LES KARAMAZOV, BRUTES ET SAINTS PAR JEAN BELLORINI

Ce fut un des événements marquant du Festival d’Avignon 2016 lors de sa présentation à la carrière de Boulbon. KARAMAZOV ! Les trois/quatre frères mal-aimés du monstre père.

À 36 ans, Jean Bellorini, depuis quatre ans le plus jeune artiste nommé à la tête d’un Centre dramatique national – celui de Saint-Denis dans notre département – avait marqué à jamais les spectateurs. Il continue de le faire sur tous les plateaux, j’en ai été témoin ce vendredi sur celui de la Mac de Créteil. Devant un public que je trouve souvent un peu chagrin dans ses applaudissements, ce fut un tonnerre d’applaudissement dans les rappels après plus de quatre heures d’attention soutenue à un texte particulièrement fort et remarquablement reconstruit. Une sorte d’alternance de passages de la plus haute philosophie brillants comme des diamants dans une intrigue digne des plus grands thrillers. Interviewé dans Télérama le 11 juillet 2016, Jean Bellorini expliquait sa démarche qui consiste à s’attaquer à des grands textes romanesques : « Je choisis souvent les auteurs pour leur musicalité — Novarina, Rabelais, Brecht et ses “songs”, Victor Hugo — parce que cette émotion si particulière porte du sens. Dostoïevski est lyrique comme Victor Hugo, mais d’un lyrisme âpre, cinglant, anti-romantique. Quand Hugo bascule dans l’épopée politique, Dostoïevski, lui, fait un constat plus noir, sans grand mouvement, au ras des choses. Chez lui, la liberté reçue en héritage conduit au pire : le père est un diable et les frères se déchirent dans une lutte entre le bien et le mal jusqu’au parricide. Mais le ton de Dostoïevski est tellement distancié qu’il se rapproche du nôtre, plus désenchanté… C’est une saga du XIXe qui pourrait être écrite au XXe siècle. » Dans un court entretien publié dans le prospectus distribué aux spectateurs, il ajoute : « Ce qui est magnifique dans Les Frères Karamazov, c’est qu’on sonde les deux. La question de la Justice – divine et humaine – est au centre de l’œuvre, et la tension qu’entretient l’homme avec ces concepts, brûlante. À la tentation d’être un saint, s’oppose la facilité d’être une brute. Si l’on veut vivre pleinement, on sombre dans la contradiction de soi-même en tant qu’être social et spirituel. Autrement dit, se sentir vivant est contradictoire avec toute la sensation de justice humaine et divine. Aucun ordre social, aucun ordre divin ne peut aller contre la nature humaine dans ce qu’elle a de pulsionnel, violent, profondément vivant. Le salut ne s’achète pas. Dimitri le souligne dans l’un des plus beaux passagers du roman : « Le plus terrible, c’est que, même avec l’idéal de Sodome au fond du cœur, ils ne renient toujours pas l’idéal de la Madone, et que, cet idéal, il leur fait brûler le cœur pour de vrai. Ce qui est affreux, c’est que la beauté, non seulement est une chose terrifiante, mais c’est une chose qui a un secret. Le diable et le bon Dieu qui luttent ensemble, avec, pour champ de bataille, le cœur des gens. »

Karamazov, une pièce de toute beauté, incandescente.

Je ne sais où, ni si la tournée sur les plateaux va se poursuivre, mais si un jour vous voyez « Karamazov » de Jean Bellorini sur une programmation, précipitez-vous !

La Mort de Danton, par François Orsoni, au théâtre de la Bastille

© Photo Victor Tonelli

De l’écrivain météore Georg Büchner, mort à 24 ans en laissant La Mort de Danton, Léonce et Léna, Woyzeck et Lenz… François Orsoni présente en ce moment sa mise en scène de La Mort de Danton. Une simplicité de scénographie très bien menée autour d’une longue table où les nombreuses scènes vont se succéder avec clarté. Une troupe d’acteur plutôt homogène d’où émerge néanmoins l’excellent Jean-Louis Coulloc’h. Nous sommes au cœur des dernières tourmentes de la Terreur, avec la fin de Danton qui entraînera celle de Robespierre. Comme dans le Danton de Wajda, nous atteignons ici le cœur de ces hommes d’exception agis autant qu’agissant. Ils ont fait la Révolution, mais la Révolution les a faits. Le chemin qu’ils ont tracé dans la gloire, le sang et l’horreur, ils l’ont suivi jusqu’à son terme en en devenant aussi les victimes. Maximilien Robespierre l’incorruptible, Georges Danton le jouisseur, Camille Desmoulins l’idéaliste… comme tous les enfants des Lumières dont les idées ont rayonné dans toute l’Europe, tous par Büchner révèlent leur part d’intime, leur humanité.

Jusqu’au 4 mars. Représentation à 20h00.

76, rue de la Roquette. 75011 – Paris

Réservations : 01 43 57 42 14

/ Extrait /

LACROIX. Pourquoi as-tu laissé les choses en arriver à ce point ?

DANTON. À ce point ? À la fin je trouvais ça vraiment ennuyeux. Porter partout le même habit, avec ses plis aux mêmes endroits ! C’est à faire pitié. N’être plus qu’un misérable instrument, où une seule corde ne produit plus qu’une seule note ! J’en ai ma claque. Je voulais me la couler douce. J’ai réussi, la Révolution me met au repos, mais autrement que je ne pensais. D’ailleurs, sur quoi s’appuyer ? Nos putains pourraient s’en prendre aux sœurs dévotes de la guillotine, mais je ne vois rien d’autre. On peut compter sur ses doigts : les jacobins ont déclarer que la vertu est à l’ordre du jour, les cordeliers m’appellent le bourreau d’Hébert, la Commune fait pénitence, la Convention, –bon, ça serait encore un moyen ! mais on aurait un autre 31 mai, ils ne céderaient pas de bon gré. Robespierre, c’est le dogme de la Révolution, on ne peut pas tirer un trait là-dessus. Ça ne marcherait pas. Nous n’avons pas fait la Révolution, c’est la Révolution qui nous a faits. Et si ça marchait, j’aimerais mieux être guillotiné que faire guillotiner. J’en ai assez, pourquoi les hommes que nous sommes devraient combattre d’autres hommes ? Nous ferions mieux de nous asseoir et de rester en repos. Il y a eu un défaut quand on nous a fabriqués, il nous manque un je ne sais quoi, mais nous n’allons pas nous étriper pour le trouver, alors à quoi bon nous taper les uns sur les autres ? Allez, nous sommes de piètres alchimistes.

CAMILLE. En style plus pathétique cela donnerait : combien de temps l’humanité éternellement affamée va-t-elle dévorer ses propres membres ? ou encore : combien de temps, naufragés sur une épave, en proie à une soif extinguible, devrons-nous sucer le sang de nos veines ? ou encore, combien de temps nous faudra-t-il, algébristes en pleine chair, rechercher l’x inconnu, éternellement inaccessible, pour transcrire nos calculs avec des membres déchiquetés ?

DANTON. Tu es un écho sonore.

Büchner (Georg), La Mort de Danton, GF Flammarion, avril 1997.

Le débat sur l’Union de la Gauche… un débat utile à la démocratie

Par ordre alphabétique.

Il est encore un espoir qui tient en haleine les soutiens et les électeurs de la « gauche de la gauche » – pour reprendre un approximatif politique en mode -, celui de la réussite d’une « fusion » des candidats la représentant derrière un seul (l’autre devant s’effacer) et il s’agit en toute logique derrière Benoît Hamon ou derrière Jean-Luc Mélenchon puisque ce n’est pas faire injure à Yannick Jadot de noter qu’il n’est pas de taille électorale. D’ailleurs les adhérents de son propre parti viennent de lui demander de s’approcher du candidat issu de la primaire de la Belle Alliance Populaire.

Connaissant – depuis si longtemps – un assez grand nombre de militants ou électeurs sincères de ces courants politiques qui sont dans cette expectative je comprends leur souhait et crains qu’ils ne soient – une nouvelle fois – gravement déçus. Ils sont sincères, honnêtes, loin des jeux politiciens et pour la plupart de ceux que je croise ou lis régulièrement, ont mené durant de longues années – et mènent encore – des combats politiques, syndicaux, humanistes, qui les honorent. Malgré quelques fourvoiements. Certains sont au quotidien proche des plus démunis, ils peuvent en redonner de beaucoup à bien d’autres militants en termes de solidarité. Dont moi-même, du moins sous les formes qu’ils privilégient.

La situation actuelle est terrible pour eux car elle peut apparaître enthousiasmante pour leurs idées. En effet, si l’on s’appuie sur les sondages actuels (qui se révèleront loin de la réalité dans quelques semaines et même s’ils les dénoncent souvent, mais peu importe) rarement ces militants et électeurs n’ont été en droit de penser si fort à une victoire possible de leurs idées. Personnellement, je crois qu’ils sont les dupes de leurs illusions et d’une situation trompeuse : la somme arithmétique sondagière de Benoît Hamon + Yannick Jadot + Jean-Luc Mélenchon peut certes laisser penser à une présence au second tour, donc à une victoire finale, mais personnellement, même dans ce cas de figure, je ne le crois pas car 1+1+1 ne font pas 3 en l’espèce.

Mais surtout, cette sorte de nouvelle Union de la Gauche ne me semble pas possible sur le fond. Tout d’abord pour une mauvaise raison. On lit en effet que le frein majeur serait le « tempérament » de Jean-Luc Mélenchon. Certes, il n’en manque pas… Mais, alors que je n’hésite jamais à écrire combien ses propos me semblent d’un ton souvent outrancier – un peu joueur aussi, ce qui n’est pas pour me déplaire -, il ne m’est jamais venu à l’esprit que le candidat de La France insoumise n’ait pas une ligne politique claire, assumée et qu’il la défende sincèrement. Depuis des années il s’est investi pour lui donner le plus grand rayonnement, avec un relatif succès. L’argument « anti-personnel » est donc court, insuffisant, pour tout dire inopérant.

La question de l’Union ne tient pas principalement aux hommes, elle est de nature politique. D’ailleurs je note que l’historien du communisme Roger Martelli – certes par ailleurs militant, mais ce n’est pas ce qui me semble le plus important dans ce qui suit – invite dans un article du 15 février intitulé « Le rassemblement, pas l’enlisement »  à un regard pour le coup historique et distancié des émotions sur la situation présente. Lisons-le un instant : « (…) Tous ensemble ! Tous ensemble ! Alors rassemblons-nous. Rassemblons-nous comme nouilles dans un paquet. J’évoque, bien sûr, ceux qui appellent au rassemblement de la gauche, sans l’avoir définie, la gauche qui, par temps qui court, usurpant l’AOP, se trouve tout aussi bien à œuvrer, certainement par inadvertance, à droite. Se rassembler n’est pas un but en soi, sinon se rassembler sur un contenu politique, une perspective, qu’il n’y ait pas tromperie sur la marchandise et que je ne flaire pas le coup du Bourget. Vous avez compris ; je ne suis pas pour le rassemblement à tout prix. Je n’irai pas me rassembler sur n’importe quoi et sur n’importe qui. Je n’irai pas rejoindre le dernier camelot apparu parce qu’il présente bien, qu’il a du bagout, qu’il picore dans tous les programmes , qu’il fait référence, sans rien y connaître d’ailleurs, à Mouffe, Rabhi, Podemos, … qu’il mentionne pour ratisser large et prendre dans ses rets les gogos. (…) J’ai lu, ces jours derniers, dans certaines proses, que si l’alliance France insoumise, EELV, B. Hamon ne se faisait pas, ce serait un échec historique. Rien que ça ! Comme s’il n’était pas de grande irresponsabilité historique de vouloir copuler à tout prix et sans préservatif. (…) Ce dont la gauche et la démocratie française ont besoin, c’est d’un débat sur le fond de ces questions. Les tractations programmatiques et les ententes électorales ne devraient venir qu’en conclusion d’une entente durable sur les finalités, les étapes et les méthodes. À ce jour, les militants socialistes ont fait un pas en avant formidable. Mais le candidat qu’ils se sont choisis reste dans un entre-deux prudent. S’il va au-delà, s’il choisit le parti pris de rupture et en tire toutes les conséquences, y compris législatives, alors tout est possible. S’il ne le fait pas, le rassemblement de la gauche est un nouveau miroir aux alouettes. (…) Et il en est du rassemblement de la gauche comme de celui du peuple : il se construit et ne se décrète pas. Se fixer l’horizon concret du rassemblement le plus large est un impératif. Mais il ne sert à rien de laisser entendre que son impossibilité immédiate ne relève que de la responsabilité des ego, du sectarisme ou des égoïsmes partisans. En fait, à tout moment, on est tenu de dire en même temps qu’il faut rassembler et quelle est la logique profonde qui devrait régir ce rassemblement : esprit d’accommodement et d’adaptation à l’existant ou esprit de rupture et d’alternative ? Le choix des militants socialistes est prometteur pour la perspective d’une gauche combattive rassemblée ; mais la promesse n’est pas l’effectivité. À ce jour, aucune des raisons qui ont plaidé pour le choix d’une candidature de Jean-Luc Mélenchon n’apparaît comme obsolète. À ce jour, aucune des raisons qui laissent penser que le PS n’a pas pleinement tiré les conséquences de près de quatre décennie d’exercice du pouvoir n’est invalidée pleinement par la candidature Hamon. Une gauche qui gagne est une gauche de rupture, appuyée sur un Président acquis à cette rupture, avec une majorité décidée à la porter sans hésiter. Quand le Front national est à l’affût, quand les ultimes digues sont à deux doigts de tomber, toute autre hypothèse serait irresponsable. »

Je ne lis pas ces lignes comme un propos radical, mais plutôt comme celui d’un observateur/acteur éclairé. Il me semble dire l’essentiel… à savoir qu’il ne faut espérer le vrai changement qu’avec des élus le portant vraiment.

Au risque de surprendre, je soutiens réellement cette façon de penser. Réellement, et certains de mes amis proches savent que je n’ai jamais changé d’opinion sur ce point. Pourquoi ? Pour une raison simple qui tient au débat d’idées, à la démocratie. En effet, que cette partie historique, légitime, encore puissante d’environ 15 % des électeurs peut-être, veuille tout faire pour accéder – enfin ! – au pouvoir sans compromission, me semble juste. Je ne partage en rien cette idéologie, c’est le moins que je puisse dire, mais je la respecte… surtout quand les espoirs qui se tournent vers elle viennent de personnes éloignées des vices politiciens, ce dont pourtant elle n’est pas toujours exempte.

Je la défends d’autant plus que les idées que je défends, celles de la social-démocratie (ou du social libéralisme, le lieu n’est pas d’en débattre ici), n’ont jamais pu – elles non plus ! – présider réellement aux destinées du pays. Or, de mon point de vue, pour l’avenir de la France et un meilleur bien-être des Français, je suis profondément persuadé que cette voie mérite d’être explorée sans frein. Sans enlisement, dirait Roger Martelli.

Parmi les candidats actuels, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sont parfaitement clairs sur leurs positions. Benoît Hamon est un héritier et des pratiques du Parti socialiste, et de l’équilibre nécessaire consécutif de la primaire de la Belle Alliance Populaire. Il reste donc, par nature et obligation, un porteur des assemblages anciens qui ont fait faillite. François Fillon n’est pas plus clair car il se croit obligé, pour sauver une situation désespérée pour son camp qu’il a lui-même provoqué, d’un rapprochement, par attouchements dangereux successifs, avec les idées de Marine Le Pen. Contraire – jusqu’à Nicolas Sarkozy – aux traditions républicaines de son parti et gravissime pour le candidat du parti qui a osé prendre nom Les Républicains !

Marine Le Pen, naturellement, est sans compromis et si je la cite en dernier, c’est qu’elle et son parti sont pour moi les Indignes de la République. Je mesure avec tristesse et révolte le mouvement des trop nombreux électeurs désespérés par les faillites politiques qui ont marqué nos trente dernières années et qui imaginent, à cet instant encore, la soutenir pour sortir des situations dramatiques où ils se trouvent, où leurs régions et villes se trouvent. Mais on ne peut que les écouter – il le faut absolument – leur parler, et leur dire qu’ils se trompent et que ce parti fasciste – il le demeure – leur ment et les trompe.

En vérité le vrai sens du débat – même s’il est à la peine – de l’union Hamon-Jadot-Mélenchon éclaire bien au-delà des simples acteurs en joute : il oblige à une clarté des visions et des programmes politiques. Et il n’y a rien de plus souhaitable.

Ainsi font font les siphons…

Le grand bain des élections est plein. Et par définition à 100 %. Les candidats n’en ont pas plus à se partager quel que soit leur nombre. 100 % pas davantage. Dans la mécanique des fluides électoraux, avant – c’est-à-dire il n’y a pas si longtemps – les deux grandes forces d’alternance (droite et gauche) avec 20 % à 25 %, faisaient la planche à ce niveau avec des hauts et des bas sur des vagues qui, de toute manière, empêchaient le troisième de venir éclabousser les deux prétendants. Certes, il y avait eu le tsunami du 21 avril 2002 avec l’élimination de Lionel Jospin… Mais en 2007 le premier, Nicolas Sarkozy, avait franchi la barre des 30 % et la seconde, Ségolène Royal celle des 25 % même avec un surgissement centriste, François Bayrou à plus de 18 %. En 2012, résultat serré avec le premier, François Hollande à plus de 28 % et le second, Nicolas Sarkozy, à plus de 27 %. Le troisième, Marine Le Pen, étant relégué à près de 10 points avec un peu moins de 18 %. C’était attendu… c’est arrivé.

Aujourd’hui, à moins de 10 semaines du premier tour, les deux candidats des forces historiques qui ont dirigé la France durant la cinquième République, non seulement sont loin de la première dans les sondages, relégués à 7 et 12 points (François Fillon et Benoît Hamon), même si nous savons que seuls ceux décisifs des trois dernières semaines approcheront la vérité. Ils sont franchement en mode brasse coulée.

Qui plus est, avec un candidat torpille, Emmanuel Macron lancé à la vitesse de l’éclair qui peut prétendre à la seconde place, il est possible qu’ils soient tous deux éliminés dès le premier tour ! Double noyade fatale et historique à plus d’un titre.

Nous n’en sommes pas là, et face à une incertitude absolue quant aux évolutions importantes qui ne vont pas manquer, tous les candidats n’ont qu’une obsession : ne pas être siphonnés. Par l’un ou par l’autre, de droite ou de gauche.

Il y a bien sûr la peur du grand siphon quand la bonde lâche d’un coup. Englué dans son Pénélope Gate, c’est ce qui vient d’arriver à François Fillon qui, perdant 10 % en quelques courtes semaines, se retrouve à « égalité » avec Emmanuel Macron. Une sacrée tasse qui mobilise des sauveteurs-réanimateurs plus ou moins bien intentionnés… et peut-être obligera à une évacuation sanitaire. Ce serait du jamais vu.

Qui siphonnerait alors un nombre important de voix obligatoirement en déshérence ? Emmanuel Macron, assurément pour une partie, probablement la plus grande. Mais aussi Marine Le Pen pour une petite partie. Il se peut aussi que l’attentiste François Bayrou – pas encore et peut-être jamais plongé dans le bain – en récolte quelques gouttes.

Tiens d’ailleurs, s’il osait se mouiller, à qui François Bayrou aspirerait-il le plus de voix ? Majoritairement à Emmanuel Macron, c’est à peu près clair et aussi une autre portion à François Fillon. Du coup, il est le candidat des éclaboussures redoutées.

Jean-Luc Mélenchon nage, comme toujours avec bonheur et un ravissement non dissimulé comme un poisson rouge dans ces eaux électorales qui sont toujours chaudes pour lui. Il est vrai qu’il en connaît tous les courants et que son ambition n’est pas de gagner, mais d’exister. Et il y parvient parfaitement ! Il reste que les surprises peuvent arriver. Il a suffit d’une primaire à gauche et de l’élection de Benoît Hamon pour que d’un coup, malgré son dédoublement avec hologramme, l’homme à l’écharpe rouge perde 6 % et soit doublé par le nouvel entrant. On voit néanmoins qu’il a de la ressource et qu’il a refait son retard de quelques longueurs.

Yannick Jadot ne craint guère d’être siphonné car, à moins de 2 %, il n’intéresse guère que pour la symbolique de son drapeau, même effiloché. D’ailleurs, incertain de pouvoir monter sur le plot de départ par manque du nombre de signatures nécessaires, il est possible que ce soit une simple disparition par fusion avec Benoit Hamon qui termine son aventure. C’est le souhait de deux de ses anciennes cheftaines à plumes, Cécile Duflot et Emmanuelle Cosse. Si le référendum interne aux Verts qui décidera du choix final, opte pour le maintien ce sera un nouveau naufrage dans le petit bassin. Une habitude.

Emmanuel Macron, dans sa course en solitaire, sembler voler dans les airs plutôt que de nager comme s’il était muni de « foils » comme les nouveaux rapides des mers. Le départ est fulgurant… mais jusqu’où et jusqu’à quelle date ? La machine « En Marche ! » est performante, avec un équipage croissant en nombre, mais tiendra-t-elle le choc lorsque – bientôt – le passage des caps majeurs va s’annoncer. Car le nouveau venu est le principal « ennemi » que deux candidats majeurs ont envie de siphonner en grand. Ainsi si François Fillon arrive à vider les écoutilles de ses eaux sales, s’il traite mieux son équipe, les droites et une partie du centre se retrouveront – vaille que vaille – derrière lui pour garantir une alternance et emporter une élection annoncée comme imperdable. Un bord à bord final pour la seconde place est tout à fait envisageable. Emmanuel Macron peut craindre les derniers vents d’arrivée.

Autre hypothèse – moins réaliste certes… mais qui sait au point où nous en sommes ! – Benoît Hamon se relance, confirme sa prédominance sur Jean-Luc Mélenchon et devient le candidat unique d’une Union de la Gauche hâtivement reconstruite, certes de bric-broc, mais néanmoins forte d’électeurs convaincus. Il se peut alors qu’il s’approche d’un François Fillon stabilisé à « égalité » avec Emmanuel Macron, voire même qu’il les dépasse d’une phalange dans le sprint final. On peut penser alors que nombre d’électeurs de François Fillon et d’Emmanuel Macron (ceux venus de la droite classique) voudront éviter le duel final entre Benoit Hamon et Marine Le Pen et quitte un des camps pour assurer la victoire de l’autre. Mais qui serait le plus siphonné alors, le candidat de Les Républicains ou celui d’En Marche !… difficile à dire.

Il reste Marine Le Pen, dans son couloir où elle s’entraine depuis des années pour une course de longue distance. Pour l’instant, malgré le présent d’un parti qui est toujours d’extrême-droite avec des composantes fascistes puissantes, malgré un programme de sabotage de la France et d’exclusion des Français, elle ne boit pas la tasse et tient son quart. Compte-tenu des louvoiements encore continus des partis qui, par leurs faiblesses coupables et leurs jeux pervers, ont permis son ascension, elle semble – malgré les scandales qui l’éclaboussent – pouvoir tenir la tête jusqu’au bout. Du moins au premier tour, car nul doute – peut-être pour la dernière fois – qu’elle sera battue par le second quel qu’il soit. Et heureusement.

Quant à nous, dans ces flots agités et réellement imprévisibles, veillons surtout à ne pas être siphonnés du ciboulot dans un monde politique déboussolé.