Philippe Martinez et la CGT en live

© Photo Gilles Rolle / REA
© Photo Gilles Rolle / REA

Il y a comme un silence de la CGT, au coeur des événements tragiques que nous connaissons, qui dépasse le simple respect de la période du deuil national et qui ne doit pas nous faire oublier, et regretter en ce qui me concerne, la position du principal syndicat ouvrier sur les décisions gouvernementales soutenus par la quasi unanimité des élus de la Nation qui se redécouvre.

En effet, le tout compte fait très récent secrétaire général Philippe Martinez, reçu – au même titre que toutes les personnalités importantes – par François Hollande sur le sujet, a eu une position que l’on entend peu… Il faut dire qu’elle étonne, pour ne pas qu’elle détonne. Si elle n’est sûrement pas personnelle, elle n’apparaît pas partagée par tous ses camarades de combat. Et tout compte fait on peut se demander si dans sa recherche délicate et difficile du bon leader maximum, la Cgt à tiré le bon numéro pour remplacer le déjà fantasque Thierry Lepaon, empêtré et au final effacé suite à son affaire d’appartement et de bureau remis à neuf à grand frais dépassant le tarif syndical admissible.

En effet, le 18 novembre, seule expression forte pour l’instant, un communiqué de la Cgt, s’opposant à la guerre menée contre Daesh déclarait : « La guerre ne règle rien, au contraire. C’est le terreau sur lequel le terrorisme se développe, poussant des populations entières sur le chemin de l’exil. » Les terroristes, en combattant avec leur drapeau, mènent leur guerre sur notre territoire, et nous ne devrions pas le mener sur le leur ! Avec ses propos tout en finesse d’analyse, la centrale de Montreuil va, dans tous les cas, à l’encontre de la majorité des Français, des partis politiques et des parlementaires. Certes, on peut avoir raison contre tous… Et fort heureusement, la démocratie étant le débat, cette expression doit être entendue.

Mais en la circonstance on peut néanmoins émettre des doutes sur la lucidité pleine et entière de Philippe Martinez. On savait qu’il avait déjà déclaré « La Cgt n’est pas malade » lorsqu’il avait succédé à son prédécesseur. Il reste qu’elle n’est guère en forme.

Visiblement la potion qu’il tient à administrer pour assurer le redressement (pour le moins peu visible pour l’instant) a été choisie sur les rayons poussiéreux de la vieille rhétorique. Propos classiques de l’orthodoxie. Qu’on en juge par le jugement porté sur les moyens mis en œuvre en France pour assurer la plus grande sécurité possible des citoyens : « Il ne faut pas confondre des moyens et des effectifs de police et gendarmerie supplémentaires avec restriction des libertés individuelles et collectives. » Qui confond, ou fait mine de confondre ? Le propos est confondant ! Par nature l’état d’urgence impose des contraintes – qui restent encadrées par le droit – et restons sérieux, pour l’essentiel où voit-on, aujourd’hui, une restriction des libertés fondamentales ? Néanmoins, en parler, c’est aussi un peu faire comme si… Vieille tactique.

Mais, rassurez-vous, pour bien faire comprendre que le syndicat veille et reste à la point du combat, des vrais combats, la Cgt annonce une journée nationale d’action, le 2 décembre, organisée en territoire (sic ! ?) sur le thème du « Non à la violence sociale, oui à l’efficacité économique sociale et environnementale (COP 21 oblige probablement). » Pile dans la plaque, conforme aux mots d’ordres répétés durant des décennies. Avec le succès que l’on sait. Tous sont par ailleurs justes dans leurs objectifs. Mais, comme trop souvent, la Cgt est un peu courte en termes de propositions et absolument déphasée avec la réalité. C’est le risque permanent avec les dogmes : les certitudes ne bougent pas… mais le monde si. Philippe Martinez devrait sortir du sacré, s’il veut vraiment sortir son syndicat, à l’importance essentielle, de ce qui s’apparente de plus en plus comme une ornière.

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