La valse à deux temps (au moins !) de Berlin

Le voyage de Berlin a ouvert un débat utile sur ce que nous devons déléguer et vérifier concernant les "frais de mission" de nos gouvernants.
Le voyage de Berlin a ouvert un débat utile sur ce que nous devons déléguer et vérifier concernant les “frais de mission” de nos gouvernants.

Avec les amis ce qu’il y a de bien, c’est qu’ils vous secouent. Car les vrais amis échangent leurs points de vue franchement. Après ma tribune « Valse folle berlinoise » (daniel-chaize.com le 10 juin), ils n’ont pas hésité. Ceux-là même avec lesquels nous nous trouvons souvent d’accord « sur la politique ». Pour dire vrai, ils m’ont trouvé à côté de mes pompes concernant la présence à Berlin de Manuel Valls. Comme certains lecteurs d’ailleurs auxquels j’ai répondu et je poursuis ici, une dernière fois, le propos publiquement. J’avais bien fait de commencer mon propos par cette phrase : « Il se peut que je sois sur la touche… ».

Incontestablement il y a une ligne qui nous sépare sur l’analyse du voyage… mais qui, je le crois vraiment, au bout du chemin de la réflexion, permet de nous trouver en plein accord sur la conception de la bonne gouvernance, de la responsabilité et de l’éthique de nos responsables, élus et gouvernants fondamentaux indispensables pour éviter le délitement de la société que nous redoutons. Que nous essayons de combattre, ne serait-ce que par les mots.

1 /Ce qui nous divise sur les faits incriminés (hormis la présence de deux des enfants du premier ministre sujet d’une certaine manière évacué par le remboursement des billets).

Personnellement, je considère que ce n’était pas Manuel Valls, mais le Premier ministre de la France, qui était invité. Et à ce titre, puisque les moyens de transport de la République, lui permettait de tenir ses deux obligations du jour, présence au Congrès du PS à Poitiers et celle dans la tribune du stade de Berlin pour la finale des clubs UEFA, je considère utile ce rôle de représentation à la veille de l’accueil de l’Euro 16 par notre pays. Je pense que refuser cette invitation, même si deux jours plus tard, Michel Platini venait à Paris pour une réunion de travail, aurait été une impolitesse sans réelle justification. En aucun moment je n’ai cru utile de justifier ce déplacement par une réunion de travail… qui a peut-être eu lieu…

Mes amis, tout au contraire, considèrent que cette appréciation n’est pas « audible » et que je suis d’une complaisance « naïve ». Ils n’osent pas dire par amitié suspecte, mais me connaissant, ils ne comprennent pas que j’accepte ce qu’ils définissent en fait comme un plaisir / loisir – légitime mais personnel – de Manuel Valls. Pour eux, le catalan d’origine supporter du Barça a simplement répondu positivement et à titre personnel au fils d’immigré italien Michel Platini joueur génial et toujours supporter de la Juve. Un geste de pote footeux. En conséquence, ce voyage purement privé doit être payé par l’intéressé. Sur une ligne régulière d’Air France, sur jet privé ou par le remboursement de tous les frais du jet de la République. Ils sont d’autant plus fermes que la communication calamiteuse (ce que je partage pleinement comme analyse) qui a suivi révèle pour eux le vice de forme premier, le mal-être initial du premier ministre sur le sujet.

Alors est-ce que l’attente permanente et l’espoir, d’élus et responsables probes, m’aveuglent en m’accrochant au-delà du raisonnable à une ligne fantôme. Est-ce que je prends mes rêves pour la réalité ? Me bouchent la vue sur le « vrai » quotidien des hommes de pouvoir qui tous, à un moment ou un autre, sont une autre planète ? Planète folle loin du peuple, planète foot ici. C’est possible, surtout vis-à-vis d’un premier ministre pour lequel, même si j’ai quelques désaccords avec sa politique, je suis plutôt « en phase ». D’autant que je suis inquiet et atterré du bashing politique permanent qui est un des levains de la montée du pire. Donc j’ai aussi envie de dire « stop » aux faciles comportements d’émotion et d’inviter à un peu de raison. Pour moi, gouverner, c’est aussi représenter.

Ce à quoi, mes amis rétorquent, gouverner, représenter, oui absolument ! … mais seulement quand les intérêts de la France sont en jeu. Et pour eux présenter le visage de la France – celui du premier ministre – à Berlin n’apportait aucune valeur ajoutée ce soir pour le lustre de notre pays fût-ce pour la promotion l’Euro 16 en France.

2/ Là où nous sommes en commun d’accord.

Il faut absolument un cadre clair définissant les frais de déplacements (transports, etc.) pour les voyages officiels. Il semble qu’il existe une Charte gouvernementale. A-t-elle été respectée ? Je ne le sais pas, mais des journalistes peuvent nous éclairer… De même une enquête journalistique sur les présences, ce soir-là, mais plus largement des invités dans les tribunes officielles de l’UEFA et FIFA et surtout lors des finales de l’année précédent les championnats d’Europe des nations (Manuel Valls était-il le premier représentant d’un gouvernement futur hôte invité à une finale ?) pourrait nous éclairer.

Nous devons exiger une transparence (et une réduction des frais encore liés à une vision monarchique de l’apparat du pouvoir) sur les frais du pouvoir et plus encore sanctionner toute dérive. En ce sens, la présence des enfants (et pour certains le voyage lui-même) est un faux pas qui peut ouvrir une ligne de détournement futurs. Il doit être immédiatement corrigé.

Pour conclure, et à titre personnel, je trouve que cet événement politique – car c’en est un qui va marqué durablement l’image du premier ministre – peut avoir une portée positive : l’exigence citoyenne vis-à-vis de leurs élus est désormais partagée très largement. Tous les écarts sont immédiatement soustraits de la feuille de crédit des hommes et femmes politiques. C’est très bien. Les réseaux sociaux font qu’aucun ne peut y échapper… alors qu’il y a peu, il était facile de les masquer tant ils n’étaient pas visibles.

Ce n’est pas la première fois, mais cette fois c’est un homme politique considéré comme “clean” qui est touché.

Ce que je souhaite, ce n’est pas seulement de veiller de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Si le bébé est sale, on jette ! C’est que chacun veille à ne pas dévaloriser les fonctions importantes de la République et de la démocratie.

Je peux rêver l’idéal républicain, me leurrer sur son existence « pure », ne plus oser trop le secouer de peur que tout s’écroule. Peut-être… Si mes amis sont de bien meilleurs lanceurs d’alerte pour la garantir, je suis alors d’accord avec eux.

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