De la délibération d’orientation budgétaire au jeu de piste des chiffres

Une présentation qui a donné le tournis

Comment osciller entre des propositions « programmatiques » au contenu le plus vague et des chiffres contradictoires dont les écarts sont tout « simplement » de quelques millions d’euros ? C’est l’exercice étonnant réalisé par la majorité municipale lors de la dernière réunion du Conseil municipal de Montreuil. Déroutant et inquiétant.

Ci-dessous l’article du Groupe du Renouveau socialiste montreuillois (RSM) publié sur le site www.elus-rsm.net

Lors du Conseil municipal du 17 novembre, le début de la soirée fut consacré au « débat d’orientations budgétaires », c’est-à-dire à la manière dont la majorité envisage l’année 2012 et les politiques qu’elle compte mettre en place au regard de ses prévisions. Ce texte ne fait pas l’objet d’un vote, mais d’une discussion où chacun (majorité, minorités, opposition) confronte son point de vue à partir de la présentation faite par la maire et son équipe.Voilà 10 ans que les gouvernements de droite étranglent les collectivités locales en leur transférant des responsabilités, sans les compenser par des dotations. Montreuil n’y échappe pas. L’adjoint à la Culture (également rapporteur du budget) nous annonce logiquement un contexte sombre, notamment du fait des incertitudes de la crise économique et financière. En résumé, il prévient qu’il faudra encore se serrer la ceinture.

Une baisse prévisible sur les « produits des services » à la population est attendue. Selon la majorité municipale, elle résulte de la dégradation de la situation sociale des familles. C’est une explication, mais il y en a peut-être d’autres, moins avouables. En effet,  des parents signalent des difficultés croissantes pour inscrire leurs enfants dans les cantines de la ville.  La majorité serait-elle revenue discrètement sur le principe républicain d’égal accès des écoliers aux cantines, et ce quelle que soit la situation professionnelle de leurs parents ? Nous n’avons pas eu de réponse à cette question ni à celle concernant l’éventuelle baisse des tarifs des cantines (le tarif municipal est deux fois plus élevé que celui des collèges gérés par le Conseil général), ni à la révision – pourtant annoncée à plusieurs reprises – de la grille du quotient familial, dont tout le monde s’accorde pourtant à reconnaître qu’elle n’est plus adaptée aux revenus des familles montreuilloises.

Au rayon des cessions de propriétés de la ville, les élus du Conseil municipal finissent par s’y perdre. Après avoir renoncé en début d’année à utiliser le « Pavillon Gaulin », Dominique Voynet avait demandé l’autorisation de le vendre aux enchères. En octobre dernier, la maire annonçait finalement réfléchir à le conserver dans le patrimoine de la Ville. Pour en faire quoi ? Pas de réponse.

Nous  saluons la sage décision d’augmenter le budget de la direction des solidarités, acte bien évidemment indispensable en période de crise. Mais au-delà du chiffre annoncé, nous notons la décision de renforcer l’externalisation de certaines actions municipales vers le secteur privé et associatif. Décision justifiée par un propos qui en dit long : il s’agirait de réussir une amélioration « qualitative » du service ! Les agents municipaux apprécieront…

Concernant l’accessibilité des bâtiments publics aux personnes handicapées et à mobilité réduite, la municipalité prévoit « royalement » une enveloppe de 800.000 €, alors même que le rapport de la Commission communale sur le handicap (examiné au Conseil municipal quelques mois auparavant) a estimé les travaux à réaliser d’ici 2015 à 30 millions d’euros. L’écart est énorme ! Un effort  sera aussi nécessaire pour la voirie ! En effet, alors que la moindre rénovation de rue coûte entre 1 et 3 millions d’euros, la rallonge de 1,3 million pour les espaces publics ne permettra d’espérer que quelques rebouchages de trous.

Les projets pour la jeunesse, la culture et le logement ne sont abordés qu’au détour de quelques phrases, parfois très floues. Pour la jeunesse, on nous annonce la municipalisation du Café La Pêche. Nous n’en saurons pas plus pour le moment. Au chapitre du logement, pas plus d’information… la maire précisant « qu’on ne peut pas parler de tout dans une note d’orientation budgétaire ! » Certes, mais on a quand même le droit de s’interroger sur les choix sur lesquels la municipalité a décidé d’insister dans sa présentation !

Ainsi pour le domaine culturel, on nous le présente uniquement sous l’angle du patrimoine immobilier (avec le futur Pavillon des Arts), tandis que nous ne cessons de réclamer des précisions sur le contenu intellectuel et artistique de ce projet. Quant aux assises de la Culture, évoquées par la note, il faut bien admettre que ces réunions, étalées sur deux ans, ne sont en rien une aide particulière à des manifestations culturelles, de création ou de diffusion.

Concernant la masse salariale, il est prévu qu’elle augmente très légèrement (+3 %) mais ce chiffre cache en réalité de grandes disparités et une politique de ressources humaines profondément inégalitaire et injuste. Sans parler des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader et qui génèrent une souffrance au travail niée par la municipalité, ainsi que des départs nombreux, souvent même d’agents pourtant recrutés par la majorité municipale elle-même !

Les grands communiqués sur le désendettement de la Ville interrogent également sur leur sincérité. La majorité municipale s’était en début de mandat, engagée à mettre fin à ce qu’elle appelait une gestion par à-coup des finances de la ville. Dominique Voynet reprochait à son prédécesseur d’ouvrir les vannes financières à 2 ans des élections municipales, avant de les refermer brutalement pendant les trois années qui suivaient sa réélection. Les élus des minorités et de l’opposition lui font remarquer qu’elle était donc en train de faire la même chose que son prédécesseur. Et la réponse fut cocasse : ça se passe comme cela dans toutes les villes de France !  Avant de s’agacer qu’on lui rappelle que la hausse des impôts locaux décidée l’an dernier avait permis de contribuer à ce désendettement partiel et temporaire.

Quels investissements et pour combien ? Pour boucler le budget 2011, la ville avait prévu d’emprunter 20 millions d’euros. Pour 2012, ce sont 40 millions d’euros qui sont envisagés. Le tout pour financer des investissements à quelle hauteur ? Question que nous avons posée car en ce domaine aussi les chiffres annoncés sont contradictoires : page 1 de la note d’orientations budgétaires, on nous annonce 45 millions d’euros d’investissements prévus pour 2012, mais page 6 de ce même document le chiffre tombe à 43 millions. Or durant la présentation orale faite par le rapporteur du budget, le chiffre annoncé est finalement de 49 millions d’euros. On interroge la maire : quel chiffre faut-il prendre en compte ? Pour simple réponse, une volée de bois « vert » – dont elle est coutumière dès lors que la question l’agace – et une fourchette prévue…entre 43 et 49 millions d’euros !

Le constat c’est que la municipalité entre 2008 et 2011 aura réduit la dette de 21 millions d’euros, pour finalement s’endetter en 2012 de 40 millions d’euros afin de financer entre 43 et 49 millions d’euros. Les Montreuillois vont peiner à comprendre où sont passés les 5 millions d’euros supplémentaires qu’ils payent désormais chaque année depuis la hausse des impôts locaux décidée en 2010 !

Enfin, la présentation des orientations budgétaires 2012 fait état de projets dont nous avons déjà eu l’occasion de débattre :

  • Certains interrogent sur leur contenu et les orientations politiques qui leur sont données (Logement, Jeunesse, Culture…)
  • d’autres posent la question de la capacité – inexistante ! – de la municipalité à dialoguer avec les habitants pour élaborer et faire partager les projets (école de l’avenue de la Résistance, PRUS de La Noue, Hauts-de-Montreuil, politique municipale en faveur des populations Roms…)
  • et d’autres enfin nous semblent en décalage avec les besoins urgents des Montreuillois (coût exorbitant d’un Parc aquatique écologique de plein air dont il est encore temps de considérer qu’il ne peut être une priorité en cette période de crise).

Ce débat d’orientations budgétaires, une fois encore, n’aura pas permis de faire apparaître les vraies priorités de la municipalité. La majorité a en effet l’art de mettre sur un même plan d’importance l’organisation de colloques ou de moments festifs avec des actions de politiques structurelles ou des investissements pour la création d’équipements publics.

Nous ne pouvons donc qu’attendre l’examen du budget 2012, à la mi-décembre, mais nous redoutons qu’une fois de plus les choix qui seront faits demeurent pour la plupart à mille lieues des besoins urgents des Montreuillois.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *