Un bus nommé désir

Hier soir, j’ai pris un bus pour aller de Paris à Tremblay-en-France. Je n’étais pas seul à faire ce trajet, il n’y avait quasiment aucun siège disponible. Beaucoup de jeunes, très majoritaires en nombre. Certains d’ailleurs venus de Montreuil comme moi, d’autre d’Aubervilliers et un joyeux groupe d’élèves de l’école Boulle (école supérieure des Arts appliqués – Paris). Quelques adultes, dont certains comme moi avaient trouvé ce mode de transport comme étant le seul permettant de joindre l’utile à l’agréable, sans doute parce que nous avions anticipé le fait d’y retrouver quelques connaissances et amis. Les conditions étaient réunies pour profiter d’un aller-retour plein de promesses, car c’est le moment de l’écrire, on peut aller en bus de Paris à Tremblay-en-France et en revenir… heureux.

C’est le moment de dire aussi qu’il s’agissait d’une occasion un peu particulière : ce bus faisait navette pour permettre au public de découvrir la compagnie française de Fabrice Lambert L’expérience Harmaat pour sa création Solaire au théâtre Louis Aragon. 

Une création qui s’inscrit dans le cadre des magnifiques Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis 2010 * de ce mois de mai. Rencontres portées au plus haut par celle qui en est son âme : Anita Mathieu.

Permettez-moi de revenir quelques lignes encore sur mon bus ou plutôt notre bus de service public, et même ce soir-là de service public culturel. Personne n’a échappé à l’actualité de ces « attaques de bus » qui se sont déroulées en Seine-Saint-Denis ces derniers jours, et notamment à Tremblay-en-France. Loin de moi de comparer le confort d’une navette menant à un spectacle avec l’inconfort quotidien, tôt le matin et tard le soir pour beaucoup d’habitants dont c’est le seul moyen de transport pour aller au travail. Mais je crois que les bus Ratp qui font réseau de vie et cette navette d’un soir, naturellement aux frais des collectivités territoriales qui financent les Rencontres Chorégraphiques internationales au premier rang desquelles le Conseil général de la Seine-Saint-Denis, sont notre bien également précieux.

C’est pourquoi j’ai eu plaisir à lire « Le Manifeste pour Tremblay-en-France » adresse des habitants et de la municipalité largement diffusé dans les lieux publics avec notamment cette phrase : « Au fil des ans, notre ville s’est dotée de nombreux équipements publics, ouverts à tous sans exclusive ni exception. De nombreux services s’y sont développés, grâces aux services publics et aux associations qui tiennent une place essentielle dans la vie sociale ». Voilà l’exception culturelle et sociale française que veut casser notre président Sarkozy.

De la même manière, la déclaration de François Asensi, maire de Tremblay-en-France, suite à l’émission de TF1 qui a stigmatisé les banlieues et sa ville, m’apparaît comme de la plus haute responsabilité. Après avoir souligné que l’Etat a refusé aux Tremblaysiens l’aide de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et insisté sur la lutte que sa municipalité mène dans le domaine du social et du culturel, il a aussi dénoncé : « ces trafics qui portent atteinte à la liberté d’aller et venir des habitants, leurs vies même sont contrôlées. Ils représentent une pression physique et morale insupportable pour des populations qui subissent de plein fouet la crise économique et sociale ». Avant d’appeler l’Etat à stopper son désengagement dans ses missions régaliennes : « qui montre son incapacité, malgré un discours sécuritaire, à apporter les réponses sociales qu’exigent les quartiers en difficultés ».

 A y réfléchir un peu, moins d’une heure dans une navette « culturelle » permet de se faire une idée précise de ce qu’il faut défendre pour notre mieux vivre ensemble. La sécurité des personnes est essentielle et il est insensé et indécent qu’une émission de télévision puisse présenter un individu comme chef mafieux, reconnaissant être armé sans que la police et la justice puisse faire en sorte qu’avec ses complices il soit arrêté et jugé.

On le mesure pleinement, les efforts de défense de la culture sont décisifs. Dans son éditorial de la brochure programme des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis 2010, Claude Bartolone, président du Conseil général et député, a cette conclusion : « Nécessaires et vitaux, tous ces espaces de création et de poésies sont irréductibles de notre territoire, nous vous invitons à les soutenir, à accompagner les artistes et les lieux culturels et à venir nombreux découvrir la programmation ».

 Je vous invite moi aussi à le faire en venant, pour les trois derniers jours du Festival qui se déroulent à Montreuil à venir découvrir de merveilleux spectacles.

Un dernier mot : en tant qu’adjoint à la Culture de la ville de Montreuil, j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’évoquer l’importance que pourrait avoir une navette « culturelle » en soirée, entre le haut et le bas Montreuil. Elle permettrait d’offrir un moyen simple aux habitants de tous les quartiers pour faciliter leur venue aux nombreux spectacles de qualité qui se déroulent dans de nombreux lieux (Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès, Théâtre Berthelot, Théâtre de Lanoue, Théâtre des Roches, Théâtre de la Girandole, Instants Chavirés, etc.). Lieux certes principalement situés dans le bas Montreuil, mais pas uniquement. J’espère que cette proposition, ainsi que celle de notre groupe RSM (Renouveau socialiste montreuillois) qui œuvre pour la création d’une navette permanente pour réduire la fracture physique entre nos quartiers éloigné, pourront être un jour entendues. Et surtout réalisées.

* Le programme des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis 2010 sur www.rencontreschoregraphiques.com Tél : 01 55 82 08 01. Du vendredi 28 mai au Dimanche 30 mai, 6 spectacles à Montreuil, salles Jean-Pierre Vernant et salle Maria Casarès (Nouveau Théâtre de Montreuil).