La salade russe des Le Pen; Vaches et GPS; savoir accueillir et soigner; Marx et Shakespeare; les redoutables tyrans laïques et religieux.

Sunday Press / 28

L’universalisme des Lumières contre le mal "identitaire". Mettre fin au "crime d'indifférence".
L’universalisme des Lumières contre le mal « identitaire ». Mettre fin au « crime d’indifférence ».

 

Sunday Press / 28

(…) Tout est donc prêt pour une visite officielle de sa (Marion Maréchal-Le Pen) tante, Marine, en Russie – la première. Elle a lieu en juin 2013 et débute par un mystérieux colloque intitulé « Morale et démocratie » qui se déroule… en Crimée. « Un hasard », assure la présidente du Front national, qui soutiendra l’annexion de la presqu’île quelques mois plus tard. À Moscou, Marine Le Pen est reçue en grande pompe par l’incontournable président de la Douma, Sergueï Narychkine. Elle rencontre aussi un vice-Premier ministre de Poutine, chargé de l’armement, Dmitri Rogozine. Ce n’est pas un hasard. Rogozine est un ami du peintre Ilya Glazounov et l’un des fondateurs du parti nationaliste Rodina, qui a invité Jean-Marie à Moscou quelques années plus tôt. Marine Le Pen se fend aussi d’un éloge passionné pour le régime de Poutine, à la prestigieuse université Mgimo, repère des futurs diplomates et espions. Elle rend hommage à son « cher Ilya Glazounov » et assure le pouvoir russe de sa « loyauté ».

Vincent Jauvert, L’OBS, 23 au 29 octobre 2014, n° 2607.

(…) Et si l’on remplaçait les cloches des vaches par des GPS ? La proposition vient d’une chercheuse de l’École polytechnique fédérale de Zurich, et elle amuse jusqu’au Parlement, à Berne. Tout par d’une étude montrant que les cloches nuisent à la santé des bovins. Deux scientifiques ont mené des tests sur une centaine de bêtes dans vingt-cinq exploitations agricoles. L’expérience montre que les vaches à cloche mangent plus lentement et ruminent deux heures de moins par jour que celles sans cloche. De plus, les sonnailles génèrent un niveau sonore de 100 à 113 décibels, soit autant qu’un marteau piqueur. Il n’est donc pas exclu que les vaches soient sourdes. (…) Le président de l’Union suisse des paysans, également député, vient de demander au gouvernement un avis sur la question. Tout en regrettant que les deniers publics soient dépensés pour des études aussi… bêtes.

Christine Salvadé, M le magazine du Monde, 25 octobre 2014, n° 162.

(…) Où se réfugier ? Lorsque votre vie est attaquée, que les lieux habités tremblent sous les forces hostiles, lorsque chez soi devient une tombe, où trouver le refuge ? Alors que les États imposent leur force, leur puissance, dans la délimitation des territoires et la connaissance des foules par la statistique, la science de l’État, l’hospitalité a donné hôtel et hôpital, d’un même tenant, et on aimerait avoir cette qualité collective : savoir accueillir et soigner qui cherche le refuge. La notion est ancienne, la tradition partagée : sait-on qui vient ainsi frapper à la porte ? Comment ne pas s’ouvrir à celui qui est, peut-être, porteur d’un message, d’une bénédiction, voire d’une protection divine ? Réduits à la question des masses, perçus comme l’accueil d’individus en nombre, inscrits dans des flux de population, l’hospitalité et son corollaire, le refuge, ont perdu cette ouverture aux êtres singuliers, habités par les mondes qu’ils ont dû quitter.

Julien Clément, le un, 22 octobre 2014, n° 29.

(…) J’ai deux maîtres à penser : Marx et Shakespeare. Marx nous rappelle les lois fondamentales de l’histoire et Shakespeare nous remémorent que l’histoire est écrite aussi par des hommes exceptionnels qui font bifurquer le devenir dans la bonne ou la mauvaise direction. Marx ne disait pas que le socialisme viendrait à la place du capitalisme, mais après lui. Nous sommes dans un moment intermédiaire, où la bourgeoisie mondiale, les entrepreneurs, les créateurs, les artistes, sont encore porteurs du changement contre le féodalisme et l’obscurantisme. Tant qu’on n’a pas créé un écrasement des féodalismes et des rentes par les créateurs, les entrepreneurs sociaux et les artistes, rien ne se fera à l’échelle mondiale. Nous sommes encore situés dans cette époque intermédiaire où le marché et la démocratie, au sens « bourgeois » du terme, restent les moteurs du progrès contre la rente et la théocratie. Le dépassement de cet état intermédiaire a été prophétisé par Marx lui-même, sous les traits de la société de gratuité, et non de la gestion collective de la rareté. Le dépassement du capitalisme apparaît dans le glissement vers l’ère de la gratuité et de l’économie collaborative.

Jacques Attali, Marianne, 24 au 30 octobre 2014, n° 914.

(…) Il a toujours fallu résister à l’infamie. Preuve par le XXe  siècle, Auschwitz, Hiroshima, le goulag et le génocide des Tutsi. Le XXIe ne s’annonce pas joyeux. La barbarie, comme le bon sens chez Descartes, est la chose du monde la mieux partagée. Rien de ce qui est inhumain ne nous est étranger. Les tyrans laïques sont aussi redoutables que les religieux. Ils ne font que troquer  »  Dieu   » par d’autres idoles, le  »  prolétariat  « , la  »  race  « , la  »  nation  « . Voltaire souligne  : ce sont les noces du pouvoir des armes et du pouvoir sur les âmes qui définissent l’infamie. Derrière son  »  Mahomet  « et l’inquisiteur, il y a foule. Il doute de la primauté d’un  » bien commun  » et d’une  »  volonté générale  « , qui peuvent conduire à la terreur.

André Glucksmann à propos de son dernier ouvrage « Voltaire contre-attaque », propos recueillies par Nicolas Truong, Le Monde, 26 et 27 octobre 2014, n° 21702.

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