Le croisé des causes barbares

Un assassin parmi nous

Il n’est pas fou, la police le dit. Aux médecins de le confirmer. Anders Breivik, norvégien à l’apparence « de bonne famille », serait donc « comme nous »… C’est pourquoi, bien que ce blog ne soit pas destiné à produire des articles sur la politique nationale ou internationale, aujourd’hui sera parmi les exceptions. En effet comment ne pas évoquer ces gestes de tueur répétés durant une heure et demie pour choisir, viser et tuer méthodiquement. Car l’application de ce programme barbare d’élimination massive nous interroge tous. Celui qui désormais a atteint son but « je serai perçu comme le plus grand monstre (nazi) jamais connu depuis la seconde guerre mondiale » voulait, selon son avocat : « changer la société, ce qui, selon lui, nécessitait de faire la révolution. »Par ce passage à l’acte Anders Breivik a donc accompli le destin qu’il s’était promis sur son journal de bord rédigé sur plusieurs années « 2083 – A European Declaration of Independance » : « contourner la censure des medias marxistes et multiculturel. » C’est donc en toute logique qu’il a ouvert le feu sur des jeunes travaillistes rassemblés et posé une bombe dans le quartier du gouvernement lui-aussi travailliste. Le geste est logique de la part d’un individu qui, toujours selon son avocat : « était engagé politiquement et s’est rendu compte qu’il ne parvenait pas à ses fins avec les instruments politiques traditionnels. Il a donc eu recours à la violence. » D’ailleurs l’assassin a reconnu l’attentat d’Oslo et le massacre de l’île d’Utoya, mais nie toute responsabilité criminelle. Il considère donc qu’il a agi politiquement. Pour une cause qu’il veut déclarer au monde. Libération a ce juste titre : « La confession d’un croisé ». C’est bien d’un croisé qu’il s’agit. D’un croisé fasciste de toute évidence puisque le Parti du progrès, formation populiste anti-immigrés qui a récolté plus de 20 % des voix aux législatives de 2005 et 2009, n’était pas assez à droite pour lui. Il se décrit par ailleurs comme un conservateur chrétien. Me revient ce propos de Jean Daniel dans la préface « en moi-même je vois tout le passé grandir » qu’il a écrite pour ses « Œuvres autobiographiques » : « En vérité je n’ai cessé de voir renaître sous la forme de convulsions ou de survivances les événements et les problèmes qui avaient tissé les liens de mon parcours : les génocides et leurs enseignements, le totalitarisme et ses visages multiples ; la force irrésistible des flux migratoires. Et puis l’Algérie et l’islam, et toujours Israël et le judaïsme ; l’euphorie des retours aux sources et les illusions des identités meurtrières. La disparition enfin des idéologies religieuses et l’émergence de religions idéologiques. Le tout pendant que revient du Proche-Orient un vent mauvais d’antisémitisme. »

73 personnes sont mortes sous le feu d’un croyant illuminé fier d’accomplir sa mission « d’église », qu’elle soit religieuse ou laïque. Ou les deux. Tous ceux qui sont en charge de ministères, religieux ou laïcs une nouvelle fois, sont placés face à l’inéluctable réalité. Flatter ou laisser aller par démagogie ou faiblesse tout propos extrême n’est pas sans conséquence. Dont les plus graves, comme à Oslo.

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