Terrorisme : désamorçons le piège / Une relecture du Coran pour déraciner la propagande salafiste / La France lieu propice du débat / S’interroger sur le mal et la mort / Le « droit à la différence » a marginalisé les Français issus de l’immigration

« Désamorçons le piège : la révolte contre le salafisme est inéluctable chez les musulmans français, mais à cette condition : qu’on ose la soutenir pour l’imposer. » Martine Gozlan, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.
« Désamorçons le piège : la révolte contre le salafisme est inéluctable chez les musulmans français, mais à cette condition : qu’on ose la soutenir pour l’imposer. »
Martine Gozlan, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) En guerre, il n’y a plus de mots. C’est donc en cet instant, ici et maintenant, que les mots doivent et peuvent jaillir. D’abord les mots de l’islam. Ensuite, les mots des politiques face à l’islam. Sans eux, la lutte antiterroriste, qui doit être revue de fond en comble, restera boiteuse. Ces mots, cela fait trop longtemps qu’on les élude, qu’on les évite. Tout a été bon, chez les représentants de la République, à droite comme à gauche, pour isoler, délégitimer, exclure les grandes voix, de religion ou de culture musulmane, qui appellent magnifiquement et désespérément depuis plus de vingt ans à une réforme des textes dits sacrés. À une relecture du Coran seule capable de déraciner la propagande salafiste. C’est une longue et terrible histoire que cette urgence sans cesse jetée aux oubliettes de l’intérêt national par les maires, les députés, les conseillers, les experts et les ministres. (…) Les prestations de Tariq Ramadan, cette star des plateaux, qui semblait autant le gourou des journalistes que celui de ses dévots admirateurs, contribuèrent au milieu des années 90, à forger une génération de jeunes musulmans pour qui la loi de Dieu plane au-dessus des lois républicaines. (…) Oui, mais… comment briser le plafond de verre qui sépare les philosophes de l’opinion publique musulmane ? C’est qu’on assiste à un phénomène tragique. L’hyperconscience des intellectuels s’aiguise en même temps qu’en face – face voilée – triomphe le salafisme comportemental. D’un côté, se lèvent Abdennour Bidar, le physicien Fewzi Benhabib, les journalistes Mohamed Sifaoui (président de l’association 11 janvier) et Zined El Rhazoui ou des citoyennes comme Nadia Remadna (fondatrice de La Brigade des mères)… De l’autre côté, déferle le raz-de-marée identitaro-religieux, avec tous les signes extérieurs de cette captation mentale totalitaire qui détache ses adeptes de la France dont ils viennent à détester les autres enfants. (…) Désamorçons le piège : la révolte contre le salafisme est inéluctable chez les musulmans français, mais à cette condition : qu’on ose la soutenir pour l’imposer.

Martine Gozlan, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

On ne peut pas continuer comme ça. L’islam a grignoté nos sociétés depuis trente ans et je ne me reconnais pas dans cet espace. Je viens de Kabylie et toutes nos familles sont disloquées par l’islam. À l’intérieur d’une même famille, certains sont restés eux-mêmes et d’autres sont devenus islamistes. Ceux-là, on n’a pas besoin d’attentat pour les combattre. (…) Moi, je ne mets pas dans la peau d’un musulman pour condamner ces actes. Je le fais en tant que citoyen et être humain. J’ai réagi de la même façon en Algérie quand le Groupe islamique armé égorgeait les civils. Ces assassins ne sont pas les miens. (…) Je veux aussi souligner qu’aujourd’hui les pouvoirs publics français et les terroristes ont même des amis communs : les financeurs de l’islam ! Comment a-t-on pu laisser le Qatar financer le Paris-Saint-Germain ? Comment, dans le même journal télévisé, on dénonce le Qatar parce qu’il finance certains réseaux islamistes en France et on convoque la France entière à regarder un match de foot sponsorisé par le même Qatar ?

Boubekeur Keifaoui, chef d’entreprise franco-algérien installé en France depuis 1980, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) Le Français lambda n’est pas censé être un politologue ou un théologien pour dire ce dont se revendiquent les terroristes. Je ne souhaite pas faire le procès de l’islam car l’islam ne s’exprime pas, on le fait parler à travers ses textes et vous pouvez avoir la lecture la plus criminelle comme la plus pacifique. Tout dépend des aspirations et l’idéologie de son lecteur. (…) Aujourd’hui, il est absolument nécessaire qu’un débat courageux se dégage de la société civile musulmane et non musulmane, parce que les deux vivent ensemble et qu’on ne peut pas les séparer. (…) Ce débat doit permettre de dissocier le sacré musulman des quatorze siècles d’Histoire. Si on ne fait pas ça, on restera toujours figé à l’époque de la révélation avec les conséquences qu’on connaît, avec l’emprise des salafistes. La France est un lieu propice pour cette réflexion parce que nous y bénéficions d’une double liberté. D’abord parce qu’il n’y a pas une pression sociale comparable à celle qui existe dans les sociétés musulmanes. Ici, personne ne qualifie la pratique religieuse de quiconque. Ensuite, parce qu’ici il y a une tradition de liberté politique. L’islam en France n’est pas l’objet d’une manipulation politique destinée à conquérir le pouvoir ou à le faire perdurer, à l’instar de ce qui se passe dans le monde musulman.

Soheib Bencheikh, intellectuel et théologien musulman, ancien mufti de Marseille, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) Le droit à la différence était une revendication porteuse du droit à une identité. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque ce qu’on appelait le « système intégrationniste » était renvoyé à l’extrême droite. Avoir le droit à la différence, ça voulait dire qu’être d’origine maghrébine ou africaine, ne pas avoir « d’ancêtres gaulois », ce n’était pas péjoratif. Dans des réunions, on expliquait qu’il fallait relire les grands philosophes et les grands penseurs maghrébins. On croyait encore au socialisme, à la laïcité, et la religion appartenait encore au monde des ténèbres… C’est vrai, ça a été un échec total. Mais ça n’explique pas pourquoi il y a eu cette dérive totale vers l’islam extrémiste. (…) Il faut peut-être aussi se demander si ces comportements extrêmes sont suscités. Ou s’il n’y a pas dans l’évolution des systèmes sociaux et dans le désarroi idéologique et socioculturel un glissement vers des comportements extrêmes. (…) Moi, j’ai une interrogation sur le mal, sur la mort…

Lef Forster, avocat d’origine juive et « athée militant », Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

(…) Avec le temps, la jeunesse issue de ces familles (regroupement familial), restée en marge des politiques publiques d’éducation et d’emploi, s’est retrouvée livrée à diverses influences idéologiques, notamment celle de l’Arabie saoudite qui s’est déployée massivement en finançant la construction de mosquées. Elles ont pris en charge ces jeunes qui, a priori, n’avaient aucune raison de se fondre dans l’islamisme. Il faut dire aussi que la gauche a été un acteur majeur dans cette affaire. Jusqu’en 1980, les immigrés et leurs enfants n’aspiraient qu’à s’intégrer dans la société française… Mais tout un courant d’idéologues de la gauche au pouvoir est venu leur expliquer qu’ils étaient différents. Vous imaginez le môme, il est né ici et dès la naissance on commence par lui expliquer qu’il est différend ! En réalité, ce « droit à la différence » qui apparaissait comme quelque chose de positif a marginalisé ces Français issus de l’immigration. La marche des Beurs, qui a marqué l’avènement de cette génération dans l’espace public, n’était pas organisée pour revendiquer le droit à la différence, mais pour dire que nous étions français et que nous voulions notre place dans cette société comme tout le monde ! Toute l’armada politique, SOS Racisme en tête, est responsable de l’enfermement de la jeunesse des banlieues.

Mohand Dehmous, chef d’entreprise, fondateur de Radio Beur, Marianne, 29 juillet au 4 août 2016, N° 1008.

 

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