Fleur Pellerin, prix Nobel de littérature et logiciels culturels : 1/ Fleur Pellerin et Patrick Modiano

Depuis son entrée au gouvernement, Fleur Pellerin a placé les livres au second plan. Faut-il s'en étonner, s'en offusquer ? © photo SIPA Presse
Depuis son entrée au gouvernement, Fleur Pellerin dit avoir placé les livres au second plan. On peut le regretter, mais faut-il s’en étonner, s’en offusquer ? © photo SIPA Presse

Ainsi, sur une chaîne de télévision, la ministre de la culture n’a pas pu citer un seul titre de roman du récent prix Nobel de littérature Français, Patrick Modiano, qu’elle venait pourtant de recevoir et, on l’imagine, féliciter… Qu’en déduire sérieusement ? Vraiment sérieusement.

1/ Une bourde regrettable. C’est gênant pour elle de se faire ainsi « épinglée » et quelque peu triste pour l’écrivain qui peut, en retour, être amer. À l’évidence elle n’a pas demander une dédicace lors de sa rencontre et donc pas de petit mot sur la page d’ouverture de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier puisque personne ne peut mettre en doute le manque de mémoire de la ministre. Aux nombreuses réactions provoquées Fleur Pellerin découvre que les quartiers culturels sont nombreux, aux rues très tortueuses et pavées d’intentions qui ne sont pas toujours les meilleures et les plus raisonnées. Toujours est-il que sur ces sentiers elle se retrouve désormais sur la même ligne que Nicolas Sarkozy et son appréciation de La Princesse de Clèves ou que Frédéric Lefebvre, alors secrétaire d’État au commerce, et sa sortie mémorable de Zadig & Voltaire. Blessée d’une flèche que certains vont remuer régulièrement pour entretenir la plaie.

2/ Une franchise courageuse. Fleur Pellerin a avoué sa méconnaissance sans esquive : « Je n’ai pas lu de livres depuis deux ans ». Un chargé de communication attentif et professionnel aurait dû lui éviter ce « mea culpa » par une petite note proposant quelques titres de Patrick Modiano… une anticipation aisée et nécessaire avant tout plateau de radio ou de télévision lorsque l’on a compris que politique et communication vont de pair. Mais doit-on s’en offusquer ? Est-ce si anormal de ne pas lire lorsque l’on est en charge de lourdes responsabilité et d’une somme importante de travail ? Une anecdote : il y a plusieurs années, lors d’un plateau repas tardif venant soulager une relecture d’un document épais lors d’un soir avancé avec le premier dirigeant d’une entreprise comptant plusieurs dizaines de milliers de salariés, nous en sommes venus à disserter entre le fromage et la poire… de vraie littérature. Qu’il appréciait, connaissait… mais principalement dans ses souvenirs d’étudiant polytechnicien qu’il avait été brillamment. Mais c’était du lointain passé : « depuis plusieurs années, je n’ai plus le temps de lire. C’est la même chose pour le cinéma dont j’étais assidu et maintenant je ne vais voir que les dessins animés avec mes enfants ». Ajoutant cette phrase qui m’avait paru terrible : « Je me rattraperai à la retraite ». Ne nous croisant pas pour la première fois, je m’étais permis de lui dire combien cela me semblait regrettable, non seulement pour son plaisir personnel, mais aussi pour son rôle de dirigeant. En effet, je reste aujourd’hui plus que jamais persuadé que les écrits romanesque, poétiques ou la musique relèvent de cette magie de l’existence dont parle Woody Allen dans son « Magic in the moonlight » actuellement sur les écrans. S’en priver c’est non seulement s’amputer mais restreindre son champ de vision du monde et des hommes. C’est réduire sa capacité de perception et celle de création. J’imagine facilement l’emploi du temps d’une ministre de la Culture et la difficulté d’y trouver des cases pour des espaces de lecture paisible, des plages d’émotion au cinéma, au théâtre ou au cirque… mais ils sont à ce poste plus irremplaçables encore. Cette sorte de sacrifice est une mauvaise habitude.

3/ Une cabale exagérée. Plus généralement, comme certains l’affirment rapidement depuis cette histoire enflée par les médias comme l’époque Internet l’impose, doit-on lire Modiano et connaître les titres de quelques-uns de ses romans… et pourquoi pas tous ? Posée ainsi la question montre son ridicule. Parmi les 607 romans édités en cette rentrée littéraire 2014 qui peut oser prétendre les connaître tous et en mémoriser ne serait-ce que quelques dizaines ? Personne. On peut même assurer sans trop de risque que concernant les titres et les auteurs, même chez les grands lecteurs et probablement jusque chez les professionnels de l’édition, un Quizz révélerait à l’évidence de nombreux manques chez les plus beaux esprits.

Fleur Pellerin a donc trébuché là où nous serions nombreux à glisser. En premier lieu en termes de communication… ce qui ne devrait pas être si grave si elle ne devenait malheureusement prédominante, en second lieu en termes politique comme ministre de la Culture car elle devrait a minima pouvoir dire ce qu’elle lit – ou au moins a lu durant ses vacances – et ce qu’elle voit ou écoute en spectacle vivant puisque on ne saurait trop lui conseiller de se faire sa propre opinion dans les salles où bouillonne la création française dont les logiciels de production et de diffusion méritent à être regardés de près. Mais de cela nous parlerons prochainement.

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