Ainsi font font les siphons…

Le grand bain des élections est plein. Et par définition à 100 %. Les candidats n’en ont pas plus à se partager quel que soit leur nombre. 100 % pas davantage. Dans la mécanique des fluides électoraux, avant – c’est-à-dire il n’y a pas si longtemps – les deux grandes forces d’alternance (droite et gauche) avec 20 % à 25 %, faisaient la planche à ce niveau avec des hauts et des bas sur des vagues qui, de toute manière, empêchaient le troisième de venir éclabousser les deux prétendants. Certes, il y avait eu le tsunami du 21 avril 2002 avec l’élimination de Lionel Jospin… Mais en 2007 le premier, Nicolas Sarkozy, avait franchi la barre des 30 % et la seconde, Ségolène Royal celle des 25 % même avec un surgissement centriste, François Bayrou à plus de 18 %. En 2012, résultat serré avec le premier, François Hollande à plus de 28 % et le second, Nicolas Sarkozy, à plus de 27 %. Le troisième, Marine Le Pen, étant relégué à près de 10 points avec un peu moins de 18 %. C’était attendu… c’est arrivé.

Aujourd’hui, à moins de 10 semaines du premier tour, les deux candidats des forces historiques qui ont dirigé la France durant la cinquième République, non seulement sont loin de la première dans les sondages, relégués à 7 et 12 points (François Fillon et Benoît Hamon), même si nous savons que seuls ceux décisifs des trois dernières semaines approcheront la vérité. Ils sont franchement en mode brasse coulée.

Qui plus est, avec un candidat torpille, Emmanuel Macron lancé à la vitesse de l’éclair qui peut prétendre à la seconde place, il est possible qu’ils soient tous deux éliminés dès le premier tour ! Double noyade fatale et historique à plus d’un titre.

Nous n’en sommes pas là, et face à une incertitude absolue quant aux évolutions importantes qui ne vont pas manquer, tous les candidats n’ont qu’une obsession : ne pas être siphonnés. Par l’un ou par l’autre, de droite ou de gauche.

Il y a bien sûr la peur du grand siphon quand la bonde lâche d’un coup. Englué dans son Pénélope Gate, c’est ce qui vient d’arriver à François Fillon qui, perdant 10 % en quelques courtes semaines, se retrouve à « égalité » avec Emmanuel Macron. Une sacrée tasse qui mobilise des sauveteurs-réanimateurs plus ou moins bien intentionnés… et peut-être obligera à une évacuation sanitaire. Ce serait du jamais vu.

Qui siphonnerait alors un nombre important de voix obligatoirement en déshérence ? Emmanuel Macron, assurément pour une partie, probablement la plus grande. Mais aussi Marine Le Pen pour une petite partie. Il se peut aussi que l’attentiste François Bayrou – pas encore et peut-être jamais plongé dans le bain – en récolte quelques gouttes.

Tiens d’ailleurs, s’il osait se mouiller, à qui François Bayrou aspirerait-il le plus de voix ? Majoritairement à Emmanuel Macron, c’est à peu près clair et aussi une autre portion à François Fillon. Du coup, il est le candidat des éclaboussures redoutées.

Jean-Luc Mélenchon nage, comme toujours avec bonheur et un ravissement non dissimulé comme un poisson rouge dans ces eaux électorales qui sont toujours chaudes pour lui. Il est vrai qu’il en connaît tous les courants et que son ambition n’est pas de gagner, mais d’exister. Et il y parvient parfaitement ! Il reste que les surprises peuvent arriver. Il a suffit d’une primaire à gauche et de l’élection de Benoît Hamon pour que d’un coup, malgré son dédoublement avec hologramme, l’homme à l’écharpe rouge perde 6 % et soit doublé par le nouvel entrant. On voit néanmoins qu’il a de la ressource et qu’il a refait son retard de quelques longueurs.

Yannick Jadot ne craint guère d’être siphonné car, à moins de 2 %, il n’intéresse guère que pour la symbolique de son drapeau, même effiloché. D’ailleurs, incertain de pouvoir monter sur le plot de départ par manque du nombre de signatures nécessaires, il est possible que ce soit une simple disparition par fusion avec Benoit Hamon qui termine son aventure. C’est le souhait de deux de ses anciennes cheftaines à plumes, Cécile Duflot et Emmanuelle Cosse. Si le référendum interne aux Verts qui décidera du choix final, opte pour le maintien ce sera un nouveau naufrage dans le petit bassin. Une habitude.

Emmanuel Macron, dans sa course en solitaire, sembler voler dans les airs plutôt que de nager comme s’il était muni de « foils » comme les nouveaux rapides des mers. Le départ est fulgurant… mais jusqu’où et jusqu’à quelle date ? La machine « En Marche ! » est performante, avec un équipage croissant en nombre, mais tiendra-t-elle le choc lorsque – bientôt – le passage des caps majeurs va s’annoncer. Car le nouveau venu est le principal « ennemi » que deux candidats majeurs ont envie de siphonner en grand. Ainsi si François Fillon arrive à vider les écoutilles de ses eaux sales, s’il traite mieux son équipe, les droites et une partie du centre se retrouveront – vaille que vaille – derrière lui pour garantir une alternance et emporter une élection annoncée comme imperdable. Un bord à bord final pour la seconde place est tout à fait envisageable. Emmanuel Macron peut craindre les derniers vents d’arrivée.

Autre hypothèse – moins réaliste certes… mais qui sait au point où nous en sommes ! – Benoît Hamon se relance, confirme sa prédominance sur Jean-Luc Mélenchon et devient le candidat unique d’une Union de la Gauche hâtivement reconstruite, certes de bric-broc, mais néanmoins forte d’électeurs convaincus. Il se peut alors qu’il s’approche d’un François Fillon stabilisé à « égalité » avec Emmanuel Macron, voire même qu’il les dépasse d’une phalange dans le sprint final. On peut penser alors que nombre d’électeurs de François Fillon et d’Emmanuel Macron (ceux venus de la droite classique) voudront éviter le duel final entre Benoit Hamon et Marine Le Pen et quitte un des camps pour assurer la victoire de l’autre. Mais qui serait le plus siphonné alors, le candidat de Les Républicains ou celui d’En Marche !… difficile à dire.

Il reste Marine Le Pen, dans son couloir où elle s’entraine depuis des années pour une course de longue distance. Pour l’instant, malgré le présent d’un parti qui est toujours d’extrême-droite avec des composantes fascistes puissantes, malgré un programme de sabotage de la France et d’exclusion des Français, elle ne boit pas la tasse et tient son quart. Compte-tenu des louvoiements encore continus des partis qui, par leurs faiblesses coupables et leurs jeux pervers, ont permis son ascension, elle semble – malgré les scandales qui l’éclaboussent – pouvoir tenir la tête jusqu’au bout. Du moins au premier tour, car nul doute – peut-être pour la dernière fois – qu’elle sera battue par le second quel qu’il soit. Et heureusement.

Quant à nous, dans ces flots agités et réellement imprévisibles, veillons surtout à ne pas être siphonnés du ciboulot dans un monde politique déboussolé.

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