Valse folle berlinoise

Comment imaginer un trajet Poitier-Berlin pour un premier ministre en charge d’assurer toutes ses fonctions du jour, c’est-à-dire être présent au Congrès de son parti et répondre à une invitation de l’UEFA ? Devait-il être absent de l’un ou de l’autre ? Ridicule ! © Photo Odd Andersen AFP.
Comment imaginer un trajet Poitier-Berlin autrement qu’en avion  pour un premier ministre en charge d’assurer toutes ses fonctions du jour, c’est-à-dire être présent au Congrès de son parti et répondre à une invitation de l’UEFA ? À moins d’être absent de l’un ou de l’autre ? Ridicule ! © Photo Odd Andersen AFP.

Il se peut que je sois sur la touche, mais il me semble, concernant la présence à Berlin de Manuel Valls pour assister la finale UEFA de la Ligue des Champions FC Barcelone – Juve de Turin, que nombre de voix s’élèvent un peu haut et vite et passent la ligne d’un hors-jeu mal inspiré.

La France organise en 2016 – c’est-à-dire demain – le championnat d’Europe UEFA (masculin). Ce sera un grand moment de fête pour tous les amateurs de football et une belle image pour la France ainsi qu’un moment de retombées économiques non négligeable.

Michel Platini est le patron de l’UEFA, et la finale de Berlin est une grande fête annuelle qu’il préside. Sachant, en bon président qu’il est, que les relations et leur bonne tenue sont indispensables, il a ses invités. Rien de plus normal qu’il invite « la France », son futur hôte pour l’Euro 2016. Par la personne du Premier ministre, elle légitimement représentée. Il y a de plus un clin d’œil de « footeux » pour celui qui, joueur, fut trois fois Ballon d’or avec la « vieille dame » adressé à celui qui, enfant de Barcelone, a toujours et sera toujours un fervent supporter du Barça. Une rencontre pour suivre le choc de leurs équipes préférées : une aubaine.

Quoi de plus logique, quoi de plus normal, quoi de plus « institutionnel » que cette invitation ? Fleur Pellerin n’est-elle pas invitée au Festival d’Avignon en tant que ministre de la Culture ? Le président de la République n’honore-t-il pas la tribune qui attribue le bouclier de Brennus à l’équipe victorieuse du championnat de France de rugby ?

Cette rencontre, consécutive à une invitation en règle et logique, devait-elle se refuser pour un quelconque motif ? Parce qu’elle obligeait à se rendre à Berlin par exemple ? Ou parce qu’aucune équipe française n’y participait ? Évidemment non ! Il se peut aussi que pour certains Manuel Valls devrait ne pas se souvenir qu’il est français et catalan… Qui sait ?

Bien sûr, cette soirée n’était pas strictement de travail… mais pourtant les relations participent aussi du travail. Surtout venant des élus et des représentants de la Nation.

Les sifflements du « stade politique » portent sur deux points particuliers :

  • Manuel Valls a utilisé pour son voyage un jet de la République. C’est vrai. Mais comment ces siffleurs, visiblement en grande forme dans leur exercice pulmonaire favori, imaginent-ils un trajet Poitier-Berlin pour un premier ministre en charge d’assurer toutes ses fonctions du jour, c’est-à-dire être présent au Congrès de son parti et répondre à une invitation de l’UEFA ? Devait-il être absent de l’un ou de l’autre ? Ridicule !
  • Manuel Valls était accompagné de deux de ses enfants. Certes, il ne les avait pas invité au Congrès du PS… Mais était-il si infâmant de les voir, un soir de week-end, être invités avec leur père pour un moment officiel et festif ? Chacun peut avoir son opinion, personnellement je ne le pense pas. Le coût du voyage n’a en rien été « surchargé » par leur présence.

S’il y a un carton rouge à décerner à Manuel Valls et à son équipe de communication notamment, c’est qu’il aurait été préférable que cette invitation – y compris celle de ses enfants – ait été clairement annoncée. Pour un homme qui, jusqu’ici et en ce qu’on en connaît, n’a jamais fait montre de goûts de luxe et n’a jamais fait d’écart avec la « fonction républicaine », il est étonnant et regrettable que n’ait pas été anticipé le climat délétère souhaité par beaucoup de ses opposants (pas tous néanmoins) et faux amis. Nombreux dans les deux cas.

Concédons qu’il reste sérieusement la question posée à propos des enfants invités. Personnellement, je crois qu’il aurait été stupide de les exclure, ou de les obliger à prendre un train ou un vol de ligne. Toutefois, pour que la transparence de comportement des dirigeants soit assurée – et nous devons y être fermement attachés – il n’y a que deux solutions : le dire clairement à chaque fois ou définir pour le futur un cadre précis pour tous les représentants de la Nation et la présence de membres de leurs familles et amis pour tous les voyages officiels.

Cela éviterait d’autres valses berlinoises, feux de joie d’incendiaires de petites ambitions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *