Le débat sur l’Union de la Gauche… un débat utile à la démocratie

Par ordre alphabétique, pour ne pas choquer les revendiqués leaders…

Il est encore un espoir qui tient en haleine les soutiens et les électeurs de la « gauche de la gauche » – pour reprendre un approximatif politique en mode -, celui de la réussite d’une « fusion » des candidats la représentant derrière un seul (l’autre devant s’effacer) et il s’agit en toute logique derrière Benoît Hamon ou derrière Jean-Luc Mélenchon puisque ce n’est pas faire injure à Yannick Jadot de noter qu’il n’est pas de taille électorale. D’ailleurs les adhérents de son propre parti viennent de lui demander de s’approcher du candidat issu de la primaire de la Belle Alliance Populaire.

Connaissant – depuis si longtemps – un assez grand nombre de militants ou électeurs sincères de ces courants politiques qui sont dans cette expectative je comprends leur souhait et crains qu’ils ne soient – une nouvelle fois – gravement déçus. Ils sont sincères, honnêtes, loin des jeux politiciens et pour la plupart de ceux que je croise ou lis régulièrement, ont mené durant de longues années – et mènent encore – des combats politiques, syndicaux, humanistes, qui les honorent. Malgré quelques fourvoiements. Certains sont au quotidien proche des plus démunis, ils peuvent en redonner de beaucoup à bien d’autres militants en termes de solidarité. Dont moi-même, du moins sous les formes qu’ils privilégient.

La situation actuelle est terrible pour eux car elle peut apparaître enthousiasmante pour leurs idées. En effet, si l’on s’appuie sur les sondages actuels (qui se révèleront loin de la réalité dans quelques semaines et même s’ils les dénoncent souvent, mais peu importe) rarement ces militants et électeurs n’ont été en droit de penser si fort à une victoire possible de leurs idées. Personnellement, je crois qu’ils sont les dupes de leurs illusions et d’une situation trompeuse : la somme arithmétique sondagière de Benoît Hamon + Yannick Jadot + Jean-Luc Mélenchon peut certes laisser penser à une présence au second tour, donc à une victoire finale, mais personnellement, même dans ce cas de figure, je ne le crois pas car 1+1+1 ne font pas 3 en l’espèce.

Mais surtout, cette sorte de nouvelle Union de la Gauche ne me semble pas possible sur le fond. Tout d’abord pour une mauvaise raison. On lit en effet que le frein majeur serait le « tempérament » de Jean-Luc Mélenchon. Certes, il n’en manque pas… Mais, alors que je n’hésite jamais à écrire combien ses propos me semblent d’un ton souvent outrancier – un peu joueur aussi, ce qui n’est pas pour me déplaire -, il ne m’est jamais venu à l’esprit que le candidat de La France insoumise n’ait pas une ligne politique claire, assumée et qu’il la défende sincèrement. Depuis des années il s’est investi pour lui donner le plus grand rayonnement, avec un relatif succès. L’argument « anti-personnel » est donc court, insuffisant, pour tout dire inopérant.

La question de l’Union ne tient pas principalement aux hommes, elle est de nature politique. D’ailleurs je note que l’historien du communisme Roger Martelli – certes par ailleurs militant, mais ce n’est pas ce qui me semble le plus important dans ce qui suit – invite dans un article du 15 février intitulé « Le rassemblement, pas l’enlisement »  à un regard pour le coup historique et distancié des émotions sur la situation présente. Lisons-le un instant : « (…) Tous ensemble ! Tous ensemble ! Alors rassemblons-nous. Rassemblons-nous comme nouilles dans un paquet. J’évoque, bien sûr, ceux qui appellent au rassemblement de la gauche, sans l’avoir définie, la gauche qui, par temps qui court, usurpant l’AOP, se trouve tout aussi bien à œuvrer, certainement par inadvertance, à droite. Se rassembler n’est pas un but en soi, sinon se rassembler sur un contenu politique, une perspective, qu’il n’y ait pas tromperie sur la marchandise et que je ne flaire pas le coup du Bourget. Vous avez compris ; je ne suis pas pour le rassemblement à tout prix. Je n’irai pas me rassembler sur n’importe quoi et sur n’importe qui. Je n’irai pas rejoindre le dernier camelot apparu parce qu’il présente bien, qu’il a du bagout, qu’il picore dans tous les programmes , qu’il fait référence, sans rien y connaître d’ailleurs, à Mouffe, Rabhi, Podemos, … qu’il mentionne pour ratisser large et prendre dans ses rets les gogos. (…) J’ai lu, ces jours derniers, dans certaines proses, que si l’alliance France insoumise, EELV, B. Hamon ne se faisait pas, ce serait un échec historique. Rien que ça ! Comme s’il n’était pas de grande irresponsabilité historique de vouloir copuler à tout prix et sans préservatif. (…) Ce dont la gauche et la démocratie française ont besoin, c’est d’un débat sur le fond de ces questions. Les tractations programmatiques et les ententes électorales ne devraient venir qu’en conclusion d’une entente durable sur les finalités, les étapes et les méthodes. À ce jour, les militants socialistes ont fait un pas en avant formidable. Mais le candidat qu’ils se sont choisis reste dans un entre-deux prudent. S’il va au-delà, s’il choisit le parti pris de rupture et en tire toutes les conséquences, y compris législatives, alors tout est possible. S’il ne le fait pas, le rassemblement de la gauche est un nouveau miroir aux alouettes. (…) Et il en est du rassemblement de la gauche comme de celui du peuple : il se construit et ne se décrète pas. Se fixer l’horizon concret du rassemblement le plus large est un impératif. Mais il ne sert à rien de laisser entendre que son impossibilité immédiate ne relève que de la responsabilité des ego, du sectarisme ou des égoïsmes partisans. En fait, à tout moment, on est tenu de dire en même temps qu’il faut rassembler et quelle est la logique profonde qui devrait régir ce rassemblement : esprit d’accommodement et d’adaptation à l’existant ou esprit de rupture et d’alternative ? Le choix des militants socialistes est prometteur pour la perspective d’une gauche combattive rassemblée ; mais la promesse n’est pas l’effectivité. À ce jour, aucune des raisons qui ont plaidé pour le choix d’une candidature de Jean-Luc Mélenchon n’apparaît comme obsolète. À ce jour, aucune des raisons qui laissent penser que le PS n’a pas pleinement tiré les conséquences de près de quatre décennie d’exercice du pouvoir n’est invalidée pleinement par la candidature Hamon. Une gauche qui gagne est une gauche de rupture, appuyée sur un Président acquis à cette rupture, avec une majorité décidée à la porter sans hésiter. Quand le Front national est à l’affût, quand les ultimes digues sont à deux doigts de tomber, toute autre hypothèse serait irresponsable. »

Je ne lis pas ces lignes comme un propos radical, mais plutôt comme celui d’un observateur/acteur éclairé. Il me semble dire l’essentiel… à savoir qu’il ne faut espérer le vrai changement qu’avec des élus le portant vraiment.

Au risque de surprendre, je soutiens réellement cette façon de penser. Réellement, et certains de mes amis proches savent que je n’ai jamais changé d’opinion sur ce point. Pourquoi ? Pour une raison simple qui tient au débat d’idées, à la démocratie. En effet, que cette partie historique, légitime, encore puissante d’environ 15 % des électeurs peut-être, veuille tout faire pour accéder – enfin ! – au pouvoir sans compromission, me semble juste. Je ne partage en rien cette idéologie, c’est le moins que je puisse dire, mais je la respecte… surtout quand les espoirs qui se tournent vers elle viennent de personnes éloignées des vices politiciens, ce dont pourtant elle n’est pas toujours exempte.

Je la défends d’autant plus que les idées que je défends, celles de la social-démocratie (ou du social libéralisme, le lieu n’est pas d’en débattre ici), n’ont jamais pu – elles non plus ! – présider réellement aux destinées du pays. Or, de mon point de vue, pour l’avenir de la France et un meilleur bien-être des Français, je suis profondément persuadé que cette voie mérite d’être explorée sans frein. Sans enlisement, dirait Roger Martelli.

Parmi les candidats actuels, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sont parfaitement clairs sur leurs positions. Benoît Hamon est un héritier et des pratiques du Parti socialiste, et de l’équilibre nécessaire consécutif de la primaire de la Belle Alliance Populaire. Il reste donc, par nature et obligation, un porteur des assemblages anciens qui ont fait faillite. François Fillon n’est pas plus clair car il se croit obligé, pour sauver une situation désespérée pour son camp qu’il a lui-même provoqué, d’un rapprochement, par attouchements dangereux successifs, avec les idées de Marine Le Pen. Contraire – jusqu’à Nicolas Sarkozy – aux traditions républicaines de son parti et gravissime pour le candidat du parti qui a osé prendre nom Les Républicains !

Marine Le Pen, naturellement, est sans compromis et si je la cite en dernier, c’est qu’elle et son parti sont pour moi les Indignes de la République. Je mesure avec tristesse et révolte le mouvement des trop nombreux électeurs désespérés par les faillites politiques qui ont marqué nos trente dernières années et qui imaginent, à cet instant encore, la soutenir pour sortir des situations dramatiques où ils se trouvent, où leurs régions et villes se trouvent. Mais on ne peut que les écouter – il le faut absolument – leur parler, et leur dire qu’ils se trompent et que ce parti fasciste – il le demeure – leur ment et les trompe.

En vérité le vrai sens du débat – même s’il est à la peine – de l’union Hamon-Jadot-Mélenchon éclaire bien au-delà des simples acteurs en joute : il oblige à une clarté des visions et des programmes politiques. Et il n’y a rien de plus souhaitable.

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