Choisir entre le théâtre source de civilisation et la pseudo pensée Tweet

Guy Birenbaum : « Mon métier était d’expliquer le danger. Au lieu de quoi, pendant des années, je me suis fait le prosélyte de la sérendipité [la découverte fortuite d’informations pertinentes que l’on ne cherchait pas] : “Formidable, vous appuyez sur un bouton et vous êtes propulsé à 10 000 kilomètres...” » Aujourd’hui, je le dis : “Je me suis trompé. La sérendipité est une catastrophe, il n’y a rien de pire."
Guy Birenbaum : « Mon métier était d’expliquer le danger. Au lieu de quoi, pendant des années, je me suis fait le prosélyte de la sérendipité [la découverte fortuite d’informations pertinentes que l’on ne cherchait pas] : “Formidable, vous appuyez sur un bouton et vous êtes propulsé à 10 000 kilomètres…” » Aujourd’hui, je le dis : “Je me suis trompé. La sérendipité est une catastrophe, il n’y a rien de pire. »
Sunday Press / 48

(…) Nous voulions rompre avec cette éducation populaire pépère qui sévissait dans la profession, qui y sévit toujours, et dont nous redoutions alors qu’elle nous engloutisse comme une marée noire. Aller dans les lycées, les prisons, d’accord, il faut le faire et on le fait, mais pour y défendre une idée exigeante de l’art, pas pour l’instrumentaliser, le réduire à un outil pédagogique, sociologique. Le théâtre ne sert pas à maintenir l’ordre, à bricoler du consensus. Grâce à quelques personnalités socialistes, comme Jack Lang ou les maires Pierre Mauroy et Gaston Defferre, qui avaient une vraie ambition locale, on a eu l’illusion que la gauche avait changé, qu’elle était une sorte d’intellectuel collectif. Faux ! Ils étaient les arbres qui cachent la forêt. La plupart continuent de refuser que l’art dérange, et la culture n’est pour eux qu’une affaire de communication. Avant, ils se retenaient encore, par respect pour Malraux ou Lang… Mais avec les difficultés budgétaires actuelles tout le monde se lâche ! Et les municipalités socialistes ne sont pas les dernières à abandonner le navire culturel. La région Nord coupe de 170.000 euros les subventions du Centre dramatique de Lille, et Martine Aubry se tait…

Jean-Pierre Vincent, metteur en scène, propos recueillis par Fabienne Pascaud, Télérama, 21 au 27 mars 2015, N° 3401.

(…) Une vieille manie française, en fait, cette manie de dénigrer le pays tout entier, quand il vote mal. La France et moi, et moi, et moi. Une conspiration des ego pour intimider le Front national, c’est un peu court ! La France ne tremblera pas lorsque des vedettes de la littérature, du sport ou de la chanson claqueront la porte. C’est vexant, certes, mais cette menace n’effraie personne. Mais c’est une autre manie française que de jouer avec l’histoire, de se prendre pour un grand résistant qui rejoindra Londres, en sachant qu’il n’aura pas besoin de passer clandestinement par l’Espagne et le Portugal, puisqu’il lui suffira de prendre l’Eurostar. Heureuse époque qui permet de prendre, sans trop de risques, une belle posture de résistant, fort utile pour se dédouaner des combats immédiats.

Guy Konopnicki, Marianne, 20 au 26 mars 2015, N°935.

(…) Puisque la conscription ne sera pas rétablie par les États européens (le cas lituanien est une exception), pourquoi ne pas imaginer un « Erasmus civilo-militaire », inspiré de ce qui se fait de mieux en Europe avec la mobilité des étudiants et des apprentis, pour créer une « réserve » européenne ? Non pas un rendez-vous citoyen ni, à l’opposé, une armée de métier, mais un service civilo-militaire européen. Il durerait au moins six mois, avec cours de langue (la maîtrise de plusieurs langues est la condition du dialogue et de la compréhension des missions et des ordres), d’histoire et de géographie européennes, entraînement sportif et militaire approfondi, apprentissage des techniques de sécurité civile, séjour de terrain, de préférences sur les frontières extérieures de l’Union. Les formations théoriques et pratiques seraient dispensées dans des écoles civilo-militaires, sur le modèle des collèges d’Europe de Bruges et de Natolin. Elles seraient ouvertes à tous les jeunes Européens, filles ou garçons volontaires, sur une base contractuelle. L’organisation géographique pourrait coïncider avec celle des groupements tactiques multinationaux, selon les ensembles régionaux. Ce projet serait l’occasion d’une pédagogie de l’esprit de défense en toute autonomie de décision et à la seule échelle pertinente, celle de la communauté européenne des citoyens.

Michel Foucher, géographe, ancien ambassadeur, le un, 18 mars 2015, N° 48.

(…) Chroniques radio ou blogs, il alerte sur les per- versions d’Internet. « Mon métier était d’expliquer le danger. Au lieu de quoi, pendant des années, je me suis fait le prosélyte de la sérendipité [la découverte fortuite d’informations pertinentes que l’on ne cherchait pas] :Formidable, vous appuyez sur un bouton et vous êtes propulsé à 10 000 kilomètres…” » Aujourd’hui, je le dis : “Je me suis trompé. La sérendipité est une catastrophe, il n’y a rien de pire.” Là encore, il se trompait, le pire, pour lui, existait : les tweets. Rageurs, rigolards, instantanés. 140 signes pour réduire la pensée d’un intellectuel à un éternuement d’humeur. « Je trouvais ça bien. J’existais. » Car Birenbaum est devenu une marque, ses followers lui apportent la reconnaissance que l’université et les médias lui refusent. Il en est arrivé au point où l’essentiel n’est plus ce qu’il dit, ni qu’il soit aimé ou détesté, mais qu’il soit commenté et repris sur d’autres sites. (…) La rentrée 2013 est ce que les scénaristes appellent un climax. Birenbaum inaugure un matraquage quotidien sur le site du Huffington Post, modestement baptisé « Le 13 heures de Guy Birenbaum ». Là, il dénigre, cogne, fracasse, massacre avec entrain. Il démarre le premier jour de son nouveau métier avec une vidéo qui, aujourd’hui encore, le consterne. Son idée était de dire « ras-le-bol de la rentrée », en réalité il filme son désespoir à l’idée de revenir vers ce qui le détruit à petit feu : « J’ai atteint le pathétique. Quand vous avez des prétentions intellectuelles comme j’ai pu en avoir, en arriver à faire une vidéo débile où je fais semblant de me noyer dans la Manche sur une musique tout aussi débile, et que cette vidéo est vue plus de 100 000 fois ! Sur le moment, j’ai trouvé ça très bien. » En réalité, il amorce une dépression. (…) Un bon psy, des médicaments, une femme qui se met en mode commando pour apporter des solutions et l’amitié l’ont extirpé de la Toile. Il a réappris à écrire à la main.

Dominique de Saint Pern, à propos de la dépression de Guy Birenbaum brûlé par la civilisation Tweet, M Le magazine du Monde, 21 mars 2015, N° 21827.

(…) Les capitalistes netarchiques (Facebook, Google, Amazon, …) fonctionnent avec 100 % des revenus pour les propriétaires et 0 % pour les utilisateurs qui cocréent la valeur de la plateforme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles parasitaires : Uber n’investit pas dans le transport, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les documents, ni YouTube dans la production médiatique.

Michel Bauwens, théoricien de l’économie collaborative, Libération, 21 & 22 mars 2015, N° 10525.

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