Michaux et la bourlingue immobile ; « l’aspirateur » Google ; « Mourir ? , plutôt crever ! » ; Keith Richards aime les batteurs qui lui bottent le train ; Les apparitions de la Vierge Marie.

Dans le milieu épiscopal, une blague circule : l’évêque prie la Vierge chaque soir en disant : « Chère Madone, n’apparaissez pas dans mon diocèse ! » Ce sont des ennuis assurés. Des évêques trop favorables se sont fait remonter les bretelles par le Vatican. Certains milieux « illuministes » peuvent présenter des dérives sectaires.
Dans le milieu épiscopal, une blague circule : l’évêque prie la Vierge chaque soir en disant : « Chère Madone, n’apparaissez pas dans mon diocèse ! » Ce sont des ennuis assurés. Des évêques trop favorables se sont fait remonter les bretelles par le Vatican. Certains milieux « illuministes » peuvent présenter des dérives sectaires.

Sunday Press / 67

(…) Selon Baudelaire, « l’artiste ne sort jamais de lui-même ». Sortir de lui-même, le jeune Henri Michaux n’aspire qu’à ça. Et de sa ville natale, Namur, cette prison impitoyablement fortifiée par Vauban. Mais comment se dépouiller de son moi, de sa « petitesse, petitesse, petitesse » de Wallon et d’Occidental ? Avant de s’intoxiquer avec méthode, le chasseur d’extases a d’abord tâté des pays lointains. Effroyablement eurosceptique, Michaux. 1920. En haine du chez-soi, il s’embarque à 21 ans comme « matelot sur un cinq-mâts schooner », puis sur « le Victorieux », un dix mille tonnes d’une belle ligne, que les Allemands viennent de livrer aux Français ». Direction : l’Amérique latine, continent sanctifié par la lecture de Lautréamont, né à Montevideo (Uruguay). Plus tard, il visite l’Équateur (« Ecuador », 1929), puis l’Inde et la Chine (« Un barbare en Asie, 1933). Mais Michaux est un déçu du voyage. Ses exercices d’expatriation sont un échec. Ses méthodiques tribulations ne recueillent qu’une pacotille d’altérité. Toujours l’ailleurs se dérobe. « L’aventure d’être en vie », la quête de l’infini tournent à l’infiniment touristique, au rien à signaler. La terre est « rincée de son exotisme ». L’Indien est « un homme comme les autres ». À quoi bon bourlinguer ? « Je ne voyage plus. Pourquoi les voyages m’intéresseraient-ils ? Ce n’est pas ça, ce n’est jamais ça. Je peux l’arranger moi-même leur pays. Moi, je mets la Chine dans ma cour », écrit le poète dans « la Vie dans les plis », quand il découvre que ses semelles de vent sont de plomb. « On ne part pas », disait Rimbaud, au siècle précédent.

Fabrice Pliskin, L’OBS, 13 au 19 août 2015, n° 2619.

(…) Même les experts a priori les plus au fait de l’importance prise par les données massives et la collecte de celles-ci dans la nouvelle économie de l’immatériel peuvent tomber de leur chaise. « On savait qu’il y avait une collecte de données par les applications et par Google. Mais ce qu’on n’avait pas imaginé, c’était l’ampleur de la collecte. C’est affolant. » Vincent Roca (chercheur à l’Institut national de recherche en informatique (Inria), coordinateur du projet Mobilitics en collaboration avec la Cnil) et son équipe se sont penchés sur l’écosystème du smartphone, cette boîte noire
qui pompe de la data sans que son utilisateur
en soit vraiment informé. (…) Leur conclusion ? Google est une passoire qui transforme votre téléphone en mouchard de poche. « Avec Apple, il y a de plus en plus de limitations sur les données que peuvent récolter les applications. Mais du côté de Google et Android, on ne voit aucune volonté de permettre à l’utilisateur d’avoir un meilleur contrôle sur ses données», constate Vincent Roca. (…) Et donne un exemple vertigineux : « L’application Play Store a accédé en trois mois et pour un seul utilisateur 1 300 000 fois à la localisation cellulaire. » Or, Play Store est la boutique d’applications de Google, outil indispensable et porte d’entrée pour enrichir les fonctionnalités de son smartphone. « Toutes les cinq minutes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on est localisé, les données sont stockées et traitées par Google, affirme le chercheur. Et quand on commence à bouger, ce n’est pas toutes les cinq minutes, c’est toutes les minutes. »

Richard Poirot, Libération, 15 & 16 août 2015, n° 10649.

Les cons sont partout, c’est bien connu. Le risque, vu leur quantité, est d’en retrouver quelques-uns autour de soi quand viendra l’heure d’être mis sous terre… Le dessinateur Siné et l’humoriste et réalisateur Benoît Delépine en sont là de leurs réflexions philosophiques, en ce jour de 2009, quand une idée leur vient, d’une commune inspiration : préempter une partie de cimetière où ne seraient enterrés «que des potes»; un petit coin de paradis où l’on continuerait, post mortem, de déconner entre soi. (…) Située dans la 30e division du cimetière de Montmartre à proximité de la tombe de la Goulue (1866-1929), leur « future » sépulture est aujourd’hui l’une des plus remarquables du nord de Paris. Un bronze représentant un cactus ayant lui-même la forme d’un doigt d’honneur surmonte un ca- veau pouvant accueillir jusqu’à 60 urnes funéraires. Une épitaphe a été gravée sur le socle : « Mourir ? Plutôt crever ! » Quelques coups de téléphone et un chèque à la Ville de Paris (5 500 euros) ont suffi aux deux « associés », à ce jour bien vivants – Siné a 86 ans, Delépine 56 – pour acquérir cette concession à perpétuité. La crémation sera un pas- sage obligé pour prendre possession des lieux : « Au départ, j’avais les jetons à l’idée de me faire brûler, raconte Siné. Je préférais envisager d’être allongé dans un cercueil mais, comme je suis claustrophobe, c’est finalement pas plus mal. » (…) La conception de la statue n’a pas été simple, les services municipaux refusant tout projet qui « heurte la sensibilité » des visiteurs. Un premier sculpteur, ami et compatriote du dessinateur belge Philippe Geluck, avait réalisé un doigt d’honneur sortant d’une tombe à la manière d’un zombie, mais Delépine a tiqué, croyant y voir un remake de La Nuit des morts-vivants. Une solution plus « soft » a alors été commandée à un autre copain sculpteur, Patrick Chappet, qui a imaginé ce cactus au profil évocateur : « Cela ne nous satisfait pas encore pleinement. On cherche une autre idée. Mais on tient au doigt d’honneur, en bons anars que nous sommes », assure Siné, alias « Bob » pour ses proches. (…) Cette mise en scène n’est pas du goût de tout le monde. Un ami écrivain lui a reproché de croire en un « après », insulte suprême au regard de la doxa anarchiste. « Et l’humour alors ? se défend Siné. La mort étant un sujet tabou, on aime bien taper dessus. Le but est aussi de faire passer le message que vous nous faites chier, juste- ment, avec vos croyances. Ce qu’on veut, c’est pouvoir se saouler au son d’une fanfare pendant des funérailles, comme on l’a fait à l’enterrement du dessinateur Claude Serre (en 1998) – c’était le jour du beaujolais nouveau, qui plus est ! »

Frédéric Potet, Le Monde, 15, 16 & 17 août 2015, n° 21952.

(…) C’est un gros disque auquel on ne s’attendait pas, qui sort Keith Richards de son statut de personnage récurrent des rubriques people (il s’est fâché/réconcilié avec Mick Jagger, il s’est blessé en tombant d’un arbre, il est à nouveau grand-père…) pour en refaire un musicien. Il y a deux ans, le batteur américain Steve Jordan, l’autre alter ego de Keith Richards, son collaborateur depuis un quart de siècle, a fait remarquer au guitariste qu’il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas travaillé en studio. Keith Richards se souvient : « Il m’a dit : “Pourquoi tu ne t’y prendrais pas comme quand tu as enregistré Street Fighting Man ou Jumpin’ Jack Flash ? Comment tu t’y es pris ? » Je lui ai répondu qu’il n’y avait que moi et Charlie Watts – ou Steve Jordan –, je ne suis personne. Je joue contre le batteur, on sculpte le rythme, on syncope, on s’amuse. C’est toujours un plaisir de jouer avec des batteurs de ce calibre, ils vous bottent le train. » En quelques semaines, Richards et Jordan avaient accumulé une demi-douzaine de morceaux. « Et je me suis aperçu que je m’amusais comme un fou. Un studio, c’est ma seconde maison, il n’y a pas de téléphone et on peut faire ce qu’on a à faire. » Keith Richards raconte l’enregistre- ment de Crosseyed Heart comme une renaissance musicale, mais le disque sonne aussi comme un testament, qui refait tout le parcours d’un gamin de la banlieue londonienne né sous les bombes allemandes, qui, par la seule force de sa volonté et de son talent, s’est réinventé en héritier des grands musiciens afro-américains. (…) Quant à la reconstitution du duo d’auteurs-compositeurs qui a signé Satisfaction ou Miss You, elle est envisagée sans angoisse : « Mick écrit beaucoup de son côté, moi aussi. Quand on se retrouve, l’un demande à l’autre : “Qu’est-ce que tu as ?” Et on s’aperçoit que ce que l’autre a apporté fonctionne très bien avec ce qu’on a soi- même écrit. On écrit ensemble sans communiquer. Mick et moi formons un drôle de couple, mais il y a entre nous des affinités qui dépassent l’entendement. »

Thomas Sotinel, M le magazine du Monde, 15 août 2015, n° 204.

(…) Seize apparitions de la Vierge sont établies par jugement. Entre 2.000 et 21.000 cas auraient donnés lieu à une citation depuis les premiers siècles du christianisme. En réalité, on n’en sait rien. Pour notre dictionnaire, nous en avons recensé 2.400. (…) Dans le milieu épiscopal, une blague circule : l’évêque prie la Vierge chaque soir en disant : « Chère Madone, n’apparaissez pas dans mon diocèse ! » Ce sont des ennuis assurés. Des évêques trop favorables se sont fait remonter les bretelles par le Vatican. Certains milieux « illuministes » peuvent présenter des dérives sectaires. (…) À deux périodes, les apparitions se sont conjuguées avec la vision de l’Église. Cela a été le cas pendant la Restauration au XIXe siècle, pour aider à intégrer la culpabilité que ressentaient nombre de Français après la Révolution vis-à-vis de la science et de la laïcité, vues comme une trahison de la foi catholique. L’apparition porte ce message : « Si vous ne revenez pas à l’essence de l’Église, vous subirez des cataclysmes. » L’autre période s’étend de 1917, avec Fatima au Portugal, jusqu’au pontificat de Jean-Paul II. De nombreux récits coïncident alors avec une forme de lutte contre le communisme soviétique et son danger planétaire. Parfois l’apparition le mentionne de façon claire et réclame « la conversion de la Russie au Sacré-Cœur de Jésus ». Cela correspond à un cheval de bataille du Saint-Siège qui dure jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, avec l’émergence de l’Opus Dei ou des Légionnaires du Christ.

Patrick Sbalchiero, historien et co-directeur du « Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie, JDD, 16 août 2015, n° 3579.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *