Retour sur deux tours de cantonales. Quel avenir pour la gauche à Montreuil ?

J’ai attendu les résultats du second tour avant de publier mon impression sur les élections cantonales. Ce texte peut paraître, pour partie, loin des préoccupations quotidiennes des Montreuillois, car il évoque, par un petit retour en arrière jusqu’aux élections municipales de 2008, des épisodes qui ne sont pas le meilleur de la politique… et qui aboutissent justement à l’enseignement principal des deux tours : cette abstention considérable qui est le signe d’une non moins importante défiance des électeurs vis-à-vis de la politique et des élus.

Pourtant, c’est bien de la vraie politique dont je veux parler : celle qui permet de répondre aux besoins d’éducation, de logement, de culture et d’aide à tous ceux – de plus en plus nombreux – qui souffrent d’une crise économique et sociale sans précédent.

Je le fais en tant qu’élu RSM, socialiste de cœur, ayant souhaité, voulu et permis – avec tant d’autres ! – le renouvèlement d’une politique locale de gauche qui s’était endormie et faisait piétiner Montreuil. Et cela, sans toutefois vouloir « faire table rase du passé ». Je l’ai voulu en partenariat avec une composante politique nouvelle qui m’apparaît importante : l’écologie politique. Malheureusement, j’ai du me résoudre à constater que ce nouveau Montreuil de la diversité ne passait pas, dans l’esprit de Dominique Voynet, par une union politique responsable et respectueuse.Aujourd’hui, deux tours d’une élection au contexte local très particulier démontrent que la gauche, toute la gauche, doit se ressaisir. Au risque de perdre ses électeurs qui croient en elle.

Et je continue de penser que le Parti socialiste est en mesure de jouer un rôle important pour y parvenir.

Inutile de préciser – bien que… – que ces propos, comme tous ceux de ce blog, n’engagent que son auteur.

Les faits bruts des résultats du Canton Ouest de Montreuil

Le 20 mars, abstention : 65,22 %. Premier tour EELV (Europe Ecologie Les Verts) : 21,7 % ; PCF : 19,8 % soit 19 voix devant le PS à 19,5 %.

Une nouvelle fois, la droite absente du second tour et une gauche à  plus de 75 % au premier tour. Le parti de Sarkozy, pourtant masqué du faux nez Nouveau Centre, affiche moins de 10 %. Le score du Front national, important et inquiétant, atteint 11,2 %. Il démontre l’importance nationale qu’ont voulu donner de nombreux électeurs à cette élection. En effet, comme en de nombreux endroits, le candidat du Front national n’habitait ni le canton (ce n’est pas obligatoire et il n’était pas le seul, ce que l’on peut regretter !), ni la ville (pour ce qui nous concerne, un jeune candidat venu d’Aubervilliers et n’ayant absolument pas fait campagne). Ce n’est pas l’action « de proximité » du département (collèges, résidences pour personnes âgées, politique sociale, etc.) qui a été ici jugée. De la même manière on peut penser que l’accident nucléaire de Fukushima au Japon n’a pas été sans conséquence positive concernant la mobilisation de l’électorat écologiste. Je n’écris pas qu’il s’agit d’une sorte de « détournement » de voix, je pense simplement que comme beaucoup d’élections, elles motivent les électeurs à divers titres. Et quand l’abstention est à un tel niveau le sens premier de l’élection peut être perdu. On sait que les « grands » partis à vocation de gouvernement sont les premiers touchés, en l’occurrence le PS et l’UMP.

Second tour Le 27 mars : abstentions en hausse 66,61 %. Le PCF obtient 51,88 % et EELV  48,12 %. Les blancs et nuls atteignant le score non négligeable de 3,23 %.

On note donc que la candidature au premier tour d’EELV contre le candidat sortant PS (alors que le département de la Seine-Saint-Denis comptait une très grande majorité de candidatures communes conformément à un accord départemental soutenu par les deux partis)… a abouti à l’élimination des deux candidats.

Erreurs de perspective et confirmations

Cette élection est significative car elle démontre, une nouvelle fois, l’existence de trois forces de gauche importantes sur la ville. On peut dire, concernant le premier tour, « à touche-touche », même s’il faut pondérer le propos puisqu’EELV, trouve sur le canton Ouest son terrain de prédilection. Il lui faudra d’autant plus s’interroger sur le fait que, malgré le soutien du PS, elle en soit à perdre lors du second tour ! D’autant que, chacun le sait, que les trois forces EELV, PCF et PS n’arrivent pas dans le même ordre lors des élections qui concernent toute la ville.

Cette élection confirme donc que la majorité municipale désormais uniquement verte, EELV et ses « membres de la société civile » dont le nombre se réduit régulièrement, est largement minoritaire sur la ville… au bout de trois ans seulement.

Nous ne vivons donc pas une émulation « positive » entre les gauches au bénéfice du quotidien des Montreuillois, mais plutôt une sorte d’allers et retours, certes démocratiques, mais sans d’importantes avancées au bénéfice de la population. C’est pourquoi le temps doit venir où ce « joyeux »… débat démocratique accouche d’une stabilité plus grande répondant aux véritables attentes d’un électorat – encore quelque peu patient – mais qui attend qu’on s’occupe vraiment de lui.

Une recomposition de la gauche montreuilloise encore en cours

Une vision panoramique de quelques années sur l’importance des trois forces politiques majeures de Montreuil est instructive pour lire les résultats d’aujourd’hui et se projeter vers l’avenir.

Contrairement à ce qui se passe en France, l’ancrage d’EELV, même dans un favorable bas-Montreuil, n’existe pas. La gestion municipale qu’il assure désormais seul n’y change rien alors que ce devrait être un atout. Au contraire probablement.

Le PCF, dans un contexte d’usure nationale et de rejet local d’un candidat député-maire durant des décennies et surtout enfermé dans des certitudes et des méthodes du passé, a du céder sa première place tout en restant une force importante, notamment au sein du récent Front de Gauche qui pour partie s’y substitue renforcé (à quelle mesure ?) par le Parti de Gauche. Le PCF n’a pu échapper, à Montreuil comme ailleurs, à son éclatement avec la naissance de la FASE.

Le PS, aux deux dernières élections législatives et à la précédente élection cantonale du bas-Montreuil, a montré sa très forte progression et sa capacité à être une force leader. Malgré son échec du dimanche 20 mars, il le demeure.

Pourtant, il y a eu l’espoir de l’élection municipale de 2008

Il fallait du neuf, il fallait changer d’air. Il fallait replacer la vie des Montreuillois au centre de l’action municipale. La liste « Montreuil Vraiment », construite en partenariat équilibré (à peu près…), entre EELV (Les Verts à l’époque), des militants du PS (exclus pour cette prise de position… qui allait pourtant, quelques courts mois plus tard, devenir la ligne politique officielle du PS pour les régionales de 2010, les cantonales de 2011 et la présidentielle de 2012 !) et des membres de la société civile, a soulevé un immense espoir. D’ailleurs, elle a remporté une victoire nette. Une victoire d’union puisqu’aucun de ses partenaires n’aurait pu l’emporter seul.

Mais est arrivé le temps de la désillusion et de l’échec

Las ! La proclamation affichée « Faire de la politique autrement » pour gérer Montreuil de manière responsable et répondre aux besoins d’un électorat frappé de plein fouet par la crise ne dure pas. Les promesses imprimées dans le programme de 2008 ne sont pas tenues. Notamment la première d’entre elles : le refus d’augmenter les impôts. La composante socialiste, qui a créé son association RSM (Renouveau Socialiste Montreuillois) et qui veut assumer ses engagements est minoritaire au sein du Bureau municipal. Dominique Voynet, qui en a le droit mais pouvait agir autrement, décide alors de retirer tous les mandats d’adjoints à ses partenaires de la majorité qui ne suivent pas cette augmentation. Un acte, parmi d’autres, qui révèle une grande difficulté – est-ce une volonté ancienne nourrie d’une affirmation difficile dans son propre parti ? – à agir avec des partenaires ne pensant pas à 100 % comme elle.

Des combats locaux douteux qui rendent la situation illisible et surtout insensée

Le quotidien Le Monde daté du 25 mars 2011 a ce titre : « Cantonales : western à gauche en Seine-Saint-Denis » évoquant un genre cinématographique marqué notamment par le film mythique de Sergio Leone « Le bon, la brute et le truand ». La politique, avec ceux qui prétendent l’incarner, en serait-elle arrivée là ? A gauche qui plus est et à Montreuil !

Il y a eu ces dernières années des combats significatifs de la prédominance de vieilles pratiques d’appareils politiques pourtant en besoin pressant de rénovation. La persistance d’ego personnels qui sont légions dans le monde politique et, malheureusement, croissants dans notre société rongée par l’individualisme et en perte de sens n’a pu que développer le sentiment de défiance.

Chez EELV, les juxtapositions de courants – nombreux – et d’idées si différentes sur tant de sujets transpirent régulièrement dans la presse car leurs leaders nationaux ont une voix forte et disons… originale. A Montreuil, des leaders Verts historiques du parti des Verts n’ont pas de mots assez forts contre les « socialos » (lire socialistes, exclus ou non). La vérité est que beaucoup dans la majorité municipale n’ont jamais accepté de voir la première adjointe, Mouna Viprey, être de pensée socialiste et le revendiquer.

L’ancien « bloc communiste » local s’est largement fissuré. Le député n’en est plus vraiment (seulement apparenté PCF à l’Assemblée nationale)… mais soutient toujours ses candidats locaux et s’en rêve encore toujours le leader incontesté. Au conseil municipal, ses anciens camarades sont divisés en plusieurs bataillons : FASE, Rassemblement de la gauche citoyenne… et PCF. La désunion est patente… dans l’attente de reconstructions futures où chacun espère avoir le rôle de bâtisseur en chef.

Le Parti socialiste,  au titre peut-être d’expert aux jeux des figures libres, n’est pas en reste. Les décisions des dernières semaines de sa section locale en sont un résumé éclairant : aucun appel officiel à voter pour son candidat Manuel Martinez, aucune participation de ses – malheureusement trop rares – adhérents à la campagne, mais un affichage ostentatoire de certains militants connus à voter contre lui. Et cela alors que le Président du conseil général, Claude Bartolone, est venu quatre fois le soutenir. En revanche, un appel officiel à soutenir EELV pour le second tour, venant de ceux qui, aux municipales, avaient fait alliance avec Jean-Pierre Brard soutenant le candidat PCF. Comprenne qui pourra ?

N’étant toujours pas réintégrés dans leur Parti (à la différence des amis de Georges Frêche et comme tant d’autres montreuillois qui frappent à la porte de la section locale étonnamment fermée comme si la direction craignait à s’ouvrir pour un plus grand rayonnement des idées socialistes sur la ville !), les élus RSM et ceux du PS « canal historique » ne forment d’ailleurs pas un groupe commun alors que leurs votes au conseil municipal le sont très majoritairement.

Les Français croient en la politique et attendent beaucoup d’elle. A Montreuil aussi.

A Montreuil, la gauche reste très largement majoritaire. Pour l’instant. Mais il ne faudrait pas qu’elle fasse les mauvais combats de trop. Contrairement au journal Le Monde, je n’aime pas reprendre l’image du « western politique ». Je crains qu’elle soit relayée par les ténors du populisme nauséeux. Il n’est pas dit que la droite, y compris la plus dure, ce n’est pas la première fois que le Front national fait quelques percées électorales significatives sur la ville, soit systématiquement à ce point faible et absente des seconds tours.

En tant qu’élu RSM et résolument de pensée socialiste, et plus encore en tant que montreuillois attaché à sa ville et certain de son extraordinaire potentiel humain et géographique, je continue de voir en cette période la possibilité réelle d’une gestion de gauche responsable, proche des citoyens, ouverte aux autres, novatrice et ambitieuse.

Je crains que la nature de notre maire, Dominique Voynet, lui soit souvent mauvaise conseillère et que, sur bien des points, ses conseillers soient de bien mauvaise nature. J’ai constaté – et regretté – que l’actuelle majorité municipale continue d’exercer la politique « à l’ancienne », celle où l’ennemi reste d’abord le partenaire.

Je constate que le député apparenté communiste veut « sa revanche ». Sans doute la défaite a-t-elle été lourde de signification et ses interrogations personnelles nombreuses. Mais les Montreuillois n’ont pas à attendre d’hommes ou de femmes providentielles. Il ne s’agit de sauver aucun soldat, même méritant en certaines périodes !

Je ne doute pas que le Parti socialiste saura réunir très bientôt tous ses militants et élus pour mettre fin à cette situation absurde où le provisoire dure depuis trop longtemps. C’est la base essentielle à son développement et à un rayonnement qu’il peut légitimement espérer.

Seule demeure la question centrale pour le futur des prochaines échéances électorales, présidentielle, législative et municipale : peut-on à gauche, à l’heure où tous les partis – sans exception ! – sont en réflexion sur leur propre pratique, gouverner en partenariats positifs ? Il le faut. Mais pour cela il faut accepter les différences, être capable de réaliser les compromis de bonne intelligence et faire passer l’intérêt collectif avant la carrière personnelle. Et s’engager sur un programme clair, responsable et suffisamment débattu en amont pour être tenu.

L’échec de la promesse de 2008 peut être dépassé. Les Montreuillois l’attendent et nombre de ceux, qui ont déjà sincèrement fait preuve de leur engagement et de leur investissement pour la cité, y sont prêts.

Lors des premiers tours, les partis de gauche continueront, sur leur programme et leurs différences, de se « compter » dans les urnes. Légitimement et démocratiquement.

J’espère évidemment, en tant qu’élu RSM, que le Parti socialiste et ses candidats seront en capacité de démontrer clairement leurs valeurs et de recueillir le plus grand nombre de votes de Montreuillois.

Si l’on veut, par exemple et a-minima, pouvoir retrouver la confiance des électeurs qui s’abstiennent face à tant de confusions. Et si l’on veut vraiment agir pour améliorer leur quotidien particulièrement détruit en ce moment de crise économique et sociale extrême.

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