s’agit ni plus ni moins d’une persécution.

Brice Pedroletti, Le Monde, 28 & 29 décembre, N° 21756.

(…) « Ce n’est pas très glamour en soi, mais dans ce contexte précis, cette banalité même devient précieuse. La cérémonie du thé pousse à aiguiser son regard, à débarrasser son esprit de ce qui n’est pas nécessaire et à nous émerveiller de tout ce que la nature peut offrir. C’est quand même un peu mieux que de regarder un film sur écran géant, non ? » À 26 ans à peine, Dairiku Amaé n’a rien d’un vieux pruneau confit dans la tradition. Élevé en partie en Europe et au Moyen-Orient dans les bagages d’un père diplomate, ce polyglotte a grandi dans l’intense fréquentation des mangas, de la J-pop et des jeux vidéo. Une jeunesse un brin virtuelle qui l’a poussé il y a maintenant dix ans à emprunter la voie du thé. Le jeune homme voulait juste « retrouver l’usage de (s)es cinq sens, redevenir humain ».

Stéphane Jarno, Télérama, 27 décembre au 9 janvier, N° 3389-3390.

(…) Le plus facile pour moi, le plus agréable, c’est une sorte de rêverie initiale. Une fois qu’il faut concrétiser, c’est toujours le même problème : il y a un moment où il faut sauter et c’est un peu désagréable. Après, on n’est pas sûr d’avoir pris le bon chemin. Pendant au moins un mois, on continue à écrire, il y a des moments de découragement. Mais on se rend compte qu’il suffit d’une toute petite modification, de rayer, et ça repart. Tout paraît informe, et puis il suffit de supprimer trois mots. C’est là où c’est un peu difficile, cette période. Une fois qu’on a fini, c’est l’inverse, on se dit qu’on n’a pas développé assez, on a l’impression d’avoir travaillé par segments alors qu’il aurait fallu enrichir une seule chose. C’est toujours une insatisfaction.

Patrick Modiano, Libération, 27 & 28 décembre, N° 10454.

Pour cette couverture du dixième album des Aventures de Tintin (L’Étoile mystérieuse), la mise en vente s’élève à 2,5 millions d’euros. L’organisation justifie cette somme jamais atteinte pour ce genre d’illustration en expliquant qu’il s’agit là d’une des quatre seules couvertures de Tintin détenue en collection privée. Les dix-neufs autres couvertures des albums du célèbre reporter à la houppette sont entre les mains de Fanny Rodwell, la seconde femme du dessinateur belge. L’oeuvre d’Hergé a visiblement la cote sur le marché de la bande dessinée. Il y a quelques semaines, une couverture du Petit Vingtième signée du dessinateur avait été vendue à 539.880 euros lors de la vente de Millon & Associés. En mai dernier, une double page réalisée à l’encre de Chine par Hergé pour constituer les pages de garde des albums de Tintin avait été adjugée à 2,65 millions d’euros lors d’une vente organisée par la maison Artcurial. Cette vente avait ainsi établi un nouveau record mondial pour une oeuvre de bande dessinée.

Morin, Fabien, LeFigaro.fr, 27 décembre.

(…) A Stratford, un dispositif numérique très innovant a été mis en place. «Le problème du théâtre à l’âge numérique n’est pas là où on le croit. Internet ne va pas concurrencer le théâtre», me dit Francesca Marini, l’une des responsables du festival de Stratford. Pour elle, le souci c’est l’attention.

«Comment rester assis sans bouger pendant trois heures pour regarder une pièce de théâtre du XVIe siècle? Surtout lorsqu’on est habitué à consulter son téléphone constamment, à envoyer des messages Facebook et à prendre des photos. C’est cela le vrai sujet. Comment rester attentif sans participer ?» Selon elle, cette question de l’attention se pose particulièrement pour les jeunes et pour les nouvelles générations à venir. Un festival comme Stratford doit donc s’adapter. Ne rien faire aurait été capituler. On ne peut se satisfaire de la mort programmée du théâtre à l’âge numérique, ont pensé certains vétérans de Stratford.

La mort du théâtre ! N’exagérons rien. Le théâtre survivra au numérique. Mais la fin d’une époque, certainement. A l’heure de la «  creative destruction » – le modèle économique cher à Schumpeter qui correspondrait le mieux à notre époque– il faut toujours se remettre en question et innover.

Stratford a donc commencé par tester l’intégration des technologies aux représentations. Sur scène, des metteurs en scène innovent et dans la salle, les spectateurs peuvent être associés à la pièce. Une plus grande participation du public est possible, au cours du spectacle, grâce aux technologies. Tout un mouvement se développe d’ailleurs en ce sens en Amérique du Nord avec les «représentations basées sur internet» du New Paradise Laboratories à Philadelphie ou les technologies qui permettent de recueillir un feedback de l’audience pendant la représentation et de pouvoir adapter la pièce en fonction (expériences développées au Portland Center Stage ou au Philadelphia Fringe Festival).Ainsi, le public est invité à se prononcer, à l’aide d’un appareil portatif connecté, un «hand-held device», à certains moments clés de la pièce, pour exprimer en temps réel sa satisfaction – ou pas. (…) Autre innovation: Stratford a lancé un festival online. C’est une plateforme qui permet de voir des extraits de pièces et d’assister à des répétitions en ligne, sous la forme de «web épisodes». Des guides pour les étudiants sont accessibles gratuitement en PDF et un blog a été ouvert pour organiser la discussion autour du théâtre. L’équipe web me montre une application pour smartphone, une chaîne YouTube et tout un dispositif sur les réseaux sociaux. «Ce que nous voulons faire, c’est créer une conversation autour de Shakespeare», résume Francesca Marini.

Frédéric Martel, Slate.fr, 28 décembre.

Diego Rivera de retour à Detroit, l’ex-Motown.

En mars 2015, il y aura une exposition sur Diego Rivera et sa compagne Frida Kahlo à la nouvelle fondation qui a succédé au musée municipal de Detroit qui vient d'échapper de peu à la dispersion de ses oeuvres. En 1932, le muraliste mexicain avait décoré un hall du musée des usines Ford.
En mars 2015, il y aura une exposition sur Diego Rivera et sa compagne Frida Kahlo à la nouvelle fondation qui a succédé au musée municipal de Detroit qui vient d’échapper de peu à la dispersion de ses oeuvres. En 1932, le muraliste mexicain avait décoré un hall du musée des usines Ford.

Lundi 22 décembre – Les plantes bavardes des plateaux TV. Il n’est ni journaliste, ni diplomate, ni militaire en retraite ou espion sur le retour, encore moins chercheur… mais affiche un passeport tamponné à l’encre du baroudeur. Et c’est ainsi, ne négligeant pas la barbe mal rasée ni bien coupée ainsi que les yeux cernées, que Samuel Laurent est devenu sur tous les plateaux de la TV où l’information devient une diarrhée verbale que Samuel Laurent est au choix « Consultant international », « Spécialiste du monde arabe » ou auteur. Auteur, surtout au Seuil – éditeur réputé pour son sérieux, ce n’est déjà pas si mal me direz-vous. Mais son éditeur le reconnaît lui-même, le fait que le père de Samuel Laurent ait été publié dans la même maison a joué ajoutant : « Je ne suis pas rédacteur en chef et Samuel Laurent n’est pas journaliste. C’est un consultant, ce qui veut tout dire, ou ne rien dire. Disons que c’est un baroudeur ». Et de conclure que la publication en tant que « document » ne signifie rien elle non plus « C’est un terme délibérément imprécis qui recouvre autant le récit, l’enquête que l’essai ». Résumons, baroudeur au propos imprécis. Ce n’est pas si grave à un moment où les livres stars des ventes le sont particulièrement ce qui, semble-t-il, leur assure de battre les records de vente. Sauf qu’en la circonstance M. Laurent prétend être le grand connaisseur d’Al-Qaïda et de l’État islamique, deux sujets où la raison, la connaissance et le respect des faits sont absolument essentiels. Ce type de faux experts dont les médias en recherche affamée de plantes en pied à placer sous les spots se moquent de leur intelligence comme de leur première chaussette de Noël. Surtout lorsque les plantes parlent…

Mardi 23 décembre – Les femmes ne sont pas égales aux hommes… et Dieu prend soin du reste. Recep Tayyip Erdogan, le président de Turquie se sent en pleine forme et surtout libre de parler à tous vents puisque la presse est désormais sous main protectrice étouffante. Père de quatre enfants, il pourfend, comme tout bon islamo­-conservateur, la contraception : « Dans notre pays, les opposants se sont engagés dans la trahison du contrôle des naissances depuis des années, cherchant à assécher notre génération ». Or son rêve de grande Turquie appelle à une jeunesse nombreuse et dynamique. Et comme il s’est façonné un trait d’originalité par des formules à l’emporte-pièce et de poésie de plomb, il n’a pas dérogé à son bon plaisir : « Un enfant, c’est synonyme de solitude, deux de rivalité, trois d’équilibre et quatre d’abondance. Et Dieu prend soin du reste. » Et chacun sait qu’en termes d’abondance, Dieu est expert…

Mercredi 24 décembre – Le trait d’humour qui valait 11 millions d’euros… d’amende. Nous sommes en Egypte, le pays où il reste encore quelques satiristes. Enfin, pour l’instant… En effet, Bassem Youssef, bien que médecin cardiologue, aime rire. Pire, il aime faire rire. Et d’animer pour ce faire l’émission Le Programme sur la chaîne égyptienne privée CBC, inspirée du célèbre Daily Show, parodie de journal télévisé, de Jon Stewart diffusé sur le réseau Comedy Central aux États-Unis. Un succès immense au point que Time magazine va placer Bassem Youssef comme l’une des « 100 personnes les plus influentes du monde ». Alors, arrivé à ce point, au Caire, on ne rie plus ! L’humoriste mettait déjà en rage les Frères musulmans qui ne goutaient pas du tout, mais alors pas du tout, ses caricatures car ces derniers n’aiment le vitriol que lorsqu’ils en tiennent la fiole. Maintenant, c’est le nouveau pouvoir du président Mohamed Morsi qui s’étrangle aux moqueries de l’animateur. Et quand il s’agit d’exercer le pouvoir, les militaires sont experts en méthode. Bassem Youssef est donc jugé et condamné. Pas encore à la prison, au fouet ou à mort, non à une simple amende. Mais de taille, elle s’élève à 11 millions d’euros ! De quoi provoquer un infarctus, même à un cardiologue. Mais pour l’instant, c’est raté.

Jeudi 25 décembre – Le pesticide se porte bien. En 2009, le plan Écophyto est lancé avec l’objectif de diviser par deux l’usage des produits phytosanitaires à l’horizon 2018. Nous sommes en pleine euphorie du Grenelle de l’Environnement… Un tel optimisme que le plan s’appuie… sur la bonne volonté des acteurs qui n’en touchent pas moins 360 millions d’euros en cinq ans. Premier verdict à mi parcours : c’est officiel, il y a toujours plus d’herbicides, d’insecticides et de fongicides dans les campagnes françaises. Explication ? Le rapport le dit : « les agriculteurs ne se sont que très marginalement appropriés » les exemples de cultures à la fois économes et performantes et les divers outils qui leur sont fournis. On dirait du Devos car si marginalement c’est déjà peu, très marginalement ce n’est vraiment pas beaucoup. Résultat une hausse des pesticides de 5 % sur la période et même de 9 % pour 2013 à cause d’une météo pluvieuse. Idéalisme, manque de moyens financiers, boulimie française qui place notre pays comme le plus gros consommateur de pesticide de l’Union européenne ? Difficile de trancher. Un constat toutefois, réformer la France, c’est la peste…

Vendredi 26 décembre – À Detroit, y’a pas que la bagnole. Le musée de Detroit, un des plus importants des États-Unis avec quelques pièces considérées comme de véritables icônes est sauvé. De justesse… La ville sinistrée avec ses ruines dernières traces d’un passé symbole de l’American Way of Life et principalement symbole des belles américaines (Ford, Dodge, Packard, Chrysler) n’est plus depuis longtemps Motor City ou Motown. En 2013, Detroit est devenue la première grande ville américaine à demander une mise en faillite. Pour se renflouer, certains de ses édiles imaginaient vendre les collections du musée municipal le Detroit Institute of Art. C’était la seule richesse de la ville et des esprits étroits ont imaginé qu’en la dispersant, on aurait pu sauver la faillite. Mais voilà, la majorité des habitants n’était pas de cet avis. Du coup le musée du Michigan a trouvé les financements de trois comtés voisins (Oakland, Macomb, Wayne) et est devenu une fondation ce qui lui permet d’échapper aux ennuis de la municipalité qui s’est elle-aussi engagée à assurer sa partie du financement. La fréquentation a suivi avec 785.000 visiteurs. En mars 2015, il y aura une exposition sur Diego Rivera et sa compagne Frida Kahlo. En 1932, le muraliste mexicain avait décoré un hall du musée des usines Ford.

Champagne oui, my Lord ! Mais seulement du bon.

À Westminster, les Lords ne veulent pas échanger leurs bulles avec les députés. My God !
À Westminster, les Lords ne veulent pas échanger leurs bulles avec les députés. Qui peut y penser ? My God !

Sunday Press 36

« Nous sommes entrés par la porte de Jaffa et nous avons dîné à 6 heures du soir. Jérusalem est un chantier entouré de murailles. – Tout y pourrit, les chiens morts dans les rues, les religions dans les églises : (idée forte). Il y a quantité de merdes et de ruines. Le juif polonais avec son bonnet de peau de renard glisse en silence le long des murs délabrés, à l’ombre desquels le soldat turc engourdi roule, tout en fumant, son chapelet musulman. Les Arméniens maudissent les Grecs, lesquels détestent les Latins, qui excommunient les Coptes. Tout cela est encore plus triste que grotesque. Ça peut bien être plus grotesque que triste. Tout dépend du point de vue. Mais n’anticipons pas sur les détails. La première chose que nous ayons remarquée dans les rues, c’est une boucherie. (…) Tout à l’entour ça pue à crever ; près de là deux bâtons croisés d’où pend un croc. »

Gustave Flaubert, Lettre à Louis Bouilhet, Jérusalem, le un, 17 décembre 2014, N°37.

(…) L’antisémitisme classique, nationaliste, catholique, a régressé. La France de droite est beaucoup moins antisémite qu’il y a cinquante ans. Et l’État français condamne tout acte qui s’en réclame, sans hésitation, ni faiblesse. Je ne crois pas que nous assistions à une vague généralisée d’antisémitisme, mais il ne faut pas minimiser son expansion dans certains secteurs de la société (…) D’abord au sein du monde issu de l’immigration arabo-musulmane. Certains membres s’identifient à la cause palestinienne, avec le raccourci : les Palestiniens sont opprimés par Israël, et Israël c’est les Juifs. Une frange minoritaire verse dans l’islamisme radical, obsessionnellement antisémite. Il existe aussi, marginal, un antisémitisme de gauche qui s’appuie sur deux simplifications : les Juifs, c’est l’argent, et nous sommes anticapitalistes ; Israël est colonisateur et nous sommes anticolonialistes. On rencontre enfin des antisémites dans la population noire, reprenant la thèse de l’universitaire new-yorkais Leonard Jeffries, démentie par les grands intellectuels noirs américains, selon laquelle les Juifs auraient organisé la traite négrière. Ils leur reprochent aussi de s’arroger le monopole de la souffrance historique sans laisser d’espace à l’esclavage. Passée par les Antilles, cette thèse alimente le discours de Dieudonné, dont l’impact a aussi révélé un aspect essentiel de l’antisémitisme contemporain : le rôle d’Internet.

Michel Wievorka, propos recueillis par Juliette Bénabent et Vincent Remy, Télérama, 20 au 26 décembre 2014, N°3388.

(…) Très peu de livres ou d’artistes ont eu une influence politique immédiate. Mais, sans art et sans culture, rien ne change. Dans un pays comme le Mozambique, pendant la guerre d’indépendance (1964-1974), l’art et la culture étaient la colle qui unifiait la nation. La langue ne suffisait pas. Alors on dansait. Partout, la même danse. La culture est la cavalerie qui guette à l’orée des bois, et débarque quand tout s’effondre. L’art et la culture ont une signification énorme, mais pas isolée du reste. Pendant la guerre, au Mozambique, les gens allaient au théâtre pour rire. C’était un acte de résistance. Ils voyaient sur scène les possibilités d’une autre vie. (…) Quand on vit dans une énorme insécurité politique et économique, la question de l’identité est très importante. Et l’identité, la culture et l’art sont liés. Il n’y a pas très longtemps, à Maputo, la capitale du Mozambique, j’ai discuté avec un groupe de garçons qui surveillaient ma voiture. Des enfants des rues, qui mentent en permanence. Et qui peut les en blâmer ? Ils ne font pas confiance aux adultes. Je leur ai demandé ce dont ils rêvaient le plus. Leur réponse m’a beaucoup surpris. Ce n’était pas d’une mère, ou d’un foyer. Mais d’une carte d’identité : un nom, une photographie, qui attestent qu’ils ne sont pas interchangeables. Avoir une identité. Cela a modifié ma perception de ce qu’est la culture.

Henning Mankel, propos recueillis par Anne-Françoise Hivert, Libération, 20 & 21 décembre 2014, N°10449.

(…) Des économies, oui, mais pas à n’importe quel prix. C’est ce que la presse britannique vient de révéler au sujet des Lords et de leur champagne. Ceux qui siègent en manteaux d’hermine et perruques à la Haute Chambre du Parlement britannique auraient en effet refusé la mutualisation de leur service de restauration avec celui des députés de la Chambre des communes. Une mesure proposée dans le cadre d’un plan d’économie visant à réduire les frais de fonctionnement du palais de Westminster, qui abrite les deux Chambres. Le motif de ce rejet ? La crainte que la qualité du champagne en pâtisse.

Guillaume Gendron, M le magazine du Monde, 20 décembre 2014, N°170.

(…) Croire que l’Allemagne n’a pas besoin de l’Europe, c’est aussi une illusion. L’Allemagne a massivement profité de l’Europe entre 2003 et 2008. Si elle a pu redresser son économie, c’est grâce aux réformes, mais aussi parce que l’essentiel de ses exportations allait vers les pays de la zone euro qui se portaient bien à l’époque. Maintenant c’est l’inverse. Je souhaiterais que l’Allemagne fasse davantage d’efforts pour renforcer sa propre croissance et créer une dynamique pour l’ensemble de l’Europe. Une grande partie des exportations allemandes sont alimentées par des importations de prestations de la zone euro, et donc aussi de la France qui est le principal partenaire de l’Allemagne. Les Allemands doivent comprendre que nous sommes tous dans le même bateau. (…) Attirer les investissements privés, c’est la clé pour plus de croissance en Europe. Même si l’on atteint seulement la moitié ou même un tiers du projet initial de 315 milliards d’euros, ce sera déjà quelque chose ! Ce premier pas (le plan d’investissement de Jean-Claude Juncker) n’exclut pas que les pays membres injectent de l’argent. J’espère que le gouvernement allemand apportera sa pierre à l’édifice. Un effort d e10 milliards d’euros suffirait à multiplier les possibilités d’investissement par dix. Il faut identifier les bons projets, mettre l’accent sur les PME et éviter la bureaucratie. Maintenant c’est aux politiques de mettre toute leur énergie pour faire de ce plan une réussite.

Marcel Fratzscher, économiste allemand, propos recueillis par Odile Benyahaia-Kouider, L’OBS, 18 au 24 décembre 2014, n°2615.

La maladie des médicaments génériques ? Le fric.

25 médicaments génériques viennent d’être interdits à la vente en France. Dans le monde, il n’y a plus aujourd’hui que deux usines qui fabriquent du paracétamol, l’une en Chine et l’autre aux États-Unis qui ont tout fait - EUX ! - pour garder une usine. En France, le dernier site de paracétamol a été fermé en 2008 par Rhodia, entreprise française, filiale de Solvay et né du groupe Rhône-Poulenc et un leader mondial de l’industrie chimique.
25 médicaments génériques viennent d’être interdits à la vente en France. Dans le monde, il n’y a plus aujourd’hui que deux usines qui fabriquent du paracétamol, l’une en Chine et l’autre aux États-Unis qui ont tout fait – EUX ! – pour garder une usine. En France, le dernier site de paracétamol a été fermé en 2008 par Rhodia, entreprise française, filiale de Solvay et né du groupe Rhône-Poulenc et un leader mondial de l’industrie chimique.

Lundi 15 décembreLES PARADOXES TURCS. 8.000 policiers mobilisés simultanément dans 14 villes turques, l’interpellation d’une trentaine de personnes, dont Ekrem Dumanli, rédacteur en chef de Zaman, premier quotidien du pays et fleuron de l’empire médiatique des «gulénistes», ainsi qu’Hidayet Karaca, directeur de Samanyolu, la principale télévision de la confrérie. L’accusation est classique « tentative de s’emparer de la souveraineté de l’État ». Recep Tayyip Erdogan décide de frapper fort contre la confrérie islamiste du prédicateur septuagénaire Fethullah Gülen. Une sorte d’Ayatollah Khomeiny réfugié en Pennsylvanie depuis 1999 après avoir été longtemps le principal allié du président Turc. Un vrai dirigeant au programme fasciste. Il est donc assez aisé d’invoquer la menace accusant ses hommes «d’avoir formé un groupe pour tenter de s’emparer de la souveraineté de l’État». À la vue ce qui s’est passé en Iran, qui s’en plaindrait vraiment ? Pourtant il y a d’autres éléments qui ont certainement poussé le président Erdogan à déclarer vouloir « aller traquer ce gang dans ses derniers repaires ». On croit entendre Vladimir Poutine qui voulait « buter les Tchétchènes jusque dans leurs chiottes ». Une certaine idée de la politique et du vocabulaire du droit… En effet, la Cemaat (la «communauté»), comme on surnomme les gulénistes, puissante dans la police et la justice avait notamment lancé, le 17 décembre 2013, des opérations judiciaires anti-corruption visant des hauts responsables de l’AKP et en particulier Bilal Erdogan, le fils cadet de l’actuel président. Il ne faut jamais toucher à la famille ! Les juges furent immédiatement dessaisis des dossiers et des milliers de policiers mutés. Les gulénistes répondirent en rendant publiques d’accablantes transcriptions d’écoutes téléphoniques montrant la corruption du système Erdogan. Mais aujourd’hui, après la victoire de son parti l’AKP aux élections municipales et à la présidentielle, l’homme fort d’Ankara veut finir de régler ses comptes. L’opposition démocratique s’inquiète à juste titre de ces attaques contre l’État de droit. Journaliste de gauche emprisonné pendant près de deux ans sur de fausses preuves montées par des juges gulénistes, Ahmet Sik constate : « La Cemaat était le leader, ces dernières années, d’une politique fasciste, mais elle en est aujourd’hui la victime et c’est toujours une vertu que de s’opposer au fascisme ». Dans les moments troubles où le pouvoir autocratique le dispute au religieux tout en en étant une autre expression, il apparaît bien difficile de ne pas craindre le pire dans tous les cas.

Mardi 16 décembrePAN SUR LEPAON ! Georges Séguy, leader historique de la Cgt (secrétaire général de 1967 à 1982 et acteur aussi essentiel que responsable des fameux accords de Grenelle en 1968) s’inquiète de la crise de la CGT mise en lumière par « l’affaire Lepaon » et demande au Comité confédéral national (CCN) du syndicat de « trouver la solution qui s’impose d’urgence ». En vérité, au-delà de l’affichage désastreux des attentives précautions pour le confort de bureau et d’appartement du nouveau secrétaire général, Georges Séguy pointe la crise – bien plus profonde – qui secoue la centrale de Montreuil. Depuis près de 20 ans au moins, deux lignes cohabitent (… comme dans la gauche politique) et les contradictions éclatent alors que Thierry Lepaon, élu de circonstance, n’a pas la force ni les moyens d’en imposer une qui soit partagée. Au grand dam de la Cgt en premier lieu mais plus généralement de tous les syndicats qui, personne ne doit s’en réjouir, perdent encore plus de leur crédit déjà bien entamé. Une nouvelle image d’une époque révolue, avec des institutions, des organismes, des syndicats et des partis dépassés, incapables pour l’instant de se réformer, d’inventer. On n’entend jamais l’urgence lorsque l’on s’accroche à ses sièges et ses habitudes (sans parler des coups fourrés à multiples bandes où tous les participants sortent lacérés et les causes défendues vidées de leur sang). Pourtant, nous en avons l’expérience, c’est ainsi que les sourds finissent par être éjectés.

Mercredi 17 décembreLA DRAGUE, ÇA S’APPREND ? Sacrée découverte que celle du métier de coach en séduction ! 2014 n’est décidemment pas 1968… Ainsi, pour 1.500 € par mois et pour une formation de 6 mois, c’est-à-dire 9.000 € au total, le stagiaire timide qui veut arrêter « d’être lourdingue » sera allégé des poids qui l’encombrent lorsque son désir le pousse vers l’âme sœur. Il faut en avoir dans le portefeuille, sinon il ne restera plus que des piécettes pour le parfum, le bijou de pacotille à offrir, sans compter la gomina pour tenir les cheveux lorsqu’on se prend un vent. Les candidat ont entre 25 et 45 ans et sont désarçonnés – enfin justement non ! – dans ce monde hypercompétitif et stressant que serait devenu celui de la drague. Inutile de dire que les coachs sont autoproclamés.

Jeudi 18 décembreKIM JONG-UN NE VEUT PAS MOURIR DE RIRE. On ne rigole pas à Pyongyang. Nous ne le savions que trop. Mais voilà que la Corée du Nord réussit à la mise au rencart définitif du film L’interview qui tue, une comédie satirique sur un complot fictif de la CIA pour assassiner le leader nord-coréen Kim Jong-un dont la sortie aux Etats-Unis était prévue le 25 décembre. Or Papa Kim n’est pas le Père Noël, c’est plutôt le père fouettard. Sony Pictures, sans révéler avec précision les « menaces » du dictateur, fils et petit-fils de dictateur, a plié le pavillon de la liberté d’expression, probablement déstabilisée par la cyber-attaque inédite et dévastatrice dont l’entreprise a été victime et attribuée par les États-Unis à la Corée du Nord. Barack Obama avait estimé vendredi que Sony Pictures Entertainment (SPE) avait commis « une erreur » en annulant la sortie en salles de L’interview qui tue : « Nous ne pouvons pas avoir une société dans laquelle un dictateur quelque part peut commencer à imposer une censure ici aux États-Unis ».

Vendredi 19 décembreLE MÉDICAMENT GÉNÉRIQUE PERD SES QUALITÉS DANS LA TOURMENTE DES DÉLOCALISATIONS. Des médecins le disaient, l’Autorité de mise sur le marché (AMM) le confirme : certains – pas tous – médicaments génériques ne sont pas l’équivalent des médicaments originaux. En France, 25 d’entre eux viennent donc d’être interdits à la vente. Les géants du générique sont l’israëlien Teva, les américains Abott et Mylan et Arrow qui appartient à un groupe pharmaceutique indien. À noter qu’aucune entreprise européenne et encore moins française n’y figure ! Il s’agit donc bien de délocalisation avec la cascade de sous-traitants, le plus souvent asiatiques, qui fournissent tout le monde en principes actifs. Impossible pour les organismes chargés de la sécurité de s’y retrouver dans ce dédale où se cachent de nombreux problèmes : usines mal entretenues, contrôles qualité insuffisants, falsification des données, dosages aléatoires avec des écarts de 10 % à 20 % par rapport au dosage standard alors que le maximum autorisé est de 5 %. Un inspecteur qui parle sous le couvert de l’anonymat est formel : « Indéniablement, la délocalisation de la production s’est faite au prix de la qualité ». On apprend ainsi que 80 % des poudres chimiques utilisées pour formuler les médicaments les plus courants viennent de Chine et d’Inde. Ainsi il n’y a plus aujourd’hui que deux usines qui fabriquent du paracétamol, l’une en Chine et l’autre aux États-Unis qui ont tout fait pour garder une usine. En France, le dernier site de paracétamol a été fermé en 2008 par Rhodia.