Ils ont couru. Ils l’ont eu.

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Ils avaient probablement quitté en hâte une belle automobile comme celle-là. Au flanc qui affiche la plus belle des missions : « Guardia di Finanza ». Le premier avait une belle foulée, régulière malgré le souffle occupé par intermittence à produire un filet strident par l’entremise d’un petit sifflet brillant. Il allait vite d’une enjambée souple et sa casquette ne tremblait pas sur sa tête droite et rigide. Plus vite que celui qu’il pistait et que son acolyte, le second lui aussi sanglé d’une large bande de cuir à travers sa poitrine. Elle semblait l’étouffer car il était plus gros. Plus âgé aussi. Pas essoufflé, mais presque. Et pourtant c’est lui qui a eu le dernier mot. Il avait anticipé le crochet qui se voulait un revers et il a coupé la trajectoire de l’échappé. Au rugby aussi on dit interception, et le policier d’expérience n’a eu besoin que d’un coup d’épaule pour la réussir. Le fugitif ne faisait pas le poids. Un demi-quintal d’écart et il fut projeté à terre au pied d’une des quatre statues de l’extraordinaire Fontaine des quatre fleuves du Bernin, au centre de la Piazza Navona. Etait-ce au pied du Nil dont le personnage a le visage recouvert d’un voile car à l’époque la source du grand fleuve était encore inconnue ? Je ne sais. Le vendeur à la sauvette était serré. De près, et il ne venait ni du Nil, ni du Rio del Plata, ni du Gange, ni du Danube. Jeune Birman ou Thaïlandais, et à 17 ou 18 ans, la seule géographie qu’il connaisse est celle de l’exil. Le premier policier s’est mis alors à ramasser méthodiquement les breloques et les bibelots éjectés du carton envolé lors du placage. Bien maigre butin. Mais qui pourtant doit valoir probablement une mise de fond équivalente une semaine de vente dont le principal bénéficiaire est le racketteur. Planqué lui. Les deux membres de la Guardia di Finanza ont fait leur travail. La source du fleuve des détournements financiers, ce n’était pas leur travail. Pas ce soir. Jamais pour eux probablement d’ailleurs. Espérons que leurs collègues en charge auront le même succès… s’ils arrivent à remonter à la source. A Rome. Ou à Paris. Ou ailleurs. Les prédateurs sont des pèlerins d’un genre particulier et tous leurs chemins ne mènent pas à Rome.

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