La fin du grand train américain ? ; la politique hilarante ; la liberté de l’esprit ; le mirage du foot à Liverpool ; Nietzsche et l’homme qui se dépasse.

Dans un pays où la voiture est devenue le symbole même de la liberté de mouvement, les passagers de l'Amtrak sont les derniers Américains à s’en remettre à un système qui exige de la patience et des compromis. Photo : McNair Evans.
Dans un pays où la voiture est devenue le symbole même de la liberté de mouvement, les passagers de l’Amtrak sont les derniers Américains à s’en remettre à un système qui exige de la patience et des compromis. Photo : McNair Evans.

Sunday Press / 64

(…) Un ancien combattant héroïnomane, une mère célibataire en route vers son nouveau travail sur un champ de pétrole du North Dakota, un adolescent à la recherche de son père : les passagers de l’Amtrak le (le photographe McNair Evans) fascinent car ils sont entre deux vies. « Qu’ils aient décidé de quitter la ville pour la campagne ou de rejoindre des proches qu’ils ont perdu de vue, la plupart sont mus par l’espoir d’un nouveau départ. » Dans un pays où la voiture est devenue le symbole même de la liberté de mouvement, ce sont les derniers Américains à s’en remettre à un système qui exige de la patience et des compromis. Le grand réseau ferroviaire – qui a favorisé la conquête de l’Ouest et le mouvement des droits civiques – souffre en effet de retards chroniques. « Il est aujourd’hui squelettique, obsolète, sous-financé, regrette le photographe. Si le Congrès continue à voter des coupes budgétaires, nous n’aurons peut-être plus de grandes lignes dans quelques années. »

Stéphanie Chayet, M le magazine du Monde, 25 juillet 2015, N° 201.

(…) PS : La façon de se comporter des hommes politiques depuis une dizaine d’années est totalement hilarante. L’exhibition de leur vie privée est pénible. Mais j’ai un faible pour Hollande en scooter… (…) JK : Comme nous ne sommes membres d’aucun parti, nos contributions sont forcément singulières. Nous n’appartenons pas.

Philippe Sollers et Julia Kristeva, propos recueillis par Catherine Calvet et Cécile Daumas, Libération, 25&26 juillet 2015, N° 10631.

(…) On ne saurait mieux dire que Donald Tusk (président du Conseil européen) : « Quand l’impatience devient un sentiment collectif, elle peut conduire à une révolution. » À force de construire une Europe réglementée, bardée de principes et d’obligations, les gouvernements, les conseils et les commissions oublient que la base de l’édifice est constitués de dizaines de millions d’Européens dont la patience tend à s’épuiser. Il n’est pas absurde d’imaginer une onde de choc traversant le Vieux Continent. Une révolution qui obligerait à repenser l’Europe serait-elle une catastrophe ? Se référant à des penseurs français, Donald Tusk, quant à lui, juge que, déjà, « nous avons trop de Rousseau et Voltaire et trop peu de Montesquieu ». Il est vrai que l’esprit des lois n’est pas exactement celui des réglementations de Bruxelles et de la BCE, plus soucieuse d’administration que de gouvernement. Il se peut que nous ayons trop de Voltaire, du moins celui qui, pour une brève période, voyait en Frédéric II de Prusse le despote le mieux éclairé d’Europe. L’excès de Rousseau, en revanche, ne saute pas aux yeux, dans une Europe qui n’a toujours pas élaboré son contrat social et dont l’égalité ne semble pas être l’obsession. L’Europe manque cruellement de ce qu’incarnaient Montesquieu, Voltaire, Rousseau, comme avant et après eux les philosophes anglais et allemands, ou encore, pour plaire à Donald Tusk, le poète Adam Mickiewicz, à savoir la liberté de l’esprit.

Guy Konopnicki, Marianne, 24 au 30 juillet 2015, N° 953.

(…) Du coup, s’offusque Jacques Crevoisier (technicien, ancien bras droit de Gérard Houiller alors manager du Liverpool FC), « si on est né en Angleterre, il faut être un génie du foot pour obtenir sa place dans une équipe. La concurrence étrangère est délirante ». John Aldrige (ancien joueur du Liverpool FC) complète : « Le centre de formation de Liverpool, qui ratisse tous les meilleurs jeunes de la région, n’arrive plus à sortir un seul joueur pro. On vide les campagnes des gamins les plus doués, mais ensuite leur rêve se brisera parce qu’ils ne seront pas assez forts pour la Premier League. Le bilan humain de ce mirage entretenu par les clubs professionnels est désastreux. » Dans les faubourgs de Liverpool, l’engouement des supporteurs ne semble pas souffrir de cette fièvre libérale. Le stade affiche complet, il y a plus de dix ans d’attente pour obtenir un abonnement annuel individuel. « Les classes populaires ne peuvent plus venir au stade !, déplore Aldrige. Un billet coûtait l’équivalent de 3 livres quand j’étais gamin. C’est 55 livres (environ 78 euros) aujourd’hui pour la place la moins chère, et 750 livres (env. 1050 euros) pour un abonnement d’un an dans le Kop. »

Emmanuel Tellier, Télérama, 25 au 31 juillet 2015, N° 3419.

(…) Le problème philosophique de Nietzsche, c’est en effet : comment peut-on dire oui à une vie qui est si cruelle ? Et la réponse est : il le faut, parce que la joie est plus féconde que la tristesse. Alors, puisque vous me demandez ce je que j’entends par « surhomme » (Übermensch), je crois qu’il faut interpréter cette notion gênante non par « homme supérieur », mais par « homme qui a été au-delà de ce qu’on peut demander à un homme ». Or affronter sans broncher la dureté horrible de l’existence sans avoir pour cela à recourir à un autre monde, à la compensation d’arrière-mondes, sans avoir à se réfugier dans les méandres du ressentiment ou de la morale, cela demande un effort qui est le plus difficile de tous les efforts. Montaigne l’a dit : quelle est la tâche de la vie ? C’est de vivre. Lucrèce aussi, avant celui-ci, disait que vivre sans illusion est la tâche la plus dure que puisse affronter un homme, et, dans une certaine mesure, qu’elle est au-dessus de ses capacités. En réalité, il n’y a pas de surhommes dans Nietzsche, seulement des hommes qui se surpassent et qui cherchent à dépasser la difficulté d’être.

Clément Rosset, philosophe, propos recueillis par Aude Lancelin et Marie Lemonnier, L’OBS, 23 au 29 juillet 2015, N° 2646.

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