DURAS, L’INVERSION DES AMOURS ET LES CONJUGAISONS BRISÉES

(…) Ainsi est la ville, déjà close sur le sommeil. Quelques-uns parlent encore de Rodrigo Paestra dont la femme a été trouvée nue près de Perez tous deux endormis après l’amour. Et puis, morte. Le corps de dix-neuf ans est à la mairie. Si Maria se levait, si Maria allait à la salle à manger, elle pourrait demander qu’on lui apporte un verre d’alcool. Elle imagine la première gorgée de manzanilla dans sa bouche et la paix de son corps qui s’ensuivrait. Elle ne bouge pas. Par-delà le couloir, à travers l’écran jaune et vacillant des lampes à pétrole, il doit y avoir les toits de la ville, recouverts par le ciel qui court, s’épaississant toujours. Le ciel est là, contre le cadre du balcon ouvert. Maria se relève, hésite à repartir vers la salle à manger où ils sont encore dans l’émerveillement de leur foudroyant désir, seuls encore…

Duras (Marguerite), Dix heures et demie du soir en été, les éditions de minuit, novembre 1996.

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