Chacun a sa part de chien en soi ; le laïque, du dur et du droit ; les cocus qui regimbent ; la carte du tendre des écolos ; l’interview ? Agressive, percutante, directe, courtoise…

5 septembre 1948 - Serait-il trop ambitieux ? Pourquoi est-il si jalousé ? « Pour quelle raison fait-on encore appel à vous ? » demandent des membres de son parti. Il plaît. Malgré son jeune âge, il ne cache pas ses ambitions et semble se plier aux usages de ce qu’on attend du haut personnel de la IVe République. Reconnu pour son courage oratoire face aux communistes, il séduit, autant qu’il irrite, par sa causticité. De plus, il aime se projeter dans le futur et se déclare ouvertement européen. En mai précédent, ayant participé au Congrès de l’Europe à La Haye, il avait été fortement impressionné par le discours de Churchill. Laure Adler dans « François Mitterrand. Journées particulières. »
5 septembre 1948 – Serait-il trop ambitieux ? Pourquoi est-il si jalousé ? « Pour quelle raison fait-on encore appel à vous ? » demandent des membres de son parti. Il plaît. Malgré son jeune âge, il ne cache pas ses ambitions et semble se plier aux usages de ce qu’on attend du haut personnel de la IVe République. Reconnu pour son courage oratoire face aux communistes, il séduit, autant qu’il irrite, par sa causticité. De plus, il aime se projeter dans le futur et se déclare ouvertement européen. En mai précédent, ayant participé au Congrès de l’Europe à La Haye, il avait été fortement impressionné par le discours de Churchill. Laure Adler dans « François Mitterrand. Journées particulières. »

(…) Personne n’a proposé de préparer son discours. On sait que ce n’est pas la peine. C’est dans le train qu’il rédige l’éloge funèbre de son ancien Premier ministre. Il commence par un vif hommage aux résultats de sa politique. La fin, il l’a rédigée pendant la cérémonie de la cathédrale, à la mairie, dans le bureau du défunt lui-même. Il la médite depuis l’annonce de sa disparition. Le jour des funérailles, il a du mal à maîtriser son émotion. Et c’est d’une voix blanche, au bord de se briser, que devant le palais ducal il apostrophe l’opinion : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme, finalement, sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. » Qui sont les chiens ? Dans le train pour Paris, aux questions des journalistes il répond : « Chacun de nous reconnaîtra les siens.»  À son retour à l’Élysée, il nous confie : « Les chiens ? C’est nous. C’est moi. C’est vous. Chacun a sa part de chien en soi. »

François Armanet, à propos de « François Mitterrand. Journées particulières », biographie par Laure Adler, L’OBS, 24 au 30 septembre 2015, n° 2655.

(…) Une frontière, c’est une ligne consentie, faite pour être franchie, à certaines conditions légales mutuellement agréées. La frontière est une conquête de la civilisation, et quand il n’y en a pas, c’est la loi du plus fort, qui dresse un mur, sans rien demander à personne. Une frontière peut mal tourner, mais l’absence de frontières, c’est la jungle assurée, tôt ou tard. (…) Mais si c’était la politique au sens fort du terme qui nous disait adieu ? Et si c’était la fin d’un cycle ouvert chez nous par la Révolution et qui mettait une vision du monde au cœur des luttes pour le pouvoir, et non l’autodéfense d’une province, d’une dynastie, d’un groupe d’intérêts ou d’un taux de croissance ? La division gauche-droite, ça naît en 1789, avec pour ligne de partage une idée de l’avenir et de l’être humain. On s’en était bien passé pendant des siècles. Et tout ce qui est né mérite de périr. En tout cas, je ne dis pas adieu mais bonjour à la laïcité, sur laquelle nous préparons avec un ami un petit guide pratique, très précis et utilitaire. Pour sortir du blabla cotonneux des valeurs et des bons sentiments. Le laïque, c’est du dur et du droit. Cela ne donne pas une raison de vivre, ce n’est pas la religion des sans-religion, mais ça permet, c’est déjà beaucoup, de respirer côte à côte sans s’entre-tuer. (…) Les idées générales manquent par trop de saveur et de couleurs. Mais pourquoi de droite ou de gauche ? La lumière est bien à la fois onde et particule. Pourquoi ne pas être les deux ? Et donner le pas à l’un ou à l’autre bord, selon le moment et le lieu ? De gauche pour le bulletin de vote, de droite dans ses goûts esthétiques .Ça équilibre, non ?

Régis Debray, Le Point, 24 septembre 2015, n°2246.

Non, mais pincez-moi ! Secouez-moi jusqu’au réveil ! Car dans mes rêves les plus débridés, les plus réactionnaires, je n’avais jamais osé envisager autre chose pour l’école qu’une ou deux dictées mensuelles. À la rigueur, hebdomadaires. Voilà que d’un coup, d’un seul, prenant tout le monde à contre-pied, Najat Vallaud-Belkacem nous régale de la dictée quotidienne ! Dieu me pardonne, mais dans cette façon d’aller sans crier gare à rebours de ses propres orientations, il y a, j’en jurerais, la patte de François Hollande… Depuis, c’est la panique dans le camp pédagogiste. Au Conseil supérieur des programmes, dans les récents rapports duquel la ministre a découvert des orientations qui ne s’y trouvaient pas. Les occasions de rire sont trop rares aujourd’hui pour ne pas saisir celle-là. Il y a aussi le ton déconfit, déconcerté, outré, des responsables de la chronique éducative dans la presse progressiste, qui se font depuis des années les relais dociles de la Rue de Grenelle. Des cocus qui regimbent, cela s’est déjà vu, et c’est aussi très réjouissant.

Jacques Julliard, Marianne, 25 septembre au 1er octobre 2015, n°962 .

(…) C’est comme ça chez les écolos, on se déchire en public, mais les liens sont tels dans cette miniformation (7 000 adhérents revendiqués) que les désaccords politiques se mêlent aux histoires d’amitiés et d’amour. À l’époque de Dominique Voynet, il était impossible de comprendre les alliances qui s’y tissaient et la violence des ruptures sans connaître les relations du trio qu’elle formait avec Yves Cochet et Alain Lipietz. Vingt ans après, le parti n’a pas changé, consanguin jusqu’à la moelle. Emmanuelle Cosse est l’épouse de Denis Baupin, député de Paris sur la même ligne que Placé et de Rugy, tandis qu’elle doit donner des gages aux « gauchos » du parti. Et s’il n’y avait qu’elle… La carte du tendre des écolos se confond avec les stratégies politiques, ce qui en rend toute lecture difficile pour les non-initiés. Quelques exemples parmi tant d’autres : Jean-Vincent Placé partage la vie de la députée de l’Essonne Eva Sas, qui fut l’ancienne compagne de l’ex-ministre délégué au Développement Pascal Canfin ; Barbara Pompili, coprésidente du groupe écologiste au Palais-Bourbon, proche de Placé, vit avec Christophe Portier, vice-président de la région Picardie allié au Front de Gauche pour les futures élections ; le démissionnaire François de Rugy est le compagnon d’Emmanuelle Bouchaud, vice-présidente de la région Pays-de-la-Loire… Daniel Cohn-Bendit parle des « couples terrifiants qui règnent sur Europe-Écologie ». « Les écolos, c’est une grande famille… » préfère sourire l’ancien candidat à la présidentielle Noël Mamère.

Vanessa Schneider, M le magazine du Monde, 26 septembre 2015, n°210.

(…) Il y a plus de différence entre les Anglais et les Français qu’entre les Américains et les Français. Les Anglais peuvent être vraiment très agressifs dans leurs questions, même avec un Premier ministre. En France, on interview le président de la République toujours à deux le jour du 14-Juillet, c’est très formel. Aux Etats-Unis, c’est un groupe de journalistes qui suit le président et cela a été aussi beaucoup critiqué. Pourtant, c’est suite à la question d’une journaliste américaine de CBS sur Cécilia Sarkozy que l’ancien président s’est levé et a quitté le studio [lors de l’émission « 60 minutes », en 2007 ]. Je ne sais pas si un journaliste anglais aurait posé une question sur la vie privée dès le début de l’entretien… ni comment David Cameron réagirait à ce genre de question ! En réalité, c’est plus une différence de style que de fond. Il faut être percutant avec courtoisie et la frontière est très tenue. Je pose en général des questions assez directes et tout le monde n’apprécie pas. Cela se sent immédiatement chez l’interlocuteur, dans son body language… J’ai interviewé beaucoup de leaders au Moyen-Orient. Si on ose les interrompre, on sent que ça les gêne, mais ça impose aussi le respect. Chaque pays a son propre formatage. Par exemple, une émission de reportages comme « Envoyé spécial » sur France 2 ne passerait jamais aux Etats-Unis. Pour trouver des reportages en prime-time outre-Atlantique, il faut aller sur une chaîne spécialisée comme PBS avec l’émission « Frontline ».

Hala Gorani, journaliste à CNN, TÉLÉOBS, 19 au 25 septembre 2015, N° 2624.

L’autoboycot israëlien ; Canal +, nouvelle télé sauce Bolloré ; bon appétit au restaurant 2.0 ; écrivain ? Un entrainement d’athlète ; la « saison croisée » culturelle avec la Corée.

Ici, dans ce restaurant de San Francisco, la commande se fait par tablet : commande, choix d'assaisonnement, nombre de plats. Puis on continue avec le plastique de la carte bancaire. On attend, on ouvre son "casier" et on a son bowl. Bienvenue et bon appétit et dans le restaurant 2.0. Il y a encore des cuisiniers cachés, mais bientôt ce sera des robots. Malbouffe et mal-être affiché, c'est cohérent.
Ici, dans ce restaurant de San Francisco, presque tout se fait par tablet : commande, choix d’assaisonnement, nombre de plats. Puis on continue avec le plastique de la carte bancaire pour payer dans la continuité dématérialisée. On attend quelques minutes face à la vitrine glacée comme une morgue, on ouvre son « casier » et on prend son bowl. Bienvenue et bon appétit et dans le restaurant 2.0. Il reste encore des cuisiniers cachés, mais bientôt ce sera des robots. Malbouffe et mal-être affiché, c’est cohérent.

Sunday Press / 70

Qui peut exiger la fermeture du stand israélien au salon international du high-tech, à Amsterdam ? Boycott désinvestissement sanctions (BDS), les islamistes ou une organisation radicale de soutien aux Palestiniens ? Pas du tout ! Chef de file du parti religieux Shas et néanmoins ministre israélien du Commerce extérieur, Aryeh Deri ne supporte pas de voir les fleurons de l’industrie de son pays exposés le samedi et la veille du nouvel an juif. Il a donc ordonné la fermeture du stand d’Israël et exaucé les vœux des antisionistes radicaux !

Marianne, 18 au 24 septembre 2015, N° 961.

(…) On résume : Bolloré vend ses chaînes, puis les récupère deux ans plus tard en devenant patron de Vivendi-Canal + ! Dans le monde des affaires, ça s’appelle un coup de maître – les Guignols en feront d’ailleurs un sketch, qui n’a, dit-on, n’a pas du tout fait rire Vincent Bolloré. Et comme à chaque acquisition, l’homme d’affaires breton prend les choses en main. Pendant un an, il va mettre son nez partout, le temps d’établir un diagnostic. Avant de frapper. Fort. En deux mois, il a éparpillé façon puzzle tout le top management de Canal +. Les patrons sport, cinéma, d’iTélé, de Canalsat, la DRH… Personne, à l’exception notoire de Maxime Saada, l’ex-dauphin de Rodolphe Belmer, n’est épargné. « Au comité directeur, il a dit en gros qu’avant, on ne savait pas faire de la télé », raconte, amer, un cadre. Au moment de remercier Bertrand Meheut, Vincent Bolloré se permet même une allusion sur son âge – 64 ans dans les prochains jours, alors que lui-même n’a que six mois de moins ! Il s’installera aussitôt dans son bureau… après avoir occupé celui de Rodolphe Belmer tout l’été. Les grands fauves marquent toujours leur territoire.

Richard Sénéjoux, TÉLÉRAMA, 19 au 25 septembre 2015, N°3427.

(…) Pas de caissiers, pas de serveurs, quelques humains en tee-shirt rouge pour rassurer les clients qui ne savent pas où glisser leur carte de crédit : voilà le restaurant du futur, façon San Francisco. (…) Pas un travailleur à l’horizon. Il y a bien, derrière les casiers, quelques petites mains qui préparent mais elles sont invisibles. À terme, les cuisiniers qui assemblent les bowls sont condamnés à disparaître entièrement remplacés par des robots. Plus qu’un restaurant, « c’est un système de livraison de nourriture, explique David Friedberg, le propriétaire, un ingénieur astrophysicien passé par Google. La technologie nous permet de repenser complètement la manière dont les gens s’alimentent ». Végétarien convaincu, l’ingénieur a fondé une compagnie, The Climate Corporation, spécialisée dans le big data appliqué à l’agriculture (Monsanto l’a racheté pour 1 milliard de dollars en 2013). Les clients d’Eatsa, qui vivent aux premières loges de la révolution numérique, n’ont pas l’air dérangé par l’absence d’interaction humaine.

Corinne Lesnes, M le magazine du Monde, 19 septembre 2015, n° 209.

(…) J’avais aussi échoué dans ma vie, par manque de courage. Il a fallu sept ans avant que je publie Dead Europe. J’ai eu la chance d’être bien entouré, par mon compagnon, mes amis, et j’ai écrit pour le théâtre. J’ai eu tout ce temps pour apprendre à vivre avec l’échec, et cet espace qui pour moi s’appelait l’écriture. C’est ce qui a manqué à Danny (le jeune champion, héros de Barracuda, le dernier roman de Christos Tsiolkas) : le temps. Un athlète ne l’a pas. Les années ont passé, je suis fier de Jesus Man, parce qu’il a bien été reçu en Europe. J’étais un jeune homme un peu vaniteux. Le goût du succès m’a été ôté. J’en ai profité pour me rendre compte qu’il y avait des choses plus importantes. Quand je vois les jeunes sportifs, il y a tellement de pression sur eux, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, je ne suis pas surpris que certains pètent les plombs. C’est venu alimenter ma réflexion pour Barracuda. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la perte totale de confiance en soi que l’échec entraîne. Parce que je viens de la classe ouvrière, cela a accentué cette sensation. (…) Je suis fier de la culture de classe, la culture de la classe ouvrière immigrée. Mais ce n’est plus la mienne, elle appartient à mes parents. Je fais partie de l’intelligentsia. Pour moi, être écrivain représente beaucoup de choses. C’est un immense plaisir, et c’est un travail. La métaphore que j’utilise toujours est celle de l’apprentissage. Être apprenti, en général, prend trois ou quatre ans. Pour un écrivain, cela ne s’arrête jamais. On apprend son métier en allant travailler. Quand je parlais avec des nageurs, je voyais ce que nous avions en commun : ces heures, il faut les faire, qu’on soit écrivain ou athlète.

Christos Tsiolkas, écrivain, propos recueillis par Claire Devarrieux, Libération, 19&20 septembre 2015, N° 10679.

(…) La « saison croisée » France-Corée, qui a inauguré ce vendredi 18 septembre au Palais de Chaillot, à Paris, une longue série de spectacles, d’expositions, de concerts, de projections tout au long de l’année et un peu partout en France, est l’occasion de donner la parole à la génération marquée par la guerre qui n’en finit plus de se confronter à son passé. Restée pendant des siècles sous le joug chinois, colonisée de manière violente au XXe siècle par les Japonais qui voulaient en éradiquer la langue et la culture, aujourd’hui bordée au nord par son frère ennemi communiste – après une guerre fratricide qui fit un carnage de 1950 à 1953 – et guidée, jusqu’en 1987, par un dictateur qui se pensait éclairé, la Corée est un pays jeune, chaotique. Longtemps on traita ses enfants en bons élèves habiles à la copie. Ce n’est plus le cas. De Nam June Paik à Lee Ufan, le marché de l’art contemporain a explosé. En musique, la K-pop, ces boys bands nourris de rap et d’électro-pop, attire désormais les producteurs hollywoodiens. Quant au cinéma, soutenu par un système d’aides gouvernementales comparable au (et copié sur le) CNC français, il tient la dragée haute, en termes d’audience, aux blockbusters américains, avec une palette large qui va de la série B populaire au cinéma d’auteur, et, dans le rôle de maître vénéré, le vieil Im Kwon-taek, 80 ans, devenu réalisateur parce que l’entreprise de recyclage de bottes de l’armée, qui l’employait comme coursier au lendemain de la guerre, décida un beau jour de se reconvertir dans le cinéma.

Laurent Carpentier, Le Monde, 20&21 septembre 2015, N° 21983.

 

Naissance du Méliès « merveilleux », Montreuil en fête !

Capture d’écran 2015-09-19 à 11.28.12En ce jour où l’inauguration officielle du Méliès va être l’occasion d’une grande fête de la culture et que des écrits politiques reviennent sur l’histoire très mouvementée de sa gestation, je m’associe pleinement à ce grand moment pour dire comme Jacques Audiard présent le 4 septembre à Montreuil, « le nouveau Méliès est merveilleux ».

Je tiens aussi à donner mon regard un peu particulier de celui qui fut maire-adjoint de la culture au moment même où la décision de la majorité d’alors et de sa maire, Dominique Voynet, fut celle de sa construction.

En effet, malgré des mois de débats, d’incertitudes et de doutes, c’est cette majorité en charge, avec toute la gauche fut-elle alors d’opposition municipale, qui en décida. La droite n’ayant pas d’élus à l’époque ne manquait pas en revanche de faire valoir son opposition sur des postures uniquement idéologiques, peu au courant et peu intéressée au fond du dossier. Elle semble d’ailleurs bien silencieuse aujourd’hui encore.

Or, sur quelques points, les différents partis et composantes de la majorité d’alors s’interrogeaient davantage qu’il est dit aujourd’hui sur la nature d’un cinéma public tel qu’il s’affiche aujourd’hui.

Un débat légitime

Ce n’était pas nouveau, l’ancien député-maire Jean-Pierre Brard lui-même à l’origine du projet, avait en son temps hésité : fallait-il un cinéma municipal sous la responsabilité d’une équipe d’agents de la direction des affaires culturelles ou sous une forme que l’on qualifiera de « délégation de service public ». Ce n’est qu’après réflexion et échanges avec des opérateurs, en l’occurrence ceux là-mêmes qui ont aujourd’hui la responsabilité des salles Étoile Lilas (mais aussi historiquement des salles de qualité de La Pagode, du Balzac, et de Saint-Germain (comme on peut le voir sur leur site) que le choix municipal fut retenu.

Au changement de majorité, avec d’autres dossiers, cette question allait logiquement revenir sur la table et traverser tous les groupes politiques. Y compris le mien, Renouveau Socialiste Montreuil. En effet, comme toute structure culturelle, lorsqu’une municipalité fait un choix de développement, investissement pour construction et budgets annuels pour son fonctionnement, le problème des coûts se posent. Qui doit payer (dont le public) et combien ? En toute logique, la recherche de la meilleure solution s’imposait. Mais à une condition impérative : l’objectif ne pouvait pas être dévié par une vision purement économique. Le rôle, essentiel, d’action culturelle ne devait pas passer à la trappe. Ni l’importance des tarifs qui devaient rester bas, ce que les opérateurs cités, que j’avais aussi rencontré au nom de la maire – fait vite connu du microcosme du cinéma comme celui du politique – ne pouvaient assumer selon les objectifs que nous nous fixions.

C’est pourquoi j’ai défendu le cinéma municipal, en tant que maire-adjoint à la culture, au nom de mon groupe. Auprès de Dominique Voynet, en bureau municipal et autant de fois qu’il fut nécessaire en conseil municipal.

Je rencontrai à l’époque régulièrement les différents acteurs montreuillois attachés au cinéma public de cette nature : association de spectateurs, cinéastes, conseil du cinéma… Beaucoup d’amoureux du cinéma et de défenseurs du cinéma municipal, face à cette réflexion qui durait selon eux trop longtemps, s’inquiétaient et, malgré mes propos sur mon engagement, je sentais bien un doute. Chacun sait bien qu’en France le poids d’un maire-adjoint, voire d’une majorité de sa majorité, ne pèse guère face à celui du maire.

Et Dominique Voynet n’en faisait d’ailleurs pas mystère : elle s’interrogeait. Elle a même fait état des ses « aller-retour » dans sa réflexion. Il faut dire que son propre parti, EELV, était particulièrement divisé. Certains de ses membres souhaitant plutôt le maintien de l’ancien Méliès (rénové) à la Croix-de-Chavaux et d’autres la création de petites salles dans les quartiers, faisant fi de mon point de vue de la logique d’attraction d’un multiplex dans un quartier central et culturel (avec le Nouveau Théâtre de Montreuil).

La décision fut donc longue mais au final claire : le Nouveau Méliès serait bien un cinéma municipal. Je me souviens d’un déjeuner où Dominique Voynet affirma clairement sa position, un mois avant l’annonce officielle, en échangeant avec des cinéastes montreuillois. La période était délicate, car une rencontre décisive allait avoir lieu pour enterrer la « hache de guerre » avec UGC et MK2 qui craignaient une concurrence commerciale faussée. Un accord fut trouvé, sans concession de la part de la maire, lors d’une rencontre à laquelle j’assistais. J’écris cela pour tous ceux qui, comme moi, jugent l’action politique à ses traductions en faits et non par les paroles qui l’obscurcissent le plus souvent.

Certes, certains peuvent regretter que la maire de l’époque n’ait pas fait une annonce plus forte, on peut s’amuser à supposer qu’il y avait encore des doutes, on peut même écrire aujourd’hui (publication d’EELV) « Le projet était de toute manière trop engagé » (lire du point de vue technique… alors que le fond du problème était culturel)… il reste que les faits sont têtus. La décision de la construction d’un Nouveau Méliès, véritable cinéma municipal était prise. Un mot en complément : tous ceux (nombreux et membres de la majorité d’aujourd’hui) qui étaient contre la communauté d’agglomération qui allait devenir Est Ensemble se félicitent aujourd’hui de son importante contribution à l’investissement du Nouveau Méliès et accueilleront chaleureusement à l’inauguration son président… Effectivement, sans son apport, l’édification du multiplexe 6 salles n’aurait pas été possible dans ces conditions, ni sans le soutien du Conseil général, dont l’ancien président Claude Bartolone, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, qui sera aussi présent ce soir.

Et le conflit politique ?

À cette étape, je vais décevoir quelques lecteurs qui s’interrogent : quid du conflit qui opposa Dominique Voynet et sa majorité à l’équipe du Méliès (je n’en étais plus à l’époque puisque la maire avait écarté tous les adjoints de RSM pour « insubordination » eux qui avaient refusé la hausse des impôts) ?

Je n’écrirai rien, pour l’instant, sur ce point. J’attendrais, selon un principe auquel je ne déroge jamais, que le temps de la Justice soit définitivement passée, même si déjà le motif principal de mauvaise gestion a été écarté par le tribunal confortant ainsi tous ceux s’étaient mobilisés sans compter pour défendre une équipe soumise à un vrai procès politique très éloigné, selon RSM, des vrais enjeux propres à l’épanouissement du Méliès.

Et maintenant ?

J’étais persuadé, après un examen je crois sérieux du dossier, de la pertinence d’un 6 salles comme un atout important d’une politique culturelle ambitieuse. J’ai été attristé, mais à vrai dire peu surpris, des nombreuses utilisations politiques, se servant du Nouveau Méliès, pour d’autres visées. Mais aujourd’hui, l’heure est à la mobilisation des équipes et des spectateurs pour que l’une des plus belles salles d’Ile-de-France, la seule sous responsabilité publique, soit une réussite. Je n’en doute pas. La programmation, l’accueil, mais aussi le débat politique – je pense au Conseil municipal – autour des actions culturelles menées, mais aussi du nombre de spectateurs, seront autant de facteurs d’information, de compréhension, de plaisir et de mobilisation pour l’épanouissement et le rayonnement de notre cinéma. Décidemment, vraiment merveilleux !

Le Méliès de Montreuil, cinéma alternatif…

Mis à part une information sur la page facebook du Méliès, qu’il faut féliciter même si un site Internet consacré à l’action culturelle de notre cinéma ne serait pas de trop, aucun texte à en-tête officielle signé du maire et du directeur du cinéma ne fait le point sur les premières semaines d’ouverture… marquées malheureusement par de nombreux désagréments. Aucune parole politique : une fâcheuse habitude.
Mis à part une information sur la page facebook du Méliès, qu’il faut féliciter même si un site Internet consacré à l’action culturelle de notre cinéma ne serait pas de trop, aucun texte à en-tête officielle signé du maire et du directeur du cinéma ne fait le point sur les premières semaines d’ouverture… marquées malheureusement par de nombreux désagréments. Aucune parole politique : une fâcheuse habitude.

Écran noir et mort… écran couleurs de vie… ça dépend car le Méliès hoquète depuis plusieurs semaines et la quinte de toux commence à irriter les spectateurs.

Ce dimanche même, je viens de rejoindre le score de mes voisins de palier : une seule séance réussie sur trois espérées. Et, à le constater aux caisses, nous ne sommes pas les seuls à être soumis à ces décharges frustrantes. Plusieurs salles vivent des problèmes récurrents. À ma connaissance (partielle), les 2, 3 et 5 ont été et sont touchées. Les conséquences sont claires, du 9 au 14 septembre inclus, cinq films ont été annulés. Pourquoi ? C’est un vrai débat qui est ouvert. Officiellement, il s’agirait de pannes d’extracteurs de chaleur qui bloquent d’office les projecteurs pour éviter leur surchauffe. Mais on entend aussi que la compatibilité entre les projecteurs numériques et les logiciels qui les alimentent en image ne serait pas la bonne ! D’où des bugs aléatoires qui peuvent survenir à tout moment. Belle épée de Damoclès sur les nerfs des opérateurs ! Mais, comme la conversation ne manque pas d’être lancée parmi les spectateurs dont certains en sont à quelques séances ratées, d’autres sujets d’inquiétude pointent aussi : deux salles (au moins) sont d’une climatisation réfrigérante et obligent au port de la doudoune pour ne pas trembler (même en cas de film drôle) – il faudrait peut-être transférer ces climatiseurs surpuissant auprès des projecteurs surchauffés –, des infiltrations d’eau, suite à des pluies, ont été repérées dans des salles et il se dit que les locaux techniques ne seraient pas épargnés. Sans oublier la personne coincée dans l’ascenseur à la sortie d’un film, ce qui a permis toutefois de constater que le bouton d’urgence permettant de joindre l’installateur pour qu’il se déplace… n’était pas branché.

Cela fait beaucoup après plusieurs semaines de rodage sans ouverture et autant avec ouverture au public. Or le public n’est pas là pour essuyer les plâtres.

QUEL SUIVI DE CHANTIER ?

On doit s’interroger, à moins d’une semaine de l’inauguration symphonique annoncée à grands coups de cors de satisfaction, sur la qualité et l’efficacité des différents responsables : maire, élue à la culture, directeur du Méliès, direction des affaires culturelles et direction des services techniques. Aucun ne peut dire – vu les retards historiques de la construction des 6 salles ! – qu’il peut être surpris par l’ampleur des travaux. Ce qui ne les empêche pas de se prétendre professionnels jusqu’au bout des ongles sans compter qu’à les entendre, ils incarneraient dans leur pensée, leur être et quasiment leur chair, le Service Public majuscule…

UNE COMMUNICATION ABSENTE

Or, mis à part une information sur la page facebook du Méliès, qu’il faut féliciter même si un site Internet consacré à l’action culturelle de notre cinéma ne serait pas de trop, indiquant la fermeture évoquée plus haut, aucun texte à en-tête officielle signé du maire et du directeur du cinéma ne fait le point sur les premières semaines d’ouverture… marquées malheureusement par ces désagréments. Aucune parole politique.

Certes il s’agit là d’une constante puisque pour la mairie, sur tous les sujets, un seul mot d’ordre pour la communication tourne en boucle : « Tout va très bien madame la Marquise ».

Pourtant, s’il y a des problèmes techniques il y a des « responsables » en charge de les résoudre. Si ce sont les fabricants et installateurs, quels sont les contrats les obligeant à satisfaire leur charge ? Sont-ils respectés ? Si au contraire ces derniers pâtissent de précipitation ou de mauvaises définitions du cahier des charges, ce sont les élus et les services techniques qui auraient démontré leurs incompétences et mauvais choix. Avoir une communication du silence et faire du cinéma muet l’alpha et l’oméga de la responsabilité citoyenne permet de tout mélanger, de tout laisser croire… Et croit-ils probablement de se masquer.

Alors que les premiers résultats – en nombre d’entrées – laissent présager un véritable succès qui conforterait le principe et l’existence du Nouveau Méliès à 6 salles (nous y reviendrons), il est particulièrement regrettable qu’une nouvelle fois le chantier d’une grande infrastructure de la ville souffre de légèreté dans le suivi et que la communication (sans parler de leur absence) des principaux responsables soit aussi vide.

Car les personnels d’accueil, notamment aux caisses, sont les seuls à essayer – autant que faire se peut – de donner des explications. Ils sont ainsi, injustement, placés en situation de bouc-émissaire.