Catastrophisme; minoritaires; la maladie de l’islam; Jean et Marie; journaliste honnête.

 

« En tirant sa révérence vendredi, Jean Lacouture entraîne avec lui un pan de l’histoire de France, celle de la décolonisation, du gaullisme honni et respecté, du mitterrandisme ambigu, des grands hommes du XX e siècle et des journaux admirables de ces années-là, le Monde ou l’Obs, engagés et parfois pontifiants, boussoles faillibles mais aussi pièces d’orfèvre. » Laurent Joffrin
« En tirant sa révérence vendredi, Jean Lacouture entraîne avec lui un pan de l’histoire de France, celle de la décolonisation, du gaullisme honni et respecté, du mitterrandisme ambigu, des grands hommes du XX e siècle et des journaux admirables de ces années-là, le Monde ou l’Obs, engagés et parfois pontifiants, boussoles faillibles mais aussi pièces d’orfèvre. » Laurent Joffrin

Sunday Press / 63

(…) Le catastrophisme, c’est l’attitude adoptée par ceux qui considèrent qu’il faut prendre comme une quasi-certitude la possibilité d’un effondrement total de notre environnement. Cette idée a été introduite par le philosophe Hans Jonas (1979) et reprise en France par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Pour ces catastrophistes « éclairés », la seule façon d’empêcher l’effondrement est de faire comme s’il était inéluctable. Mais il existe aussi d’autres formes de catastrophisme, dont le leitmotiv est le suivant : « si on ne fait pas peur aux gens, ils ne réagissent jamais ». Cette attitude pose problème. À force de crier au loup, plus personne n’y croit. Or, cela fait quelques décennies qu’on nous annonce le pire, et notre vie quotidienne n’est pas affectée que cela. Du coup, la peur ne porte pas, ou plus. D’autre part, on ne délibère pas, ou mal, dans l’annonce de l’Apocalypse. Notre destin, aujourd’hui, ressemble plutôt à celui des habitants de l’île de Pâques – dont la population a sans doute diminué sans discontinuer après la déforestation de l’île, avant de pratiquement disparaître : pas de rupture brutale de l’écosystème, mais une dégradation continue des conditions de vie. La menace d’une catastrophe imminente n’est pas ressentie comme plausible par les gens, et l’effondrement progressif leur échappe. Ce qui explique que le catastrophisme ne soit pas mobilisateur. (…) Aux XVIIIe ou XIX e siècles, l’humanité était encore une abstraction ; aujourd’hui, c’est devenu une réalité : tous les hommes sont sur le même bateau. Ils sont condamnés à l’intérêt général ! Mais il n’est pas facile de le construire. Et je ne pense pas qu’on puisse compter sur un tyran bienveillant et éclairé pour mettre tout le monde d’accord – les tyrans bienveillants, ça n’existe pas ! Enfin, les modes de vies, ce qu’on appelait autrefois « les mœurs », ne se décrètent pas par des lois, comme le rappelait Montesquieu : ils se réforment par la contagion de l’exemple. Ne désespérons pas du monde, beaucoup prennent leur vie en main et font un geste pour le climat. Ce n’est certes pas aussi spectaculaire qui si les USA s’engageaient à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 30 % du jour au lendemain ; et la contagion est un processus lent, alors que le dérèglement du climat, lui, est très rapide. Mais la solution, j’en suis persuadée, viendra aussi de là. Nous sommes à la fois condamnés à nous entendre – et à nous inspirer les uns les autres.

Catherine Larrère, philosophe, propos recueillis par Olivier Pascal-Mousselard, Télérama, 18 au 24 juillet 2015, N° 3418.

(…) On dit souvent que les théâtres sont pleins, mais ça représente, toutes les salles de Paris confondues, 40 000 spectateurs. Un grand chanteur, ça fait 50 000 personnes par soir. Pareil pour un match de foot. Nous sommes donc minoritaires. On représente peu de choses d’un point de vue du marché. Et c’est ce qu’il y a d’étonnant dans ce pays. Il y a de la place pour beaucoup de monde : Obispo, Patrick Bruel, Jean-Michel Ribes, Serge Merlin dans un Thomas Bernhard. Et puis moi aux Mathurins.

Fabrice Luchini, philosophe, propos recueillis par Bruno Icher, Télérama, 18 au 24 juillet 2015, N° 3418.

(…) Nous tenons à rappeler que l’islam – notamment sunnite, qui représente l’écrasante majorité, ne reconnaît aucun clergé. De plus, nous trouvons inacceptable que cette instance appelée CFCM, traversée par des courants vecteurs de l’islam politique et par d’autres liés à des États étrangers ne respectant pas les principes laïcs ni les règles de la démocratie, puisse usurper une « représentation » de « plus de 5 millions de musulmans de France », avec l’accord des pouvoirs publics et ce, depuis plusieurs années. Cette mascarade doit cesser au plus vite, car il n’y a pas 5 millions de personnes qui, en France, se définissent comme des musulmans. L’islam est un choix spirituel personnel et intime. L’islam ne s’hérite pas et ne se lègue pas. Et quand bien même cette instance préfabriquée serait représentative, elle ne peut représenter qu’une minorité incapable de faire passer un message remettant en cause ces dogmes archaïques et parfois violents qui constituent ce que le regretté Abdelwahab Meddeb appelait « la maladie de l’islam ». (…) Nous demandons avec force aux élus locaux de ne pas reculer et de faire front face aux pressions des islamistes qui tentent, au-delà des crimes terroristes barbares, d’imposer au quotidien, au niveau local, de manière sournoise et pernicieuse, un mode de vie rétrograde, antirépublicain et un projet antidémocratique. Il ne s’agit pas seulement de réinvestir les territoires et d’occuper le terrain social, mais plus encore de lutter avec une ferme détermination et sans relâche contre les zones de droit et du communautarisme, généralement infestées d’agents recruteurs pour le compte de l’islam politique qui savent mieux que quiconque profiter des vulnérabilités pour capter de nouveaux adeptes parfois à travers l’action sociale, d’autres fois par le biais du soutien scolaire, par exemple. Combat qui doit tirer sa force et son efficacité d’un soutien sans faille de l’État, qui doit assurer sa présence, en tout lieu et en tout temps. (…) Nous poussons ce cri d’alerte parce que nous savons parfaitement – et mieux que quiconque – que le salafisme et les Frères musulmans, et plus largement tous les courants islamistes, sunnites et chiites, qui instrumentalisent l’islam à des fins politiques, sont un poison extrêmement nocif pour les sociétés et le vivre-ensemble. Nous lançons ce signal d’alarme parce que nous refusons, à tout jamais, l’idée que la République puisse s’aventurer à prendre le risque de se retrouver déstabilisée et ébranlée, par l’hydre islamiste, devenu malheureusement un péril intérieur.

Extrait d’un appel signé par des dizaines de personnalités de culture musulmane, Marianne, 17 au 23 juillet, N° 952.

(…) Un Jean-Marie, dont le journal « Aujourd’hui en France » ne donne pas le patronyme mais raconte la mésaventure, aurait sans doute préféré s’appeler Jean, tout court, ou bien s’appeler Marie. Ce qui d’ailleurs, Marie, aurait pu être source d’autres désagréments. Jean-Marie est né il y a cinquante-deux ans. Jusqu’à présent, ça ne lui posait pas de problème, puis voici qu’à l’occasion d’un remariage à Rouen, il découvre qu’Issy-les-Moulineaux refuse d’inscrire ce mariage à l’état civil. C’est qu’il s’est marié sous son prénom Jean-Marie, avec un trait d’union, et qu’il a été inscrit à sa naissance comme Jean, plus loin, Marie. Qu’il fasse donc établir par la justice qu’il est bien le même. Il lui faut donc s’adresser au procureur et il lui faut espérer que le procureur ne lui répondra pas comme à la mairie que ce n’est pas si simple et qu’il n’a à en vouloir qu’à son père qui n’avait qu’à faire attention. Le père, justement, s’est rendu à la mairie, il habite toujours à Issy-les-Moulineaux, et il a montré le livret de famille sur lequel le même employé avait inscrit il y a un demi-siècle, le même jour, qu’un fils lui était né, prénommé Jean-Marie, avec le trait d’union. Et alors, ça prouve quoi, lui a-t-on répondu à la mairie, avant de partir en vacances (bien méritées).

Delfeil de Ton, L’OBS, 16 au 22 juillet 2015, n° 2645.

(…) Ainsi s’efface (Jean Lacouture) dans l’élégance un héraut de la gauche des libertés, fidèle à ses idées et encore plus à ses amis, épicurien du Midi et spartiate de l’écriture, chaleureux et exigeant, colérique et généreux. Ainsi s’éloigne sans tapage une forme de journalisme que les esprits forts récuseront sans l’avoir connu, proche de la littérature, dans la confidence des puissants, mais d’une sagacité rare et d’un agrément de lecture dont on fera bien de s’inspirer avant de donner des leçons. D’autant que les incertitudes de l’engagement étaient chez lui compensées par cette qualité parfois oubliée qui reste le fondement de ce métier : l’honnêteté intellectuelle.

Laurent Joffrin, Libération, 18&19 juillet 2015, N°10625

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