Le très mauvais procès fait à la presse

La presseC’est devenu un jeu. Il provoque déferlement. Il est permis par les mots courts de l’écriture  « Twitter » ou « Facebook » et se plie à la pensée rétrécie et courbe qui prétend représenter toute l’opinion parce qu’elle braille fort instantanément et partout.

Le jeu du moment est simple : la presse est nulle. Les journalistes sont nuls.

Pour tout dire en dessous de tout. Moins que rien. Pire, une sorte d’outillage au service d’une propagande bourrage de crânes. Un (des ?) titre(s) , le(s)  Big brother(s) a la volonté de domination sécuritaire, d’embrigadement militariste, bref de va-t-en-guerre. La presse outil de destruction de la démocratie et d’abêtissement des masses.

Rien n’est plus faux… et il suffit de quelques secondes attentionnées (si cela reste possible) pour le vérifier :

1/ Qui ne peut voir que tous les courants politiques, par leurs titres de presse, La Croix, Le Figaro, L’Humanité, Libération, Le Monde s’expriment pleinement et différemment. Par leurs éditorialistes, chroniqueurs, experts invités. Marianne n’est pas L’Express, et Le Point n’est ni Valeurs actuelles ni L’OBS. France-Inter n’est pas RMC. Et France-Culture n’est ni Europe 1 ni RTL.

2/ Comment niez que l’on peut lire dans tous ces titres majeurs (et d’autres) un grand nombre d’intervenants, universitaires, philosophes, historiens, sociologues, policiers et militaires d’active ou en retraite, qui proposent des analyses qui tentent d’aller en profondeur. Qui prennent du recul et projettent des pistes d’avenir.

3/ Sur les médias chauds, radio et télévision dont les médias d’information continue, on retrouve certains de ces experts avec leur expression de qualités… et aussi ces reporters qui ont recueilli la parole de citoyens. Qu’avons-nous entendu ? Des propos d’une grande dignité révélatrice d’une grande responsabilité. Et parfois des questions directes, franches, émues aussi, adressées au Politique au sens large ou directement au président de la République, au Premier ministre, et plus généralement au gouvernement. Nous avons, en bien des cas, dépassé le détestable micro-trottoir illustrait et mono-syllabique pour atteindre le profond de ce qui est vécu en ces jours.

TOUT CELA, C’EST DU JOURNALISME, C’EST LA PRESSE. Car ce sont des rédactions avec des journalistes spécialisés à la connaissance de longue date de leurs dossiers et forts d’une documentation (qui nous apprend et informe) qui ainsi nourrissent le débat par l’exposition des faits et d’idées différentes et parfois opposées.

Certes, il m’est arrivé ici à plusieurs reprises, quand il me le paraissait nécessaire de le faire, de souligner la dégradation – notamment dans l’audiovisuel d’information continue et la confusion animateurs/journalistes – où le manque de recul, les sources insuffisamment croisées, une méconnaissance historique et sociale parfois tragiques, dénaturent le sens même de l’information. J’ai bien sûr vu encore ces derniers jours des reporters « essoufflés » sans que l’on puisse déterminer si ce manque d’air était la conséquence de la pression et de l’émotion du moment (ne les oublions pas) ou d’un style souhaité par leur média. Débit accéléré et saccadé peuvent faire partie d’un marketing accrocheur et on l’empreinte vite à l’insu de son plein gré.

Ces dérapages valent-ils encore ? Oui. Mais, sérieusement, si l’on regarde la presse dans son ensemble, est-ce cela qui domine ? Non. Ce n’est pas le fond du problème des faiblesses des médias.

Ce papier veut répondre à l’incontinence de propos et à l’inconsistance de textes qui, bien que courts de réflexion et de mots, prétendent prendre de la hauteur. Ces « points de vue » hâtivement bricolés ne peuvent être entendus que pour ce qu’ils sont : de la pure émotion ou un prurit automatique et dans ce cas à soigner. Mais parfois ils veulent viser plus haut.

L’amusant, mais aussi le plus désolant, c’est de voir chez beaucoup de ces zélés critiques des attaques – à faible portée aussi – contre l’esprit sécuritaire qui deviendrait dominant et la dictature insidieuse mais rampante qui rongerait depuis une semaine notre démocratie. Et tous, en chœur, d’alerter et d’inviter à la mobilisation contre les « possibles » limitations du droit de la presse.

Une défense de cette presse qu’ils ne cessent de vilipender. Vous avez dit contradiction ?

L’homme inconsistant d’Einstein ; Le caractère massif des vagues djihadistes ; Pommerat et la conquête de la liberté de soi ; Le Haut Conseil à l’égalité des femmes… et les fantasmes ; Beckett n’a pas d’idées sur le théâtre.

Dans Comment je vois le monde, un recueil d’articles écrits par Einstein entre 1930 et 1935, on découvre ses idéaux et ses aspirations, sa conception de la vie et de la politique, son pacifisme, sa haine des totalitarismes, ainsi que quelques-uns de ses essais scientifiques. Comment je vois le monde, traduction française de Maurice Solovine et Régis Hanrion. © Flammarion.
Dans « Comment je vois le monde », un recueil d’articles écrits par Einstein entre 1930 et 1935, on découvre ses idéaux et ses aspirations, sa conception de la vie et de la politique, son pacifisme, sa haine des totalitarismes, ainsi que quelques-uns de ses essais scientifiques. « Comment je vois le monde », traduction française de Maurice Solovine et Régis Hanrion. © Flammarion.

Sunday Press / 78

(…) Des idéaux ont suscité mes efforts et m’ont permis de vivre. Je supporte alors mieux mon sentiment de responsabilité. Ils s’appellent le bien, le beau, le vrai. Si je ne me ressens pas en sympathie avec d’autres sensibilités semblables à la mienne, et si je ne m’obstine pas inlassablement à poursuivre cet idéal éternellement inaccessible en art et en science, la vie n’a aucun sens pour moi. Or l’humanité se passionne pour des buts dérisoires. Ils s’appellent la richesse, la gloire, le luxe. Déjà jeune je les méprisais. J’ai un amour fort pour la justice, pour l’engagement social. Mais je m’intègre très difficilement aux hommes et à leurs communautés. Je n’en éprouve pas le besoin parce que je suis profondément un solitaire. Je me sens lié réellement à l’État, à la patrie, à mes amis, à ma famille au sens complet du terme. Mais mon cœur ressent face à ces liens un curieux sentiment d’étrangeté, d’éloignement et l’âge accentue encore cette distance. Je connais lucidement et sans arrière-pensée les frontières de la communication et de l’harmonie entre moi et les autres hommes. J’ai perdu ainsi de la naïveté ou de l’innocence mais j’ai gagné mon indépendance. Je ne fonde plus une opinion, une habitude ou un jugement sur autrui. J’ai expérimenté l’homme. Il est inconsistant.

Albert Einstein dans Comment je vois le monde, le un, mardi 10 novembre 2015, N°82.

C’est une première en France en matière d’attentat. (…) Ces attaques, dites « complexes », au regard de modus operandi en plusieurs étapes, sont inspirées d’une forme de violence ayant cours depuis plusieurs années dans des zones de conflit telles que l’Afghanistan, l’Irak ou la Syrie, où règne une forme de violence dont la France se croyait protégée. (…) Le but est de faire le maximum de victimes et de frapper les esprits par la peur. (…) L’autre nouveauté de ce type d’attaque sur le sol français porte, selon certains magistrats anti-terroristes parisiens, sur la simultanéité des attaques qui a permis aux autorités, très vite dans la soirée, de considérer qu’elles étaient confrontées à une attaque terroriste de grande ampleur et dont on pouvait craindre le pire. (…) Le caractère massif des vagues djihadistes qui irriguent la Syrie et qui ont fini par submerger les filets anti-terroristes et importer sur le sol français une forme de violence inédite.

Jacques Follorou, Le Monde, dimanche 15 et lundi 16 novembre 2015, N° 22031.

(…) Doux, timide, légèrement hésitant pour se laisser le temps de préciser sa pensée, mais très déterminé. Et fier de n’avoir été le disciple de personne. Pasteur avait tort, la génération spontanée, ça existe. Pommerat est la preuve que, chez certains, les dons apparaissent ex nihilo. Qu’est-ce qui prédestinait ce fils de militaire à une carrière artistique ? Quittant le lycée avant le bac, il s’inscrit dans une école hôtelière. Pour devenir barman. Quelques années après, une envie ancienne resurgit : faire du théâtre. À 19 ans, il monte à Paris. Intègre une jeune compagnie, dans l’Aisne, sans être passé par une école. Plus tard, effrayé par la dépendance de l’acteur, il se tourne vers l’écriture afin de maîtriser son destin. Pour gagner son bifteck, il pose chez un sculpteur, devient veilleur de nuit, vendeur de prêt-à-porter. Et, parfois, fait encore l’acteur. Dans un documentaire américain, il incarne Proust : « J’avais ses yeux globuleux, paraît-il. » Enfin, il monte son premier texte : une dispute à la Brisville entre Tolstoï et Tourgueniev, sans rapport avec ses pièces suivantes.

Jacques Nerson, L’OBS, 12 au 18 novembre 2015, n°2662.

Le Haut Conseil (masculin) à l’égalité (féminin) des femmes (idem) et des hommes (masculin) vient de publier une brochure, terme préférable à libelle, forcément, dont l’objectif est d’éliminer tout stéréotype de sexe dans la communication publique. (…) Sans conteste, les Français firent une guerre qui dura cent ans parce qu’ils refusaient à une femme le droit d’hériter de la couronne des Capets. Ce qui n’empêcha nullement la langue de désigner le pouvoir masculin et ses instruments par des termes féminins. Ce pouvoir, né de la force brutale autant que virile, était représenté par la couronne, appuyée par la noblesse, elle-même fondée sur la chevalerie. Le privilège de l’homme était de porter une épée et une lance, de partir à la guerre que ce fût une croisade ou une simple campagne, pourvu que la gloire lui donne une auréole à l’issue de la bataille. Cet homme-là était bien une brute, il se construisit une légende, et le français s’affirma comme langue par la chanson de geste. La langue employait tant de féminins pour construire la féodalité et la monarchie qu’il en fallut autant et plus pour les abattre ! La Révolution, l’Assemblée nationale, la Convention, la République, la levée en masse, pour la défense de la patrie, de la nation, de la liberté, de l’égalité et la fraternité, la Terreur au nom de la Vertu… S’érigeant en juge du caractère politique de la langue, le Haut Conseil à l’égalité a vite fait de l’envoyer à la guillotine, pour crime de machisme. Terrible langue qui confond l’homme et la personne ! (…) La Déclaration des droits de l’homme est déjà contestée, dans son caractère universel, par des États qui ne l’appliquent pas et préfèrent, eux aussi, l’expression « droits humains ». Ces États exigent de traiter les femmes en fonction de leurs coutumes et de leurs préceptes religieux. Elles ne peuvent revendiquer les droits de l’homme, seulement des droits humains. Les autres propositions de ce Haut Conseil à quelque chose se situent entre le grotesque et le dérisoire. On nous propose ainsi d’écrire en classant certains mots par ordre alphabétique, de manière à ne pas reléguer les mots féminins à la fin, mais sans leur accorder une préséance par un effet de galanterie forcément machiste. Le délire n’est pas bien loin quand notre Haut Conseil appelle à ne plus parler de « la » femme, mais des femmes, le singulier désignant l’espèce appelant les fantasmes. Il faudra donc supprimer les fantasmes.

Guy Konopnicki, Marianne, 13 au 19 novembre 2015, N° 969.

(…) « Vous me demandez mes idées sur En attendant Godot […] Je n’ai pas d’idée sur le théâtre. Je n’y connais rien. Je n’y vais pas. C’est inadmissible […]. Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qui leur arrive […]. Je ne sais pas qui est Godot, je ne sais même pas s’il existe. Et je ne sais pas s’ils y croient ou non, les deux qui l’attendent […]. Tout ce que j’ai pu savoir, je l’ai montré. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirais même que je me serais contenté de moins. » Ailleurs, à propos de Godot toujours, Beckett évoque « de l’opaque qu’on n’interroge même plus… ». Ailleurs encore, à propos de sa décision d’écrire en français, et non plus en anglais, il évoque « le besoin d’être mal armé »… Qu’on se rassure : Beckett n’est pas dans l’impasse. En fait, il écrit des nouvelles – notamment Premier amour. Bientôt, il donnera Fin de partie (1957), Oh les beaux jours (1963) et l’extraordinaire Comment c’est (1961) – roman à propos duquel l’éditeur et critique Maurice Nadeau notera : « Il ne s’y passe à peu près rien. Mais cet « à peu près rien » possède une telle force de déflagration qu’on peut y voir, comme dans les ouvrages précédents de Beckett, l’image entière et désespérée de notre condition ».

Nathalie Crom, à propos des Lettres de Samuel Beckett (Gallimard), Télérama, 14 au 20 novembre 2015, N° 3435.

Résolument en guerre

Les 4 UnesÀ ceux qui en doutaient, trouvaient le mot exagéré et fustigeaient les moyens engagés par le gouvernement, notamment par la loi relative au renseignement, la France est en guerre et les Français sont touchés, une nouvelle fois, dans leur chair.

Dans son émission « La marche de l’Histoire » sur France-Inter consacré à un hommage à André Glucksmann, Jean Lebrun avait invité le philosophe et ancien directeur de la revue Esprit Paul Thibaud. Ce dernier avait eu cette phrase : « Nous savons qu’il est impossible de réaliser le bien. Nous essayons de nous débarrasser complètement du mal, en particulier de nous débarrasser de la guerre, et là il y a une sorte d’impasse de l’antitotalitarisme dans la mesure où il ne débouche pas sur une pensée réaliste de la démocratie, de l’invention démocratique. »

Les fanatiques islamistes de Daesch, totalitaires fascistes de notre époque, ne veulent en rien de cette invention démocratique, de cette libération de l’Homme et ajoutons – en y insistant – de la Femme puisqu’ils la méprisent. Ils l’enferment dans des cages vestimentaires symboles de l’éteignoir culturel qu’ils lui font subir. Barbarie quotidienne et insulte aux civilisations dans toute leur diversité.

La destruction de la démocratie est leur combat. Avec les attentats de la nuit dernière à Paris, minutieusement coordonnés, ils visent la France pour sa position contre le terrorisme. Ils confirment aussi qu’ils mèneront leur guerre jusqu’au bout. Sans faiblesse, sans répit. Daesch, dans sa compétition politique et de propagande avec Al-Qaïda, a besoin de passer à un niveau plus élevé encore d’actions internationales.

C’est pourquoi en retour de ces attaques, qui par ailleurs ne nous visent pas seuls comme en témoignent les actions terroristes récentes de Beyrouth et contre la Russie par l’explosion du vol de la compagnie Kogalymavia-Metrojet dans le Sinaï, la France doit mener la guerre face à une armée terroriste, qui a commis, comme l’a déclaré François Hollande : « un acte de guerre qui a été préparé, organisé, planifié de l’extérieur avec des complicités intérieures. »

Mener la guerre résolument avec les moyens et le droit nécessaire.

Les moyens, il en faut davantage, en hommes et en matériel. Principalement pour aller plus loin encore – car nous avons déjà échappé à de nombreux attentats en les déjouant – en amont, en surveillance, en repérage.

Le droit doit être respecté, mais il faut aussi – le temps qu’il faudra – l’adapter. Déjà, depuis cette nuit suite à une décision du conseil des ministres, la France est en état d’urgence et les contrôles aux frontières sont rétablis. Une première depuis la guerre d’Algérie.

En démocratie, nous savons combien ces périodes d’exception doivent être particulièrement maîtrisées. L’Histoire a été longue de combats et de souffrances pour faire en sorte qu’elles ne soient que transitoires et éviter qu’elles ne se retournent contre la liberté.

C’est pourquoi être résolument en guerre, c’est d’abord et avant tout avoir le sens de cette double responsabilité : agir fortement, vite, avec tous les moyens nécessaires et le faire avec calme, fermeté et raison. Au nom de la démocratie, pour la préserver et garantir la sécurité des citoyens autant qu’il est possible. Toujours plus, même si l’on peut redouter que le combat soit long.

En ce sens, l’irresponsabilité de Laurent Wauquiez, guère nouvelle, invitant à l’internement pour les personnes fichées pour terrorisme, est l’exact contraire de la maîtrise de soi et de la bonne perception de ce qui est en jeu fondamentalement. Sans même évoquer la méconnaissance de l’investigation policière, des possibilités techniques et du droit.

Espérons qu’il n’est pas en l’occasion, comme il l’est d’ordinaire, la voix de son maître Nicolas Sarkozy et que ce dernier, en tant qu’ancien président de la République, évitera l’excès et sera à la hauteur de l’unité nationale attendue et nécessaire.

Jean-Patrick Manchette, roman et cinéma au Nouveau théâtre de Montreuil.

Photo © Muriel Malguy
Photo © Muriel Malguy

Jean-Patrick Manchette aurait aimé faire du cinéma. Il s’est contenté d’en être un critique, d’en faire un roman inachevé – IRIS – et de briller dans le roman noir en lui apportant, parmi les premiers, un caractère social.

En proposant IRIS, le collectif T.O.C. et la mise en scène de Mirabelle Rousseau se sont attaqués à une œuvre très particulière aux plusieurs versions rédigées entre 1981 e t 1988. La scénographie de grande qualité avec une fluidité parfaitement réussie entre les tableaux nous emmène sur trois espaces et trois époques. Avec bien sur une forte présence de l’image. La pièce s’ouvre sur une longue séquence filmée, les logiciels de montage copieront des séquences de montage sur des ordinateurs, une belle séquence avec des extraits de films que nous avons tous vu et qui auraient pu être choisies par Manchette lui-même, cinéphile averti. Enfin une vidéo grand format projetée sur un voile de tulle grand écran parachève cette plongée dans le cinéma. Nous passons aussi derrière l’écran et découvrons la machinerie du cinéma (techniciens, cameraman, preneur de son, montage post-synchro, monteur). Sur l’écran et en coulisse toute la nostalgie d’un cinéma rêvé dont Manchette voulait « en être » dans les années 60. Avant, selon lui, que cette époque révolue se soit perdue en imposant le cinéma marketing et la publicité.

À l’avant-scène, le bureau de l’équipe de casting, est le creuset de ce qui est devenu la tambouille où le commerce de l’économie cinématographique fait florès.

Avec IRIS le « pape du néo-polar » nous plonge dans la mécanique, dans la fabrique des images. Grâce aux nombreux extraits de son journal projetés en vidéo, Mirabelle Rousseau, nous présente les intentions de Manchette sur son écriture. Ses cheminements, ses objectifs, ses blocages. Nous les vivrons ensuite par le jeu des acteurs. On peut penser alors à l’ouvrage Écritures de l’américain Stephen King, leçon de maître et pédagogie sur « l’écrire » d’un maître du thriller.

L’intrigue d’IRIS ? Je serais tenté de dire… peu importe. Notons néanmoins qu’il s’agit de l’histoire d’un milliardaire qui a besoin d’une doublure et qu’il y aura un attentat. Totalement « cintré », il ressemble étrangement à un autre amateur de cinéma : Howard Hughes. Le même qui est présent dans la seconde trilogie, Underworld USA, du romancier James Ellroy. À sa manière Manchette était déjà une sorte d’historien underground se servant du roman comme outil de « militance ». Il est stupéfiant d’ailleurs de lire dans IRIS des phrases d’une actualité tranchante sur les révoltés terroristes mus davantage par les ressentiments que les sentiments positifs d’une cause claire. Des bouillonnements identiques à ceux qui agitent nos actuels djihadistes.

Seul bémol de cette mise en scène, le casting. Sur le plateau des comédiens solides, matures, de talent, bien en place en croisent d’autres qui semblent un peu perdus et dans une sorte de « représentation » suspendue à on ne sait quel objectif… Ce soir là en tout cas.

JUSQU’AU JEUDI 19 NOVEMBRE

IRIS de Jean-Patrick Manchette. Mise en scène Le T.O.C. – Mirabelle Rousseau

Nouveau Théâtre de Montreuil. Salle Maria Casarès. Réservation : 01 48 70 48 90.