Pluton et Tsípras

 

Pluton Tsipras15.05.19J’aime bien le grec… mais je ne le parle pas. Je trouve Aléxis Tsípras plutôt sympathique, mais j’ai du mal à le comprendre. À le suivre.

Après des décennies de faillite politique où des clans et des familles ont joué du clientélisme, de la corruption sous couvert aussi bien d’étendard de partis politiques de droite comme de gauche, Syriza a levé un espoir populaire pour tous ceux exclus de ces jeux malsains responsables de la naissance d’une crise financière sans précédent et de plans d’austérité dévastateurs et à courte vue.

Avec sa victoire démocratique, sur la base d’un programme selon moi assez peu réaliste et plus gros de mots/slogans que d’analyse réelle et précise avec des moyens de transformation de la société, Syriza ouvrait néanmoins une brèche dans la pensée libérale qui tourne en rond et broie les citoyens. Grecs et autres.

Aussi, dans ce débat éternel où se croisent la volonté politique – essentielle – et la réalité incontournable de l’économie – mondialisée par ailleurs – la Grèce méritait une attention suivie. Et bienveillante, car son premier ministre ne pouvait tout faire en quelques mois et n’était en rien responsable du passé.

Puis les enchaînements contradictoires ont rapidement suivi, avec ajoutons-le un fantasque ministre des finances qui a prouvé une nouvelle fois qu’une brochette de diplômes – fussent-ils les plus prestigieux – n’empêchaient pas le dogmatisme et une étroitesse d’esprit alors que ces lauriers devraient être gages d’une pensée d’ouverture. Comme quoi les tempéraments personnels ont un rôle important en politique.

Aléxis Tsípras et ses amis – dans une coalition fragile mêlant certains contraires – a durant plusieurs semaines, au niveau national et européen, entamé une danse verbale qui fait obligatoirement penser aux assemblées générales étudiantes où les leaders se répartissent les partitions, qui peuvent être contradictoires et même antagoniques, et la jouent parfaitement dans un timing qui provoque un suspens digne des meilleurs séries télévisées. Un sirtaki de plus en plus endiablé propre à faire tourner les têtes les plus solides.

La politique, et ses enjeux et jeux où les Grecs n’ont historiquement rien à apprendre de personne, s’est imposée.

Puis le sol a tremblé sous les pieds des danseurs, et la réalité économique les a déstabilisé. La Grèce, qui malgré Syriza, n’avait rien demandé comme impôts aux armateurs et à l’église orthodoxe en contradiction avec un programme électoral qui le promettait, avançait vers la faillite. Pour en sortir, Aléxis Tsípras a sorti la carte du référendum – acte démocratique bien qu’en l’espèce quelque peu précipité – pour en « sortir ». Pour gagner en légitimité ? Il l’avait sans lui. Pour éclaircir le débat et refuser « le plan d’austérité » proposé par l’Europe ? La question posée et surtout la réponse donnée jouèrent dans le clair/obscur : non à l’austérité et oui au maintien dans l’Europe et dans la zone euro. Une nouvelle injonction paradoxale…

L’avantage de ce flou a toutefois permis au premier ministre grec… de signer au final pour « le maintien dans la zone euro »… mais avec l’obligation d’un contrat à long terme sur une obligation de réformes profondes et, en vérité, une nécessaire création d’un véritable État moderne.

Avec à la clef, des financements de solidarité européenne, à court, moyen et long termes tournés vers l’investissement. Le désastre était évité pour les grecs, mais les difficultés continuaient.

On pouvait dire qu’à ce moment, Aléxis Tsípras avait pleinement gagné sa stature d’homme d’État et qu’il avait assumé une position qui n’était pas pleinement sienne. Comme d’ailleurs la plupart des pays européens, hormis la France – constante sur cette ligne politique ferme et maîtrisée bien que discrète – qui a joué un rôle prépondérant grâce au président François Hollande pivot clé pour un accord de vue Franco-Allemand base indispensable à l’unanimité qui a suivi.

Après quelques moments de tournis, je trouvai alors que j’avais eu raison de trouver Aléxis Tsípras plutôt responsable malgré ses probables obligations d’équilibriste virtuose pour rester maître de sa majorité.

Mais le doute me reprend. Sa déclaration de ce matin « J’ai signé un accord auquel je ne crois pas » me semble stupéfiante et pour le moins d’une invraisemblable maladresse. Plus précisément, Aléxis Tsípras ne croit pas en quoi ? À la capacité de sa majorité, de son parlement de le suivre ? Aux autres parlements européens d’accepter aussi ? Dans ce cas, sa déclaration ne peut que renforcer les opposants. À quoi bon avoir signé alors ? Ne croira-t-il pas aux premiers versements indispensables pour redonner des liquidités aux banques grecques, donc aux grecs qui font la queue quotidiennement devant des guichets vides ? Le propos est, à ce niveau, incompréhensible.

Avec Syriza, nous avons eu le programme Zorro du justicier sympathique… à la lame vite ébréchée gesticulant dans le vide. Puis vint la danse de Zorba – Zorba le libre – qui préfère boire et chanter plutôt que de construire (un téléphérique dans le film (1964) de Michael Cacoyannis)… On est maintenant avec Pluton, dieu grec et romain. Pluton, le dieu de la richesse, le plus souvent nommé en Grèce Hadès « celui qui est invisible » ou « qui rend invisible ». Il est aussi le dieu des Enfers. Difficile à saisir et aux deux prodigalités particulièrement contraires.

Pluton, justement, saisie dans son espace et dont l’image nous parvient ce jour bien éloignée des tourments de la Terre. Qu’ Aléxis Tsípras et les Grecs, dont le pays fut le berceau de notre civilisation et planète majeure de notre démocratie veillent à leur avenir avec responsabilité ! Sinon, comme l’astre froid que nous découvrons, leur pays deviendra une planète naine.

 

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